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zèle, en cette rencontre, furent le marquis et la marquise de Buckingham, lord Arundell, le célèbre Burke, MM. Stanley et Wilmot, les docteurs Scot et Gregory, etc. On sentit cependant bientôt que les dons particuliers, quelques considérables qu'ils fussent, ne pourroient suffire à des besoins sans cesse renaissans. Il y avoit alors en Angleterre environ huit mille prê tres, deux mille laïques émigrés, et, de plus, des religieuses angloises et françoises, qui avoient été obligées de quitter leurs couvens. A la fin de 1793, le parlement vota une somme pour distribuer des secours aux prêtres et aux émigrés. Ce vote fut renouvelé tous les ans, et on calcule que, jusqu'en 1806, il fut distribué un total de 46,620,000 fr. La répartition des secours fut confiée à un comité, présidé par M. Wilmot, et qui abandonna tout ce qui regardoit le clergé à M. l'évêque de Saint-Pol de Léon. On établit une échelle pour la quotité des secours. Les évêques recevoient un traitement plus fort.

La munificence du parlement ne suspendit point le cours des libéralités particulières, et on croit que les dons privés, et dont l'état n'a point été dressé, se montèrent au moins à un million. M. Wilmot donna jusqu'a la fin ses soins à cette bonne œuvre, qui ne fut point un effort passager de bienfaisance, mais le développement continu d'une charité aussi constante qu'active. Une femme surtout merite d'etre citée parmi les personnes les plus zélées pour assister les proscrits. Mme. Dorothée Silburn, dame catholique, chez laquelle logeoit M. l'évêque de Saint-Pol de Léon, et la même dont nous avons annoncé la mort dans le n°. 649, se dévoua au soulagement des prêtres françois; elle fear procuroit des vêtemens, de la nourriture, du travail, des remèdes; dépositaire d'aumônes, elle es repandoit avec un discernement et une adresse qui en multiplioient les heureux effets; elle s'étoit acquis, par sa

prudence et sa bonté, l'estime et la confiance générales, et le roi d'Angleterre lui accorda une pension de 2500 fr. pour la mettre à portée de faire plus de bien. M. l'évêque de Saint-Pol de Léon obtint vingt-quatre lits à l'hôpital de Middlesex pour des prêtres ou émigrés; on établit pour eux des apothicaireries où l'on délivroit aux mala es des remèdes gratuits; des médecins charitables se consacroient à les visiter. Le gouvernement assigna le château de Winchester pour servir de résidence aux prêtres, et il y en eut jusqu'à sept cents; ils y vivoient en communauté, sous la direction d'un supérieur qu'ils avoient choisi, M. Martin, Eudiste, ancien supérieur du séminaire de Lisieux. Is y éprouvèrent particulièrement la généreuse bienveillance du marquis et de la marquise de Buckingham; la marquise visitoit les malades, et leur donnoit des soins et des secours. En 1797, le gouvernement ayant eu besoin du château de Winchester pour d'autres usages, les prétres françois furent envoyés à Reading, à Thame et à Paddington.

Dès l'origine, le roi d'Angleterre avoit écrit à l'archevêque de Cantorbery, pour qu'il invitât les ministres anglicans à recommander aux peuples les prêtres et les émigrés. Le gouvernement donna des ordres, dans les villes, pour qu'on leur fit accueil. L'Université d'Oxford fit imprimer, à ses frais, en 1796, une édition latine du nouveau Testament, selon la Vulgate, pour être distribuée à nos ecclésiastiques; car la précipitation de leur départ avoit empêché la plupart d'emporter les choses les plus nécessaires. L'évêde Saint-Pol de Léon remercia l'Université, au nom de ses compatriotes, par une lettre latine du 6 mai 1796. Deux mille exemplaires de cette édition furent donnés par l'Universite, et le marquis de Buckingham en fit distribuer encore, à ses frais, un égal nombre entre les prêtres. La marquise sa femme, et

que

beaucoup de riches Angloises, formèrent, en 1795, une association pour secourir les Françoises malades ou en couches; elles s'assembloient quelquefois chez l'évêque de Saint-Pol de Léon pour régler la distribution des secours, et cette bonne œuvre se répandit de la capitale dans plusieurs villes du royaume.

La conduite du clergé françois au milieu de si rudes épreuves fut digne de la cause qu'il soutenoit. Transportés, dit M. Butler, dans une contrée étrangère, où ils trouvoient des mœurs et une religion différentes, ils se concilièrent le respect par leur réserve et leur sagesse ; ils ne dissimulèrent point leur attachement à leur croyance, et n'en furent que plus estimés. Plusieurs d'entr'eux s'étant trouvés hors dubesoin, soit

par

d'heureuses circonstances, soit par leur propre industrie, remirent les secours qu'on leur accordoit, pour tourner à l'avantage de leurs confrères. Quelques évêques, qui avoient d'autres ressources, ne touchèrent. point la somme qui leur étoit assignée. Des prêtres, qui rentrèrent successivement en France, firent passer à M. l'évêque de Saint-Pol de Léon des fonds, fruit de leur économie ou des offrandes des fidèles. Quand on apprit en Angleterre la déportation des prêtres, ordonnée par le directoire, après le 18 fructidor, on fit une quête dans le clergé en leur faveur, et des proscrits trouvèrent moyen d'envoyer à d'autres proscrits une somme de plus de 24,000 fr., qui fut confiée aux soins d'un jeune officier de marine, M. de La Gran dière. Le clergé françois montra la même générosité à l'égard des militaires et marins françois que les événemens de la guerre avoient amenés dans les prisons d'Angleterre. Ils entreprirent de donner une mission à ces compatriotes, et, après avoir essuyé d'abord des refus et des injures, ils triomphèrent, par leur patience et leur charité, des préventions de plusieurs. Ils ouvrirent une souscription pour les plus malheureux de ces

hommes; et des prêtres exilés, qui n'avoient que des ressources modiques et précaires, surent encore s'imposer des sacrifices pour soulager des François dénués de tout. On acheta, du produit de la souscription, du linge et des habits, qui furent distribués parmi ces prisonniers, à Plymouth, à Portsmouth, à Chatham et ailleurs, et ceux-ci apprirent à connoître le caractère de ces prêtres qu'on leur avoit dépeints comme des ennemis de leur pays.

Un des premiers soins des ecclésiastiques françois, à Teur arrivée en Angleterre, avoit été d'établir des chapelles particulières, tant pour contenter leur piété que pour rendre service aux familles françoises émigrées, La première chapelle fut formée, sous le titre de SainteCroix, près Soho-Square, par les soins de M. l'évêque de Saint-Pol de Léon et de Mae. Silburn; elle servoit pour les ecclésiastiques et les laïques qui habitoient dans ce quartier de Londres. Nous avons dit ailleurs que l'abbé Carron (1) avoit ouvert, le 4 décembre 1796, sous l'invocation des saints Anges, une chapelle, London-Street, Fitz-Roi-Square; elle subsista pendant dix-huit ans, sous la direction de M. l'abbé Carissant, ami de l'abbé Carron. M. Bourret, prêtre de la congrégation de Saint-Sulpice, fonda aussi, KingStreet, Portman-Square, une chapelle dédiée à NotreDame de l'Annonciation; il y étoit secondé, pour les instructions, par MM. de Cussy, du Chatelier, Margendre, Pons, Gazel, Chemin, Coulon. C'étoit dans cette chapelle que venoient ordinairement S. A. R.. MONSIEUR et les Princes, quand ils se trouvoient à Londres; les évêques françois qui habitoient ce quartier fréquentoient aussi cette chapelle, et plusieurs y prêchoient quelquefois. M. Fillonneau, grand-vicaire de La Rochelle, érigea la chapelle Saint-Louis, dans

(1) Voyez la Notice sur ce vertueux prêtre, no. 691.

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le faubourg de S. George's-Fields; M. Chanterel en établit une, sous l'invocation de la sainte Vierge, à Somerstown; d'autres ecclésiastiques en formèrent une à Chelsea, et nos prêtres se rendirent même utiles aux catholiques anglois. Un grand nombre apprit la langue du pays, et se livra aux fonctions du ministère.

Ceux qui dans les chapelles françoises se distinguerent le plus par leur zèle pour la prédication, furent l'abbé Crespin, chanoine de Rouen; les abbés Coulon et de La Croix; les curés Salmon, Letellier, Louis et Dupré; le père Mandar, de l'Oratoire; les Lazaristes. Giron et Gomer, et plusieurs autres. D'autres se consacroient à faire des conférences: M. Vasse, ancien professeur à Caen, en faisoit sur l'Ecriture sainte et la théologie; M. Pons, curé de Mazanes, au diocèse de Lavaur, sur la morale; M. Gazel, docteur de Sørbonne et chanoine de Genève, sur l'Ecriture sainte; Boderran, sur les sacremens; Lesage, sur le symbole. M. Gofvry, grand-vicaire de Saint-Brieux et ancien professeur de théologie, donna, pendant plusieurs années, de savantes conférences sur le concile de Trente, et, après sa mort, on en publia le résultat dans un couvrage qui a pour titre : Doctrine du saint concile de Trente sur le dogme de la discipline, Londres, 1800, in-8°., et qui parut avec une approbation des évêques de Tréguier et d'Avranches, et de M. l'abbé Tuvache, aujourd'hui grand-vicaire de Rouen.

Outre cet ouvrage, qui étoit fort estimé parmi le clergé émigré, d'autres ecclésiastiques se firent connoître par des productions utiles. L'abbé Duvoisin, depuis évêque de Nantes, publia, pendant son exil, l'Examen des faits sur lesquels s'appuie la religion chrétienne, Brunswick et Londres, in-12; et les Véritables Fondemens de l'autorité et Devoirs des Citoyens, Londres et Brunswick, in-8°. M. Vasse, que nous avons déjà nommé, fit paroître un Essai, en

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