Page images
PDF
EPUB

On se trompe. Personne ne voudrait faire les confédération industrielle du Zollverein, à se avances nécessaires pour les mettre en valeur, procurer une enceinte possible de douanes prodans la crainte de ne pas rentrer dans ses avan- tectrices; toute l'Allemagne centrale est entrée ces; ils ne concourraient à aucun produit, et les dans cette confédération qui caractérise les produits pour lesquels leur concours est néces- temps modernes. Il en résultera des conséquensaire n'existeraient pas, ce qui équivaudrait à ces, non-seulement commerciales, mais politiune cherté infinie, car rien n'est plus cher que ques, d'une haute gravité, conséquences trop ce que l'on ne peut avoir pour aucun prix. Les peu prévues par les grandes nations circonvoisifacultés industrielles sont des instruments mix nes.- Des confédérations analogues pourraient tes qui sont en partie donnés gratuitement par se former entre la France, la Belgique et la la nature, comme la force et les talents natu- Suisse; entre les États d'Italie et l'Autriche, si rels, et qui sont en partie un capital, comme la l'Autriche daignait devenir commerçante, etc.force et les talents acquis.

J. B. SAY. Une puissance qui fait de grands pas dans la carINDUSTRIE NATIONALE. On comprend dans cette rière de l'industrie est l'immense empire de dénomination les diverses branches d'industrie Russie. Les conquètes opérées au midi depuis le dont s'occupe une nation. Il n'existe qu'un très règne de Catherine, les populations accrues sur petit nombre de peuples chez lesquels toutes les les bords de la mer Noire, le débouché du Bosbranches de l'industrie soient à la fois très-pros- phore ouvert aux navires russes par la force pères et très-perfectionnées. Sans doute le pro- inspirant la peur, la mer Caspienne conquise, et grès de chacune ajoute au progrès des autres, tout autre pavillon militaire que celui de Russie mais leur avancement est inégal, et diffère sui- interdit à ses eaux, voilà des voies commerciales vant le caractère, les habitudes et les penchants nouvelles qui, jusqu'à ce jour, n'ont excité qu'une des populations. Le plus souvent, la nature des envie impuissante de la part du premier peuple contrées détermine la prépondérance de telle ou commerçant de l'univers. C'est du peuple anglais telle branche d'industrie. Les pays insulaires, que je veux parler. Ces habitants d'une île exiles continents bordés de vastes côtes, et sillon- gué, qu'ils ont fertilisée avec un art admirable, nés par de beaux fleuves, s'adonnent surtout au ayant eu le bonheur de posséder les premiers une commerce; les États à terroir fertile préfèrent admirable forme de gouvernement, qui protél'agriculture; enfin, les pays défavorisés de la geait les biens et les personnes, ont perfectionné nature cherchent dans l'industrie manufactu- de front l'agriculture, le commerce et les manurière des moyens d'existence et de richesse. Le factures. Les autres nations ont tour à tour fait génie du législateur et l'essence des gouverne- des conquêtes par amour de vaine gloire, par ments peuvent beaucoup pour déterminer la esprit de prosélytisme, de haine ou de venprépondérance d'une branche d'industrie sur les geance; les Anglais ont conquis pour mieux autres.-Ainsi, l'ancienne Rome honorait, favo-commercer, pour mieux vendre les produits de risait l'agriculture, dédaignait les arts manufac- leur industrie toujours croissante. Ils sont maituriers et méprisait le commerce. A Carthage, tres aujourd'hui d'un immense territoire et de au contraire, les lois étaient toutes en faveur du postes admirablement choisis dans toutes les commerce. Dans Athènes, les lois favorisaient parties du monde. En Europe, ils possèdent Gibeaucoup le négoce et les travaux des ateliers, braltar, Malte et les îles Ioniennes, aux déboutandis qu'un territoire aride n'offrait à l'agri- chés de la Méditerranée, de la mer d'Égypte et culture que de misérables ressources. Chez les de l'Adriatique : ces possessions, en y joignant peuples modernes, l'Autriche et la Chine encou- Jersey, Guernesey, Alderney, sur les côtes de ragent les progrès de l'agriculture, et ferment France, Heligoland dans le Nord, sont parfaiteen grande partie leurs frontières au commerce ment situées pour favoriser le commerce illicite de peuple à peuple. La Hollande et les villes han ou licite avec les États du Nord, la France, l'Esséatiques ont, au contraire, trouvé dans le com pagne et l'Italie. En Afrique, l'Angleterre posmerce le fondement de leur force et de leur sède, outre quelques points utiles sur la côte opulence, comme faisaient, au moyen âge, les occidentale, la magnifique colonie du cap de républiques d'Italie. L'industrie manufacturière Bonne-Espérance, conquise sur des amis, les prospère en Belgique, de concert avec l'agricul- Hollandais , et Maurice, la belle et féconde ile ture. -- Depuis quelques années, la Prusse s'ef- de France. En Amérique, elle possède le pays du force d'encourager toutes les branches d'indus- Canada, qui, joint aux possessions du Newtrie. La forme irrégulière de ses États lui faisait Brunswick, de Newfoundland, etc., présente à une obligation impérieuse de chercher, par la / la navigation britannique d'admirables ressour.

ces. Sous l'équateur sont les Antilles britanni- | industrie. J'ai calculé que les produits annuels ques, qui naguère offraient une somme d'im- de son agriculture surpassent 5,000,000,000 fr. portations et d'exportations égale à 800 millions (voy. Forces productives et commerciales de par année, mais dont la fortune est puissam- la France, Paris, 1827); ceux de ses ateliers et ment menacée par l'émancipation des noirs, manufactures surpassent 2,000,000,000 fr.; le opérée avec la précipitation la plus imprudente, reste des valeurs annuelles est créé par le comet probablement la plus funeste pour une race merce tant intérieur qu'extérieur. Ce dernier d'hommes encore trop peu préparée à la liberté. surpasse déjà 1,400,000,000 fr. tant en imporDans l'Asie, l'Angleterre possède la plus éton- tations qu'en exportations. Aucun autre peuple, nante de ses conquêtes industrielles : 80 mil. excepté le peuple britannique, ne présente un lions de sujets, conquis ou dominés par une plus grand commerce. C'est le fruit de deux sièsimple compagnie de marchands, qui fait et dé- cles et demi d'efforts, où quelques règnes illusfait des rois. Un nouveau peuple britannique se tres ont secondé le génie national. Il faut remondéveloppe sur les côtes de la Nouvelle-Guinée, ter au règne d'Henri IV, à la fin du XVIe siècle, dans cette cinquième et plus récemment décou- pour trouver dans la volonté du monarque les verte de toutes les parties du monde. C'est parce premiers encouragements procurés à l'industrie que l'Angleterre a fondé sa puissance sur les manufacturière, tandis que Sully dirigeait ses quatre bases de la force militaire, de la force efforts vers le progrès de l'industrie agricole. navale, de la force commerciale intérieure, et Colbert donne à la fois l'essor aux manufactures, de la force commerciale extérieure, qu'au lieu au commerce, à la navigation. Il est facile aude bâtir, comme Athènes et Carthage, comme jourd'hui de critiquer des règlements que le prola Hollande et le Portugal, un colosse aux pieds grès des arts a dû faire abandonner, mais dont d'argile, elle a jeté les fondements d'un empire un grand nombre produisit dans le principe des devant lequel se sont brisés les efforts du plus effets salutaires. En dehors de ces règlements grand, du plus puissant génie qu'aient produit reste l'impulsion immense donnée par le génie les temps modernes. L'ouvrage portant pour du grand ministre, aux fabriques, à la marine, titre général Voyages dans la Grande-Breta au négoce de la France, c'est ce que jamais ne gne a déjà présenté, sous trois titres spéciaux, doivent oublier les citoyens reconnaissants. Sous trois des bases de cette puissance : la force mi- les ministres Sully, Richelieu, Colbert, la France litaire, la force navale et la force commerciale a colonisé le Canada, Saint-Domingue, la Martiintérieure; la quatrième partie, qui a pour titre nique, la Guadeloupe, les iles de France, de BourForce commerciale extérieure, a pour objet bon, etc. Tant que le gouvernement métropolid'expliquer les progrès de cette vaste fortune in- tain s'est montré puissant, et par là même efficace dustrielle du peuple anglais : là sont expliqués dans sa protection, les colonies françaises ont les lois, les meurs, les arts auxquels il doit sa pris des développements qui ont frappé les peuprospérité constante, et ce développement d'une ples d'admiration. Il y a soixante ans, Saint-Doopulence dont aucune puissance ancienne ou mingue offrait à la France, tant en importations moderne n'a jusqu'ici présenté d'exemple. La qu'en exportations, un commerce de beaucoup grandeur même des États-Unis et leurs progrès supérieur à 200,000,000 fr. par année. C'était la industriels sont l'æuvre de l'Angleterre; c'est le base d'une puissance navale que Colbert avait sang britannique qui donne la vie à cette puis- devinée, qui fut grande sous Louis XIV, qui sance récente encore et déjà colossale : elle fait périt sous l'administration du cardinal de Fleury, partie des æuvres industrielles de la Grande- qui renaquit sous Louis XVI, et concourut à Bretagne, et c'est son plus bel ouvrage. l'affranchissement des futurs États-Unis d'Amé

La France, avec son territoire de 40,000 lieues rique. On a cru dire un mot profond en affircarrées, avec son climat tempéré, mais offrant mant avec assurance que les Français ne aussi des localités qui diffèrent extrêmement, savent pas coloniser. Ils ont fait à cet égard depuis les neiges perpétuelles des Alpes et des comme le philosophe auquel on niait le mouPyrénées jusqu'aux climats brûlants de la Corse vement : ils ont marché. Mais, sous des gouveret de la Provence; la France, sillonnée de su nements de bon plaisir, comme ceux d'un perbes fleuves, le Rhin, le Rhône, la Saône, la Louis XIII et d'un Louis XV, à défaut d'inGironde, la Loire, la Seine, etc., baignée par stitutions conservatrices, trop souvent le poudeux mers et richement traversée de routes et voir gouvernemental a fait défaut aux colonies, de canaux, la France peut porter au plus haut en a trahi les intérêts et sacrifié l'existence. Le degré de prospérité toutes les branches de son pouvoir a rarement su comment administrer

les colonies, mais les Français ont toujours su Eu égard à l'étendue de son territoire, la Belcomment développer avec rapidité leur industrie gique offre une réunion de ressources, un encoloniale. Quant à l'industrie intérieure, elle semble de productions qui sont à peine égalés, est en progrès constant depuis 1830, surtout mais ne peuvent être surpassés paraucun peuple. l'industrie de Paris qui s'accroît d'une manière des difficultés grandes et nombreuses, suscitées étonnante sous l'égide de la paix ; car la paix par la nature ou les événements, ont été vaincues; seule est progressive, la guerre est toujours les avantages qui résultent de la position géorétrograde!

graphique, les richesses que le sol recèle ont été Les expositions de l'industrie française ont exploités. Quatre millions d'habitants trouvent toujours été en grandissant, la dernière a sur- à vivre sur une étendue de terre qui dépasse à passé toutes les autres, tant par le nombre peine trois millions d'hectares. Nous ne connaiset la variété des produits que par leur perfec- sons pas, en Europe, une population égale en tion.

nombre aussi puissamment agglomérée. Peut-être même sera-t-il désormais matériel La majeure partie des habitants en Belgique lement impossible de faire une nouvelle exposi- trouve son existence dans le travail agricole. tion générale, et devra-t-on se borner chaque L'industrie manufacturière, le commerce intéannée à une exposition spéciale qui ne laisserait rieur et extérieur occupe à peineun million d'inpas que d'attirer presque autant de visiteurs dividus. Sur les trois millions qui vivent d'agriétrangers dans la capitale que les exposi- culture, on doit en compter près de la moitié tions quinquennales; car on saisit aisément le qui savent partager leur temps et leur intellimoindre prétexte qui se présente pour visiter gence entre la culture de la terre et l'exercice Paris.

BT CHARLES DUpin. d'un métier : ici le filage et le tissage, là les artiINDUSTRIE BELGE. L'exposition de l'industrie cles de bonneterie, un peu plus loin les clous et belge en 1841 a singulièrement étonné ceux qui les armes. La transformation des procédés de croyaient cette industrie éteinte. Jamais, du fabrication qui s'opère dans quelques-unes de ces temps de la réunion des deux industries belge et anciennes branches d'industrie contribue, avec hollandaise dans une même enceinte, une expo- d'autres causes, à faire peser sur cette populasition ne fut aussi brillante: cela prouve que la tion laborieuse de grandes privations, et menace Belgique possède encore, au moins en germe, a de porter atteinte à l'aisance que la nation belge peu près tous les genres d'industrie; mais ce qui a su conquérir de temps immémorial par un tras'oppose à leur développement, c'est autant le vail patient et de longues épargnes. défaut de publicité que le manque de débouchés. Quoi qu'il en soit de l'état de gêne actuel dans Tout le génie et les capitaux des Belges se sont lequel se trouvent en ce moment (avril 1843) portés sur les moyens de produire; mais per- plusieurs classes importantes de travailleurs en sonne ne s'est occupé des moyens de vendre. Belgique, ce pays nous paraît constitué pour On a fait mille sociétés d'industrie pour une so- plusieurs motifs de manière à rester longtemps ciété de commerce; on semblait encore compter encore au premier rang des nations industrielsur les Hollandais, qui, dans l'association , s'é- les. Inférieure à l'Angleterre sous quelques raptaient réservés le rôle de vendeurs. Le roi Guil- ports, et sous certains autres à la France, elle laume voulant à cette époque rendre son royaume pourrait entrer en lice avec l'un et l'autre pays, indépendant de l'industrie étrangère, avait fait si les conditions pour échanger et commercer dans ce but de grands sacrifices pour encourager de peuple à peuple étaient égales; mais à cause les fabriques et implanter tous les genres d'in- de sa faiblesse relalive comme puissance polidustrie en Belgique; ces industries diverses y tique, la Belgique ne peut pas toujours régler son existent effectivement encore, mais elles n'ont système commercial de la manière la plus conpu y prendre de développement depuis la révo- forme à ses intérêts. Cette difficulté a été, depuis lution, qui a brisé le cordon des douanes, pour 1830, l'objet de grandes controverses, de luttes adopter un système de liberté commerciale en et d'efforts; des tentatives ont été faites près de tièrement opposé au système protecteur qui quelques nations voisines pour amener des rapexistait avant 1830.

prochements, faciliter les relations internatioPeut-être serail-il encore temps de revenir à nales. Le réseau de chemins de fer commencé en ce système de protection, puisque les avances | 1834, qui touche déjà à la France par deux points, qu'a faites la Belgique aux autres peuples n'ont à la mer par deux autres, et doit placer, avant la serviqu'au détriment de son industrie intérieure fin de l'année 1845, le Rhin à dix heures de dissans lui valoir aucun retour.

tance de l'Escaut, a été conçu dans ce but. Le

temps fera justice, à la longue, des résistances, c'est que si le milieu est moins dense, et par que rencontrent ces projets, inspirés d'ailleurs conséquent moins résistant (tel est, par exempar l'intérêt matériel des peuples et le besoin ple, l'air relativement à l'eau), ou si le plan sur de leur civilisation.

lequel se meut une bille est plus poli qu'un autre La perfection à laquelle le travail agricole est (telle est une table de marbre relativement au arrivé dans quelques provinces de la Belgique, tapis du billard), le mouvement imprimé se connotamment dans la Flandre, est assez connue. serve bien plus longtemps. Pourquoi donc depuis quelques années, et quoi L'inertie, à l'état de repos, est offerte par une que les récoltes aient été passables ou même abon- observation constante; jamais on n'a vu un corps dantes, le grain y est-il plus cher qu'en France ? en repos se mettre de lui-même en mouvement. Pourquoi est-il en ce moment presque aussi cher On comprend que l'état de repos dont il est quesqu'en Angleterre? Cette cherté tient-elle à des tion ici n'est qu'un repos relatif, car il n'y a pas causes temporaires ou permanentes? – La Bel- une seule particule en repos dans tout l'univers. gique n'est pas riche seulement de ce qu'elle pro- Un exemple remarquable de l'inertie dans l'état duit à la surface du sol; elle trouve encore dans de mouvement se présente dans le cours des ses bouilles et dans ses métaux d'importantes planètes. La vitesse de la lune autour de la terre, ressources; elle travaille en outre le lin, la laine, celle de la terre autour du soleil, ne paraissent le coton; elle excelle par ses toiles et ses den- pas avoir diminué depuis l'origine des observatelles; elle possède des tanneries renommées. tions astronomiques. Mais si les planètes restent La typographie a acquis de grands dévelop-animées des mêmes vitesses qui leur ont été pements depuis 1815, et ses produits rivalisent imprimées, c'est qu'elles se meuvent dans le d'exécution avec les plus beaux livres imprimés vide ou du moins dans un milieu de résistance en France et en Angleterre. En général tous inappréciable, car c'est dans cette hypothèse les établissements industriels de ce pays, grands seulement que le mouvement peut être inaltéou petits, sont conduits avec ordre et pru- rable et persister éternellement. V. Saunois. dence. Les crises industrielles et commerciales INÈS DE CASTRO, fille naturelle de Pierre sont plus rares ou moins funestes qu'ailleurs. Fernand de Castro, noble castillan, dont la maiOn survit aux troubles, aux révolutions, aux son tenait, par d'antiques alliances, aux maisons changements de gouvernement qui en Belgi- royales d'Espagne et de Portugal, était auprès que plus qu'ailleurs sont venus si fréquem- de Constance, épouse de don Pedre, fils d'Alment ébranler l'ordre politique et social dans phonse IV de Portugal, moins comme demoises bases.

selle d'honneur qu'en qualité de parente. A la INERTIE. Propriété de la matière par laquelle beauté noble et gracieuse qui l'avait fait surun corps ne peut rien changer au mouvement nommer port de héron, elle joignait tout le qu'il possède actuellement, ni passer d'une po- charme de l'esprit le plus séduisant, et don Pedre sition à une autre dans l'espace, sans une cause ne tarda pas à en être captivé. Constance, qui extérieure. On ne conçoit pas, en effet, qu'un surprit le secret de cette passion naissante, imacorps purement matériel puisse altérer de lui- gina, pour élever un obstacle entre son époux même le mouvement qu'il aurait reçu par une et Inès, de la choisir pour commère de don force quelconque, ni passer de l'état de repos à Pedre, à la naissance de son premier enfant': celui de mouvement. Un corps mů ou station. Ce lien spirituel ne fit, au contraire, qu'ajouter naire reste donc dans cet état, à moins qu'une quelque chose de plus intime à la tendresse force étrangère ne surmonte celle de l'inertie des deux amants ; et lorsque Constance mourut C'est ce qui arrive toutes les fois qu'un corps (1345), leur liaison devint plus étroite, sans cesmis en mouvement semble diminuer graduelle ser d'etre mystérieuse; plus tard, elle fut secrèment de vitesse et enfin s'arrêter de lui-même. tement consacrée par don Gil, prieur da Guarda, Ce changement dans l'état du corps résulte de que le pape avait, dit-on, autorisé à la bénir, l'action incessante de deux résistances qui s'op vers 1354. Ce mariage ne tarda pas à être révélé posent au mouvement : l'une est la résistance à Alphonse, chez qui la sévérité du roi laissait du milieu où se meut le corps, tel que l'air ou peu de place à la tendresse du père. Les grands l'eau; l'autre est celle du frottement. Tout corps lui firent craindre que la puissante famille d'Inès, porte ou pose surun autre corps; en d'autres termes, tout corps qui se meut frotte un autre corps,

• Ruy de Pina, Chronica de el rey de Alfonso o quarto, etc. et celui-ci oppose une certaine résistance. Ce qui Lisbonne, 1653. Ruy de Pina est un chroniqueur de la fin du prouve la double résistance dont nous parlons, | xve siècle.

ne parvint à mettre ses fils sur le trône, et lui de historia portugheza, etc., Lisbonne, 1790, persuadèrent de s'en défaire par le meurtre. Ce Fernand Lopès n'a point parlé du couronnement prince impitoyable, accompagné de gens armés, du cadavre : c'est un fait raconté, d'après la se rendit à Coimbre, où demeurait Inès, dans tradition et les romances, par Duarte Nunez de le palais de Sainte-Claire (1355). Les uns disent Liao, écrivain de la fin du xvje siècle, qui a qu'Inès fut assassinée sous ses yeux, en vain copié et arrangé la chronique de Fernand Lopes. défendue par les larmes de ses beaux enfants M. Ferdinand Denis a donné, dans ses Chronidont elle était entourée; d'autres rapportent ques de l'Espagne et du Portugal (1839), un qu'Alphonse, touché de ce spectacle, s'éloigna extrait de ces documents. « Ce serait presque en pardonnant, mais qu'Inès tomba sous le fer l'œuvre d'un laborieux bibliographe, dit-il, que des conseillers d'Alphonse, qui la tuerent comme de rappeler, même sommairement, tout ce qui des bouchers, et dont lui-même sembla accepter a été écrit sur Inès de Castro. Poemes, romans, le crime, car il ne le pupit pas. L'époux d'Inès nouvelles, drames, tragédies, et jusqu'aux coprit les armes et osa demander compte à son plas de la romance populaire, toutes les formes père et à son roi du sang si lachement versé. littéraires et poétiques se sont épuisées sur cette Dans ce temps, une seur d'Inès, Jeanne de Cas- grande catastrophe. » Aussi Inès de Castro doittro, séduite par un autre don Pèdre, ce roi elle sa renommée à la poésie bien plus qu'à d'Espagne surnommé le Cruel, était devenue son l'histoire; sa vie offre un roman fort stérile épouse. Leur frère Fernand était dans la con en considérations politiques, mais fécond en fiance intime de don Pedre le Cruel, La Chro- émotions tendres et douloureuses. Parmi les nique rimée de du Guesclin, récemment im- poétes portugais qui ont traité ce sujet national, primée d'après un manuscrit de la Bibliothèque nous nommerons seulement l'un des plus anroyale, donne sur ceci de curieux détails, Fer-ciens et des plus illustres, Antoine Ferreira nand de Castro et don Alvarez Pirez de Castro, (vor.), auteur d'une tragédie qui passe pour un frères d'Inès, se joignirent à son époux pour des chefs-d'æuvre de la littérature portugaise, et ravager les domaines des grands seigneurs qui que sa date place, avec la Sofonisba du Trissin, avaient commis le crime. Mais c'était leur vie parmi les premiers monuments du théâtre moqu'il fallait à don Pedre, et quand il monta sur derne. Lechantre des Lusiades doit à cette tragile trône, en 1357, il fit périr, dans d'effroyables que histoire ses vers les plus touchants. Avenel, tortures, Pero Coelho et Alvaro Gonçalez, qui INFAMANT, INPAME, INPAMIE, tout ce qui est s'étaient réfugiés dans les États de don Pedre le destructif d'une bonne renommée, fama, InCruel, et que celui-ci lui livra.

famie s'emploie dans le langage usuel, et s'apL'amour passionné de l'époux d'Inès ne se plique à toute action qui est contraire aux lois contenta pas de cette réparation sanglante : au de l'honneur ou de la probité; infamant et insupplice des meurtriers succéda le triomphe de famie appartiennent à la langue légale et ont la victime. Les restes d'Inès furent exhumés, et une signification plus précise : ils s'appliquent le cadavre, revêtu des ornements royaux, ceint à toute action criminelle que la loi punit de cerdu diadème de Portugal, reçut les hommages de taines peines emportant avec elles note d'infala cour et des états assemblés. Ensuite, don Pèdre mie, et qui, pour cela, sont appelées infamantes. fit transporter Inès de Coimbre à Alcobaça, l'es-Les peines infamantes sout la mort, les travaux pace de dix-sept lieues, environnée d'un cortège forcés à perpétuité, la déportation, les travaux royal et funèbre. Toute cette pompe étrange, forcés à temps, la détention et la reclusion; mélée de deuil et d'amour, était, de la part de elles sont à la fois affliclives et infamantes, don Pedre, une satisfaction donnée, moins en- parce qu'elles frappent le condamné d'un châticore à la colère qu'à la tendresse : la fin tragiquement corporel, en même temps qu'elles le coud'Inès n'avait fait qu'exalter sa passion, et il ne vrent de la note d'infamie; d'autres peines sont cessa de pleurer cette épouse chérie que lorsque seulement nommées infamantes, parce qu'elles la mort l'eut couché près d'elle dans la pierre ne frappent pas le condamné d'un châtiment du mausolée qu'il lui avait fait élever au cou- corporel, ce sont le bannissement et la dégravent d'Alcobaça.

dation civique. Toutes les peines appliquées au L'histoire d'Inès a été conservée par le chro-grand criminel, c'est-à-dire en punition des plus niqueur Fernand Lopes, surnommé le Froissard graves attentats dirigés contre les personnes, portugais, qui écrivait vers 1434, et dont l'ou- les biens ou la sûreté publique, sont des peines yrage, longtemps publié, a été reproduit dans infamantes. Le condamné ne peut plus effacer le recueil intilulé : Collecçao de livros inedilos, la note d'infamie dont il est couvert par l'arrèt

« PreviousContinue »