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Toulouse s'étoient assis les Saturnin , les

Exupere ; Marseille, Poitiers , Paris comp• toient plus d'un pontife, et ces pontifes plus

d'un sacrifice, plus d'un triomphe illustre; Orléans , Autun, Sens , quels souvenirs et. quels contrastes ! avoient eu aussi leurs Agnan , leurs Ruthilius , leurs Savinien , d'autres encore ; et quelque part qu'il plột à la divine providence de placer le trône de nos rois , il ne pouvoit reposer que sur les tombeaux des martyrs.

A dater de ces époques, qui viennent se confondre dans le berceau même du christianisme , une succession jamais interrompue de pontises et de docteurs vient s'unir aux Fénélon, aux Massillon , aux Bossuet, qui nous donnent la main et nous transmettent en personne l'évangile de JésusChrist dans sa pureté primitive, et dans tout son éclat. Rien n'a changé que les tems; à tous les caractères qui attestent la divinité de notre foi, vient se joindre celui d'une si longue antiquité. Depuis plụs de quinze cens années, vierge dans ses dogmes, vierge dans son inaltérable unité avec le siége de Pierre, l'église des François en quelque sorte associée aux privilèges de ce

siège auguste de Pierre, à sa perpétuité, à son indéfectibilité, l'église des François, si souvent le modèle et l'oracle des autres églises du monde, n'avoit connu les schismes et les erreurs que pour en triompher.

Tant de siècles de gloire fatiguoient les enfers. Depuis long-tems ils avoient médité sa ruine. Le démon des sophismes et des blasphèmes les avoit épuisés dans les écrits de ces prétendus sages qui se font aujourd'hui si bien reconnoitre à leurs oeuvres. Mais vainement les chefs de ces conspirations impies, vainement leurs subalternes échos s'étoient tourmentés pour se rendre célèbres à force d'audace et de délire. Notre France étoit toujours à Jésus-Christ; elle étoit à lui dans toute l'intégrité de son culte. Elle avoit dans son sein des impies : mais elle étoit chrétienne. Elle avoit des sectaires : mais elle restoit catholique. Elle avoit à gémir sur les scandales introduits jusques à l'entour du sanctuaire ; mais si la chaire de Moïse étoit occupée par les enfans d'Héli, du inoins l'arche sainte n'étoit point tombée au pouvoir des Philistins ; le dépôt de la foi étoit intact. et l'autel de la nation françoise étoit toujours l'autel des Clovis , des Charles magne et des Saint Louis. a iij

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Une révolution s'est opérée, qui, semblable à un vent brûlant et impétueux, se déchaine avec violence, étendant au loin ses ravages, entassant ruines sur ruines, desséchant tout ce qu'elle n'a pu rompre, menaçant d'arracher à ce trône unique , hors duquel il n'y a point de vie, une brans che si antique, si vigoureuse; et creusant çà et là des gouffres profonds où la monarchie elle-même va peut-être bientôt descendre et s'ensevelir.

Comment se sont faits ces grands changemens? Comment s'est ourdie cette trame qu'il faut avouer être le chef-d'oeuvre des enfers ? Ont-ils donc été muets, ces enfans des hommes placés par Dieu lui-même pour étre les sentinelles de la maison d'Israel, comme parlent nos écritures ? et faudrat-il

que le prophète venant aussi parmi nous s'asseoir sur les ruines du sanctuaire, fasse retentir encore ces lamentables

paroles : Le Seigneur n'a rien épargné dans Jacob; il a abattu tout ce qu'il y avoit de plus magnifique ; il a rejetté son autel; il a maudit son temple, que lui-même avoit sanctifié (1). Voilà le double tableau que

41) Ezéch. 3, 17.

nous allons offrir à la curiosité de nos lecteurs. Oh ! s'ils vouloient enfin nous entendre, ces hommes qui n'ont su jusqu'ici que nous opprimer, ils verroient bien dans cette constitution prétendue civile du clerge l'ouvrage de l'artifice et de la haine ; puis, après avoir comparé les monumens divers qui forment cette collection, ils se demanderoient enfin à eux-mêmes quel est donc le crime de ces évêques, de ces prétres , qui ne demandent grace que pour la reli, gion et pour l'honneur.

PRE MI È RE PARTI E.

Les états du royaume avoient été convoqués sous les auspices les plus favorables. La lassitude du mal produite par ses excès même, l'absolue nécessité de songer à son propre salut en sauvant l'empire , l'impatience du bien poussant tous les esprits dans un ordre nouveau, la vertu, mise, après tant d'agitations vaines et de palliatifs impuissans, au rang des besoins politiques, l'unanimité des baillages françois , commandant à leurs mandataires de faire pour la religion tout ce qu'ils auroient fait eux - mêmes , s'il eut été possible de rassembler à la fois

une aussi vaste multitude ; une possession de quinze siècles assurant au culte catholique le titre et les droits de religion dominante dans l'empire très chrétien : quels engagemens sacrés pour des législateurs qui n'avoient

que

des devoirs ! de quelle auguste et magnifique perspective les sages aimoient à se composer l'avenir ! quelles ailes de feu pour des ames pénétrées d'un véritable patriotisme ! mais aussi à quels tersibles reproches se dévouoient des réformateurs , qui appellés à guérir les p'aies de l'état, ne feroient que les aigrir, en leur appliquant des remèdes pires que tous ses maux, remplaceroient les antiques abus

par des désordres désormais incurables, roient substituer leurs conceptions arbitraires aux loix que vingt-quatre millions d'hommes venoient de leur tracer, et creuseroient des gouffres nouveaux sous l'abime où la France-étoit menacée de se perdre!

Quelques hommes portoient dans leurs mains les destinées du plus beau royaume de l'univers ; quelques hommes alloient conquérir aux vertus religieuses, les sucçesseurs de ces glorieux apôtres qui avoient conquis notre France à la religion ; et le

ose

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