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a entendu successivement plusieurs autres anciens officiers et soldats de la légion de la Seine, dont les dépositions n'ajoutent rien d'important aux faits déjà connus.

Le 28, le témoin Firmin Debilly fait une déposition relative à Varlet; celui-ci nie le fait le témoin dit qu'il ne se trompe pas; Varlet persiste à nier. On entend successivement M. le comte de Juigné, ancien colonel de la légion de la Seine, M. le colonel Delau, ancien lieutenant du Roi à Cambrai, et plusieurs officiers et soldats de la légion de la Seine. Plusieurs pairs ont adressé différentes questions aux accusés et aux témoins; mais il n'est résulté de ces interrogatoires aucun fait nouveau. M. le procureur-général demande au témoin Hẻbert s'il se rappelle un propos tenu par le capitaine Varlet, à l'occasion de l'assassinat du 13 février. Le témoin répond que Varlet lui dit: N'y aura-t-il pas trois Louvel en France?

CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

Le 25, l'ordre du jour est la délibération sur les articles du projet de loi relatif aux dotations. M. le président fait le résumé des débats, et explique la division des donations en six classes; puis il donne lecture des amendemens de la commission et de ceux de divers membres. Une vive discussion s'établit sur l'ordre de la délibération. M. Dudon regarde comme nécessaire de délibérer d'abord sur la proposition faite par plusieurs orateurs, de laisser les donataires dans l'état provisoire, résultant de la loi du 18 mai 1818. Il se plaint en même temps de ce que l'on comprend dans l'actif du domaine extraordinaire des rentes qui ont appartenu au prince de Savoie Carignan, à Louis Buonaparte, à la princesse Borghèse, etc. MM. le ministre des finances et le baron Louis assurent que le préopinant se trompe sur plusieurs points.

M. Clausel de Coussergues réclame la priorité pour ses amendemens. M. B. Constant pense qu'il faut rejeter les amendemens de MM. Clausel de Coussergues et de Kergorlay, comme tendant à abroger la loi; c'est pourquoi il demande qu'ils soient soumis aux débats les premiers. Après quelques débats, la priorité est accordée à l'amendement de M. Piet, d'après l'avis de M. le président. M. Piet développe les motifs de son amendement, qui porte en substance que le revenu de l'inscription acquise avec les produits du domaine extraordinaire sera appliqué aux indemnités et secours à donner aux personnes désignées par l'ordonnance du 22 mai 1816, et par l'article 98 de la loi du 15 mai 1818.

M. d'Ambrugeac vote l'adoption pure et simple de l'article 1er, du projet de loi. M. Terrier de Santans parle en faveur de l'amendement. M. le général Foy trouve cet amendement inexécutable, parce qu'il tend à écarter les donataires des premières classes; l'honorable membre fait un pompeux éloge des armées françoises pendant la révolution et sous le régime impérial, et cherche aussi à appeler l'intérêt sur sa personne, en racontant les dangers qu'il courut pendant la terreur. M. Dudon paroît moins épris de notre gloire militaire, et de celle de M. Foy en particulier. Vive réclamation de M. Foy. Le

tumulte règne dans l'assemblée. M. Dudon admet l'amendement de M. Piet; mais à condition que l'on supprimera le mot indemnité, pour ne laisser que celui de secours. L'orateur repousse, en finissant, quelques-unes des assertions émises, la veille, par M. Manuel, et descend de la tribune sur l'invitation de tout le côté droit. M. le ministre des affaires étrangères fait observer que le préopinant, en parlant des affaires diplomatiques, a mêlé à son récit plusieurs inexactitudes.

Le 26, après la lecture du procès-verbal, M. Dudon demande que, puisqu'on y a parlé de l'interpellation à lui adressée à la fin de la séance par M. le ministre des affaires étrangères, il y soit aussi fait mention de sa réponse. La rectification est mise aux voix et rejetée.

M. le ministre de l'intérieur présente à la chambre quatre projets de loi relatifs à l'ouverture ou au perfectionnement de plusieurs canaux de navigation intérieure. Ces projets sont renvoyés à l'examen des bureaux. On accorde un congé à M. Champy, député des Vosges.

On reprend la discussion sur l'amendement de M. Piet. M. le ministre des affaires étrangères pense que l'on ne pourroit faire autrement que d'admettre les bases sur lesquelles est fondé le projet de loi. On ne pouvoit, dit-il, ni discuter la fortune des donataires, ni discuter leur mérite, ni discuter les torts de quelques-uns. L'orateur s'arrête principalement sur cette dernière considération. Selon lui, cette partie de la discussion remet en question la paix publique, la garantie de l'ordre social tel qu'il existe, en un mot, la loi la plus importante après la Charte, la loi d'amnistie. Le ministre n'attaque point l'amendement de M. Piet en lui-même, mais il en attaque les conséquences, qui seroient de détruire le principe de l'hérédité des dotations. Le discours de M. Pasquier a excité tour à tour les acclamations et les murmures du côté gauche. En finissant, M. le ministre des affaires étrangères déclare qu'il a cru qu'il étoit de son devoir de repousser les assertions de M. Dudon, et que ce même devoir l'empêche de se livrer à des explications.

M. Piet relire son amendement, et le joint à celui de M. Forbin des Issarts, qui lui semble rentrer beaucoup mieux dans ses pensées. M. Labbey de Pompières développe un amendement, qui, après avoir été appuyé par MM. Beauséjour et Sébastiani, est rejeté à une forte majorité, ainsi qu'un sous-amendement de M. Manuel. M. Forbin des Issarts développe son amendement, tendant à ce que les inscriptions sur le grand livre soient viagères, et ne soient accordées qu'aux donataires des quatrième, cinquième et sixième classes, qui ont été entièrement dépossédés. Cet amendement est combattu par M. Delacroix-Frainville. On demande la clôture. M. d'Aubières parle contre la clôture. M. le président annonce que M. le rapporteur ne pourra faire son résumé que le 29. La clôture, demandée avec force par le cóté gauche, est prononcée.

M. le président annonce de nouveau que le résumé de M. le rapporteur ne pourra être fait que lundi. M. Casimir-Perrier vote pour qu'on aille immédiatement aux voix. Les ministres et une partie du centre droit n'ont pas pris part aux deux épreuves, qui ont été douteuses.

Enfin, à l'appel nominal, l'ajournement a été prononcé à une majorité de 154 voix contre 138. La séance a fini à six heures.

Le 28, l'ordre du jour est la reprise de la discussion relative aux donataires. M. le président accorde la parole à M. le rapporteur. Commencement d'agitation. M. le marquis de Bouthilliers, rapporteur, annonce que la commission a cru devoir proposer un sous-amendement. Vive interruption de la part du côté gauche; plusieurs membres, entr'autres M. Demarçay, s'écrient que c'est une violation du reglement. M. le président interdit la parole à M. Demarçay. M. le apporteur lit, au milieu du bruit, la disposition que la commission propose de substituer à l'article 1er. Elle porte que les donataires français, entièrement dépossédés de leurs dotations situées en pays étrangers, et qui n'auroient rien conservé en France, pourront recevoir, eux, leurs enfans et leurs veuves, en indemnité de leurs pertes, une pension viagère. Nouvelle explosion à gauche.

MM. Foy et B. Constant réclament l'exécution du réglement; selon eux, la commission ne peut faire qu'un seul rapport. M. le président déclare que du moment que la chambre a décidé que le rapporteur scroit entendu dans la séance actuelle, on ne peut mettre aux voix une proposition contraire. MM. de Girardin et Casimir Perrier se plaignent de la dictature des commissions. MM. de Castelbajac et de la Bourdonnaye rétablissent l'état de la question, à l'aide de quelques antécédens. La clôture est demandée et prononcée au milieu d'une vive agitation.

M. le rapporteur continue la lecture de l'amendement de la commission. M. Foy lui fait observer qu'il ne le lit pas tel qu'il est im primé. M. le rapporteur observe qu'il s'est glissé des fautes dans l'imprimé; qu'on a mis recevront au lieu de pourront recevoir. M. Forbin des Issarts retire son amendement, et se réunit à la commission. MM. Sébastiani et Foy combattent l'amendement de la commission, et se plaignent de l'incertitude de la marche du ministère. M. de Villèle et M. le ministre des affaires étrangères repoussent les reproches adressés aux ministres. M. Pasquier trouve à la vérité dans l'amendement plusieurs dispositions différentes du projet de loi, mais il n'y voit plus le principe d'exclusion qu'il a combattu dans la dernière séance. M. Casimir Perrier demande d'autres explications. M. de Corbières répond en peu de mots que l'amendement n'attaque pas la loi fondamentale, et peut être discuté.

M. B. Constant prétend que l'amendement n'est autre chose que la sanction d'un (c'est celui de M. Duplessis) des discours prononcé contre une portion des donataires. M. Sébastiani développe un sousamendement. M. le ministre des finances voudroit que l'ont mit recevront, au lieu de pourront recevoir. M. Favart de Langlade, membre de la commission, déclare que les mots pourront recevoir n'étoient pas dans la rédaction de l'amendement. M. le rapporteur répond que la majorité de la commission a jugé à propos de les mettre, par égard pour la prérogative royale. Le tumulte recommencé. La cloture est mise aux voix, et prononcée. L'amendement de M. Sébastiani est mis aux voix ; les ministres ne prennent pas part à Fépreuve. M. le pré

sident proclame le rejet de l'amendement. Très-vives réclamations à gauche. M. Sébastianí demande l'appel nominal sur son amendement. Cette proposition est appuyée par M. de Castelbajac, l'un des secrétaires. L'amendement est rejeté par une majorité de 197 voix contre 78.

On a choisi le moment de la mission qui vient d'avoir lieu à Montpellier pour publier la Relation de la Mission donnée, dans cette même ville, par le père Brydayne, en 1743, in-8°. de 120 pages. Cet écrit ne pouvoit paroître plus à propos, et servira du moins à montrer quel étoit, il y a quatrevingts ans, le zèle du clergé pour les missions, et quel étoit aussi l'empressement des fidèles pour ces pieux exercices. Nous ne citerons de cette Relation que quelques détails qui ne nous paroissent point indifférens pour l'histoire.

Le diocèse de Montpellier avoit été, pendant quarante ans, livré à l'esprit de schisme et de discorde, sous un évêque d'un caractère ardent, lorsque M. de Charancy fut appelé sur ce siége, en 1738. Parmi les moyens qu'il prit pour rétablir l'ordre, un des plus efficaces fut une mission; il appela, en 1743, le père Brydayne, déjà célèbre par ses travaux en ce genre dans le midi. Brydayne se rendit à Montpellier, avec dix-sept prêtres, dont plusieurs n'étoient associés que momentanément à ses travaux; ces hommes zélés étoient l'abbé de Cicéri, abbé de Claire-Fontaine, prédicateur distingué de son temps; l'abbé de Robert, missionnaire; Ricard, curé de Saint-Gervais au diocèse de Castres; Baratier et de la Merlière, chanoines à Grenoble; de Marcé, prieur de Langogne; de Servés, ancien curé; de Chalvet de SaintEtienne, doyen du chapitre de Romans; Durvoy, chanoinecomte de Saint-Pierre, à Vienne; Guinaud, ancien chanoine et missionnaire; Thomas et Curade, chanoines à Avignon; Thomé, ancien missionnaire; Durre, curé dans le diocèse de Vavres; Pons, prieur de Roubiac; Gassen, missionnaire; de Saint-Christophe, ancien Oratorien. On voit par ces noms que des hommes distingués par leur mérite et leurs places se faisoient honneur de coopérer activement au bien des missions.

La mission commença, le quatrième dimanche de Carême, par une procession générale. M. l'évêque prononça le discours d'ouverture. Les exercices se faisoient dans trois églises, à la

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cathédrale, à Notre-Dame et à Saint-Paul. Des conférences, de grands catéchismes, des exhortations familières, des sermons, tels étoient les moyens variés que prenoient tour à tour les missionnaires; ils alloient aussi quelquefois donner des discours dans des communautés particulières. Le père Amet, Jésuite de Besançon, et le père Rigault, Minime de Mâcon, qui prêchoient le Carême à Montpellier, se joignirent aux missionnaires.

Ceux qui se firent le plus remarquer par leurs talens furent l'abbé de Cicéri, prédicateur de la reine; MM. Ricard et Baratier, dont les conférences étoient fort suivies, et étoient souvent dirigées vers la conversion des protestans; l'abbé de Saint Etienne et surtout Brydayne: les discours de ce dernier attiroient encore plus la foule. M. de Charancy fit lui-même des conférences à Notre-Dame, et donna des sermons sur l'aumône et sur divers autres sujets. Le prélat encourageoit la mission par sa présence et par son zele; il appela des confesseurs de diverses parties de son diocèse.

Après les instructions, les retraites et les préparations d'usage, les communions générales eurent lieu dans les différentes églises, et la plantation de la croix se fit avec pompe, le 19 mai. M. l'évêque administra la confirmation à un grand nombre de fidèles. Des quêtes faites par Brydayne pourvurent abondamment aux besoins des pauvres; l'adoration perpétuelle du saint Sacrement fut établie dans toutes les paroisses, la dévotion au Sacré-Cœur fut recommandée et mise en pratique, et de pieuses congrégations se formèrent pour s'exciter au service de Dieu et aux exercices de charité.

Telle est la substance de cette Relation, dont nous avons supprimé les détails; il y en a beaucoup d'édifians; mais nous avons voulu montrer surtout que les missions se faisoient alors comme elles se font aujourd'hui; que le même esprit y préside; qu'elles offroient les mêmes exercices et les mêmes résultats. Sous ce seul rapport, cette Relation nous paroît précieuse; c'est une réponse aux détracteurs des missions de nos jours.

En tête de la brochure est une courte Notice sur le père Brydayne, extraite de sa vie par feu M. l'abbé Carron.

Nous espérons recevoir incessamment la relation de la dernière mission donnée, cette année, à Montpellier; ce sera une suite et un accompagnement de la mission de 1743.

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