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graves consé

choisirait dans les gardes nationales, avec la troupe, que, par leur exemple et leurs conseils, ils maintiendraient dans le devoir. Le maréchal, de

premier mouvement, rejeta ces propositions, même avec une sorte de dédain , en disant : qu'il ne voulait ni pleurnicheurs ni pleurnicheuses ; et quoiqu'il fléchît un peu ensuite sur celte idée, ce fut avec tant de lenteur et de répugnance, que la mesure ne put malheureusement ni être réalisée, ni empêcher le mal que le mare

le maréchal semblait prévoir sans beaucoup d'inquiétude.

» Cet aveuglement ou celle mauvaise disposition secrète du maréchal eut bientôt les quences qu'avec d'autres intentions le maréchal eût dû redouter.

Quelques témoins pensent que, jusqu'au 13 mars au soir, le maréchal fut fidèle.

» En admettant leur favorable opinion, l'effort n'était

pas

considérable. Le maréchal était parti de Paris le 8 ou le 9. C'était le 8 ou le 9 qu'il avait juré au Roi une fidélité à toute épreuve, et un dévouement tel, qu'il lui ramenerail, selon son expression, dans une cage de fer son ancien compagnon de guerre. Depuis lors, quatre ou cinq jours seulement s'étaient écoulés. Quatre à cinq jours suffisaient-ils à éteindre ce grand enthousiasme ? quatre à cinq jours durant lesquels le maréchal n'avait en

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core ni rencontré d'obstacle, ni vu l'ennemi, n'avaient

pas
dû consommer,

à ce qu'il semble, l'oubli de sa foi.

» Il est triste pour la loyauté humaine d'être obligé de dire qu'il en fut autrement.

Ginq jours seulement après de telles promesses faites à son maître, qui l'avait comblé d'affection et de confiance, et qu'il avait trompé par l'expression démesurée peut-être d'un sentiment dont le monarque ne lui demandait pas l'espèce de preuves qu'il en offrait, le maréchal Ney trahit sa gloire passée, non moins que son Roi, sa patrie et l'Europe, par la désertion la plus criminelle, si l'on songe au gouffre de maux dans lequel elle a plongé la France, dont le maréchal, autant qu'il était en lui, risquait de consommer la perte, en même temps que, sans nulle incertitude, il consommait celle de sa propre gloire. Ajoutons même qu'il trahit sa propre armée restée fidèle jusque-là; sa propre armée, armée, dans laquelle le gros

des soldats savait résister encore aux brouillons et aux mauvais esprits , s'il en était qui cherchassent à l'agiter ; sa propre armée, qu'il est apparent qu'on aurait vue persister dans cette loyale conduite, si elle eût été assez heureuse pour s'y voir confirinée

par

l'exemple d'un chef dont le nom et les faits militaires commandaient la confiance aux soldats; sa propre

armée enfin , qu'il contraignit, en quelque sorte, par les provocations dont il va être rendu compte, à quitter de meilleures résolutions pour suivre son chef dans la route du parjure où il l'entraînail après lui.

» On vient de dire que le maréchal Ney n'avait pas vu l'ennemi.

» On s'est trompé. Il ne l'avait vu que trop: non pas,

il est vrai, comme il convient aux braves, en plein jour et au champ d'honneur, pour le combattre et le détruire, mais, conime c'est le propre des traîtres , au fond de sa maison, et dans le secret de la nuit, pour contracter avec lui une alliance honteuse, et pour lui livrer son Roi, sa patrie, et jusqu'à son honneur.

» Un émissaire de cet artisan des maux de l'Europe, encore plus habile à lramer des fraudes et des intrigues qu'à remporter des victoires, était

parvepu jusqu'au maréchal dans la nuit du 13 au 14 mars dernier. Il lui apportait une lettre de Bertrand, écrite au nom de son maître, dans laquelle celui-ci appelait le maréchal le brave des braves, et lui demandait de revenir à lui. » S'il est vrai

que

le maréchal jusque-là ne fût encore entré dans nul complot, il n'en fallut

pas davantage du moins pour qu'il consentît à trahir ses sermens. Sa vanilé fut flattée ; son ambition se

réveilla ; le crime fut accepté : et ce ne fut pas plus tard qu'au lendemain matin qu'en fut renvoyée l'exécution.

» Le lendemain matin , 14 mars 1815, il révéla cette disposition, nouvelle en apparence ou en réalité, aux généraux de Bourmont et Lecourbe.

» Ceux-ci ont affirmé qu'ils firent leurs efforts pour lui donner de l'horreur d'une telle résolution ; tout ce qu'ils purent lui dire pour l'en pénétrer fut inutile.

» Il les entraîna.sur le terrain où il avait ordonné à ses troupes de se former en carré, et là il lut luimême aux soldats la proclamation suivante :

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Le maréchal prince de la Moscowa aux troupes de son goaver

nement.

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»

« Officiers, sous-officiers et soldats, » La cause des Bourbons est à jamais perdue ! » La dynastie légitime que la nation française a

adoptée va remonter sur le trône : c'est à l'em» pereur Napoléon , notre souverain, qu'il apparw.lient seul de régner sur notre beau pays ! Que 3 la noblesse des Bourbons prenne le parti de s'ex» .patrier encore, ou qu'elle consente à vivre au » milieu de nous , que nous importe ? La cause

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» sacrée de la liberté et de notre indépendance » ne souffrira plus de leur funeste influence. Ils » ont voulu avilir notre gloire militaire; mais ils » se sont trompés : celte gloire est le fruit de trop j nobles travaux, pour que nous puissions jamais » en perdre le souvenir.

» Soldats! les temps ne sont plus où l'on gou» vernait les peuples en étouffant tous leurs droits : » la, liberté triomphe enfin, et Napoléon, notre » auguste empereur , va l’affermir à jamais. Que » désormais cette cause si belle soit la nôtre et » celle de tous les Français ! Que tous les braves » que j'ai l'honneur de commander se pénètrent » de cette grande vérité !

» Soldats ! je vous ai souvent menés à la vic» toire; maintenant je veux vous conduire à cette

phalange immortelle que l'empereur Napoléon » conduit à Paris , et qui y sera sous peu de jours ; » et là, notre espérance et notre bonheur seront v à jamais réalisés. Vive l'empereur ! » Lons-le-Saulnier, le 13 mars 1815.

» Le maréchal d'empire , Signé prince DE LA Moscowa, »

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» On peut juger de l'effet que důrent produire sur la masse des soldats cette conduite et ces ordres d'un chef révéré.

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