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Arrêt , lequel fera imprimé, publié & affiché paratout où besoin fera, & notamment dans les villes de Paris de Versailles, & transcrit sur les Registres de toutes les Chambres Syndicales du Toyaume. Fait au Conseil d'Etat du Roi , Sa Majesté , y étant , tenu à Versailles, le 7. mai 1789.

L'article de Versailles qui précède celui-ci, ne suffisant pas à la curiosité publique , nous y joindrons le détail plus circonstancié des deux grandes cérémonies de la Procession et de l'ouverture des Etats-Généraux. Ces descriptions sans doute ne jettent qu'un intérêt accessoire sur le grand objet de cette

Convocation nationale; mais la solemqnité des formes appartient à l'histoire, et un grand nombre de Lecteurs nous reprocheroient de l'avoir négligée.

La Cérémonie Religieuse qui devoit précéder les - Etats-Généraux, eut lieu le 4 de ce mois. Dès le

famedi 3 , Sa Majesté permit que les Députés lui fussent préfentés. N y eut à ce sujet une réclamation de ceux de Bourgogce: ayant entendu appeler le premier, le Pailliage de Vermandois, ils prée tendirent que cet honteur leur étoit dû, en l'absence des Députés de la Capitale et de la Vicom16. Cependant, pour ne pas fufpendre cette préfeoration, ils-gardèrent le rang qữon leur avoit affigné, & remirent à faire valoir leurs droits le soir même, pour la procession du Lundi. La dé-eition du Roi leur a été favo:able, & ils parurent - ce jour-là à la première place. La même difficulté

s'était préfentée en 1614. Du reste , tous les Députés, le jour de cette présentation, furent dommés à Sa Majesté. La isule différence qu'il y ais eu entre les Ordres, c'est que le-Tiers (ut reçu dans la chambre de Sa Majefte, & que la Nob'eile & le Clergé le furent dans le cabinet.

Les Députés ayant été invités d'affer le lendemain, en habit de cérémonie, à la Procession gé. nérale du St. Sacrement, ils fe rendirent de bonne hrure dans l'Eglise de Notre-Dame , Paroise du château de Versailles. Le Roi forrit à 10 heures pour se rendre à cette Eg'ise: res Carrotics, ceux de la Reine, des Princes ses Frères, des autres Princes & Princesles du Sang, le Val du Cabire!, &c. &c.; tout le Cortège enfin, & la pom'e qui entourent les Rois de France dans les grandes Cérémonies, le montrèrent à celle-ci. Un Feuple nombreux répandu dans les rues, les croilées garnies de spectateurs & le beau temps , concoururent à la magnificence de ce spectacle. Sa Majesté avoit dans son carrosle les Princes ses Frères, 1. le Duc d'Angoulême & M. le Duc de Berry; la Reine & les autres Priscesses venoient à la suite de Sa Majefté. Après une courte prière à NotreDame, la proceflion commença à se former; it étoit alors i 1 heures : elle étoit ouverte par les Récollets, seul Corps de Religieux qui soit à Verfailles; venoit ensuite le Clergé des deux Paroisses de Versailles, ensuite les Députés du Tiers-Etat , marchant à la file sur deux lignes parallèles. On remarqua le plus, dans cet Ordre, des Laboureur's Bas-Bretons, du diocèle de Vannes, qui avoient conservé leur veste & culotte de bure. La Noblefe suivoit le Tiers-É:at", & l'Ordre de l'Eglife celui de la Noblesse. La Musique du Roi separa les Evêques du Clergé du second Ordre : ils fucent alors placés immédiatement avant le Dais du St. Sacrement , porté par M. l'Archevêque de Paris. Il n'y avoit que 32 Evêques , quoiqu'on en compte au moins 50 de députés aux Etats-généraux. M. rArchevêque de Rouen, à grande chane de Car

dinal, avoit la place d'honneur. Le Dais étoit porté par les Grands Officiers & les Gentilshommes d'hongeur des Princes, Frères du Roi, qui se releyoient fuccellivement. Les cordons du Dais étoient tenus par MONSIEUR, M. Comie d'Artois, M. le Duc d'Angoulême & M. le Duc de Berry. Le Roi inarchoit imanédiatement après; les Princes du Sing, les Ducs & Pairs & autres Scigneurs étoient à droite, à la fuite du Roi. La Reine étoit à la gauche de Sa Majesté. Elle étoit fuivie par MADAME, Madame Elisabeth, Madame la Duchesse d'Orléans & Madame la Princesse de Lamballe : les autres Princesses étoient absentes ou indisposées. Toutes les personnes formant ceue Procession portoient un cierge. Pendant toute la marche de Notre Dame à St. Louis, Sa Majesté geçur les acclamations continuelles & les' væux 'des Spectateurs. Parvenus à l'Eglise St. Louis, les trois Ordres y entendireno la Mesle, & le Sermon prononcé par M. de la Fare, Evêque de Nanci. Ce Discours, de près de 7 quarts d'heure, fut écouté avec intérêr. Le tableau des funestes effets du régime fiscal, celui du luxe de la Cour & des villes, mis en oppo@tion avec la misère des campagnes, l'éloge du Roi & les bienfaits quil prépare à la Nation, de cor.cert avec les Représentans, &c. &c. , caufèrent une impresion qui fit oublier la décence, & l'Orateur fut applaudi fans respect pour la majesté de l'assemblée & de la cérémonie.

Le lendemain 5, S. M. fit l'ouverture des Etats-Généraux. Avant de rendre compte de cette première Séance, nous donnerons une esquisse de la salle destinée à l'Asssemblée.

Cette fa'le, de 120 pieds de longueur, & de 57 de largeur en dedans des colonnes, eft sou

tenue sur des colores cannelées d'ordre ionique sans piedestaux, à la manière grecque ; l'entablement est enrichi d'oves , & au-dessus s'élève va plafond percé en ovale dans le milieu : le jour principal vient par cet ovale, & eft adouci par une espèce de tente en taffetas blanc. Dans les deux extrémités de la salle, on a ménagé deux jours pareils qui suivent la direction de l'entablement & la courbe du plafond. Dans les bas-côtés on a difpofé pour les spectateurs, des gradins , & à une cerisine hauteur des murs, des travées, ornées de balustrades. La partie de la falle destinée à former l'estrade pour le Roi & pour la Cour, eft furmontée d'un magnifique dais, dont les retrouffis font attachés aux' colonnes , & tout le derrière du trône forme une vaste enceinte tapissée de velours, semé de fleurs-delis. Le trône eft placé sous le grand baldaquin. Au côté gauche du trône , étoit un grand fauteưil pour la Reine, & ensuite des tabourets pour les Princesses. A droite, il y avoit des pliars pour les Princes; auprès du marche-pied du trône, une chaise à bras pour M. le Garde-des-Sceaux, à gauche & à droite un pliant pour le GrandChambellan. Au bas de l'estrade, étoit adoffé un banc pour les Secrétaires d'Etat, & devant eux une longue tablc couverte d'un tapis de velours violet , semé de fleurs-de-lis. Les banquettes de la droite étoient destinées aux 15 Conseillers d'Etat & aux 20 Maitres des Requêtes invités à la Séance ; les banquettes de la gauche ont été occupées par les Gouverneurs & LieutenansGénéraux des provinces. Dans la longueur de la falle, à droite, étoient d'autres banquettes pour les Députés du Clergé, à gauche, il y en avoit pour la Noblesse , & dans le fond, en face du tiône, étoient celles destinées aux Communes. Tous

les planchers de la salle & de l'estrade étoient recouverts de magnifiques tapis de la Savonnerie.

Le Marquis de Brezé, & deux maîtres de cérémonies, commencèrent à placer les Députés dès neuf heures du matin ; ils avoient été tous convoqués dans l'une des deux fa'les voifines deltinées aux délibérations particulières des Ordres du Clergé & de la Noblesse. Là, les députations furent appelées à tour de rôle, & chacun de leurs Membres fut conduit à fa place par un des Officiers des cérémonies. Cet arrangement employa plus de 2 heu. Les Conseillers d'Etat, les Gouverneurs & Lieutenans-Généraux des provinces , les Ministres & Secrétaires d'Etat, prirent aussi leurs places ; & au milieu de l'enceinte du parquet, le Roi d'Armes, avec quatre Héraules revêtus de leurs cottes d'armes, se tinrent debout penda: t toute la cérémonie. Après que tout le monde fut placé, on alla avertir le Roi, la Reide, qui are rivèrent auffi-tôt, précédés & suivis des Princes & Princesses & de leur cortége; le Roi se plaça fur fon Trône, la Reine sur un grand fauteuil fa gauche, & les Princes & Princesses formerent un demi-cercle sur l'eftrade ; les Dames de la Cour occupoient, en grande parure, les galeries de la salle du côté de l'eftrade, & toutes les autres galeries étoient garnies de Dames fur le devant, ainsi que sur les travées. Toute l'Assemblée se leva lors de l'entrée du Roi, qui se rint debout pendant quelques minutes, pour donner le temps à la Cour de re placer. Ce spectacle auguste imprima aux Afliftans une émotion mê:ée de reso pect, qui produisit le filence le plus exaet. Le Roi s'étant place fur fon Trône, mit son chapeau, se leva, & re couvrit de nouveau. Les trois Ordres fe convrirent en même-temps.

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