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en recommandant l'abnégation de soi-même; il avoit condamné les richesses comme des moyens de perdition. Les évêques changèrent tout; ils exercèrent le pouvoir, possédèrent de grandes richesses qu'ils acquirent en trompant ceux qui les leur concédoient.... Ils les trompèrent en vendant des expiations, des absolutions ». (Tome I., page 253). Il n'en faut pas davantage, ce semble, pour apprécier l'ouvrage, et, comme il y sera nécessairement souvent ques tion d'établissemens religieux, d'églises baties, de couvens fondés, et d'autres semblables monumens où l'auteur ne voit sans doute que l'effet de la superstition, de l'ignorance et de l'imposture, on peut bien s'atten dre à y trouver de longues déclamations contre les prêtres, les moines et les pieux fondateurs qui ont attaché, leurs noms à des institutions religieuses et charitables. Il est tout simple d'ailleurs que M. Dulaure écrive dans cet esprit; un homme qui a eù l'honneur d'être membre de la convention ne doit regarder qu'en pitié ceux qui vivoient dans des temps moins prospères; de plus le jugement qu'il a porté contre un roi prisonnier et malheureux peut faire pressentir avec quelle impartialité il jugera comme historien les prédécesseurs et les ancêtres de ce même prince. Enfin d'autres écrits, empreints du cachet de la révolution, ne laissent point lieu de douter que celui-ci ne soit marqué au même coin. Nous ne nous étonnons donc nullement de ce que M. Dulaure publie de tels ou-vrages; mais nous avons lieu d'être surpris que l'on compte sur des ecclésiastiques pour souscrire à de pareilles entreprises, et que l'on adresse un Prospectus, rédigé dans cet esprit, à un prêtre respectable, pour qui cet envoi est une sorte d'injure.

La société des missionnaires de France établit en ce moment une maison à Marseille, M. l'abbé Rauzan se trouve en cette ville pour terminer cette affaire, et

quelques-uns des missionnaires qui se trouvoient à Paris sont partis, il y a deux jours, avec M. l'abbé Guyon, pour aller commencer l'établissement. M. l'abbé Rodet doit être supérieur de la maison, et avec lui cinq ou six de ses collègues. Les missionnaires donneront une retraite, qui doit être terminée le vendredi, lendemain de l'octave de la Fête-Dieu, jour consacré au Sacré-Cœur, par une cérémonie qui rappelle le désastre de Marseille,

il

y a précisément cent ans, et le vœu des habitans. Il y aura ce jour là une procession en mémoire de la délivrance de la ville; M. l'archevêque d'Aix se propose d'y paroître avec les mêmes signes extérieurs de pénitence qu'y montra autrefois M. de Belzunce. Le même jour, 29 juin, on posera la première pierre de la nouvelle église de Saint-Ferréol, que l'on a arrêté de reconstruire également en mémoire d'un événement si célèbre dans les annales de la ville.

NOUVELLES POLITIQUES.

PARIS. Le 7, une messe des morts a été célébrée, à la chapelle du château, pour l'ame de S. A. R. Mme. Victoire de France, tante du Roi.

MADAME, duchesse d'Angoulême, a envoyé 300 francs à M. l'abbé Dutemple, vicaire de Notre-Dame de Valencienne, et chargé en même temps de desservir la cure de Marly, lequel avoit fait exposer à la Princesse les besoins de son église, et le peu de ressources que lui offroit pour la réparer la pauvreté des habitans.

Le dimanche 3, S. A. R. Mme. la duchesse de Berri s'est rendue à l'Asile royal de la Providence, où elle a été reçue par MM. les curés de Saint-Germain-l'Auxerrois et de SaintRoch, par l'aumônier de la maison, les membres du conseil du comité et les dames de la commission de secours. S. A. R. a visité l'établissement dans ses moindres détails, et a adressé des paroles consolantes aux vieillards et aux orphelins. L'auguste Princesse a témoigné sa satisfaction sur la bonne tenue de la maison, et est remontée en voiture aux cris de Vive le Ror! vivent les Bourbons! vivent Mme. la duchesse de

Berri et Mgr. le duc de Bordeaux! S. A. R. avoit envoyé, peu auparavant, à cet établissement, une somme de 1200 fr., tant en son nom qu'en celui de ses augustes enfans. Pour signaler par un bienfait l'époque de la visite de la Princesse, le conseil et la société ont disposé de deux places en faveur de deux femmes âgées.

On ne sait pourquoi deux journaux, d'ailleurs estimables, le Drapeau-Blanc et la Quotidienne, en rappelant l'anniversaire de la mort de Louis XVII, la placent au 5 juin. C'est le 8 juin 1795, à deux heures après midi, que cet infortuné Prince mourut; voyez les Mémoires historiques sur Louis XVII, par M. Eckard, 3. édition, Paris, 1818, in-8°. , page 286; et en effet le Roi actuel a toujours daté du 8 juin 1795 son avénement au trône.

-Le 27 mai, M. le comte de Cossé-Brissac, gentilhomme d'honneur de S. A. R. M. le duc de Bordeaux, a posé, au Mans, au nom du jeune Prince, la première pierre de l'hôpital Dieudonné. Après la cérémonie, M. de Cossé-Brissac a remis, de la part de Mme. la duchesse de Berri, une somme de 1000 fr. à MM. les curés de la ville, pour les pauvres.

M. le marquis de Bonnay, ancien ministre de France à Berlin, est nommé gouverneur du château royal de Fontainebleau, en remplacement de M. le maréchal duc de Coigny, décédé.

?

La fabrique de l'église catholique de Colmar a fait fonder, à la caisse de survivance et d'accroissement, plusieurs actions sur la tête de M. le duc de Bordeaux, au profit de dix jeunes enfans pauvres nés le même jour que le jeune Prince.

Le 5, un affreux incendie a éclaté à Valenciennes, à la porte de Lille, où se trouve le magasin à poudre. A dix heures du soir, une forte explosion se fit entendre, et répandit l'alarme dans toute la ville. Les bombes et les obus éclatoient partiellement. Quatre tours, qui renfermoient un amas considérable d'armes et de munitions, se sont écroulées. Heureusement que le feu n'a pas pénétré jusqu'au magasin souterrain. La perte est considérable. Un seul homme a été blessé à mort. On ignore encore la cause de cet horrible évé

nement.

Le roi de Prusse est attendu à Coblentz et à Aix-la-Cha

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pelle.

Ceux qui sourient à tous les projets de révolte, et à toutes les nouvelles de révolutions, ont jeté un cri de joie quand ils ont appris les insurrections qui éclatent sur plusieurs points de la domination turque. Ils ont salué par leurs acclamations les Grecs comme les restaurateurs des beaux jours de cette contrée féconde en souvenirs, ou comme de dignes défenseurs des idées libérales. Ceux qui voient les choses de plus près, ou avec un peu plus de sang-froid, ne partagent pas entièrement cet enthousiasme. En gémissant de l'oppression où un peuple infidèle retient une nation entière, ils ne se dissimulent pas que celle-ci est elle-même fort intolérante. Ces Grecs, qui crient si fort contre le joug des Turcs, sont les plus ardens ennemis des catholiques et des Francs: on a vu quelle a été la violence de leurs procédés dans la dernière persécution qu'ils ont suscitée contre les catholiques, à Damas. L'insurrection actuelle n'est pas inspirée par des vues plus ou moins libérales; il n'étoit question que de proscrire indistinctement les Francs et les Turcs. Les têtes n'étoient pas moins échauffées contre les Latins et les Grecsunis, que contre les infidèles. Ainsi ce qu'on vouloit, ce n'étoit pas seulement de se délivrer de l'oppression, car assurément les catholiques n'ont ni la volonté ni le pouvoir d'opprimer les Grecs; mais le fanatisme et la haine paroissent avoir seuls provoqué ce mouvement. La suite nous apprendra ce que l'on peut apprendre d'une révolution dirigée par de tels motifs.

CHAMBRE DES PAIRS.

Le 5, la cour a entendu successivement un assez grand nombre de témoins, presque tous militaires, qui rapportent des faits relatifs à plusieurs accusés. Le soldat Jacquot déclare que le lieutenant Lecoutre, étant aux arrêts, le 15 août, lui dit qu'il seroit bientôt délivré, et lui donna d'amples détails sur la conspiration. L'accusé Lecoutre nie le fait. Le témoin Auvray dit que les déclarations qu'il a faites contre Lecoutre sont fausses, et qu'il ne les fit que dans l'espoir de sortir de prison. M. le comte de Saint-Roman trouve bien singulier que l'imagination du témoin lui ait fait deviner précisément des choses que tant d'autres témoins ont fait connoitre. Auvray persiste dans ses dernières déclarations.

Le 6, on entend plusieurs témoins, parmi lesquels est le capitaine Bedoch, qui charge Brédard, et le sergent-major Rubenoffen, qui inculpe Deque vauvilliers. La liste des témoins à charge étant épuisée

(il y en a eu 181 entendus), M. le chancelier procède à l'interrogatoire des accusés de la légion du Nord; ils prétendent qu'ils n'ont pas proposé d'entrer dans le complot, mais ont seulement débité des nouvelles qui couroient. M. de Pontécoulant se plaint de la négligence des agens de police; le procureur du Roi répond qu'ils ont agi d'après les ordres du gouvernement. MM. de Pontécoulant et Boissy-d'Anglas pa roissent mécontens de l'observation.

Le 7 juin, le sergent Petit déclare n'avoir pas vu Laverderie, le 19, a l'appel. L'avocat de celui-ci regarde cette circonstance comme fort importante. Le baron Bertrand, lieutenant des gardes du corps, et un autre garde du corps, rendent compte des liaisons de l'accusé Lacombe, qui s'occupoit, dit-on, plus de ses plaisirs que de conspiration. Des témoins, appelés pour dire ce qu'ils savent de l'organisation et du but du Bazar, déclarent qu'ils regardent l'établissement tout-àfait comme commercial.

M. le duc de Bellune devoit être entendu; mais il est absent pour cause de service, et l'accusé Sausset renonce à l'assigner. La liste des témoins à décharge est épuisée. Le procureur-général prendra ses conclusions à la séance suivante.

CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

Le 5, l'ordre du jour est la reprise de la discussion sur le budget. M. Delessert indique plusieurs améliorations sur les finances; il propose, entr'autres amendemens, la suppression de la loterie, à compter du 30 juin de l'année prochaine, en assurant un sort aux employés que cette suppression laisseroit sans place. L'impression de son discours est prononcée. M. Beauséjour établit, dès l'abord, que la doctrine qui fonde les gouvernemens sur le droit divin est une chimère qui ne sau roit être professée dans un siècle de lumières. L'honorable membre crifique les lois relatives aux pensions ecclésiastiques et aux dotations; il regarde comme un luxe inutile les sommes dépensées pour la statue de Henri IV, pour les églises de Paris et de Saint-Denis, et pour les fêtes données le jour de la Saint-Louis; enfin il conclut au rejet du budget comme étant mal fait, abusif, et contraire aux intérêts nationaux. L'impression du discours est mise aux voix et rejetée à une fortę majorité.

M. Crignon d'Auzouer présente quelques considérations générales, et vote pour que l'on s'occupe immédiatement de la délibération sur les articles du projet. M. de Mirandol propose plusieurs amendemens. La clóture de la discussion est demandée et prononcée à la presqu'unanimité. MM. de la Fayette, Demarçay et de Corcelles se sont levés seuls à la contre-épreuve.

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M. de Bourrienne, l'un des rapporteurs de la commission, fait le résumé des débats, et répond en même temps à quelques-unes des assertions des adversaires du projet. M. le président donne lecture du 1er. article, malgré plusieurs membres de la gauche, qui demandent que la délibération ne soit ouverte que le lendemain. Le 1er, article. relatif à la dette consolidée, ouvre au ministre des finances un crédit de 242,654 fr. de rentes, cinq pour cent consolidés. Après une discus

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