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et je vous aurais desservi au lieu de vous seconder. Vous me blâmez de m'en tenir à des expressions générales, et vous ajoutez que c'est au reste fort prudent et que cela m'attirera sans doute des compliments de tous les gouvernements de la Suisse.

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Pour des compliments, j'en ai déjà plus que je n'en peux porter, et il vous serait bien difficile d'inventer un but probable et personnel de ménagements que vous croiriez avoir à me reprocher envers qui que ce soit. Nous avons, vous et moi, le même but nous différons quelquefois dans les vues et les moyens. Je suis surtout frappé, dans le cas présent, de l'inconvenance choquante qu'il y aurait eu à rompre des lances, faire des déclamations, ou proclamer une doctrine sur une méthode d'éducation, dans un rapport. qui par la nature même, était circonscrit dans d'autres objets. Quand vous y aurez réfléchi vous viendrez à mon avis. Si cela n'arrive pas, j'aurai pour vous la même tolérance que je demande pour moi. Je demande que vous compreniez que ce que vous appelez une politique fort prudente dans le sens où vous employez cette expression, n'est pas applicable à moi qui viens de me retirer du conseil d'Etat et qui ne demande au ciel et aux hommes que de me laisser écrire et labourer tant que mes forces me le permettront. Mais il paraît que le ciel et les hommes ne le veulent point encore, car voilà une mission nouvelle pour Venise et Turin qui me tombe sur le corps, sans que je sache comment la refuser, parce que je tiens en effet tous les fils de la négociation qui doit se faire, et que par cette raison j'y suis plus naturellement indiqué qu'un autre. Enfin cela finira là j'espère, et pour Francfort on enverra quelqu'un qui sache l'allemand et qui ait plus de vocation que moi.

Vous avez complètement édifié ma femme, cher ami. Elle me charge de vous remercier. Quant à moi je l'étais d'avance, et j'avais prévu et compris votre refus (Adolf vorzeitig aus der Anstalt zu entlassen). J'ai tout à l'heure une lettre de Charles (aus München). Ils attendent de jour en jour le plénipotentiaire de Bavière qui revient de Paris et qui doit endoctriner Charles avant son départ. Il ne doute plus de sa mission, qui me semble à moi si extraordinaire que j'en doute encore. Si elle se réalise, je douterai encore, si je dois m'en réjouir jusqu'à ce que je voie comment il supportera la fortune. Sustine et abstine dit la devise de ma famille. Je la lui rappellerai souvent.

J'embrasse mon cher Adolphe, et je le félicite bien d'avoir mérité, comme il le fait, l'approbation de son père adoptif. Adieu, cher ami. Répondez-moi ici: on me fera passer vos lettres. Plaignez-moi d'avoir à repartir.

C. P.

Nur kurze Wochen Rast waren Pictet in Lancy gegönnt, und diese noch unterbrochen durch eine Reise nach Zürich, wo er die Weisungen für seine Turiner Sendung entgegennahm. Er war dort auch in der Lage, seinem charaktervollen Bericht vom 27. November verschiedene mündliche Erläuterungen beizufügen. Er beklagte sich, dass man ihm diesen Bericht in der Mitteilung an die Kantone verstümmelt habe. In einem Brief an Fellenberg vom Juli 1816 führt er später die gestrichene Stelle an. Sie handelt von der Notwendigkeit nationaler Erziehung.

Im zweiten Band der von Lucien Cramer 1914 herausgegebenen Correspondance diplomatique findet sich der unverkürzte Bericht nach dem Original, und die von Pictet vermisste Stelle steht auf Seite 265.

Ergötzlich ist zu lesen, was Pictet über die Ehrungen schrieb, die ihm seine Mitbürger zudachten. Ehrenstaatsrat von Genf war bisher nur der einstige Minister Necker gewesen, und es kennzeichnet so ganz die edle Gesinnung Pictets, dass er das Geschenk von 10,000 Franken nur annahm, um es den Landschulen auf dem neuerworbenen Genferboden zuzuwenden. Die Summe war für solchen Zweck nicht allzu gross, es galt, sie zu strecken, dazu eignete sich die Methode der Engländer Bell und Lancaster, die mit Hilfe des gegenseitigen Unterrichts durch eine kleine Zahl von Lehrkräften grossen Massen von Armenkindern das allernotwendigste Wissen beibrachte. Pictet musste es später Fellenberg deutlich erklären, dass ihm die Wehrli-Methode zu kostspielig war.

Eine andere Freude für Pictet war die Laufbahn, die sein ältester Sohn Charles-René einschlug, indem er auf Verwenden des Ministers Montgelas und des Fürsten Wrede in den bayrischen Staatsdienst eintrat. Frau von Montgelas hielt sich während der Kriegszeit in der Schweiz auf und nahm für ihre Kinder das Fellenbergische Institut in Anspruch. Um die Wende des Jahres verreiste Pictet über den Mont Cenis nach Turin.

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Lancy, 29 décembre 1815.

Cher ami, vous me pardonnez d'avoir passé deux fois à Aarberg, au lieu de passer chez vous, quand vous saurez que c'est par devoir. Il s'agissait d'éviter le corps diplomatique rassemblé à Berne, et il m'aurait été impossible de passer droit sans voir les gens embarrassants, à cause de certaines explications qu'il aurait fallu donner sur ma nouvelle mission.

Je n'ai que 24 heures ici. Je suis allé chercher (in Zürich) mes dernières instructions et donner des éclaircissements qu'on ne peut compléter par lettres. J'ai su qu'ils avaient tronqué mon rapport pour le mettre en circulation, ou plutôt ce n'est plus mon rapport qu'on a donné aux cantons. Les idées générales, fortes, grandes, helvétiques n'ont pas encore un accès facile auprès de la majorité. D'ailleurs le chef et son principal aide sont des envieux actifs à l'ovation des distinctions reçues et promises. Cela est retombé sur moi qui travaillais avec leurs instructions, et qu'on accusait même de les avoir passées. J'ai fait revenir les plus opposants. Je leur ai fait reconnaître que j'avais agi conformément à ces instructions, et à la plus grande rigueur; mais il fallait ma présence. En particulier celui dont vous m'avez donné une fois votre opinion au mois d'août dernier, n'a avoué que quand je lui ai mis l'épée dans les reins. Singulière constitution pour les relations diplomatiques, que celle où l'on reçoit des instructions de Pierre pour rendre compte à Jacques qui querelle les vues et l'ouvrage du premier! J'ai d'ailleurs entravé beaucoup de petites jalousies qui compliquent ce qui est déjà com pliqué. J'ai été content de votre ami Escher de la Linth. J'ai aussi vu Mr. Usteri. Laissons ces petites

misères républicaines pour dire quelques mots d'un mouvement plus honorable et qui appartient aussi aux républiques, je veux dire la reconnaissance attentive pour un citoyen qu'on estime avoir rendu des services.

Vous avez su que notre conseil souverain avait employé plusieurs séances à discuter le moyen d'exprimer la reconnaissance nationale. Les uns voulaient me loger au Prytanée, les autres frapper une médaille et mettre la monnaie de l'année à mon effigie, les au

tres plaçaient mon portrait à la bibliothèque; on voulait me donner la préséance sur tous mes anciens dans le conseil d'Etat, en créant une place de conseiller d'honneur. Enfin on proposa d'y joindre une vaisselle de dix mille florins. Vous comprenez la peur que cela me fit. J'écrivais deux lettres à la commission chargée de rapporter. J'exprimais le bonheur que j'éprouvais des succès obtenus. Je faisais remarquer que le hazard de mes relations particulières y avait beaucoup contribué, que mes missions avaient été très agréables, que ceux qui servent la république de cœur et d'âme dans des fonctions obscures et gratuites, auxquels il ne manque que l'occasion pour avoir des succès brillants, éprouveraient un sentiment pénible en voyant prodiguer des distinctions à celui que le hasard avait mieux placé; enfin j'insistai sur la convenance qu'il y avait à accoutumer les citoyens à n'attendre la récompense de leur dévouement à la chose publique, que dans la satisfaction même qui accompagne ce dévouement, sans y mêler des idées de lucre qui altèrent la pureté des sacrifices volontaires de soi.

J'observais d'ailleurs que ma tâche n'était point achevée, qu'après ma mission de Turin, si je réussissais, on pourrait reprendre cette discussion; mais que si l'on voulait absolument me donner un témoignage de satisfaction, je demandais qu'on appliquât ce qu'on m'avait destiné, à travailler à l'instruction élémentaire des enfants dans le territoire acquis. Je me sentais en quelque sorté responsable de la génération nouvelle, dans ce territoire dont j'avais décidé le sort, et il ne convenait pas que les citoyens de l'Athènes helvétique restassent dans une ignorance barbare. Les deux lettres confidentielles que j'adressais sur ce sujet à la commission, furent lues en plein Conseil souverain et

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