Page images
PDF
EPUB
[merged small][merged small][ocr errors]
[blocks in formation]

A PARIS
AU BUREAU DU JOURNAL, RUE COQ-HÉRON, 5.

CATHOLIQUE

REVUE

DES SCIENCES ECCLESIASTIQUES ET DES FAITS RELIGIEUX.

Omnia instaurare in Christo. Eph., I, 10.

PORT-ROYAL ET M. ERNEST RENAN.

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

M. de Sainte-Beuve a donné dernièrement une seconde édition de sa prétendue histoire de Port-Royal, et M. Ernest Renan a rendu compte de cet ouvrage dans le Journal des Débats. Nous n'examinerons dans cet article que les articles du journaliste. Plus tard, nous pourrons critiquer l'auyre de M. de Sainte-Beuve, qui, nous pouvons le dire dès aujourd'hui, fourmille d'erreurs et de fausses appréciations.

Si M. Ernest Renan se fût contenté de donner des éloges à M. de Sainte-Beuve à propos de son livre, nous n'eussions rien eu à dire. Ce sont de ces petits services que l'on se rend entre académiciens, et dont le public sérieux ne peut être dupe. Mais l'élégant écrivain du Journal des Débats a voulu dire son mot sur Port-Royal, et ce sont ses appréciations qui motivent cet article.

M. Ernest Renan a très peu de respect pour l'école illustre qui a le plus contribué à former cette langue française dont il se croit un des plus élégants interprètes; nous ne pouvons en être étonnés. Un écrivain qui ne respecte pas les Livres saints ne peut évidemment ressentir aucune sym

[ocr errors]

pathie pour des écrivains religieux dont le but principal fut de répandre l'amour de ces divins livres et la doctrine céleste qui y est enseignée. Mais quelle que soit l'indépendance d'esprit de M. Ernest Renan, il voudra bien convenir que la vérité a toujours le droit d'être respectée, et que c'est une obligation pour l'écrivain, comme pour tout autre, de suivre les règles de la justice à l'égard de ceux que l'on entreprend de juger.

Or, ni la vérité ni la justice n'ont été respectées par M. Ernest Renan à l'égard de Port-Royal.

Il loue M. de Sainte-Beuve de n'avoir eu aucune opinion arrêtée touchant les questions qui ont inspiré tous les actes de l'école de Port-Royal, et qui ont été, pour ainsi dire, sa raison d'être. S'il eût pris parti dans ces questions, M. de Sainte-Beuve n'eût pas été un écrivain impartial, au dire de son panegyriste. Nous ne comprenons pas cette doctrine qui réduirait l'impartialité au scepticisme. Est-il impossible d'être impartial en se déclarant pour la vérité ? Est-il nécessaire d'hésiter entre l'erreur et la vérité pour être juste? Il est vrai que M. de Sainte-Beuve ne pouvait pas prendre de parti sur les questions de la grâce;, il suffit de lire l'incroyable pathos qu'il a écrit sur ce sujet pour être intimement persuadé qu'il n'a rien compris à la question. Or, cette question de la grâce a été comme le pivot qui a servi de centre à toutes les productions théologiques de Port-Royal, à cette opposition légitime qui a fait sa gloire. Peut-on faire une bonne histoire de ces écrits et de cette opposition sans comprendre la question qui les a inspirés ? M. E. Renan, en louant M. de Sainte-Beuve de n'avoir point pris parti dans la question de la grâce, donne à penser qu'il n'en aperçoit pas lui-même l'importance. Nous le regrettons pour lui, car la vraie doctrine de l'Eglise sur ce point résout les problèmes philosophiques les plus profonds touchant l'action de Dieu sur l'homme. Nous ne pouvons donc être surpris de la manière mesquine dont M. E. Renan a envisagé Port-Royal ; comme il affecte de rabaisser le principe catholique, il n'a

« PreviousContinue »