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cellence de la religion chrétienne , 1767, parler maintenant des deux statues de Vénus in-89.

qu'exécuta Praxitele, et dont l'une illustra * PRAXAGORAS, médecin grec, né à la ville de Cos, l'autre celle de Cnide : cellel'ile de Cos, fils de Néarque , fut l'un des ci était nue , celle-là drapée. La Vénus de derniers de la famille des Asclepiades qui Cnide passait , avec le Jupiter de Phidias , acquirent quelque réputation dans l'art de pour la production la plus achevée de la guérir. Bien qu'il se soit écarté à quelques sculpture grecque. Comme les chefs-d'œuvre égards des principes d'Hippocrate, il n'en a dont nous avons parlé, les deux statues de pas moins rendu son nom immortel par Phryné, dont l'une , en bronze doré, orna d'importantes découvertes en anatomie et le temple de Delphes , l'autre, en marbre, en patologie. Il est aussi le premier qui ait le temple de l'Amour à Thespies, semblent observé les fièvres intermittentes pernicieu. aussi être l'ouvrage de la jeunesse de Praxises, et qui ait reconnu que le pouls indique tèle; il orna plus tard de ses sculptures les les variations de la force vitale dans les ma- deux frontons du temple d'Hercule à Thèbes. ladies. Le temps n'a respecté aucun des ou- On range également parmi ses principales vrages qu'il avait composés.

compositions ces dernières sculptures , qui * PRAXITÈLE, célèbre statuaire grec, vraisemblablement étaient en ronde bosse , qu'on croit natif d'Athènes , florissait dans et qui durent être exécutées dans la deuxième les premières années da 4e siècle avant année de la 116e olympiade. Pline cite une Jésus-Christ, c'est-à-dire dans la 111e olym- 'foule d'autres ouvrages de Praxitèle; nous piade , et par conséquent dut être contem- ne pouvons entreprendre de les énumérer porain d'Apelles et de Lysippe. Il mourut, ici : mais pour donner la mesure du degré suivant les mêmes conjectures, postérieure- de confiance qu'il faut accorder à l'attribument à la troisième année de la 123- olym- tion d'un nombre aussi extraordinaire de piade, et âgé d'environ 80 ans. Ces faits chefs-d'æuvre que lui ont faite les anciens sont établis avec une grande érudition par auteurs sur la foi des traditions, nous reM. Émeric-David , dans la notice qu'il a marquerons que dans ce nombre ils placent consacrée à Praxitele , tom. 36 de la Bio une statue de Flore , divinité d'origine rographie universelle. Au rapport des anciens maine, et encore inconnue aux Grecs au auteurs, le nombre des ouvrages de Praxitèle temps de Praxitèle. Le caractère de son tane fut pas moins considérable qu'ils ne fu- lent était une vérité frappante dans l'imitarent dignes d'illustrer ce grand artiste. Tel tion, une grâce, une finesse exquises dans était leur degré de perfection que la célèbre les contours, enfin une admirable entente Poryné, avec qui l'on sait que Praxitele eut dans l'expression des émotions douces de un long commerce de galanterie et même l'âme. On ne connait jusqu'ici, avec certid'affection plus douce , ayant obtenu de lui tude, que des copies des ouvrages de Praxiqu'il la laissàt faire choix d'une des produc- lèle ; quelques-unes d'entre elles ont été tions de son ciseau , s'avisa , pour connaitre gravées dans le Musée français , publié par quelle était celle dont il faisait lui-même le MM. Robillard-Péronville et Laurent, ainsi plus grand cas, de l'alarmer par la fausse que dans le Musée des Antiques de M. Bouilnouvelle que son atelier était en proie aux lon. Praxitèle eut deux fils , qu'il associa de flammes.- Quel malheur pour moi! s'écria bonne heure à ses travaux : lc plus illustre aussitôt l'artiste, si l'incendie n'a pas respecté fut Céphisodore ( voyez ce nom ). Il forma mon Satyre et mon Cupidon ! » La courti- en outre plusieurs élèves d'un très-haut sane donna la préférence à ce dernier chef- mérite, notamment Pamphile , dont Pline d'auvre, puis elle en fit hommage à la ville cite une statue de Jupiter hospitalier, qui se de Thespies, où il fut consacré dans un voyait à Rome, dans le jardin d'Asinius ancien temple de l'Amour. Transporté à Pollion. — Il y eut dans l'antiquité un autre Rome par ordre de Caligula, puis rendu aux PRAXITÈLE , modeleur en argent, contempoThespiens par l'empereur Claude, et de rain de Pompée, et dont les auteurs ne citent nouveau ravi à ceux-ci par Néron , ce Cupi- qu'une composition représentant Roscius don, qui était en marbre et avait les ailes enfant, entouré dans son berceau par un dorées , fut détruit par un incendie sous les serpent qui repose sur son sein. portiques d'Octavie, où le tyran l'avait fait * PRAY ( GEORGES ), savant et laborieux placer. Le Satyre décora , dans Athènes , un bistorien, né en 1723, dans le comté de temple situé sur la rue des Trépieds. Il faut Neytra en Hongrie, entra dans l'Institut des

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jésuites, enseigna successivement les belles- même pontife rappela , en termes assez durs, lettres , la philosophie et la théologie dans l'archevêque de Malines à plus de soumisdifférents colléges. Il devint, à la suppres- sion et surtout à une conduite plus modérée. sion de son ordre, conservateur de la bi- Mais celui-ci, de concert avec les jésuites , bliothèque royale de Bude , historiographe n'en fit pas moins arrêter Quesnel à Bruxelde Hongrie, et mourut à Pesth en 1801. Il a les , où il s'était rendu clandestinement, et laissé un grand nombre d'ouvrages estimés. jeter le 30 mai 1703 , par un ordre du jeune

PRÉAMENEU ( Félix-Jul.-Jean BI. roi d'Espagne, dans une prison , d'où il GOT DE ). Voyez Bigot.

parvint heureusement à s'évader. (Voyez , * PRÉAU (Gabriel DU). Voyez Dupréau. pour plus détails sur ces fails, le tome i de PRÉCESSION. Voyez Équinoxe. l'Histoire ecclesiastique du 16e siècle.) * PRÉCIPIANO ( HUMBERT-Guillaume

PRÉCY ( Louis-François PERRIN, DB), archevêque de Malines, né en 1626, à comte de), né en 1742 à Semur en BrionBesançon , d'une famille d'origine génoise, nais , fut , dès le commencement de la révomort en 1711 à Bruxelles, s'est surtout lution , l'un des plus zélés défenseurs de la rendu célèbre par le zèle qu'il mit à combat- cause monarchique. Après avoir servi dans tre les opinions religieuses du père Quesnel les guerres d'Allemagne de 1755 à 1762, et (voyez ce nom ). Dès son entrée dans la dans la campagne de Corse, il devint en 1783 carrière ecclésiastique, Précipiano avait été commandant du bataillon de chasseurs des pourvu de riches bénéfices. La dignité de Vosges , refusa en 1791 le grade de colonel haut doyen du chapitre de Besançon lui fut du régiment d'Aquitaine , pour se rapproconférée en 1660 par les chanoines , ses con- cher du roi, et entra dans la garde constifrères, et il la conserva près de vingt ans, tutionnelle de Louis XVI en qualité de lieuen dépit des censures , d'une excommunica- tenant-colonel. Celte garde n'ayant point tion même fulminée contre lui par la cour tardé à être licenciée, le comte de Précyl, de Rome, qui revendiquait le privilége de sans qualité apparente, continua de veiller cette nomination. En 1667, il fut député à la à la sûreté du monarque et de son auguste diète de Ratisbonne avec Ambroise-Philippe; famille, et au 10) août 1792 il combattit dans et cinq ans après, le ministère espagnol le les rangs des Suisses. C'est là que le roi en manda à Madrid pour concerter quelques quittant son palais pour n'y plus rentrer , mesures propres à garantir la Franche-Comté s'écria, en apercevant ce serviteur dévoué : d'une nouvelle invasion des Français. Enfin » Ah ! fidèle Précy! » Ces paroles, devel'entier dévouement de Précipiano à la poli- nues historiques , sont consacrées comme tique de D. Juan d'Autriche lui valut d'être devise dans les armes de la famille du comte, nommé à l'évêché de Bruges. C'est alors en vertu d'une autorisation de Louis XVIII. que, pour obtenir ses bulles d'institution Après l'attentat du 21 janvier le comte de canonique , il se résigna à la soumission Précy s'était retiré à Semur, et y attendait envers le Saint-Siège, et, après une confes- l'occasion d'être utile à la cause monarchision juridique qu'il fit en 1680, l'absolution que, lorsque les Lyonnais lui offrirent le de Rome lui fut envoyée, et peu après sa commandement de l'armée fédérale ; il acconfirmation dans la dignité épiscopale. cepta et se rendit à Lyon ; mais la défection Deux ans plus tard il fut porté au siège ar- de cette armée le réduisit bientôt à l'affreuse chiepiscopal de Malines; et dès lors telle perspective d'un siège pour lequel rien n'afut son ardeur pour affermir les doctrines vait été prévu. En vain il se hâta de cherultramontaines dans son diocèse, qu'il en cher des secours au dehors; la place fut vint à imaginer un formulaire plus exigeant attaquée le 8 août 1793 par une armée de que celui d'Alexandre VII. Un décret du 40,000 hommes , avant qu'aucune de ses Saint-Office , en date du 26 janvier 1694, dispositions eût pu recevoir son esset. Cepencondamna rigoureusement ce nouveau for- dant le 17 un message, envoyé aux autorités, mulaire; mais le prélat refusant de se sou- promeltait clémence et protection aux hamettre , Innocent XII adressa , le 6 février bitants pourvu que dans une heure la ville suivant, à tous les évèques de la Belgique, ouvrit ses portes et livrât ses chefs. Ce mesun bref pour leur enjoindre d'abandonner sage est remis au comte de Précy, qui s'emles querelles, déjà trop prolongées , que les presse d'en donner connaissance au conseil vues de Précipiano tendaient à faire revivre. du gouvernement de la cité. On sait que la Par un autre bref du 24 novembre 1696 , le réponse fut unanimement négative. Après

deux mois de la plus vive résistance , le » que votre foi ne soit pas établie sur la sagénéral lyonnais, à la tête de 200 hommes n gesse des hommes , mais sur la puissance divisés en trois corps , se décida à effectuer , de Dieu.... Nous prêchons la sagesse de une sortie sous le feu des assiégeants; mais Dieu, renfermec dans son mystère, présa troupe fiit taillée en pièces , et fut parée avant tous les siècles pour notre obligé de chercher son salut dans la fuite. gloire. » J'ai rapporté ce passage de l'apo. Caché pendant huit mois dans un souterrain, tre,

, parce qu'il est le fondement de la préce ne fut qu'après la chute de Robespierre, dication, qu'elle n'a dégénéré qu'en s'en qu'il put sortir de France. Pendant son sé- écartant, el qu'on n'a pu lui rendre sa pujour à l'étranger le comte de Précy fut relé privimitive qu'en l'y ramenant. chargé de plusieurs missions diplomatiques, Les disciples immédiats des apôtres proet s'en acquitta avec tout le zèle dont il était pagèrent leur doctrine, et furent, à leur capable ; mais il eut aussi à souffrir de nou- exemple, des hérauts, des prédicateurs de Felles persécutions : arrêté en Prusse , sur l'Évangile. Dès l'origine du christianisme, la demande du gouvernement consulaire, la prédication accompagna tous les actes il ne recouvra sa liberté qu'après 18 mois de religieux , et jamais les fidèles ne se réunidétention. Enfin il obtint de rentrer dans sa rent pour prier ou pour offrir, que l'évêque , patrie en 1810, et vécut dans la retraite jus- ou celui qui le représentait, ne distribuật qu'à la restauration. Nommé alors lieute- le pain de la parole : c'est saint Justin, nant-général et décoré du Cordon-Rouge, martyr, qui nous l'apprend. il prit le commandement de la garde natio En entrant dans l'Église chrétienne, les pale de Lyon, où il fut accueilli avec en- philosophes et les orateurs y apportèrent thousiasme, devint ensuite inspecleur hono- leur manière de discuter et de parler en raire des gardes nationales du département public. Alors même qu'ils n'introduisirent du Rhône, et se retira à Marcigni, vù il aucune nouveauté dans le fond des mystè. mourut en 1820, à l'âge de 78 ans.- Pierre res , ils changèrent le mode d'enseignement. de Peécy, neveu du précédent, mort en L'amalgame de tant de peuples divers , qui 1822 à Semur en Brionnais, est auteur d'un communiquaient entre eux par la profession poème en quatre chants intitulé les Mariy- de la même foi , porta de nouveaux change. res, dont l'Ami de la Religion el du Roi a ments dans la prédication. Ce fut bien autre rendu un compte détaillé, tom. 31, pag. 95. chose quand les lénèbres envahirent l'EuIl avait composé plusieurs autres ouvrages, rope dans le moyen âge, quand la scolastientre autres un poème historique du monde, que régna en souveraine dans les cloitres et un autre sur les Stuarts, un livre de l'Iné dans les cathédrales, quand les langues. fluence du christianisme sur la civilisation modernes se formerent, se développèrent , des peuples , etc.

se perfectionnèrent. La prédication subit PRÉDICATION. (Religion.) Autrement, toutes les chances de la fortune qu'éprouvè. dispensation de la parole de Dieu dans l'É- rent les nations chrétiennes pendant dixglise chrétienne. Elle est aussi ancienne que huit siècles, et se ressentit de toutes les la religion, et n'a pas d'autre berceau que révolutions des arts et des sciences. le sien. Comme le Dieu vivant avait envoyé Dans le quatorzième et le quinzième sièson Verbe, le Verbe envoya ses apôtres : cle la prédication fut profanée par cles quo. Allez, enseignez toutes les nations, appre- libets, des apostrophes hardies , souillée nez-leur à garder tout ce que je vous ai par des obscénités révoltantes. On y renrecommandé. Les apôtres, dociles à la voix contre néanmoins des apologues charmants de leur divin Maitre, prêchèrent partout, et des sentences admirables. Parmi les préle Seigneur coopérant avec eux, et confir- dicateurs de cette époque, on distingue mant leurs discours par des signes surna saint Antoine de Lisbonnc, saint Vincent turels. Leur prédication se fit entendre dans Ferrier , le chancelier Gerson , Nidder , et l'univers entier , et leur parole retentit jus plus tard Robert de Licio, Brúlefer, Barqu'aux extrémités du monde. Saint Paul, lelle, Menot, Maillard, Pepin, Clérée et écrivant aux Corinthiens, a soin de leur Raulin. La plupart des savants se sont imadire : « Je n'ai point employé en vous pre- giné qu'on prêchait en latin : c'est une er

chant, les discours persuasifs de la sa reur. Les sermons étaient prononcés en >gesse humaine, mais les effets sensibles langue vulgaire, comme je l'ai démontré

de l'esprit et de la vertu de Dieu , afin ailleurs. Mais des auditeurs instruits en fai

saient des analyses qu'ils traduisaient en rables ouvrages, bien qu'ils n'aient pas mauvais latin. Les endroits où le prédica- pour objet unique le ministère de la préditeur devait s'arrêter étaient notés du triple cation; le cardinal Maury avec son Essai hem, et ceux qui étaient destinés à produire sur l'éloquence de la chaire ; M. l'abbė de l'effet, par ces mots : percule pede, per. Guillon, avec sa Bibliothèque choisie des cute pedibus.

saints Pères ; M. Raulin avec son excellent A la renaissance des lettres, la prédica- article sur les Sermonaires des quinzième tion perdit de sa naïveté, et demeura ense et seizième siècles, inséré dans la Revue velic sous des amas de citations indigestes. française , no 12. Ils ne laissent rien à désiLes prédicateurs avaient recours à ce qu'ils rer sur ces matières, les uns, en s'élevant appelaient les dix fontaines d'invention. Ils

avec énergie contre tant de défauts qui se puisaient dans les polyanthea , dans les glissaient imperceptiblement jusque dans theatra, dans les thesauri, et dans ces ma- les plus beaux talents; les autres, en tragasins publics d'érudition banale, qui ne çant aux jeunes prédicateurs les règles qu'il servaient qu'à alimenter la paresse et à faut suivre pour parvenir à la perfection. étouffer le génie.

Quel est le fond de la prédication évanL'état de la prédication à cette époque gélique ? La réponse est facile : elle est rendans les différents royaumes de la chré- fermée dans la question mème. La préditienté, et les obstacles qui en ont empêché cation ne peut être que l'expression de la l'amélioration pendant long-temps , ont été pure parole de Dieu, interprétée par les constatés par un grand nombre d'écrivains décision des conciles ou le consentement dont il serait superflu de produire la liste. unanime des Pères ; tout ce qui est hors de Il suffira de nommer les plus remarquables. là ne peut être qu'accessoire et destiné à Le père Isla , jésuite castillan , a signalé les servir d'ornement. « La parole de Dieu , dit abus qui déshonoraient le ministère de la » saint Paul aux Hébreux, est vivante et parole de Dieu en Espagne et en Portugal, » efficace ; elle perce plus avant qu'une épée dans son ingénieuse histoire du fameux pré » à deux tranchants, elle pénètre jusque dicateur Fray Gerundio de Campazas. » dans les replis de l'âme et les divisions de Hugues Blair, qui avait offert des modèles

l'esprit, jusque dans les jointures et les de goût et d'éloquence à l'Angleterre et à » moelles ; elle démèle les pensées et les l'Écosse, en publiant ses sermons , affaiblit » mouvements du coeur. Nulle créature ne notablement les vices rongeurs de la prédi » lui est cachée. » Le même apôtre établit cation par son Cours de littérature, et sub- encore plus fortement, ce semble, le même stitua des leçons de saine morale, bien principe dans sa seconde épitre à Timothéc. qu’un peu sèches, à des discussions méta

« Toute écriture inspirée de Dieu , dit-il, physiques à quoi se réduisaient les sermons o est utile pour instruire, pour reprendre , dans sa patrie. En Italie , le cardinal Fré

» pour corriger, et pour conduire à la piété déric Borromée, neveu de saint Charles » et à la justice, afin que l'homme de Dieu Borromée, comme lui archevêque de Milan, » soit parfait, étant propre et préparé à tout dans son ouvrage de Episcopo concionante; » bien. » Bernardin Ferrari , docteur du collége Am Quelque incontestable que soit ce prinbrosien , dans ses trois livres de Ritu sacra- cipe, le cardinal Maury a cru devoir insister rum ecclesiæ catholicæ concionum; et plus pour l'inculquer davantage dans l'esprit de encore le jésuite Segneri et le cardinal Ca- quelques novateurs qui s'étaient imaginé que sini, contribuèrent puissamnent à diminuer les livres des philosophes et des orateurs la fureur des ecclésiastiques pour ces misé- pouvaient fournir d'aussi bonnes leçons de rables concelti qui déparaient le plus noble morale , et de meilleurs exemples d'élodes arts. En France, nous pouvons étaler quence que les livres sacrés. «C'est en lisant avec orgueil d'immenses richesses dans ce » et en relisant l'Écriture-Sainte , dit-il, genre. Fénelon se présente avec ses Dialo * qu'on apprend à parler cette belle langue gues sur l'éloquence de la chaire, et sa de la piété, du zèle et de l'onction, qui Lettre à l'Académie française ; Jean Gai répand tour à tour sur le style des images chiés, de l'Oratoire, avec ses Maximes sur » touchantes, majestueuses ou terribles le ministère de la chaire; Pierre de Villiers n sans lesquelles on ne s'emparera jamais ni avec l'Art de précher, poème souvent réim » de l'imagination ni lu cæur de l'homme. primé; le docte abbé Fleury avec ses admi » On trouve dans les liyres saints des pen

sées si sublimes, des expressions si hardies » turellement de leur plénitude, est plus

et si énergiques, des tableaux si pittores » nourrissant que ce qui a été médité de» ques , des allégories si heureuses , des sen puis (1). » » tences si profondes, des élans si pathéti On a agité la question de savoir si les ca» ques , des images si éclatantes et si variées, tholiques ne feraient pas mieux de lire leurs » qu'il faudrait se les approprier par intérêt sermons , à l'exemple des protestants, que

et par goût, si l'on était assez malheureux de les apprendre par cæur et de les réciter. » pour ne les point rechercher par principe Je n'hésiterai pas un instant à dire francheet par devoir (1). »

ment qu'il me semble que les sermons doiEn avançant que la parole de Dieu ne vent être débités de mémoire. Sans doute il peut être interprétée que par le consente- en coûte, surtout dans un âge avancé , d'apment unanime des Pères , j'ai suffisamment prendre sa leçon comme un écolier, et d'être laissé voir quel usage devait en faire un pré- exposé à rester court devant un auditoire dicateur. Orateurs chrétiens ! Vous êtes les attentif, et parfois peu indulgent. Bourdaministres de la parole de Dieu ; vous devez loue et Massillon , qui avaient une mémoire d'abord, vous crie l'illustre cardinal, tirer ingrate, en ont souvent fait la triste épreuve. des livres saints la substance de vos discours Mais aussi quel avantage n'obtient pas le et parler habituellement la langue du pré- prédicateur qui récite sur celui qui lit son dicateur invisible que vous représentez ; sermon? Il a un air d'inspiration qui donne mais comme la doctrine du christianisme ne de l'ascendant à ses paroles, et qui rompt se trouve parfaitement développée que dans l'uniformité que doit entrainer nécessairela tradition des Pères de l'Église , vous de- ment un monologue d'une heure au moins. vez aussi acquérir à leur école cette sûreté Combien de personnes , eu entendant la lecde principes , cette netteté d'enseignement, ture d'un discours ordinaire , ne s'imagineet cette fermeté d'expression dont ils ont raient-elles pas qu'elles ont perdu leur été les organes , les régulateurs et les mo- temps , et qu'elles pouvaient tout aussi bien

remplir leur devoir en lisant un sermon de On ne peut bien prêcher la parole de Dieu quelque orateur célèbre ; tandis qu'il est qu'autant que l'on est habile théologien; et bien rare qu'un prédicateur qui récite son · quiconque veut devenir babile théologien, sermon leur laisse ce regret! D'ailleurs, si a suivant Bossuet, qu'il lise et qu'il relise les orateurs français ont élevé l'art de la » les Peres. S'il trouve dans les modernes chaire à un si baut degré de supériorité et - quelquefois plus de minuties , il trouvera de gloire, c'est qu'ils apprennent et qu'ils > très-souvent dans un seul livre des Pères débitent leurs sermons. En gravant dans

plus de principes , plus de cette première leur mémoire un sujet qu'ils n'avaient peut• sèye du christianisme , que dans beaucoup être qu'ébauché, ils l'ont envisagé sous tous n de volumes des interprètes nouveaux; et ses rapports ; ils l'ont approfondi; ils ont a la substance qu'il y sucera des anciennes coordonné leurs idées, limé leur style, et , traditions, le récompensera très-abondam- conduit leur composition à ce point de per» ment de tout le temps qu'il aura donné à fection qui en fait un chef-d'ouvre. » cette lecture. Que s'il s'ennuie de trouver Je ne m'arrêterai point à examiner s'il est » des choses qui , pour être moins accommo- avantageux pour un prédicateur d'improvj> dées à nos coutumes et aux erreurs que ser ses sermons; il est impossible , sans * nous connaissons , peuvent paraitre inuti- avoir écrit, d'entretenir long-temps des au

les , qu'il se souvienne que, dans le temps diteurs sur des matières aussi ardues que le • des Pères , elles ont eu leur effet , et qu'el- dogme et la morale , sans les ennuyer , sans les produisent encore un fruit infini dans se répéter. La tradition nous apprend que

ceux qui les étudient, parce qu'après tout, Bossuet et Fénelon prêchaient souvent d'a» ces grands hommes sont nourris du fro- bondance , et qu'il leur arrivait de parler » ment des élus , de cette pure substance de quelquefois dans le désert. • la religion, et que, pleins de cet esprit La méthode de diviser les sermons, gé

primitif qu'ils ont reçu de plus près et avec néralement adoptée , n'est pas du tout ridi» plus d'abondance de la source même , sou cule , comme le prétendent quelques rhé

vent ce qui leur échappe, et qui sort na teurs. Suivant M. Andrieux, les sermous

dèles.

(1) Essai , etc., tom. 2, pag. 194.

Tome 19.

(1) Difense de la tradition et des saints Pères.

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