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victimes vénérables de la révolution, que vous recommandent la religion, la reconnoissance et l'humanité, que dis-je, l'humanité? la justice!...

» C'est au soulagement du peuple que profitera ce que vous allez faire pour la religion, pour cette religion des grands comme des petits, des simples comme des esprits sublimes, et vous allez ainsi, dans cette grande circonstance, mériter le titre de député du peuple; ce titre qui est vraiment celui de tout député sujet fidèle de son Roi. Et nous aussi, Messieurs, nous sommes députés du peuple. C'est au milieu du peuple que nous vivons; témoins de ses travaux, souvent dépositaires de ses sollicitudes, nous connoissons ses mœurs, ses goûts, ses désirs, ses charges comme sa résignation paisible, sa fidélité, ses vertus, et si la Charte cut confié au peuple le moins imposé, ou même au peuple non imposé de nos fidèles contrées, le droit d'élire ses députés, nous osons croire que la majorité des suffrages qui nous a envoyés siéger parmi vous, n'eût pas été moindre. Eh bien, Messieurs, c'est au nom de ce peuple, dont nous plaidons si souvent la cause, en défendant à cette tribune la légitimité qu'il chérit et qui le protège, en vous demandant d'alléger surtout les impôts qui lui sont les plus onéreux; c'est au nom de ce peuple que nous vous prions d'assurer à la France le bienfait de cette religion consolatrice des infortunés. Ce que vous ferez pour les ministres accroitra le patrimoine du peuple. L'aumône de l'évêque et du prêtre ira faire bénir le Roi dans les chaumières, sécher ·les larmes du pauvre, et préparer son cœur à recevoir et à faire germer la semence divine de la foi et de la vertu. Demandez à cette ville qui brûle d'une si sainte flamme pour la religion de nos pères et pour le noble sang de nos Rois; demandez-lui si elle ne regarde pas comme la fortune du peuple, comme le bien de ses pauvres, tout ce que possède le grand et saint prélat, qui lui prodigue, avec les trésors de sa doctrine, les touchans exemples de ses vertus, ses prières, ses sollicitudes, son amour et ses bienfaits! Ah! vous voulez le bonheur du peuple donnez-lui la religion et ses charitables ministres, et laissez-les faire! L'onde salutaire qui alimente une source élevée, ne va-t-elle pas répandre dans les plaines et prodiguer à chaque brin d'herbe la fertilité, la fraicheur, l'abondance et la vie....

» Et vous, Messieurs, hátez-vous de consacrer à la religion la foible offrande que le gouvernement vous permet de lui présenter : vous moissonnez sans doute pour elle dans les champs de la mort, puisque vous ne pouvez lui donner que le produit annuel et successif des extinctions des pensions ecclésiastiques, et qu'elle achètera toujours ainsi vos bienfaits par des regrets. Nous aurions formé d'autres vœux : nous aurions souhaité d'autres destinées à la religion de l'Etat et à ses ministres ; mais c'est à vous à faire naitre son indépendance et sa stabilité en France, des ressources qui lui sont offertes; comme de sa stabilité et de son indépendance elle saura faire naitre la sécurité du trône légitime, la paix des familles, l'union et le bonheur des François...».

L'orateur a fini par des considérations générales sur les avantages de la mesure proposée, et sur le bien général de la religion.

(Samedi 19 mai 1821.)

(N.707.)

Conférence de M. l'abbé Frayssinous, du dimanche 13 mai.

Dans cette conférence, la dernière du cours de cette année, M. Frayssinous a traité, comme il l'avoit annoncé, la question fondamentale de la vérité. Nous sentons combien il nous sera difficile de faire passer dans une courte analyse même une foible partie du mérite d'un discours où l'orateur a paru jeter, par des développemens admirables, beaucoup de lumière sur un des sujets les plus abstraits de la philosophie.

L'homme est fait pour la vérité; son intelligence est portée vers la vérité par un instinct irrésistible, comme son cœur vers le bonheur. Cet instinct, qui fait comme le fond de notre nature raisonnable, est le principe de la curiosité de l'enfant, des études de l'homme mûr; c'est la vérité que le savant cherche dans ses veilles, le philosophe dans ses méditations, le voyageur dans ses courses lointaines. De ce désir invincible de la vérité, que la nature a inis dans tous les hommes, l'orateur conclut que tous les hommes ont des moyens d'arriver à la possession certaine de la vérité; sans quoi il y auroit contradiction dans l'oeuvre de la nature.

Mais qu'est-ce que la vérité? La vérité, considérée en général et en elle-même, peut se définir ce qui est, le mensonge, ce qui n'est pas. Considérée par rapport à nous, la vérité est donc la connoissance de ce qui est et l'erreur une fausse persuasion de notre esprit, qui se figure comme existant ce qui n'est pas.

Après avoir donné cette définition de la vérité, l'orateur annonce qu'il traitera les deux questions suivantes : 1°. Y a-t-il des vérités premières, incontestables par elles-ménies, et qui, pour être admises comme Tome XXVIII. L'Ami de la Relig. et du Ror. C

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certaines, n'ont pas besoin d'être prouvées; mais qui servent, au contraire, à prouver toutes les autres vérités? 2. Les hommes peuvent-ils déduire des conséquences certaines de ces vérités fondamentales? I y cent ans, a dit l'orateur, un pareil sujet auroit paru bien étrange dans une chaire chrétienne; mais dans ce siècle, où l'impiété a ébranlé tout l'édifice, on ne sent pas seulement le besoin de soutenir les colonnes, mais de raffermir aussi les fondemens..... Au reste, nous écarterons de cette discussion tous les termes scientifiques, qui aussi bien ne sont pas la science, et qui n'en sont souvent que le charlata

nisme.

** ́ ́ Première partie. Depuis que l'homme a commencé à philosopher, c'est-à-dire, à se rendre compte de luimême à lui-même, il a inventé bien des systèmes, plus ou moins plausibles, plus ou moins absurdes. L'esprit humain a parcouru toute la chaîne des erreurs, dont les deux bouts vont se perdre, l'un dan's le matérialisme, l'autre dans l'idéalisme; le matérialisme qui, anéantissant l'intelligence, ne voit dans l'homme qu'une machine de plus dans l'univers; l'idéalisme qui, effaçant de la nature les corps, ne fait de ce monde visible qu'un tableau qui existe dans l'ame sans rapport à aucun objet extérieur, qu'une succession d'apparences trompeuses, de phénomènes sans réalité. Entre ces deux systêmes, qui révoltent également tout esprit raisonnable, viennent se placer une suite d'hypothèses que les philosophes qui les ont inventées ont réussi souvent à revêtir des couleurs de la vraisemblance. L'orateur ne se propose de combattre aucun de ces systêmes, ni d'en adopter aucun. Il lui paroît à la fois plus utile et plus digne de son ministère d'exposer ou de rappeler les choses qui doivent être communes à tous les systêmes des philosophes pour qu'ils puissent être avoués par une saine raison.

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Il existe un fond de vérités fondamentales inébranlables au doute, que les philosophes doivent tous res pecter; qu'ils ne doivent ne doivent pas chercher à prouver, mais qu'ils doivent supposer certaines avant tout raisonnement, et dont ils doivent faire la base nécessaire de leur théorie. N'est-il pas évident en effet qu'on ne peut raisonner sans des principes certains d'après lesquels on raisonne, et qu'il faudra remonter à l'infini, sans jamais trouver la certitude, si l'on ne commence par admettre sans preuves des vérités premières qui soient comme le fondement immuable auquel se rattachent les premiers anneaux de toutes les connoissances?

Mais comment ces vérités premières sont-elles certaines pour tous les hommes avant tout raisonnement?

Il existe dans l'ame humaine des principes de droiture, des inclinations, des sentimens qui lui servent à démêler la vérité de l'erreur, lorsque l'un et l'autre lui sont exposés. On n'appellera pas ces sentimens innés, si l'on entend par ce mot que l'intelligence les connoît aussitôt qu'elle est formée; mais ils existent toujours en elle, quoique inaperçus; ils se trouvent dans l'ame, incapable encore de les découvrir, comme les objets dans un lieu obscur avant qu'on y ait porté la lumière qui les éclaire.

que

Ce qui démontre l'existence de ces premiers senti mens dans tous les hommes, c'est les vérités fondamentales qu'ils sont destinés à nous faire connoître sont également approuvées de tous aussitôt qu'on les leur propose; c'est que tous rejettent les erreurs opposées à ces vérités. Qu'on ne se figure donc pas que l'ame soit comme une cire flexible, indifférente à toutes les impressions. Quelle que soit l'influence de l'éduca tion, jamais elle ne pourra effacer dans l'enfant les premiers sentimens de la nature, ou graver dans son cœur des sentimens contraires. Pour éclaircir ceci par une comparaison; vous avez sous votre main une table de

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marbre. Vous pourrez écrire sur cette pierre insensible: Un cercle est rond, un cercle est carré; elle reçoit sans résistance les caractères qui expriment ces deux propositions contradictoires; elle les conservera tant que le temps ne les aura pas effacés. Il n'en est pas ainsi de l'ame de l'enfant; énoncez devant lui uwe propo sition absurde, je ne sais quel instinct de vérite se re veille au fond de son être, et la lui fera repousser.

Si l'on demande quelles sont ces vérités premières qui n'ont besoin que d'elles-mêmes pour s'établir dans la raison de l'homme, l'orateur répond qu'il faut compter de ce nombre l'idée générale de l'être, et le sentiment que tous les hommes ont de leur existence et de l'existence de Dieu; l'immortalité de l'ame, la distinc tion du juste et de l'injuste, les premiers principes de la morale, tels que celui-ci : Un enfant doit aimer sa mère. Ces vérités se retrouvent chez tous les homines; elles n'ont eu besoin que de se présenter à leur esprit pour subjuguer leur assentiment; elles sont inébranlables à tous les doutes. Qu'un sophiste se présentât dans cette enceinte ; qu'il entreprit de prouver qu'un enfant ne doit pas aimer sa mère, ses raisonnemens pourroient embarrasser nos esprits; mais, dites-moi, pourroient-ils détruire le penchant irrésistible qui nous porte tous à consentir à un sentiment si profondément imprimé dans nos cœurs?

Que l'on ne confonde pas ces premières vérités, communes à tous les hommes, avec les connoissances plus développées que la raison cultivée d'un grand nombre déduit de ces premiers principes. Un arbre sort du sein de la terre; il croit, pousse des rameaux, qui euxmêmes se couvrent de fleurs et de fruits. Il m'est facile de suivre ces progrès successifs de la végétation, et de distinguer les différentes parties de l'arbre, des racines sur lesquelles il s'est élevé. De même il est facile de suivre l'enchaînement des connoissances dont l'étude

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