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membres du Sénat, M. Rigos-Palamidès et M. Christidès. Le premier voyait dans les paroles du ministre une insulte contre les hommes qui en 1821 avaient pris part à la guerre de l'indépendance. Tout en admettant qu'à une autre époque il y avait eu deux partis, l'un anglais et l'autre français, il les défendit contre l'imputation de s'être formés dans des vues d'intérêt personnel, et d'avoir été stimulés par un autre sentiment que le patriotisme. M. Christidès, lui, alla plus loin encore : il dénonça le mémoire en question comme le manifeste d'une conspiration ourdie par le cabinet contre les libertés nationales. M. Rangabé repoussa comme mal fondés les reproches dont il était l'objet; il rendit pleine justice au patriotisme et au dévouement qui avaient pris part à la guerre de l'indépendance. En parlant des partis qui s'appuyaient sur l'influence étrangère, il avait entendu seulement rappeler un fait connu de tous. Son observation n'aurait porté d'ailleurs que sur l'époque postérieure à l'indépendance. A la suite de cet échange d'explications, plusieurs membres firent une proposition pour obliger le ministre des affaires étrangères à rétracter formellement le passage incriminé de son mémoire, et à communiquer cette rétractation aux gouvernements étrangers auxquels cette pièce avait été adressée. En cas de refus de la part de M. Rangabé, une députation porterait au Roi les griefs du Sénat. Le ministre, qui avait raison au fond, c'est-à-dire en ce sens qu'il y avait eu ici, comme ailleurs, des partis qui avaient pu cacher derrière des raisons de patriotisme des raisons d'ambition, comprit cependant qu'il avait trop appuyé là-dessus; en conséquence, il eut le bon esprit de se rétracter, et, sauf quelques escarmouches sans importance, l'incident se trouva vidé. Restait la question de savoir si les partis dont avait parlé M. Rangabé existaient réellement, ou s'ils avaient fait place à quelque influence d'une autre nature. Il est certain que celle de la Cour commençait à prédominer. Cependant des débats plus utiles signalèrent la session. Les chambres adoptèrent la proposition faite par le gouvernement, d'augmenter pendant la cherté la solde des officiers de terre et de mer; elles votèrent aussi les sommes nécessaires au maintien des deux légations de Grèce à Paris et à Londres. Adoption également du projet de loi relatif à la construction du chemin de fer d'Athènes au Pirée. Il serait entrepris par une société d'actionnaires indigènes, et le Gouvernement lui accorderait un privilege de soixante-quinze ans avec garantie d'un minimum de 5 p. 100 d'intérêt et la cession gratuite du terrain. Constitution d'une société de bateaux à vapeur : elle obtenait du Gouvernement trois bâtiments construits l'année précédente en Angleterre. La Compagnie devait organiser prochainement des services réguliers dans les eaux de la Grèce. D'autre part les travaux du port de Chalcis (l'Euripe) étaient terminés et les bateaux pourraient le remonter. Dixsept grandes routes étaient décrétées. Les Chambres votėrent aussi, pour étre mis en vigueur trois mois plus tard, un nouveau tarif de douanes, qui réduisait de 1 p. 100 tous les deux ans les 6 p. 100 actuels, de manière à arriver à la suppression entière de ces droits dans l'espace de dix années. Diminution des droits de sortie sur les raisins de Corinthe. Jusqu'ici ce produit du pays avait payé jusqu'à 10 p. 100 à titre d'impôt foncier, et 6 p. 100 comme droit d'exportation. Le Gouvernement proposait de réduire à 5 p. 100 ce dernier droit.

Dans le domaine de la législation civile il y eut également d'importantes modifications. Une loi relative au régime hypothécaire fit de la transcription la condition indispensable de la transmission de la propriété, et prescrivit la publicité des registres sur lesquels elle aurait lieu. On travaillait aussi à un code civil dont l'exposé des motifs parut cette année. Au reste les améliorations accomplies dans le pays étaient vivement retracées par la plume élégante du ministre des affaires étrangères, M. Rangabé, dans le mémoire adressé aux agents du Gouvernement à l'étranger. En 1827 la Grèce était à peine habitée par 750,000 âmes. En vingt-cinq ans elle avait vu augmenter sal population d'un tiers. Sa production foncière s'était également accrue. Elle rendait aujourd'hui plus de 81 millions de drachmes. Sous la domination turque, 25,000 acres de terre étaient plantés de raisin de Corinthe, aujourd'hui ces plantations couvrent une étendue vingt fois aussi grande. Il y avait 1857

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plus de 350,000 acres de vigne contre 50,000 acres autrefois.Navigation marchande florissante. Cependant le budget de l'Etat ne répondait pas tout à fait à l'accroissement rapide de la prospérité privée. Ses revenus n'étaient en proportion ni de l'étendue ni même de la population de la Grèce. Pourquoi? M. Rangabé l'expliquait : Des sommes immenses avaient été appliquées à la reconstruction des villes et des villages, qui n'étaient plus qu'un amas de ruine. Des plantations étendues avaient recouvert les plaines désertes. Plusieurs millions d'arbres exotiques avaient passé par la douane du Pirée; dépenses improductives dans les premières années. Vinrent les accidents de la température : la vigne malade, les oliviers et les orangers atteints par la gelée; puis les malheurs d'une autre nature produits par l'inexpérience financière : des biens nationaux (700,000 acres) vendus à l'enchère, c'est-à-dire désavantageusement. Une loi nouvelle proposée sur cette matière devait réparer les pertes du passé. La vente de ces biens ferait connaitre exactement la valeur des propriétés, et permettrait de substituer au système de la ferme des impôts, celui du payement direct en espèces.

Le ministre se promettait de magnifiques résultats de toutes ces innovations : « La Grèce parait destinée, disait-il, par sa position géographique et par l'aptitude de ses habitants, à devenir l'entrepôt du commerce de l'Orient et de l'Occident. » Les mesures législatives prises pour la bonne direction de la marine marchande et pour en augmenter le crédit (lois sur la police de cette marine, sur les livrets, sur les avaries), devaient accélérer et développer son activité. Le Gouvernement était entré hardiment dans la voie du libre échange pour l'avenir en proposant la diminution graduelle des droits d'exportation, et en se disposant à lever les droits d'importation des matières utiles à l'industrie. Le commerce passif avait doublé depuis 1835 , puisque de 2 millions, cette branche du revenu de l'Etat s'était élevée à 4 millions. Si le commerce actif ne présentait pas des résultats analogues, c'est qu'il manquait encore à la Grèce une foule de produits naturels ou industriels que lui donnerait une civilisation plus avancée. C'est ainsi qu'en 1851, par exemple,

la valeur des marchandises importées avait excédé celle des exportations de 12 millions de drachmes. Désastreux seraient les résultats de ce déficit si la navigation, sa véritable industrie, ne rétablissait l'équilibre. - Minéraux et forêts : le Gouvernement s'occupait de mesures législatives ayant pour objet de rendre productive l'exploitation des premiers, et de préserver les autres de la destruction qui en avait dépouillé le pays pendant les trois derniers siècles.

Monnaie grecque. Une loi en devait modifier le système, qui reposait sur une fausse base, à tel point que le numéraire était enlevé au pays par des spéculateurs, qui faisaient éprouver au trésor et au commerce une perte sensible.

Revenus publics. De 7 millions 950,000 drachmes (de 90 c.), chiffre de 1833, ils s'élevaient à 18 millions, chiffre de 1856.

Ce compte-rendu et ces détails étaient de nature à rassurer les puissances créancières et néanmoins protectrices des Hellènes. Des arrangements furent pris pour aboutir à la liquidation. Jusqu'alors les trois Gouvernements garants de l'emprunt en avaient dû payer les intérêts. Le ministre actuel, M. Comontaslov, offrit, pour contribuer à ce payement, une somme qui devait aller croissant. Il la puiserait à la vraie source, l'économie, et dans d'efficaces réformes. Les puissances y mirent la meilleure grâce : elles acceptèrent l'arrangement au fond; mais elles renoncèrent aux intérêts offerts de bonne foi, à la condition qu'ils seraient employés à d'utiles travaux. Mais à titre de garantie bien naturelle, les ministres des puissances se constituèrent en commission permanente en vue d'étudier les ressources et les besoins du pays, c'est-à-dire la situation du débiteur.

Paris et Londres poussèrent plus loin la confiance, et le 28 février les troupes françaises et anglaises évacuaient le Pirée. Le ministre de l'Empereur à Athènes ayant écrit, dès le 27, au ministre des affaires étrangères du roi Othon, pour lui annoncer l'embarquement des troupes françaises, M. Rangabé lui accusa réception de sa communication en rendant justice à la bonne conduite et à la discipline constante de nos soldats.

CHAPITRE IX.

SUISSE.

Les prisonniers neuchâtelais rendus à la liberté; Note du Moniteur à cet

égard. Négociations au sujet des conditions de pacification. Prétentions respectives des parties : intervention de la Conférence de Paris. M. Kern, représentant de la Confédération helvélique au sein de la Conférence. Invitation adressée à la Prusse à l'effet de s'y faire représenter. Les contendants formulent leurs conditions : coucessions mutuelles ménagées par les quatre autres puissances. Traité conclu sous les auspices de la Conférence. Situation intérieure : réelections des conseils; état des esprits. Travaux et services publics : les chemins de fer, les postes, elc. Commerce et transit. — Les cantons : Fribourg, Neuchâtel, Berne : les fêtes nationales,

Par suite des résolutions fédérales du 27 décembre 1856 (V. l'Annuaire), les prisonniers neuchâtelois avaient été rendus à la liberté, « ils sont déjà sur le territoire français, » disait le 22 janvier le Moniteur de l'Empire français. Le Gouvernement helvétique, d'accord avec la représentation nationale du pays, a fait un acte qui l'honore et qui se concilie parfaitement avec les véritables intérêts de la Suisse. »

Et le Moniteur rappelait que « le Gouvernement de l'Empereur avait conseillé cette mesure, dès le mois de septembre dernier, et qu'il avait renouvelé ses avis par une communication, en date du 26 novembre. » « Dès aujourd'hui, continuait l'organe du Gouvernement impérial, elle (la Confédération helvétique) peut sans crainte licencier ses contingents, et le Gouvernement prussien ayant déjà annoncé qu'il est prêt à entrer en négociations sur le fond du différend, on peut espérer un arrangement définitif et conforme aux intérêts, aussi bien qu'à la dignité des deux parties. » Grâce à l'activité des puissances, impartiales dans ce différend international, stimulée d'ailleurs par

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