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d'une mission dont nous avons raconté les heureux succès dans notre XXVIe volume. Les missionnaires y donnèrent encore à la fin de février et au commencement de mars une retraite de quinze jours pour consolider le bien qu'ils avoient opéré ; puis ils se rendirent à Honfleur où ils étoient impatiemment attendus. Cette mission commença le premier dimanche de carême par une procession à Notre-Dame-de-Grâce, pélerinage près de la ville, et qui est révéré dans tout le pays. Dès le lendemain les églises se trouvèrent remplies; les habitans de la ville et des campagnas accouroient aux exercices; les cérémonies, quoiqu'elles se fissent deux jours de suite, un pour les hommes et l'autre pour les femmes, étoient aussi nombreuses que touchantes, et les instructions des missionnaires firent tout leur effet. Quoiqu'ils fussent au nombre de sept, et qu'ils fussent aidés par le clergé de la ville et des environs, ils ne pouvoient suffire aux confessions. Nous n'essayerons point de compter les conversions qui se sont opérées, mais nous pouvons dire que le changement fut général dans la ville. L'esprit de piété, de charité et de concorde avoit succédé aux haines, aux querelles et à l'indifférence pour le salut. Le jour de la plantation de la croix fut un jour de triomphe pour la religion. Les rues étoient décorées, et la croix, portée en pompe, fut plantée au bruit du canon, au son des instrumens et au chant des cantiques, dans le lieu même où l'ancienne étoit placée avant la révolution. M. l'évêque de Bayeux arriva le mercredi de Pâque pour couronner les travaux de ses missionnaires. Il fut conduit processionnellement au calvaire, et, de retour dans l'église, il adressa une exhortation au peuple, et lui donna sa bénédiction. Le jeudi et le samedi il administra la confirmation dans les deux églises; 2400 personnes recurent le sacrement; près de la moitié étoient des hommes, et parmi ces derniers, des vieillards, des personnes décorées, et les plus notables habitans. M. l'abbé Boscher, grand vicaire, prêcha ces deux jours. Le dimanche de Quasimodo, jour marqué pour la clôture, on fit encore une procession à NotreDame-de-Grâce. L'évêque y assistoit avec MM. de Créquy et Boscher, ses grands-vicaires M. Lewembruck fit un discours très-touchant, et le prélat en improvisa aussi un qui fut très-goûté. Les missionnaires partirent la nuit même pour se rendre à Cahagnes, arrondissement de Vire, dans le même diocèse, où ils ont commencé dimanche dernier une nouvelle

mission. M. l'évêque et tout le diocèse se félicitent de posséder des hommes si zélés et si dévoués à l'œuvre pénible qu'ils ont entreprise.

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NOUVELLES POLITIQUES.

PARIS. Le S, le Roi a reçu les ambassadeurs et ministres des puissances étrangères, à l'occasion de l'anniversaire de la rentrée de S. M. dans sa capitale, et de la cérémonie du baptême de Mr. le duc de Bordeaux. M. Macchi, archevêque de Nisibe et nonce de S. S., a complimenté le Roi au nom du corps diplomatique. Le même jour, M. le comte de Pralonne, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Sardaigne, a présenté au Roi, en audience particulière, les lettres qui l'accréditent auprès de la cour de France, et la lettre que son souverain Charles-Félix écrit à S. M. sur son avénement au tróne.

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- Mgr. le duc de Bordeaux vient d'avoir deux dents; ce travail n'a altéré en rien la santé du jeune prince.

- S. A. R. MADAME, duchesse d'Angoulême, a envoyé 300 francs à M. le curé de Collé-le-Vivier (Mayenne), pour les réparations de son église.

Le 10, la cour de cassation a rejeté le pourvoi du chef d'escadron Duvergier, qui a été conduit à Sainte-Pélagie, où il doit rester jusqu'en 1826.

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M. l'abbé Nicolle, membre du conseil royal d'instruction publi-` que, et recteur de l'Académie de Paris, et M. l'abbé Burnier-Fontanel, doyen de la faculté de théologie de Paris, sont nommés membres de la Légion-d'Honneur.

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Le jour du baptême de Mgr. le duc de Bordeaux a été signalé par un grand nombre de traits de bienfaisance. A Luneville, Mme, la princesse de Hohenlohe a fait distribuer 1200 livres de pain aux pauvres, et le conseil municipal a disposé d'une somme de 401 francs, pour doter un enfant dont l'époque de la naissance est le plus voisin du er. mai. A Tours, Mme. de Waters, femme du préfet du département, a donné une gratification aux parens des deux enfans nés le même jour que le jeune prince.

Le 1er. mai, un vaisseau de 118 canons, en construction à Cherbourg, a reçu le nom du duc de Bordeaux. Le même jour on a lancé à Brest, la frégate l'Amazone, au milieu des témoignages de l'allégresse publique.

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Le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel, a renouvelé le 13 avril son acte d'abdication du 13 mars, et l'a adressé à tous les grands corps du royaume.

Le prince de la Cisterna, et plusieurs autres chefs de la révolu→ tion piémontoise, qui s'étoient retirés à Genève, ont eu ordre d'en

sortir.

Les révolutionnaires qui avoient fait une tentative pour exciter

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une révolte à Ancarano, dans l'Etat de l'Eglise, ont été jugés par tine cour spéciale, à Ancóne, et condamnés à mort au nombre de cinq. La situation de l'Espagne devient de jour en jour plus critique. Depuis la publication de la loi contre les infractions à la constitution personne ne sort plus la nuit sans être armé. Des arrestations ont lieu partout. Le chanoine Venuesa a été condamné à mort. Des grands troubles avoient en lieu à Tolède. Le marquis de Londonderry (lord Castlereagh) a déclaré au parlement d'Angleterre que la marche des troupes russes ne paroissoient point avoir l'Espagne pour objet.

La corvette Maria da Gloria, expédiée par le roi de Portugal et du Brésil, a apporté à Lisbonne la nouvelle que le roi avoit donne une adhésion complète et illimitée à la nouvelle constitution de Portugal. Le prince royal a prêté serment, tant en son non qu'au nom de roi son père.

CHLAMBRE DES PAIRS.

Affaire de la conspiration du 19 août 1820.

Le 8, après l'appel, M. Cauchy fils, greffier-adjoint, donne lecture des ordonnances renues par M. le chancelier contre les contumaces, M. de Peyronnet, procureur-général du Roi, requiert qu'il plaise à la cour de déclarer que la cause des accusés absens sera jointe à celle des accusés présens, attendu que les résultats de cette mesure lui paroissent devoir être favorables aux intérêts des accusés absens, sans être préju diciables aux intérêts des accusés présens. MM. Hennequin et Berville, avocats des accusés, parlent contre la jonction demandée. M. de Peyronnet réplique à l'un et l'autre des avocats, et persiste dans son rés quisitoire. Après une heure et demie de délibération, la cour a ordonné qu'il seroit passé outre aux débats de l'accusation intentée contre les individus présens. M. le chancelier a ouvert sur-le-champ les débats. M. Parquin, avocat, a déclaré, au nom de tous les accusés, qu'ils res nonçoient à toutes les questions préjudicielles.

Le 9. M. le procureur-général a la parole pour présenter l'analyse des faits de la cause. Son discours a duré trois heures et un quart. M. de Peyronnet a rappelé, dans un ordre très-lumineux, les principaux faits contenus dans l'acte d'accusation. Il avoit réservé pour la fin les faits relatifs aux trcis officiers de la garde royale qui figurent au procès, Hutteau, Laverderie et Trogoff, lesquels ne sont entrés dans le complot qu'après une longue résistance, et ont fait l'aveu de leur crime. Après le discours de M. le procureur-général, on procède à l'appel des témoins, Les témoins à charge sont au nombre de cent quatre-vingt-deux, dont neuf sont absens; il n'y a que neuf témoins à décharge. Le premier témoin qui est introduit est Edme Petit, sergent major au 2. régiment d'infanterie de la garde royale. Me. Du mont, avocat des accusés, fait observer à la cour que le témoin est dénonciateur. M. l'avocat-général Vatimesnil répond que, quand cela seroit, la dénonciation en pareil cas seroit hencrable. Un autre avo

rai, M. Barthe, reproduit les argumentations de son collègue. La cour crdonne qu'il sera passé outre à l'audition du témoin Petit.

Le ro, le témoin Petit prête serment, et rend un compte détaillé des moyens employés par les accusés Robert et Gaillard pour le faire entrer dans le complot; il parle des relations qui existoient entre ces deux officiers, le capitaine Nantil et M. de Laverderie, autres accusés. Les accusés Robert et Gaillard contestent plusieurs circonstances de sa déposition; selon eux, il n'étoit pas question d'une attaque contre la famille royale, mais seulement d'un changement dans le ministère. Plusieurs pairs ont adressé diverses questions au témoin et aux accusés. On passe à l'audition du second témoin, Vidal, qui fait à peu près la même déposition que le sieur Petit. Il dit qu'ayant demandé à Gaillard et à Sculfort, adjudant de la légion du Nord, ce qu'on vouloit faire du Roi, Gaillard répondit qu'il falloit du sang, et ajouta peu après, qu'on vouloit se saisir de la famille royale, et la conduire hors de la frontière, après avoir pris tous leurs trésors. Sur la demande de M. Parquin, avocat, la cour décide que le témoin Chénard, attaché à la police militaire, et qui n'est que le vingtième dans Fordre de la liste des témoins, sera entendu sur-le-champ. Chénard dépose que Nantil lui a nommé trois généraux qui étoient dans le complot, les généraux Laffitte, Merlin et Lafayette.

CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

Le 8, la chambre entend d'abord un rapport fait, par M. de Berbis, au nom de la commission des pétitions. M. Barthe-Labastide, autre rapporteur de la même commission, propose l'ordre du jour sur Ja pétition du sieur Olivier, qui demande que les lois d'exception ne soient votées que pour le temps d'une session à l'autre. M. de Girardin parle pour le renvoi au bureau des renseignemns. L'ordre du jour est prononcé à une troisième épreuve, les deux premières ayant été douteuses. De vifs débats s'engagent à l'occasion de la pétition du sieur Arnoux, qui recommande de prendre des mesures pour la conservation du Roi et de la famille royale, en faisant des voeux pour que l'on découvre les auteurs de l'explosion du 27 janvier dernier. La commis sion propose le renvoi au bureau des renseignemens.

M. B. Constant demande le renvoi au président du conseil des mi nistres, attendu, dit-il, qu'il y va de l'honneur des ministres d'éclaireir cette affaire. M. le garde des sceaux répond au préopinant. M. de Chauvelin appuie la proposition de M. B. Constant, et attaque aussi la conduite du ministre dans cette affaire. M. le garde des sceaux dément formellement les allégations de M. le marquis de Chauvelin. Enfin, on prononce le renvoi au président du conseil des ministres et au bureau des renseignemens. La chambre renvoie ensuite, malgré plusieurs membres de gauche, au ministre de l'intérieur et à la commission sur la loi municipale, une péti isu des délégués des signataires de la requête présentée au Roi par les marchands et artisans à

Paris, qui demandent le rétablissement des corporations, dans l'inté→ rêt des mœurs et de l'industrie.

On reprend la discussion sur le juri. Le projet de loi est appuyé par M. Ollivier (de la Drome), et combattu par MM. Robin Scévole et Kératry. M. Royer-Collard parle en faveur de l'amendement de M. de Cassaignolles.

Leg, M. de Bourrienne, l'un des rapporteurs de la commission du budget, chargé de la partie des dépenses, a la parole, M. le rapporteur passe successivement en revue les dépenses des ministères, et indique diverses économies. La commission propose de supprimer la somme de 50,000 francs destinée à l'encouragement de l'enseignement primaire, parce que ces fonds sont employés, pour la plus grande partie, à fa veriser un système d'enseignement peu en harmonie avec nos institutions.

M. Bourrienne passe au chapitre du clergé, et exprime le regret de la commission de n'avoir pu adoucir, comme elle le désiroit, la situation des ecclésiastiques, et réparer les vides qui se font chaque jour dans le clergé. M. le rapporteur annonce que le budget du clergé étcit, l'année dernière, de 22,600,000 fr.; le montant des extinctions de pensions, évalué à 700,000 fr., le porte à 21,900,000 fr., et en outre 100,000 fr. sont accordés aux communes pour les réparations de leurs églises.

La chambre accorde un congé à M. Pavée de Vandoeuvre. On reprend la discussion relative au juri. M. Favart de Langlade vote l'adoption du projet. L'amendement de M. de Cassaignolles est appuyé par MM. Dupont (de l'Eure) et Etienne. M. le ministre des affaires étrangères a combattu les objections proposées.

Le 10, M. de Magneval fait un rapport au nom de la commission des pétitions. On renvoie à la commission du budget la pétition du sieur Colombeau et d'autres colons de Saint-Domingue, qui se plaignent de l'insuffisance des secours qu'on leur accorde. M. de la Bourdonnaye, rapporteur de la commission du budget pour la partie des recettes, analyse toutes les parties du budget, et se livre à des considérations qui ont excité plus d'une fois les murmures de la gauche; il trouve le mode actuel de répartition infiniment moins favorable à la propriété et à l'agriculture. Il résulte de ce rapport que le produit brut des recettes est de 889,321,743 francs, à quoi il faut ajouter le produit des poudres et salpêtres; ce qui fait 894,481,634 francs. L'excédent de la recette sur la dépense est de 6,783,471 francs. La chambre ordonne l'impression et la distribution du rapport. La discussion aura lieu après celles sur le clergé et sur les donataires. Dix-sept membres sont inscrits contre, et seize pour.

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On reprend les débats sur l'article 351 du Code criminel. M. Piet appuie le projet de loi. On ferme la discussion. M. Dartigaux, rapporteur, fait le résumé des débats, et persiste dans ses conclusions.. M. le président lit l'amendement de M. de Cassaignolles. Cet amendement est combattu par M. Rivière, et défendu par M. de Saint-Aulaire. La chambre n'étant pas en nombre suffisant pour délibérer, la séance, est levée.

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