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reconnoissent par cela même que ce n'est pas à la réunion des ordres qu'il faut imputer nos malheurs, et sans doute ils n'entreprendront pas de soutenir que la délibération par ordres séparés n'auroit laissé aucun prétexte, aucun moyen pour entretenir la discorde.

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CHAPITRE XXXII.

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Quel usage l'Assemblée de 1789 a fait de sa puissance.-Excès de sa tyrannie.

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PLUS les membres de l'assemblée avoient acquis de pouvoir, plus les Français ont le droit de leur demander un compte sévère. Les travaux 10 sur la constitution n'ont commencé qu'après le mois de juillet 1789. Si les hommes que les circonstances avoient rendu les arbitres de nos destinées, ont trahi leur devoir et ruiné leur patrie, quels obstacles ont-ils donc éprouvé qui puissent leur servir d'excuses? La cour étoit dans l'impossibilité de s'opposer au bien qu'ils auroient voulu faire. Depuis le 23 juin, dans la plus grande partie du royaume, la noblesse avoit permis à ses députés de délibérer avec les autres ordres, et ceux qui n'avoient pas encore obtenu cette faculté, avoient déclaré le 16 juillet qu'ils se croyoient autorisés à donner leurs suffrages, persuadés qu'ils ne faisoient que prévenir les vœux de leurs commettans. Que falloit-il donc pour conduire la France à la plus grande pros

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périté? Seconder les efforts du roi pour rétablir

l'ordre public, pour faire respecter les tribunaux, pour maintenir les anciennes lois jusqu'au moment où elles seroient remplacées par des lois nouvelles, et laisser dans l'assemblée la liberté entière des suffrages.

Louis XVI avoit-il mérité de perdre l'amour de ses sujets? S'il avoit paru craindre la réunion des ordres, s'il avoit cru que leur séparation tenoit à l'ancienne constitution de l'état, étoit-ce un crime de se décider, entre deux systêmes, pour celui que les tribunaux et son conseil lui représentoient comme le plus avantageux à l'état? N'étoit-il pas adopté par un grand nombre de personnes, dont les lumières et les vertus rendoient les opinions recommandables? Etoit-ce un crime que de rassembler des troupes aux environs de Paris, tandis que l'ordre public avoit été plusieurs fois troublé, par des émeutes dans ces deux villes, et que l'impunité de ces premiers désordres pouvoit laisser des inquiétudes sur l'avenir? Le monarque n'avoit-il pas le droit de nommer ou de destituer ses ministres ? Ces mesures pouvoient être alors imprudentes, mais étoit-il bien facile, dans une crise aussi épineuse, de découvrir toujours les voies les plus salutaires, et comment des imprudences pouvoientelles effacer tant de bienfaits? Devoit-on oublier

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tant de sacrifices volontairement offerts par le monarque pour le bonheur de son peuple? Devoit-on oublier que pour sauver la capitale, il avoit refusé de faire marcher les troupes contre les révoltés, et qu'il avoit préféré de s'abandonner à la fidélité de ses sujets?

Les députés qui avoient quelque noblesse dans les sentimens, disoient qu'il falloit redoubler de modération, puisqu'on avoit acquis beaucoup de puissance; qu'il falloit respecter les intérêts de la couronne, plus encore que si le roi se trouvoit en situation de les défendre lui-même : mais les factieux vouloient, comme les lâches, porter l'audace contre les foibles, aussi loin qu'ils pourroient le faire avec impunité. Ils ne rougissoient pas d'avouer que la prise de la bastille ajoutoit à leurs prétentions, et que l'avilissement de l'autorité royale leur promettoit de l'anéantir.

Jamais le plus long règne du despote le plus absolu ne ravagea le pays soumis à son gouvernement, comme la France, en trois ans, a été ravagée par l'assemblée nationale de 1789, ou par les factieux qui la faisoient agir. Il faudroit réunir dans l'histoire les actions d'un grand nombre de tyrans, pour retrouver autant dé démence et d'injustice. Si je voulois exposer

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en détail tous les maux que cette assemblée fait naître, plusieurs volumes ne sauroient suffire. Je rappellerai seulement les principaux traits de la plus incroyable tyrannie.

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L'assemblée vit les crimes se multiplier dans le royaume, toute subordination se détruire tous les liens sociaux se désorganiser; vainement elle fut conjurée par les ministres, au nom du monarque, et par les députés ennemis de la licence; jamais elle ne consentit à déclarer que les lois existantes seroient exécutées jusqu'à leur abrogation; que les jugemens des tribunaux seroient soutenus par la force militaire. Elle ne connut d'autre mérite que la soumission à ses volontés, d'autre forfait que la désobéissance à ses ordres. On lui parut même coupable, toutes les fois qu'on hésitoit de se ranger au nombre. des stupides admirateurs, ou des prôneurs hypocrites de ses décrets.

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Annonçant des maximes de liberté pour séduire le peuple, elle se fit un jeu de violer ses propres déclarations. Elle avoit dit que nul ne peut être accusé et détenu, si ce n'est dans les cas prévus par la loi, et suivant les formes qu'elle a prescrites; et elle eut un comité d'inquisiteurs, qui faisoit enlever les citoyens sur des délations secrettes, sur les soupçons les

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