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ames. C'est donc à peu près sept mille ames par consistoire ; et effecti vement, une loi du dernier gouvernement fixoit à six mille le nombre des réformés qui avoient droit à demander un consistoire. A quelque nombre qu'on porte les diocèses en France, ils auront tous, Fun dans l'autre, de trois à quatre cent mille ames; et cependant, il y a plus de relations entre les fidèles, les simples prêtres et l'évêque, et plus de fonctions pour celui-ci, dans notre communion que dans toute autre; et cependant encore, il faut bien le dire une fois, la religion catholique est la religion de l'Etat. Ne seroit-elle donc la reli gion de l'Etat que pour être moins favorisée par l'Etat que des reli gions particulières ? N'auroit-elle été placée plus haut par la loi, que pour être en butte à plus d'attaques, ou être traitée avec plus d'ins différence? Ses richesses, dans un temps, ont excité l'envie, je le sais; mais je sais aussi que l'administration civile est plus dispendieuse à mesure que la religion l'est moins nous en avons la preuve en France, et bientôt en Espagne. Partout les Etats, en héritant des richesses de la religion, ont hérité de ses charges; et la scule diffé rence est qu'ils lèvent en impôts et dépensent en salaire ce que la religion avoit en propriétés et donnoit en aumônes.

» En France, par des dispositions topographiques, tel diocèse ne peut avoir que cent trente ou deux cent mille ames, tel autre en aura six, sept, huit cent mille, et jusqu'à un million. Là il n'y a que des villes de six à huit mille ames; icí des villes de quarante, cinquante, et cent mille ames. Croyez-moi, Messieurs, quand les hom mes et les choses sont en mouvement, et qu'on a accoutumé les esprits à des idées d'égalité et d'uniformité qui en soi sont bonnes, des inégalités trop choquantes sont tôt ou tard redressées, et la raison de L'utilité locale l'emporte sur les hommes et sur leurs lois. Il n'y aura bientot plus rien d'antique en France, si ce n'est la Convention et scs lois, pour lesquelles on invoque déjà le respect dû aux vicux monumens; et cependant, si la science des antiquaires met tant de prix à restaurer à grands frais, souvent à refaire à neuf, d'anciens monu→ mens du paganisme qui ont servi aux usages les plus profanes et quelquefois les plus barbares, et dont il reste à peine des débris, la religion, cette première et plus vénérable des antiquités, verroit-el'e avec indifférence détruire ces monumens encore tout vivans de la Gaule chrétienne, ces siéges honorés par tant de vertus et de lumières qui se lient aux origines de notre monarchie, qui l'ont reçue au sortir des forêts de la Germanie, et l'ont élevée comme un enfant au berceau? Certes, pour des François et des chrétiens, les siéges de Reims, de Vienne, de Narbonne, sont des antiquités plus respectables que les équivoques ruines des thermes de Julien l'Apostat.

»Et, après tout, quel mal font à l'agriculture, au commerce, à l'industrie, à l'administration civile, deux siéges dans un département, lorsqu'il y a des départemens qui n'en ont pas et n'en demandent point? L'autorité n'est-elle pas trop heureuse de pouvoir faire par donner aux peuples ses rigueurs nécessaires, ses coûteuses exigeanees, en condescendant à leurs affections pour des choses légitimes, qu, si l'on veut, à leurs goûts pour des choses indifférentes ? Le dess

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potisme le plus pénible à supporter, parce qu'il pèse sur la raison même, n'est pas la force qui écrase, mais le caprice qui indispose; et l'on ne comprendroit pas aisément pourquoi on refuseroit l'établissement d'un évéché partout où il seroit placé avec décence et utilité. Si la religion ne défend pas à l'Etat de s'agrandir, pourquoi l'Etat défendroit-il à la religion de s'étendre? Une loi positive ne doit borner que les choses mauvaises ou dangereuses, quand elle ne peut les empêcher. Ainsi le gouvernement peut défendre qu'il y ait plus d'un théatre dans une ville; mais, par la même raison, il n'est pas décant qu'il défende qu'il y ait dans un département plus d'un évèché ou plus d'un hospice; même quand il ne devroit pas y en avoir deux on doit ce respect aux choses bonnes par elles-mêmes, à la religion surtout, la meilleure de toutes, de ne pas en craindre l'excès, et surtout de ne pas constater cette crainte dans une loi. A la longue, dans ce genre; ce qui convient au public se fait malgré les défenses des gouvernemens, ce qui est superflu ne se feroit pas même par ses ordres. Votre commission a donc supprimé cette dernière par- ́ tie de l'article 2.

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Quand on a voulu répandre en France le goût de la littérature, on a multiplié les établissemens littéraires; voulez-vous répandre le goût de la religion, laissez les établissemens religieux se multiplier. Tous les hommes, sans doute, ne seront pas religieux, pas plus qu'ils ne sont tous savans ou littérateurs; mais une nation toute entière devient une nation religieuse, comme elle devient une nation lettrée, c'est-à-dire, qu'elle devient généreuse, aimable, loyale, hospitalière, amie des bonnes œuvres et des bonnes choses, et, n'eût-elle que des vertus mondaines, ces vertus mêmes auroient une teinte de vertus chrétiennes : c'est dans ce sens que le lord-chancelier d'Angleterre disoit, en parlant sur la question de l'émancipation des catholiques: « Jusqu'au dernier moment de mon existence, je soutiendrai » la nécessité absolue d'une religion constituée, non que je veuille » rendre l'Eglise politique, mais je veux rendre l'Etat religieux ».

» C'est avec toutes ces intentions et par tous ces motifs, que votre commission vous propose de rédiger ainsi l'article 2 du projet de loi :

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» Cette augmentation du crédit sera successivement employée : » 1o. A la dotation actuelle de douze siéges épiscopaux ou métropo »litains, et à celle d'autres siéges dans les villes où le Roi le jugeroit » nécessaire. L'établissement et la circonscription de tous ces dio»cèses seront concertés entre le Roi et le saint Siége ».

>> Restent les paragraphes 2 et 3 de l'article 2 du projet de loi, qui portent :

« 29. Une augmentation de traitement aux vicaires qui ne reçoivent >> actuellement du trésor que 250 livres, un traitement aux nouveaux » curés et vicaires à établir, et généralement au sort des fonction»naires ecclésiastiques et des anciens religieux et religieuses ».

3o. Un accroissement de fonds destinés aux réparations des ca>> thédrales, des bâtimens, des évèchés, de séminaires et autres édi>>fices du clergé diocésain ».

Il faut convenir que ces promesses, pour le moment du moins, sont illusoires. L'extinction finale des pensions ne pouvant être opérée qu'au bout de dix à douze ans, et les premières rentrées devant être employées au besoin le plus urgent de la religion en France, c'est-à-dire, à la dotation de nouveaux siéges épiscopaux; d'ici à cette époque, beaucoup de desservans auront souffert, beaucoup d'anciens religieux et religieuses auront achevé dans la misère leur pénible existence; et, d'un autre côté, les édifices se seront encore plus dégradés. Il n'y a à la mesure que propose le projet de loi, ni assez de justice, ni assez d'économie; ni assez de justice envers les` personnes dépouillées de leurs biens, sous la foi de promesses qui n'ont jamais été remplies, ni assez d'économie, puisqu'il faudra, dans quelques années, reconstruire les édifices qu'il suffiroit aujourd'hui de réparer.

» Quelques personnes voudroient qu'on commençat par soulager les curés et les vicaires avant de s'occuper des siéges épiscopaux. Ce tendre intérêt pour cette classe respectable, et que ceux qui s'apitoyoient le plus sur son sort, ont si peu respectée, date de l'assemblée constituante, et même de plus loin, et le motif en est connu. Mais les curés et les vicaires repoussent ces présens empoisonnés; ils désirent des évêques bien plus ardemment que les fidèles, parce qu'ils sentent plus vivement le besoin de ce centre d'autorité, autour duquel se rallient toutes les intentions de bien, toutes les institutions de bienfaisance, toutes les œuvres de charité et d'utilité morale, tout ce dont l'État a besoin et que l'Etat ne peut faire. Si les simples pretres distribueni le pain, ce sont les évêques qui le rompent; si les premiers ont l'enscignement, les autres ont l'autorité: tels sont nos dogmes; et l'enseignement sans autorité produit les sectes et bientôt les factions.

» Votre commission ne peut rien proposer pour l'acquittement effectif et présent des dépenses portées aux paragraphes 2 et 3 de l'article 2 ; mais il ne lui est pas interdit de désirer que sur le fonds de réserve ou de toute autre manière, M. le ministre des finances pût faire l'avance de la somme nécessaire, dût-il la reprendre plus tard sur les extinctions. Dans un système de finance où la prudence même ne peut rin dissimuler, où l'on voit figurer l'opéra, le conservatoire et bien d'au-' tres dépenses dont il ne seroit pas facile de justifier aux yeux des pròvinces l'utilité morale ou même politique, il seroit moral et politique, c'est-à-dire utile et décent, de montrer que le gouvernement ne néglige pas des objets plus importans, et d'éviter surtout les comparaisons qui se font naturellement entre les salaires des hommes les plus subalternes de nos bureaux, et les honoraires des ministres de la religion qui desservent nos paroisses. Nous avons fait preuve d'une honorable fidélité envers tous les créanciers de l'État, sans discuter l'origine de leurs créances; discutons, au contraire, l'origine de la créance que la religion a sur l'État; examinons ses titres, et acquittons envers elle nos engagemens. Déplorable effet de l'esprit du siècle! il ne failut qu'un instant et un décret pour enlever à la religion son opulence; vingt ans et vingt lois n'ont pu encore lui rendre le nécessaire.

» Messieurs, en portant un coup-d'œil général sur l'ensemble du

projet de lei, vous remarquerez que les fonds assignés sont éventuels, l'époque de leur emploi en dotation d'évéchés, indéterminée, et que l'exposé laisse même quelque incertitude sur l'intention du gouvernement, d'en augmenter le nombre. Cette loi est donc encore provisoire, car il est écrit que nous n'en sortirons pas, et l'on diroit qu'une force secrète nous y retient malgré nous. Cette terre si remuée par la révolution seroit-elle, comme dit Bossuet, incapable de consistance, et n'oseroit-on y hasarder aucune construction solide? Je crois cependant qu'avec plus de confiance en lui-même, en nous et surtout en la force infinic de la vérité et de la raison, peut-être avec moins d'indulgence pour ces doctrines qui ont autrefois fait quelque bruit dans le monde, et qui, pour en faire encore, désespérant de se faire écouter, ont voulu se faire craindre et se sont jetées dans les intrigues politiques; je crois que le gouvernement auroit pu proposer en faveur de la religion, une loi plus décisive et plus compléte, que la France espéroit comme un bienfait, que l'Europe attendoit comme une garantie. Votre commission a eu devant les yeux ce double objet, et elle se flatte encore que le ministère acceptera ses amendemens, adoptés par elle à l'unanimité absolue de sentimens religieux, quoiqu'il y ait eu quelques différences d'opinions politiques..... ».

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

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PARIS. Le dimanche 6, M. l'abbé Frayssinous a donné sa neuvième conférence qui avoit pour objet de venger la doctrine catholique du reproche d'intolérance et de cruauté. Les ennemis de la religion nous accusent de damner sans miséricorde et les enfans morts sans baptême, et les hommes qui vivent dans des communions séparées de l'église romaine, et les infidèles. M. Frayssinous a distingué ces trois classes, et, après avoir présenté l'objection dans toute sa force, il a pris soin de prévenir qu'il ne falloit pas confondre la doctrine de l'Eglise avec les opinions de quelques théologiens. Les enfans morts sans baptême ne peuvent être admis à la béatitude éternelle; mais saint Augustin disoit d'eux qu'il n'oseroit décider s'il seroit meilleur pour eux de n'être point que d'être comme ils sont, et saint Thomas enseigne qu'on n'est point sujet à la peine du sens par le seul fait du péché originel, et que l'on est seulement privé de la vision intuitive de Dieu, don gratuit et surnaturel auquel l'homme n'a aucun droit. Si donc ces enfans sont exclus de la présence de Dieu, il n'est pas défendu de croire qu'indépendamment de cette privation, leur condition peut être supportable. L'Eglise n'a rien prononcé sur leur

sort, et c'est une question abandonnée à la discussion des écoles. Quant aux adultes, tous les théologiens enseignent qu'on pent appartenir à l'Eglise, sans être dans sa communion extérieure, et qu'elle a des enfans cachés dans les sectes séparées de l'unité. La grâce du baptême qui sauve les enfans dans les communions hétérodoxes, ne sera pas perdue pour les adultes qu'y retiennent la bonne foi, les préjugés de l'éduca'ion et une ignorance invincible. Tout homme placé dans une ignorance invincible des vérités de la foi ne sera jamais puni de Dieu pour n'avoir pas cru ces vérités; autre chose est d'être puni pour avoir abusé des lumières de sa raison, ou d'être condamné pour n'avoir pas cru ce qu'il étoit impossible de connoître. Nous disons avec l'apôtre que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connoissance de la vé rité, et nous savons que sa sagesse, sa puissance et sa bonté lui fournissent mille moyens de les éclairer. Ces principes, qui peuvent s'appliquer diversement aux hérétiques de bonne foi et aux infideles, suffisent donc pour disculper le dogme catholique de cruauté. M. Frayssinous a traité ces questions délicates avec beaucoup de netteté et de réserve; il a cité des autorités imposantes, saint Augustin, Salvien, saint Thomas, Bossuet, Nicole, et il a développé la doctrine enseignée par. la faculté de théologie de Paris dans sa célèbre censure contre l'Emile, en 1762. On peut voir aussi sur ces matières M. Duvoisin dans l'Essai sur la tolérance, qui est à la suite de sa Démonstration évangélique, ou bien M. le cardinal de la Luzerne dans son Instruction pastorale sur la révélation. Lá dernière conférence de M. Frayssinous aura lieu le dimanche 3, et traitera de la vérité; l'orateur a prévenu que ce discours seroit dans un genre plus grave et plus abstrait que les pré

cédens.

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- M. Coroller, curé de Saint-Louis en l'Ile, à Paris, est mort, le lundi 7, dans un âge très-avancé. Il étoit du diocèse de Quimper, et avoit été nommé à la cure de Saint Louis en 1785. Il fit le serment, en 1791, le rétracta après la terreur, et ne prit depuis aucune part aux démarches des constitutionnels. Après le Concordat, on le laissa dans sa cure. Cette paroisse avoit perdu, il y a quelques mois, M. Dronchat, prêtre estimable, né en Savoie, et qui avoit refusé le serment de 1791.

La ville de Pont-l'Evêque avoit joui, l'avent dernier,

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