Page images
PDF
EPUB

où l'on se massacrait et fusillait à plaisir. La capitale n'était pas moins menacée. Les mesures adoptées dans ces circonstances par le Congrès général siégeant à Mexico rétabliraient-elles enfin l'ordre et la paix, seules conditions de la vie des Etats? C'est ce que l'on pouvait se demander; suivant l'usage cette assemblée avait délibéré et voté, pour être mise en vigueur en septembre, une Constitution générale. Puis on rétablirait le fédéralisme des provinces; on nommerait le Président définitif, après quoi fonctionnerait le Congrès ordinaire; tout cela était beau sur le papier. Dans la pratique il en fut comme de nombre de constitutions. Les pouvoirs se heurtaient entre eux. M. Comonfort réélu eut un vice-président radical, M. Benito Zuarez; le Congrès ordinaire appartenait en grande partie à la même couleur politique; enfin, les provinces usaient du fédéralisme auquel elles étaient appelées pour introduire dans leur sein les mesures ou réformes les plus étranges : ici l'élévation du taux des salaires ; là-bas, une sorte de maximum du prix des terres; ailleurs enfin, la prédominance du culte catholique.

16 septembre-8 octobre, réunion et constitution du nouveau Congrès. Deux jours avant la première séance (14 septembre) le parti de la réaction avait tenté une sorte de pronunciamiento à Mexico : averti à temps, le Gouvernement déjoua ce mouvement. Quand donc le Président Comonfort ouvrit la session, il annonça des résolutions qui seraient soumises au Congrès en vue de prévenir des tentatives nouvelles. Mais comme elles consistaient dans les mesures extrêmes, trop souvent tentées dans des circonstances analogues, suspension de certaines libertés, délation d'attributions extraordinaires au pouvoir exécutif, on pouvait douter de leur efficacité. Néanmoins le Congrès accusait le Président de tiédeur, de modérantisme. Mais voici venir ce qui était trop fréquent, de nouveaux pronunciamiento, puis de nouveaux complots contre la personne du Président. A la frontière, Vidaurri se présentait menaçant. Du côté de Queretario, soulèvement du colonel Mejia, tandis que Cuernavaca tombait aux mains de Moreno et de Vicario. Ce qui n'était pas moins fâcheux, c'est que le Trésor central était peu florissant. Dans cette extrémité le Congrès laissa suspendre les garanties constitutionnelles qu'il venait à peine de proclamer. Le Gouvernement présidentiel fut en outre autorisé à contracter un emprunt de cinq millions de piastres. Il n'y avait plus qu'à chercher les moyens d'y parvenir. Autorisation donnée aussi au Président de porter l'effectif de l'armée jusqu'à vingt mille hommes. M. Comonfort se servit de ses nouveaux pouvoirs pour faire arrêter (novembre) divers personnages prévenus de complots. Mesure inefficace et qui ne devait guère rendre le repos au pays. Quelques semaines plus tard (1er décembre) les pouvoirs du Président furent renouvelés. Son discours, comme tous les documents de ce genre, fut plein de promesses : On introduirait des réformes dans le code fondamental, on chercherait toutes les voies possibles pour sauver le pays, dont M. Comonfort constatait la situation fâcheuse. Cependant l'anarchie continuait, c'est-à-dire les soulèvements et les prises de places importantes telles que Puebla. En même temps circulaient des bruits de coup d'Etat. Le 16 tout était consommé, le général Zuloaga étant venu de Tacubaya, s'était, avec ses soldats, emparé des principaux postes de la capitale et avait publié son plan de gouvernement. La Constitution née cette année avait vécu. Toutefois le Président actuel recevait tout pouvoir pour donner une Constitution au pays. Le 19 il publia la critique de celle qui venait de cesser d'exister. Lui-même ne savait trop où donner de la tête. Les conservateurs lui offraient leur appui à la condition de leur livrer certaines lois, celle du désamortissement du clergé en particulier, qui les gênaient. Quant aux radicaux, des avances leur étaient faites, le vice-président Juarez arrêté par Comonfort lui-même réussissait à s'échapper. Mais la réconciliation n'allait pas plus vite pour cela. Ce qui marchait au contraire à pas de géant, c'était le désordre et l'anarchie dans les provinces, les unes pour le coup d'Etat, les autres contre. De toute cette confusion il résultai l'indécision du Président et le malheur du pays. Le général Zuloaga, qui avait dérangé l'avant-dernier mécanisme constitutionnel, sommait M. Comonfort de se mettre à l'æuvre. Mais rien ne venait, rien n'existait que cette anarchie qui prédispose un pays à la conquête de quelque puissant voisin.

GUATEMALA.

Cette République, la plus considérable de l'Amérique centrale, jouissait, sous la présidence de Rafaël Carrera, d'un repos que les États voisins, moins sagement dirigés ou moins bien situés, lui pouvaient envier. De l'exposé de la situation, fait en novembre par son premier magistrat, il résultait que les recettes portées au dernier budget 1856, s'élevaient à 1,104,577 piastres et les dépenses à 1,088,562 même monnaie. La dette intérieure figurait pour 700,000 piastres et la dette extérieure pour 500,000. Le commerce d'importation présentait un chiffre de 1,065,816 piastres (5,756,000 fr.), c'est-à-dire 134,394 piastres de moins que l'année précédente. Ce qui pouvait s'expliquer par l'encombrement des magasins en 1855. Une autre cause, c'était la tendance des capitaux à émigrer au San-Salvador où ils trouvaient de plus grandes facilités : tarifs moindres, articles de retour plus nombreux. Les exportations, au contraire, avaient été plus considérables en 1856 qu'en 1855:1,706,973 piastres(9,218,000 fr.), soit 424,082 piastres en faveur de 1856.

COSTA-RICA.

Cette petite République, gouvernée avec une sage fermeté par M. Juan-Rafaël Mora, prit, cette année, une grande part aux mesures de résistance nécessitées, dans l'Amérique centrale, par les entreprises de Walker. Son ministre à New-York, à lui joints ceux du Guatemala et de San-Salvador, avertit, le 14 septembre, le gouvernement des États-Unis des projets du flibustier. Son expédition, disait-il, partira vers le milieu de ce mois ou dans

emiers jours d'octobre, pour Bocas del Toro, où elle recevra les armes qui doivent y être envoyées de New-York. Il est probable qu'après s'être réunis à Bocas del Toro, ces nouveaux envahisseurs du Nicaragua se porteront sur San Juan del Norte, parce que c'est le seul port par lequel ils puissent entrer dans le pays.

Cette dénonciation des projets de Walker se terminait par l'espoir que, si les États-Unis ne pouvaient empêcher l'embarquement de ceux qui feraient partie de l'expédition « annoncée si publiquement et si impudemment, comme toutes les autres, ils ordonneraient qu'un navire de guerre, qui pourrait se trouver à San-Juan del Norte, empêcherait le débarquement de ces aventuriers sur la côte. On a vu (Etats-Unis) que, si les choses ne se passèrent pas absolument de cette manière, Walker fut cependant arrêté dans son entreprise. Malheureusement, à peine ce danger eut-il été écarté du Nicaragua, en partie grâce à CostaRica, les deux républiques se divisèrent. (V. Nicaragua.) Au fond, il s'agissait de se faire une part dans le cas probable où les flibustiers seraient enfin chassés du Nicaragua. En effet, quelque temps après (octobre) l'avertissement donné par elle au Gouvernement des États-Unis, Costa-Rica chargeait sans façon un officier à elle, le colonel Canty, de s'emparer du fort SanCarlos, dominant la ligne de transit. C'est que la République Costa-Ricaine voyait, d'un wil jaloux, la convention conclue (19 juin) entre Nicaragua et le représentant de la compagnie maritime Atlantique-Pacifique, au sujet d'une voie de communication à établir sur cette ligne. Costa-Rica prétendait être intéressée dans cette question, comme en effet elle l'était réellement; ainsi s'explique la voie de fait à laquelle cette république se laissa aller vis-à-vis de sa voisine. Celle-ci protesta et fit appel aux autres États de cette partie du continent.

Voilà à quelle sorte d'anarchie étaient en proie la plupart des Gouvernements disséminés sur cette ligne, qui semblait appeler un seul dominateur.

NICARAGUA.

On vient de voir la discorde naitre entre cette République et Costa-Rica. Le 19 octobre, le Gouvernement suprême de Nicaragua adressait à ses concitoyens une proclamation quelque peu emphatique dans laquelle il annonçait son acceptation de la guerre que faisait Costa-Rica. Dans l'article 2 de ce document, la République de Nicaragua déclarait qu'elle préserverait intacts ses droits sur toute la ligne de transit, par la rivière et le lac, jusqu'à San Juan del Pas, et celui qu'elle avait sur le district de Guanacosta, ses terres, bois et cours d'eau. Les choses étaient dans cette situation quand eut lieu (novembre) la nouvelle expédition de Walker (une première, tentée au mois de mai ayant échoué) et que le commodore Paulding (V. Etats-Unis) fit avorter par son sang-froid et sa fermeté. En ce commun danger, Nicaragua et Costa-Rica se rapprochèrent. Un troisième État, qui avait des intérêts communs, San-Salvador, s'interposa entre les parties. En conséquence (8 décembre), convention signée entre elles à Rivas. On y fixait les frontières entre les deux États, et, quant à la cause première de leur mésintelligence, le traité avec la Compagnie du transit décidait, - ce qui ne terminait rien quant à présent, - que si le règlement actuel intervenu à ce sujet n'aboutissait point, on ne traiterait plus sans l'intervention des autres gouvernements intéressés. C'est qu'il n'y avait pas seulement que les pays limitrophes qui eussent intérêt dans la situation de cette bande de territoire, maîtresse, comme le faisait remarquer la presse anglaise, des plus importants moyens de communication militaires et commerciaux du monde, toutes les nations de l'Europe devaient tenir à la liberté du passage par ces contrées. Pour ce qui le concernait particulièrement, le Nicaragua s'appliqua, dans un sentiment auquel on ne peut qu'applaudir, à mener de front, par son nouveau ministre, M. Irisarri, une négociation avec le gouvernement de Washington, en vue d'un traité de commerce avantageux. Le cabinet présidentiel, attendant le résultat de l'expédition de Walker, se laissa prier quelque peu, ne voulant même pas recevoir officiellement l'envoyé du Nicaragua; mais enfin, Walker n'ayant pas réussi, on se fit une raison, et le traité fut conclu et le ministre Irisarri reconnu en cette qualité. Deux résultats étaient acquis par là : le Nicaragua obtenait sécurité et certains avantages qui lui assignaient un rang plus important parmi les Etats voisins, et d'autre part, le cabinet de Washington agrandissait parmi eux son influence. Toutefois, quelques-unes des dispositions consacrées par le traité, celle en particulier qui accorde aux troupes de l'Union la police dans le pays et la police de l'isthme ayant paru susceptible de modification à l'assemblée du Nicaragua, elle

« PreviousContinue »