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AVERTISSEMENT

Après l'impression du présent volume, l'auteur ayant eu à faire quelques rectifications et additions à son texte, nous avons dû recourir à un appendice que nous plaçons à la fin du volume. Tous les documents y sont groupés dans l'ordre des pages auxquelles ils se rapportent. Les renvois, indiqués d'une façon très précise, permettront au lecteur de suivre l'auteur dans le développement de sa pensée.

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE PREMIER

NOTIONS HISTORIQUES SUR L'ÉQUILIBRE POLITIQUE.

Nous trouvons, dans les temps les plus reculés, quelques exemples de l'application du principe de l'équilibre politique. Ainsi Thucydide voit dans la ligue formée contre les Athéniens, avant la guerre du Péloponèse, une application de ce principe.

Athènes, pendant que Thèbes et Sparte se disputaient la domination de la Grèce, se sentait amoindrie. Les Athéniens tentèrent alors de maintenir l'équilibre en s'alliant au plus faible des deux partis. Ils s'unirent à Thèbes contre Sparte. Cette alliance subsista jusqu'au jour de la victoire d'Epaminondas à Leuctres. Une fois cet avantage obtenu, les Athéniens se rangèrent du côté des vaincus.

Nous remarquons dans les textes qui sont arrivés jusqu'à nous la préoccupation des hommes politiques éminents de l'antiquité de contrebalancer la puissance par la puissance. Démosthènes, par exemple, en défen

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dant l'alliance avec Mégalopolis, prouvait, dans un de ses discours, que la faiblesse politique de Sparte et de Thèbes était indispensable au bien de l'Etat Athénien. La domination de Sparte par Thèbès était généralement regardée comme improbable ; mais en admettant d'autre part que Sparte eût l'avantage sur Mégalopolis, la conquête de la Messénie devenait plus facile pour elle. L'accomplissement de tels événements aurait détruit, au détriment des Athéniens, l'équilibre des forces.

Dès l'apparition d'un nouvel astre à l'horizon politique, – le roi Philippė, – les Athéniens voient un danger nouveau pour eux comme pour la Grèce tout entière. Démosthènes comprenait ce danger dont la Grèce était menacée. Il voulait que la Perse, elle aussi, prît part à la ligue formée contre Philippe. Cette nation ne lui semblait plus menaçante pour l'indépendance de la Grèce. Les rois de Perse, suivant en cela le conseil donné par Alcibiade à Tissapherne, avaient toujours soutenu, aux heures des guerres civiles de la Grèce, le parti le plus faible. Par le fait de cette politique, la Perse put conserver sa puissance pendant tout un sièclé encore. Mais l'abandon de cette ligne de conduite, lors de la lutte engagée entre la Macédoine et la Grèce, eut pour conséquence la chute rapide de la monarchie persane.

Les successeurs d'Alexandre suivirent la même politique. Ils conservèrent ainsi pour longtemps l'indépendance des Etats qui se formèrent de la grande monarchie du roi de Macédoine. Les projets politiques

d'Antigone menaçaient de rétablir la monarchie universelle; mais l'attitude des généraux devenus tout puissants et leur victoire à Ipsus mirent un obstacle à la réalisation de tels projets.

Nous voyons plus tard que les compagnons du grand conquérant macédonien redoutant les forces militaires de la Macédoine et de la Grèce, avaient continuellement les yeux tournés vers ces pays qu'ils observaient avec attention. Les Ptolémées surtout, après avoir soutenu Aratus et la ligue Achéenne, appuyèrent ensuite le roi de Sparte, Cléamène, dans le but de contrebalancer la puissance des rois de Macédoine.

La naissance et le développement progressif à Rome de l'idée d'arriver à la domination universelle, provoquent des alliances entre les autres Etats indépendants. L'expédition d’Annibal en Italie, comme le fait très justement remarquer l'historien Hume (1), aurait dû attirer l'attention générale des nations civilisées, car cette campagne avait pour but la domination universelle. Seules, quelques personnes surent juger cette lutte suivant son importance. Dans le discours qu'il prononça à l'une des assemblées nationales de la Grèce (2), Agesilas de Neupacte reconnaît le caractère de l'hostilité survenue entre Rome et Carthage. Au début de la guerre engagée entre les Romains et Annibal, Philip

(1) V. Essays and treatises on several subjects in tow volumes, by David Hume, vol. I, part. II, Essay VII : « Of the balance of power, p. 377.

(2) V. Hume, op. cit., p. 377, note 1.

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