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» Depuis le 7 jusqu'au 10, je n'ai eu ni pu me » procurer aucun renseignement, et n'ai rien reçu » d'officiel.

» Je suis dans la position la plus critique que »-l'on puisse imaginer , et je vous prie, mon géi néral , de m'envoyer vos ordres le plus prompte» ment possible. D'après l'ordre général, toutes » les forces sont dirigées sur Moulins, comme » j'ai eu l'honneur de vous en instruire.

» Un officier m'annonce à l'instant même l'ar» rivée du 156. léger; cela ajoute à mon emj barras ; les habitans vont encore faire tout ce » qu'ils pourront pour les ranger à leur manière » de voir.

» L'artillerie m'embarrasse d'une manière cruelle: » tout est employé par le peuple pour ne point la v laisser partir, et je ne sais quel est l'esprit de la » troupe qui doit arriver.

» Je vous prie de donner vos ordres pour que » les troupes ne passent plus par Châlons ; car, a » leur sortie de cette ville, on ne peut plus compler » sur elles.

Agréez, etc.
Sigué, le maréchal de camp,

ROUELLE. » Pour copie conforme, » Le lieutenant-général, comte HEUDELET DE

BIENNE. >>

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Quant à l'avertissement direct du comte Heudelet sur la positiondes choses à Dijon, voici

ses lerines :

Dijon, 14 mars 1815, huit heures et demie da matin.

« Monseigneur, » Le général Rouelle et le préfet de Saône » et Loire ont été obligés de se sauver de Châ» lons-sur-Saône, où une insurrection a éclaté ; »e le peuple a voula les lanterner, a brisé les roues » de l'artillerie , et relenu une vingtaine de cais» sons et six bouches à feu ; et ils se sont échap- .

pés dans la nuit et sont arrivés hier à midi.

» Cet esprit a gagné Dijon ; on y a pris la co» carde tricolore, et des groupes

nombreux

par» courent la ville en criant vive Bonaparte! Il » n'y a pas eu d'autres excès; la gendarmerie et les » troupes refusent de les réprimer. Je ne veux pas » en être plus long-temps le témoin bénévole, et » je compte quilter Dijon très-incessamment pour » m'établir à Châtillon. S'il en est de même dans i celle ville , j'irai à Troyes, el successivement; » mais j'espère que je ne trouverai pas partout des » têtes aussi exaltées ; des légistes de Dijon sont » allés en députation à Bonaparte.

» On rassemble des troupes à Sens, où Mon») sieur se rend,

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» tions

» Les troupes de Bonaparte étaient annoncées » pour aujourd'hui à Beaune; une lettre datée de

Chagny, le 13, d'un major commandant l'avant» garde de l'avant-garde, ainsi qualifié, adressée » au maire de Beaune,

у

demande cinq mille rapour

le 14 au soir ; je n'ai pas cependant » de certitude qu'elles y arrivent; votre présence » doit les inquiéter et les arrêter.

» Je quitterai probablement Dijon aujourd'hui ; » le préfet est déjà parti: si votre altesse a la bonté » de me faire connaître ses mouvemens , je la prie » de m'adresser ses dépêches sur Châtillon; je » compte coucher ce soir à Charceaux.

>> J'ai donné l'ordre d'évacuer sur Auxonne le dépôt de poudre de vente qui était à Dijon, et » qui consistait en trente milliers environ.

» J'ai aussi donné au général Pellegrin celui de » faire entrer à Auxonne celle de la poudrerie de

Vauges, et j'ai donné à ce général le comman» dement supérieur de la ville d'Auxonne.

J'apprends qu'Autun est aussi en insurrection; » des officiers, qui allaient en poste sur cette route » à Moulins, ont été arrêtés par les insurgés.

» Un officier dépêché par Monsieur a passé ici aujourd'hui ; il va à Langres et dans cette di» rection pour faire diriger toutes les troupes sur » Sens; il voulait

essayer de remplir la même

» mission sur Bourg, Saint-Amour et Sellières ;
» mais il n'avait pas passé et avait été en arresta-
» tion quelques heures du côté d'Aulun.

» Je n'ai aucune autre troupe qu'environ deux » cents hommes du 23. ; je ne sais si je pourrai » les conserver ; je ne compte pas plus sur la gen» darmerie. Le 3e. bataillon du 36., qui était fort » d'environ deux cent cinquante hommes, et le >> détachement du 6e, escadron du train d'artille» rie qui était à Châlons, et que M. le général » Rouelle avait fait partir au moment de son dé» part en leur donnant l'ordre de se diriger sur » Dijon, ont déserté.

» Je suis avec respect, Monseigneur,

» De votre altesse, » Le très-humble et très-obéissant serviteur, » Le lieutenant général commandant

la 18°. dwision, Signé, comte HeuDELET de Bienne. »

Quel espoir conserver pour soi lorsque, à une distance éloignée de plus de trois lieues que Lons-le-Saulnier du foyer de l'insurrection, elle éclatait avec tant de violence!

» Mais , Messieurs, le maréchal Ney n'en élait plus à conjecturer, d'après celte agitation des pays environnans, ce qui pouvait lui arriver. Dans la

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nuit du 14 mars, il avait acquis de douloureuses certitudes sur la désertion actuelle d'une portion notable de ses forces, sur l'inévitable défection du surplus.

Déjà, je vous ai cité ce cri d’alarmes que M. le préfet de l'Ain était venu jeter, fort en ayant,

dans la soirée du 13 mars : C'est une rechute de la révolution. En

preuve de ce terrible prononcé, M. de Capelle avait raconté l'entière défection du 76. régiment , stationné à Bourg. Sur les trois bataillons dont il se composait, l'un, servant d'avant-garde au maréchal depuis deux jours , venait de passer à Bonaparte. Les deux autres bataillons, insurgés dans Bourg , gardaient à vue , dans son domicile, le général Gauthier, leur chef.

» Vous avez entendu, Messieurs, sur cette conduite désordonnée du 76., ce qu'en a rapporté le général Gauthier lui-même. Il vous a tout dit, en vous déclarant que ses soldats l'avaient contraint de rejoindre Bonaparte , qu'ils avaient rencontré à Châlons. Qui s'avisera de faire un crime à ce brave officier d'avoir cédé à la violence ?

» Ce qu'elle a opéré à Bourg , infailliblement elle devait l'opérer à Lons-le-Saulnier, sur des troupes dont celles-là formaient l'avant-garde ; tout se transmet avec rapidité dans lous les rangs

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