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primer les abus reconnus de cette liberté, car la limitation de l'intérêt pouvait avoir des inconvénients dans une société dont l'élément vital serait bientôt le commerce ou l'industrie. Toutefois la loi ne passa qu'à une faible majorité : 71 voix contre 62.

D'autres lois importantes eurent pour objet d'accroître la prospérité matérielle du pays, par exemple celle qui avait pour objet la création du chemin de fer qui parcourrait la Ligurie, en partant des frontières du Var et débouchant aux frontières de la principauté d'Este; enfin, la loi qui décidait, projet grandiose,la perforation du mont Cenis. Incontestables étaient les avantages de cette entreprise. M. de Cavour ne reculait pas devant les sacrifices qu'elle imposerait à l'Etat. « Il en faut subir les chances, disait-il ; car notre principal commerce est avec la France. La sixième partie seulement de l'exportation du riz piémontais sur le marché de Lyon prend la voie de terre; le reste passe par Gênes et Marseille, Immense détour ! disait le ministre. Mais le Gouvernement se chargerait-il seul de l'entreprise ? Il y eut des orateurs pour le demander ; le ministère n'eût pas osé s'aventurer jusque-là. Une compagnie (raison sociale : Victor-Emmanuel) se présenta avec des offres convenables, sauf le concours de l'État dans une certaine mesure, et le projet passa dans les deux Chambres.

Elles n'avaient pas encore terminé leurs travaux quand éclata le complot dit de Gênes, qui eut un si grand retentissement, mais dont les proportions ne répondaient guère au bruit qu'on en fit en Italie et au dehors. Mais il est clair, que si les conjurés avaient eu quelque succès, l'insurrection, où l'on crut voir la pensée et le bras de Mazzini, aurait eu de vastes ramifications et des conséquences dont il serait difficile de calculer la portée. En fait, c'est à Gênes, le 29 juin, que cette tentative eut lieu. Des réponses mêmes des ministres aux explications demandées dans la Chambre des députés, il résultait que la faible garnison (13 hommes) d'un petit fort (appelé del Diamante) s'était laissé surprendre. Le Gouvernement avait été prévenu par des avis de Londres et de Paris : il s'empara au même moment des insurgés, et l'entreprise avorta. Ce qu'il y avait de remarquable, c'est que le complot qui aurait eu pour objet, selon Mazzini (dans l'Italia primer les abus reconnus de cette liberté, car la limitation de l'intérêt pouvait avoir des inconvénients dans une société dont l'élément vital serait bientôt le commerce ou l'industrie. Toutefois la loi ne passa qu'à une faible majorité : 71 voix contre 62.

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D'autres lois importantes eurent pour objet d'accroître la prospérité matérielle du pays, par exemple celle qui avait pour objet la création du chemin de fer qui parcourrait la Ligurie, en partant des frontières du Var et débouchant aux frontières de la principauté d'Este; enfin, la loi qui décidait, projet grandiose,la perforation du mont Cenis. Incontestables étaient les avantages de cette entreprise. M. de Cavour ne reculait pas devant les sacrifices qu'elle imposerait à l'Etat. «Il en faut subir les chances, disait-il ; car notre principal commerce est avec la France. La sixième partie seulement de l'exportation du riz piémontais sur le marché de Lyon prend la voie de terre ; le reste passe par Gênes et Marseille. Immense détour ! disait le ministre. Mais le Gouvernement se chargerait-il seul de l'entreprise ? Il y eut des orateurs pour le demander ; le ministère n'eût pas osé s'aventurer jusque-là. Une compagnie (raison sociale: Victor-Emmanuel) se présenta avec des offres convenables, sauf le concours de l'État dans une certaine mesure, et le projet passa dans les deux Chambres.

Elles n'avaient pas encore terminé leurs travaux quand éclata le complot dit de Gênes, qui eut un si grand retentissement, mais dont les proportions ne répondaient guère au bruit qu'on en fit en Italie et au dehors. Mais il est clair, que si les conjurés avaient eu quelque succès, l'insurrection, où l'on crut voir la pensée et le bras de Mazzini, aurait eu de vastes ramifications et des conséquences dont il serait difficile de calculer la portée. En fait, c'est à Gênes, le 29 juin, que cette tentative eut lieu. Des réponses mèmes des ministres aux explications demandées dans la Chambre des députés, il résultait que la faible garnison (13 hommes) d'un petit fort (appelé del Diamante s'était laissé surprendre. Le Gouvernement avait été prévenu par des avis de Londres et de Paris : il s'empara au même moment des insurgés, et l'entreprise avorta. Ce qu'il y avait de remarquable, c'est que le complot qui aurait eu pour objet, selon Mazzini (dans l'Italia del popolo), d'aller appuyer Pisacane dans son expédition contre Naples, avait pris pour point de départ une ville piémontaise, Gênes, dont on aurait fait servir les navires et les munitions, Une autre raison pouvait expliquer le choix de cette cité par Mazzini : c'est qu'il était né dans cette ville où il avait fait aussi ses débuts au barreau italien. Ajoutez, qu'il dut songer à mettre à profit le mécontentement que causait à sa ville natale la loi de translation de l'arsenal maritime à la Spezia. Quel que fût le dessein de M. Mazzini, la partie était encore perdue pour lui cette fois, et il réussit à quitter Gènes quand l'échec ne fut plus douteux. C'est presque simultanément qu'eut lieu par deux frégates napolitaines la capture du Cagliari, navire monté par Pisacane et les hommes associés à son entreprise. Naples accusa le Gouvernement sarde, d'avoir eu vent de l'expédition et de n'avoir rien fait pour l'empêcher. Réponse de M. de Cavour (14 août); elle était digne de son caractère. Elle était adressée au chargé d'affaires par intérim, M., Gropallo, qu'il chargea de restituer au ministre des affaires étrangères du Roi de Naples (M. Carafa) la Note qui renfermait ces insinuations que M. de Cavour qualifiait de malveillantes, et qui non-seulement étaient peu conformes au langage diplomatique, mais encore ne pouvaient être considérées que comme offensantes pour le gouvernement du Roi. Cette altitude du Piémont était significative, et le ministre de S. M. sicilienne le comprit; aussi bien retira-t-il la Note dont M. de Cavour s'était plaint si énergiquement, Le Gouvernement napolitain consentit au renvoi de ceux des passagers sardes qui ne pouvaient pas être considérés comme des conjurés ; mais de son côté il demanda l'expulsion d'un certain nombre de réfugiés des DeuxSiciles.

Le Gouvernement napolitain avait-il eu le droit de poursuivre le Cagliari et de le capturer au delà de la juridiction territoriale des Deux-Siciles ? Telle était la question que se posaitle comte de Clarendon (Dépêche à sir Hudson, 29 décembre), et c'est dans ces termes qu'il invitait l'agent du foreign-office à la poser au comle de Cavour. Si ce dernier entendait faire des objections à la conduite tenue en cette occasion par les officiers du Roi de Naples, l'organe du cabinet britannique ne semblait pas disposé

à y contredire: « un navire de guerre d'un pays n'a aucune juridiction en pleine mer sur un bâtiment marchand d'un autre pays : il a le droit d'exiger la production des papiers établissant sa nationalité, et ceci fait, le navire de guerre n'a pas le droit d'intervenir, à moins de flagrant délit de piraterie. D Or c'est ce qui ne s'était pas présenté dans l'occurrence.

Ainsi pensait le cabinet britannique, quand survint en Angleterre un changement de ministère et, partant, un changement de politique.

Cependant des élections parlementaires nouvelles eurent lieu dans les États sardes; mais elles ne parurent pas devoir modifier sensiblement l'attitude des partis politiques dans les Chambres. Toutefois 92 membres nouveaux y faisaient leur entrée. La droite, il est vrai, avait fait des conquêtes; mais uni à la gauche, le parti ministériel lui pouvait faire tête. La séance royale eut lieu le 14 décembre. Net et concis, le discours du Roi passait rapidement en revue la situation au dehors et à l'intérieur. Il y était dit, que l'interruption des relations diplomatiques avec un Etat voisin, « amenée par des raisons que l'Europe avait pu apprécier,» subsistait encore aujourd'hui; elle n'apportait cependant aucun obstacle au cours normal des rapports privés et commerciaux entre les deux pays.

Annonce de nouveaux traités de navigation et de commerce avec l'Espagne, le Danemark et la Perse.

A l'intérieur, possibilité de maintenir l'équilibre dans le budget entre les recettes et les dépenses. Cependant on s'adresserait au crédit, pour subvenir aux grands travaux entrepris à la Spezia et au mont Cenis « pour la défense de l'Etat et au profit et à l'honneur de la nation. ))

« Dix années se sont écoulées, dit le Roi en terminant, depuis que mon auguste père, appelant ses peuples à jouir des bienfaits de la liberté, leur donna la constitution. Identifiant ma vie entière à cet acte magnanime, j'ai voué tous mes efforts à seconder la pensée qui le lui avait dicté. >>

Les recettes portées au budget de 1857 s'élevaient à 135,567,321 fr. 52 c. et les dépenses à 139,193,737 fr. 83 c. avec 4,533,128 fr. 95 de dépenses extraordinaires opposées à

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