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(Samedi 11 août 1821.) (teb zabave Pateb

(No. 751.)

JS BRE

Solution d'une question de droit canonique, par un docteur de Sorbonne (1).

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Cette question est celle-ci : Les évêques nommés peuvent-ils, avant d'avoir obtenu l'institution canoni que, administrer comme grands-vicaires des chapitres, et l'exercice de leurs pouvoirs en cette qualité sera-t-il valide et licite ? On se rappelle que cette question fut fort agitée dans les derniers temps de la domination de Buonaparte. Celui-ci continuoit de nom→ mer aux évêchés dans le temps même où il avoit mis le Pape en captivité et dispersé le Sacré-Collége, et il vouloit que les sujets nommés administrassent les diocèses auxquels il les destinoit. Il leur faisoit donner des pouvoirs par les chapitres, et on n'a pas ou blié les rigueurs et les violences exercées à Troyes, à Tournai et à Gand, pour forcer les chapitres à nommer pour administrateurs les ecclésiastiques nommés à ces siéges, dont les évêques vivoient encore. Il y eut moins de troubles dans les autres diocèses, dont les titulaires étoient morts; mais l'administration des évêques nommés n'y fut pas entièrement paisible, et plusieurs, soit dans le clergé, soit parmi les fidèles, n'étoient pas sans inquiétudes sur la légitimité du moyen imaginé pour se passer des bulles pontificales. Différens écrits furent publiés

(1) In-8°.; prix, 2 fr. 50 c. et 3 fr. franc de port. A Paris, chez Pichard

Tome XXVIII. L'Ami de la Relig. et du Ror. Dd.

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pour et contre, dans les dernières années de l'usurpation et au commencement de la restauration, et nous en avons annoncé quelques-uns dans ce journal.

L'écrit qui vient de paroître, sur la même matière, et dont nous avons à rendre compte, est toutà-fait en faveur de l'administration capitulaire des évêques nommés. L'auteur plaide même cette cause avec une chaleur qui feroit croire qu'il n'est pas entièrement désintéressé dans cette affaire. Il prétend que l'opinion contraire à la sienne tient aux progrès de l'ultramontanisme, qu'il déplore avec amertume. Il se plaint des écrits à la main que l'on répandoit lors de ces disputes dans les diocèses vacans: Le zèle ignorant, dit-il, ne manqua pas une si belle occasion de se remuer; c'est sa manie: la clandestinité fut, pour bien des personnes, la douceur des eaux furtives, et elles goûtèrent délicieusement la doctrine nouvelle. Enfin l'esprit de parti s'en měla, et l'on sait combien ses décisions sont impartiales et judicieuses. A la page suivante, l'auteur se moque, en particulier, de la jeunesse des séminaires qui embrassa le sentiment opposé au sien. On est fâché que l'auteur ait mêlé ce ton amer à une question de droit canonique; puisqu'il s'estimoit si fondé dans son opinion, et si riche en preuves pour la soutenir, il auroit bien dû sentir qu'il risquoit de l'affoiblir par la vivacité de son style.

Le docteur, parlant de la vacance des siéges sous Louis XIV, s'élève contre la longue obstination du chef de l'Eglise, et contre le scandale du refus qu'il faisoit des bulles. Il semble qu'un docteur de Sorbonne, parlant du chef de l'Eglise, pouvoit employer des expressions moins dures. Il auroit dû savoir d'ail

leurs qu'Innocent XI ne refusoit pas des bulles à tous. les sujets nommés par le Roi, mais seulement à ceux qui avoient été députés à l'assemblée de 1682; et que la cour refusa des bulles pour les uns, à moins que l'on n'en accordât aussi pour les autres. Il y avoit donc ici un double refus, et, si c'étoit obstination et scandale de la part du Pape de refuser des bulles aux quinze députés de 1682, comment caractérisera-t-on la conduite du gouvernement françois, qui ne vouloit pas recevoir de bulles pour vingt-huit autres sujets nommés, et qui aimoit mieux avoir quarantetrois siéges vacans que quinze? Tous les torts étoientils donc d'un seul côté (1), èt le scandale retomboit-il en entier sur le Pape, auquel on ne pouvoit reprocher que quinze vacances; tandis qu'on exempte de blâme le ministère françois, qui, à ces vacances en ajoutoit volontairement vingt-huit autres?

A

Le docteur anonyme suppose en cet endroit que ce fut Bossuet qui suggéra, sous Louis XIV, de recourir aux chapitres pour faire donner des pouvoirs aux évêques nommés. Il est presque de tradition parmi nous, dit-il, que Bossuet conseilla d'employer ce remède. Si c'est une tradition parmi nous, elle ne remonte pas bien haut; car c'est le cardinal Maury qui l'a dit le premier, dans son Mémoire, publié en 1814, page 12; mais il l'a dit sans preuves, comme l'a remarqué M. le cardinal de Bausset, dans son Histoire de Bossuet, seconde édition, tome II, page 203. Personne, dit l'illustre prélat, n'avoit encore connois

(1) Nous donnerons prochainement quelques détails peu connus sur les différends de Louis XIV avec le Papé, et sur l'accommodement de 1693.

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sance de ce conseil attribué à l'évêque de Meaux! L'anonyme sera donc forcé de renoncer à sa tradition, sur laquelle d'ailleurs je ne crois pas qu'il fît grand fonds, à la manière timide dont il en parle ; Il est PRESQUE de tradition.....

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V

L'auteur de la Solution, qui n'est pas entièrement exact sur les faits anciens, nous paroît aussi juger fort singulièrement les événemens tuêmes dont il a pu être témoin. A l'en croire, Buonaparte sembloit ne pas méconnoltre l'autorité spirituelle du Pape dans le temps même qu'il le tenoit captif. Quoi! ce n'étoit pas méconnoître l'autorité spirituelle du Pape que de l'arracher de son siége, de le priver de ses conseils, de lui ôter toute communication avec Rome et avec toutes les églises! ce n'étoit pas méconnoître, l'autorité spirituelle du Pape que de lui en interdire l'exercice, et de le laisser seul, à Savone sans moyen de correspondre au dehors! On diroit que l'auteur a voulu à la fois, par cette asser tion, excuser un peu Buonaparte, faire tomber sur le Pape le blâme des vacances qui eurent lieu alors. 11 affecte d'ignorer quelle fût la cause du véritable refus des bulles; soit, dit-il, que le Pape crút et voulût donner de l'embarras à son ennemi soit (et nous aimons à donner la préférence à ce motif) qu'il se persuadat, qu'isolé dans les fers, il ne pouvoit faire ce qu'on lui demandoit....... Quelle bonté dans le docteur de vouloir bien supposer que le Pape ne donnoit pas de bulles, parce qu'il étoit prisonnier, et privé de l'assistance des cardinaux et des prélats! On voit encore, par un autre endroit de sa brochure, qu'il ne regarde pas Pie VII comme exempt de reproches à cet égard. Si, à deux époques mémo

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rables, dit-il, page 41, l'église de France a eu à gémir amèrement des vacances de siéges épiscopaux indúment et long-temps prolongées, est-ce à elle et à sa discipline qu'il faut s'en prendre? est-ce aux évéques nommés, aux chapitres, aux diocèses? Ici la prudence et le respect arrêtent la plume.

Ce n'est pas sans doute le respect, pour Buonaparte qui arrête ici la plume du docteur; il ne voudroit pas qu'on le crût. C'est donc le souverain Pontife qu'il veut désigner; c'est à lui qu'il veut que l'on s'en prenne des vacances de siéges indúment prolongées.. Combien cette reticence est respectueuse, et combien elle suppose de bienveillance et d'équité envers le chef de l'Eglise! Est-ce se montrer bien généreux que d'accuser ainsi, à mots couverts, le Pontife prisonnier, au lieu de diriger ses reproches sur le despote violent? Le docteur témoi gne encore, en d'autres endroits, ces dispositions impartiales. Répondant à un écrivain opposé à l'administration capitulaire des évêques nommés, et qui signaloit cette pratique comme propre à soustraire à l'autorité du Pape, et dirigée peut-être vers ce but, J'anonyme se récrie contre cette imputation: Ici on ne réfute plus, dit-il, page 65; on gémit de l'atrocité de cet odieux peut-être, il est atroce en effet de supposer qu'un homme aussi religieux et aussi modéré que Buonaparte ait eu ce but. Il est odieux de conjecturer qu'il ait en recours aux chapitres pour se passer du Pape, tandis que tout prouve en effet que c'étoit là son but.

Nous n'avons point examiné la question en ellemême; ce que nous venons de voir suffit pour nous faire conclure que le docteur n'a pas pris la meil

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