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AVERTISSEMENT.

L'OUVRAGE que nous publions est divisé en trois époques. Les deux premières furent imprimées sans nom d'auteur, en 1792. Les violences révolutionnaires en suspendirent la publication et la mise en vente. Plus tard, les magasins du libraire furent pillés. Il ne s'est conservé qu'un très-petit nombre d'exemplaires de cet ouvrage; ils n'ont jamais été dans le commerce.

La troisième époque est imprimée aujourd'hui pour la première fois. Elle embrasse l'intervalle compris entre le ix® et le xive siècle, entre Charles-leChauve et saint Louis. Les causes et les effets de l'institution féodale y sont traités avec des développements de nature à intéresser les lecteurs, et peutêtre à dissiper quelques erreurs.

A l'époque où fut entrepris cet ouvrage, les origines de notre droit public étaient fort controversées. Des écrivains modernes avaient étrangement méconnu les faits primitifs de notre histoire.

L'auteur de la Théorie des Lois politiques, atta

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quant des erreurs accréditées, crut devoir donner à ses assertions l'appui d'autorités irrécusables. Le texte ou Discours est suivi d'un Sommaire analytique des Preuves et enfin ces Preuves elles-mêmes sont rapportées avec étendue.

L'histoire de France, au siècle dernier, était presque un livre fermé; elle a été étudiée de nos jours. De

graves écrivains ont fait justice des erreurs que l'ignorance et la légèreté avaient entassées sur l'histoire des premiers âges de la monarchie. La masse de preuves que l'auteur de la Théorie des Lois politiques crut devoir accumuler à l'appui de ses assertions, pourrait donc aujourd'hui sembler superflue. Cependant, on a cru devoir respecter son travail, et les deux premières époques sont dans cette édition ce qu'elles furent dans l'édition de 1792, sauf quelque changement de distribution et la suppression de la traduction des textes latins.

Quant à la troisième époque, il n'a été possible de publier que le Discours et les Sommaires des Preuves. Les cahiers contenant les Preuves ont été perdus en 1793.

L'immense travail et la bonne foi de l'auteur seront évidents aux yeux de ceux qui auront lu attentivement les trois divisions des deux premières époques, et devront donner créance aux citations faites dans la dernière partie. Les lecteurs qui voule plan

dront tout vérifier pourront d'ailleurs facilement rechercher dans les auteurs cités les preuves perdues, mais toujours indiquées dans les Sommaires.

Ce fut à la fin du règne de Louis XV que de ce vaste ouvrage fut conçu, dans un château, au fond du Poitou, par une très-jeune personne : mademoiselle de Lezardiere avait eu, dès son enfance, un goût irrésistible pour les études graves, et spécialement

pour

celle de l'histoire de son pays. Témoin des malheurs de la France à cette honteuse époque, elle en attribua une grande partie à l'ignorance générale de ses institutions et de son droit public, elle entreprit de découvrir et de démontrer quelles furent ces institutions à l'origine de la monarchie, et les variations qu'elles subirent d'âge en âge. Ce ne fut pas sans contradiction

que

l'auteur de la Théorie des Lois politiques poursuivit son travail; l'esprit positif du baron de Lezardiere, son père, s'effraya de cette vocation. Il chercha longtemps à détourner sa fille de la voie extraordinaire dans laquelle elle s'engageait. Frappé à la fin de sa persistance et du caractère de son travail, il communiqua ses premiers essais à M. de Malesherbes, son plus intime ami. Celui-ci les fit connaître à M. de Brecquigny, à M. le duc de Nivernais, à Domn Poirier, nommé plus tard censeur de l'ouvrage, et à d'autres hommes éclairés. Tous attachèrent à ce travailunegrande importance,

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encouragèrent l'auteur à le poursuivre, et mirent à sa disposition tous les monuments historiques dont ils étaient possesseurs.

La famille de mademoiselle de Lezardiere aime à se rappeler que ce fut M. de Malesherbes qui suivit, à Paris, l'impression du livre, et que ce fut lui qui en corrigea les épreuves.

Mademoiselle de Lezardiere (Marie-CharlottePauline-Robert) naquit en 1754, et mourut en 1835; sa vie n'offre aucune particularité remarquable; elle partagea les persécutions et les malheurs de sa famille pendant la Révolution; elle revint en 1801 dans la Vendée avec les débris de cette famille. Elle y de

у meura jusqu'à sa mort.

La gravité, la singularité même de ses travaux avaient laissé à son caractère toute sa modestie et toute sa simplicité. Sa piété, austère pour elle, était douce envers les autres. L'amour de la France fut le seul sentiment exalté chez elle; elle ressentait ses malheurs comme des malheurs de famille.

Nourrie, pour ainsi parler, des traditions de l'antique monarchie, mademoiselle de Lezardiere se rattacha en 1814 aux conditions de la monarchie nouvelle ; elle était trop éclairée pour penser que la royauté dont elle avait présagé la chute au xvino siècle, pût renaître aux conditions sous lesquelles elle avait succombé. Elle espéra voir assurés par la Charte constitutionnelle les deux objets de son

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