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et la réflexion peuvent enrichir notre intelligence, et de les distinguer des vérités premières, d'où nous sommes partis pour arriver aux conséquences les plus éloignées.

Quels sont les caractères auxquels on peut reconnot tre les vérités premières? L'orateur en assigne quatre. Premier caractère; la clarté, Lumineuses, les premières vérités n'ont qu'à briller à nos yeux pour les frapper de leur éclat, comme le soleil; elles portent avec elles la lumière qui sert à les faire distinguer; elles se démontrent par leur propre évidence; et c'est parce qu'elles ne peuvent pas être raisonnées qu'elles servent dé base au raisonnement. Deuxième caractère; l'antiquité. Ces vérités étant comme le fond de notre nature raisonnable, elles ont existé en même temps que la nature humaine. Si ces vérités n'avoient pas fait partie de la raison de tous les peuples, aucun lien ne pourroit unir les temps présens aux siècles passés ; il n'y au roit plus ni souvenirs, ni tradition, ni histoire. Au reste, toutes les vérités se trouvant renfermées dans ces vérités fondamentales, le génie de l'homme n'invente, ne crée pas les vérités; il ne fait que les découvrir, et c'est ce que Fontenelle a exprimé d'une manière ingénieuse, en disant que nous croyons reconnoître les vérités lorsqu'elles se présentent à nous pour la première fois. Troisième caractère; l'universalité. Comme ces vérités sont ce que la raison de tous les hommes a de commun, elles se trouvent également dans tous les hommes raisonnables. Voilà pourquoi tous les hommes sont d'accord sur un certain nombre de premiers principes nécessaires au commerce de la vie, et sans les quels toute société seroit impossible; voilà pourquoi, en montant dans cette chaire, je suis assuré qu'il y a un fond de vérités commun à mon esprit et à celui de tous mes auditeurs, sans quoi je devrois désespérer de me faire entendre; voilà pourquoi enfin les differens

peuples, sans s'être concertés, s'accordent tous sur les premiers principes des choses; que dans toutes les langues il y a des mots qui servent à exprimer les vérités fondamentales; et, pour le dire en passant, ces vérités communes à tous les esprits, qui se retrouvent également chez tous les hommes raisonnables, c'est ce qu'il faut entendre par sens commun. Quatrième caractère; l'immutabilité. Il n'est pas plus donné à l'homme de changer ces vérités fondamentales, qui sont comme les élémens de son intelligence, que de refaire son être; de décréter que sa raison, dont ces vérités sont la vie, s'en passera désormais, que de décréter qu'à l'avenir les hommes vivront sans boire et sans manger; de statuer, par exemple, qu'un effet ne supposera plus une première cause, que de décider que l'on bâtira des édifices sans fondement, qu'il y aura des statues sans statuaires. Ainsi une raison audacieuse peut bien répandre des ténèbres sur les conséquences des vérités premières, mais jamais obscurcir ces vérités mêmes; elle peut troubler le monde intellectuel et moral, il ne lui est pas donné d'en ébranler les fondemens; de même que les tempêtes peuvent bien bouleverser la surface de la terre, mais jamais agiter la base immuable sur laquelle la main même de Dieu l'a affermie.

Quelle est l'origine de ces principes de droiture qui discernent dans l'ame les vérités premières des erreurs qui leur sont opposées? quelle est la manière dont ils existent en nous, dont ils se développent? Ce sont là autant de mystères couverts d'un voile que notre raison ne pourra jamais soulever entièrement. Toutefois, si l'on remonte jusqu'à l'intelligence créatrice, dont notre intelligence n'est qu'une émanation, et que l'on se figure que ces vérités premières que notre ame porte avec elle comme en naissant ne sont qu'un écoulement des vérités qui existoient en Dieu de toute

éternité, alors nous trouvons la raison de nos connoissances et de notre certitude dans la raison même de notre être ; et ce sont là ces idées éternelles de Platon, que Fénélon adoptoit, et dont on a ri sans les comprendre.

Ici admirons la religion chrétienne, dont les enseignemens jettent un si beau jour sur les questions les plus obscures de la philosophie. La religion nous montre Dieu formant l'homme à son image, et lui communiquant, avec quelque chose dé son être, quelque chose de son intelligence. Alors il nous est permis de penser que ces vérités premières, qui sont le fond même de notre intelligence, forment ce qu'elle a de commun avec l'intelligence divine, et cette idée sublime éclaire un des mystères les plus impénétrables de la philosophie. Ainsi l'homme qui réfléchit se trouve sans cesse conduit à cette vérité proclamée par un écrivain célèbre, que la véritable philosophie se trouve toute renfermée dans la religion chrétienne.

Seconde partie. La science de l'homme seroit renfermée dans des limites bien étroites, les connoissances de tous les hommes seroient les mêmes; il n'y auroit ni savans, ni ignorans, si la certitude n'étoit que pour les vérités premières communes à tous les esprits. N'y a-t-il donc pas de moyens par lesquels l'homme peut déduiré de ces premiers principes des conséquences également certaines? Telle est la question que l'orateur a traitée dans la seconde partie de son discours, et dont le défaut d'espace ne nous permet de présenter qu'un très-court précis.

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L'orateur distingue trois moyens d'arriver à des couséquences certaines des premières vérités : le raisonnement, pour les vérités qui sont du domaine immédiat de l'intelligence; les sens, pour les choses matérielles; le témoignage des honimes, pour les faits dont nous n'avons pas été les témoins.

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Le raisonnement. Je sais qu'on abuse du raisonne ment; qu'il n'est pas de vérités contre lesquelles on ne raisonne. Mais, parce qu'on sait qu'il y a des mauvais raisonnemens, s'ensuit-il qu'on ne fasse point de raisonnemens exacts et rigoureux; et, parce qu'il circule de fausses monnoies, faut-il conclure qu'il n'y a aucun signe qui serve à distinguer les pièces véritables?..... Si la lumière propre dont brillent les vérités premières subjugue l'assentiment de tous les esprits, la lumière réfléchie que le raisonnement fait jaillir sur les vérités secondaires n'entraîne-t-elle pas souvent d'une manière aussi irrésistible? Ainsi, dans la géométrie, dans la métaphysique, dans la morale, toutes les fois que partant d'axiomes incontestables on déduit des conséquences dont chacune cst renfermée d'une manière rigoureuse dans celle qui la précède, on forme une série de vérités inébranlables au doute; c'est une chaîne que l'on a suspendue à un fondement immuable, dont tous les anneaux se lient et se soutiennent, et sont par conséquent également inébranlables.

Les sens. Qui ne sait combien souvent les sens nous trompent, à quelle illusion ils sont sujets? Mais, lorsque leur accord est constant, uniforme, unanime ne devient-il pas un motif de certitude irrésistible? Le témoignage des hommes. Quel homme, à moins qu'il ne soit fou, peut contester l'existence d'Alexandre, la mort tragique de César? Quel sophiste pourroit nous persuader qu'il est douteux qu'il existe une ville que l'on appelle Rome? Et n'avons-nous pas sur ce fait la même certitude que sur cette vérité : In cercle ne peut pas etre carré.

La philosophie cherche depuis long-temps une règle immuable de nos jugemens, un criterium qui serve à distinguer d'une manière infaillible la vérité de l'erreur. Mais on ne remarque pas qu'il ne s'agit pas plus de rendre l'homme infaillible que de le rendre im

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peccable. Sans doute nos lumières seront toujours mêlées de beaucoup de ténèbres, comme nos vertus seront toujours mêlées de beaucoup de défauts; c'est la condition de notre nature présente. Mais, parce que nous sommes sujets à l'erreur dans beaucoup de choses, faut-il en conclure que nous ne connoissons rien avec certitude? Non sans doute, pas plus qu'il ne faudroit conclure que, parce que tous les hommes tombent dans quelques fautes, tout est vicieux en eux. Pour finir donc par une pensée d'un père de l'Eglise : « Il y a des hommes qui ont prétendu que nous ne connoissons rien avec certitude, et ce sont des insensés; d'autres ont soutenu que nous pouvions tout savoir, et ils ne sont pas plus sages. Entre ces excès se trouve un juste milieu, qui admet dans l'homme une science tempérée par l'ignorance, et c'est où se tient tout esprit raisonnable.....».

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NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

PARIS. S. Em. M. le cardinal de la Luzerne, qui avoit été malade et avoit été administré, il y a plusieurs jours, est beaucoup mieux, et sa santé ne donne plus aucune inquietude.

On a repris les travaux du grand séminaire de Paris. On jette en ce moment les fondemens de l'aîle du bâtiment, qui doit être du côté de la rue Pot-de-Fer.

Quelques journaux ont parlé de la démarche éclatante que vient de faire M. de Haller, écrivain et magistrat suisse, qui se trouve à Paris depuis quelque temps, et on verra sans doute avec plaisir des détails circonstanciés et authentiques, sur un acte si honorable pour lui, et si glorieux pour la religion, Charles-Louis de Haller, membre du conseil souverain de Berne, et petit-fils de l'illustre médecin de ce nom (1), est connu dans l'Europe littéraire par des écrits pleins de sagesse,

(1) Albert de Haller, savant presque universel, né à Berne, en 1708, d'une famille patricienne, mort le 12 décembre 1777.

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