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sent de cruauté envers les hommes qui lui 1687, on a de lui : Histoire d'Olivier Cromportaieut ombrage. M. Chénier, père des well, Paris, 1691, in-40, ou 2 vol. in-12; deux poètes de ce nom, a dit de Raghib des Monuments de Rome , ou Description « qu'il était un des Turks les plus éclairés de des plus beaux ouvrages de peinture , de son temps , et celui peut-être qui écrivait le sculpture et d'architeiture, qui se voient à mieux. » Avide des connaissances étrangè Rome et aux environs , avec des observares, il voulut avoir en langue turque une tions, Paris, 1700; Amsterdam, 1701. in 12. histoire de la Chine , qui ne fut achevée Cet ouvrage valut à l'auteur des lettres de qu'après sa mort. On a de ce vézyr des mé- citoyen romain; mais il fut moins heureux langes en langue arabe : ce sont des disser- dans son Parallèle des Français avec les tations théologiques et philosophiques; un Italiens, dans la musique et dans les opéras, recueil de poésies ; un choix de mois remar. qu'il publia en 1702, in-12. Cet ouvrage fut quables et de sentences; un recueil de lettres vivement critiqué, et souleva contre l'abbé sur des sujets diplomatiques et administra- Raguenet tous les partisans du chant français. tifs. Il fut le fondateur, à Constantinople, RAGUET (Gilles-BERNARD), littérade la bibliothèque qui porte son nom. teur, né à Namur en 1668, vint fort jeune

* RAGOTZKY, ou plus exactement RA- à Paris, embrassa l'état ecclésiastique , deCOCZI ( François - LÉOPOLD), prince de viut prieur d'Argenteuil, fut employé, par Transylvanie, né en 1670, fut élevé à la le cardinal de Fleury , à l'éducation de cour de Vienne , où plus tard il réclama une Louis XV , obtint ensuite la place de direcparlic des biens que l'on avait enlevés à sa teur spirituel de la Compagnie des Indes, et maison. Cette démarche le fit ensermer dans monrul à Paris en 1748. On a de lui : Hisle château de Neustad , d'où il parvint à sor toire d’s contestations sur la Diplomatique tir quelque temps après , déguisé en dragon. de rlom Mabillon, Paris, 1908, in-12; et Réfugié parmi les mécontents de Hongrie, une traduction de la Nouvelle-Atlantide de qui le nommèrent leur chef, il se distingua Bacon , 1702 , in-12. par son courage; mais , lorsque la Hongrie * RAHN (Jean-Rodolphe), bourgmestre eut fait la paix avec l'empereur , Ragotzky, de Zurich en 1644, est connu par un ouqui avait été proscrit et condamné à mort vrage qui fut traduit en français , sous le tipar la cour de Vienne depuis son invasion, tre de Discours véritable sur l'état des trois se retira d'abord en France et ensuite à lignes communes des Grisons , 1621, in-4° , Constantinople, ou il fut traité avec honneur dont il a paru un extrait. Rahn (Jeanet de grands égards. Il mourut dans une re. Henri), né à Zurich en 1622, fut bailli de traite qu'il s'était choisie à Rodosto, sur les Kybourg , et mourut dans sa patrie en 1676. bords de la mer de Marmara , le 8 avril 1733. On a de lui en allemand, un Traité d'algès On a publié, sous le nom de Ragotzky , un bre, Zurich , 1659, in-40. Jean-Henri ouvrage apocryphe intitulé : Testament po. Raan, fils du précédent, historiographe et litique et moral du prince Ragotzky. Cc biographe, né à Zurich en 1646, mort en prince avait composé plusieurs ouvrages, 1708, fut employé à diverses missions et entre autres, des Meditations sur l'Ecriture. autres affaires d État, el chargé du soin de Srinte, et des Confessions, qu'il cile plu- la bibliothèque publique de sa patrie. On a sieurs fois dans les Mémoires qui ont été de lui : une Histoire ( abrégie) ile la Suisse , publiés par l'abbé Brenner , dans l'Histoire en allemand , Zurich, 1690, in-8°, et pludes révolutions de Hongrie. - RAGOTZKY sicurs autres ouvrages manuscrits, conser( François), fils de Georges II , prince de vés dans la bibliothèque de Zurich , parmi Transylvanie, mort à Makovitz en 1676, est lesquels on distingue une Biologia historicole véritable auteur de l'Oficium Ragotzia- helvetica, renfermant les notices de deux num, qui est en usage dans presque toute cent huit auteurs. – Jean-Henri Rahn, méla Hongrie.

decin de Zurich et membre du grand conseil RAGUENET (François ), littérateur de cette ville , né en 1709, mort en 1786, a estimable, né à Rouen vers 1660, embrassa laissé: Dissert. de arrano tartari, sive terra l'état ecclésiastique, devint précepteur des foliatá tartari , Leyde , 1733, in-4°, etc. neveux du cardinal de Bouillon, et mourut, Un autre Jean-Henri Raun, aussi médecin , à ce que l'on croit, en 1722. Outre deux de la même famille que les précédents, né discours envoyés au concours de l'Académie en 1749 à Zurich , fut nommé professeur de française , et dont l'un lui obtint le prix en physique au gymnase de cette ville, devint,

en 1782, l'un des fondateurs de l'Institut les tribunaux du Saint-Office que des home inédico-chirurgical, et eut part à plusieurs mes connus par leurs lumières et leur chaautres établissements du même genre. Créé rité. L'Église célèbre sa fête le 23 janvier. comte-palatin par l'électeur Charles-Théo- Le recueil des Décrétales, compilé par saint dore, il fut député à l'assemblée nationale Raimond , fut imprimé pour la première fois helvétique en 1799, et mourut en 1812, lais- à Mayence , en 1473, in-fol. On a en outre sant plusieurs ouvrages de médecine, la plu. de lui une Summa de poenitentid et matrimo. part écrits en allemand. Jean-Conrad nio, souvent réimprimée dans le 16e siècle. Rann, médecin , aussi de Zurich , né en 1737, * RAIMOND. Voyez RAYMOND. mort en 1788 dans la même ville, y avait élé * RAIMOND (JEAN-ARNAULD ), membre élu membre du grand conscil. Outre des de l'Institut, architecte, né à Toulouse le traductions allemandes de quelques opuscu- 9 avril 1742, mort en 1811, passa huit ankes de David Macbridle , et divers mémoires nées en Italie pour y étudier les chefs-d'æuinsérés dans la collection de ceux de la So vre de son art. Il a donné beaucoup de plans; ciété d'histoire naturelle de Zurich , on a de mais il y en a eu peu d'exécutés , et il n'a pe lui : Dissert. de aquis mineralibus fabarien- achever , selon son désir , un seul ouvrage sibus, seu piperinis , Leydle, 1757, in-40. qui pút donner une idée de son talent. Il sul Rahn (Jean-Henri-Guillaume ), juriscon- charge de la construction des maisons royasulte-assesseur à un college de l'université les de Saint-Cloud, Meudon, Saint-Gerd'Helmstadt, né à Walbeck en 1766 , mori main , etc. en 1807, a laissé quelques ouvrages de juris

RAIMOND. D'AGILES, chanoine de prudence, écrits en allemand.

l'église cathédrale de Pui , suivit en 1096, à * RAI (JEAN). Voyez Ray.

la première croisade, son évêque, le célèbre RAIDEL (Georges-Martin), bibliogra- Adhémar , et devint, pendant l'expédition, phe, né à Nuremberg en 1702, embrassa chapelain de Raymond , comte de Toulouse. l'état ecclésiastique, et consacra sa vie à li a écrit une histoire de la croisade , inti des recherches savantes. Il aurait pu rendre tulée : Raimundi de Agiles Historia Frande grands services aux sciences et à la litté

corum qui ceperunt Jherusalem, qui a été rature, s'il n'eut été enlevé par une mort insérée dans le Gesta Dei per Francos. On prématurée en 1741.

ignore le lieu et l'époque de sa mort. * RAIMOND (Saint ), né en 1175 au châ * RAIMONDI (MARC-ANTOINE), célèbre teau de Penafort, en Catalogne, d'une fa- graveur italien , né à Bologne en 1488, reçut mille ancienne et illustre , fit des progrès si les leçons de F. Francia , et commença par rapides dans les sciences, qu'à vingt ans il contrefaire les estampes d'Albert Durer avec fut en état d'ouvrir un cours gratuit de phi- tant d'adresse, qu'on prenait ses copies losophie. S'étant rendu en Italie pour se pour des originaux. Étant venu à Rome , il perfectionner dans la convaissance du droit, y connut Raphael, qui , charmé de ses granil fut reçu docteur à l université de Bologne, des dispositions, le chargea de graver un et fut pourvu d'une chaire qu'il remplit avec sujet de Lucrèce, et ensuite ses plus beaux distinction. De retour en Catalogne, Rai- ouvrages. Après le sac de Rome (en 1527), mond fut élevé successivement aux premiè- auquel il eut le bonheur d'échapper , il failres dignités du chapitre de Barrelone , prit lit perdre la vie, pour avoir gravé, c'après ensuite la résolution de s'ensevelir dans un Jules Romain, les estampes obscenes qui cloitre, et entra dans l'ordre des frères-pre- accompagnaient les sonnets de l'Aretin, et cheurs en 1222, huit mois après la mort de Clément VII ne lui fit grâce qu'en considésaint Dominique. On lechargea de composer ration de son talent. Marc-Antoine Raimondi un recueil des cas de conscience pour l'in mourut en 1516, assassiné, suivant Malvastruction des confesseurs. Il devint général sia. La haute réputation de Raphael, qui , de son ordre en 1238, se démit de ceite dit-on, retouchait souvent les planches de place, deux ans après , pour reprendre ses Raimondi, contribua beaucoup à la vogue travaux évangeliques, el mourut à Barce- que ce graveur a obtenue , et au prix exceslone en 1275, dans sa centième année. Saint sif que l'on met encore à ses ouvrages ; mais Raimond a contribué à l'établisseinent de il ne peut etre regardé comme un modele à l'inquisition dans l'Aragon et dans les pro- suivre. On ne trouve daus ses planches auvinces méridionales de la France; mais il cune variété de style, aucunc entente du prenait , dit-on , le soin de ne placer dans clair-obscur. En général il est sec, et n'offre

point ce goût délicat qui caractérise un gra * RAIS ou RAIZ (GILLES DE LAVAL, veur habile. Toutefois il faut reconnaitre en maréchal de). Voyez Laval. lui la précision du trait et la correction du RAISON. (Philosophie, psychologie.) Les dessin.

sources de nos premieres connaissances sont * RAIMONDI ( ANNIBAL), mathématicien les sens , la raison , la conscience; celles de du 16e siècle, né à Vérone , mort en 1597,

nos connaissances dérivées sout l'abstracpublia , à l'âge de 84 ans, un traité del Flusso tion, le raisonnement, l'analogie , l'induce Rislusso del mare, Venise , 1589; et, tion. Chacune de ces sources ayant dominé

tour à tour dans les doctrines philosophiquelque temps après , Discorso della trepidazione delle stelle fisse. On a encore de ques , nons en avons vu nailre, au mot Lo

diverses méthodes , telles lui : paterne Reprensioni a' medici rnzionali, cique ,

la lu

que et dell antica e onorata scienza de Norman- gique empirique d'Épicure et de ses discidia, ossia onomanzia , Venise, 1549. 11 ples; Jes méthodes à priori de Platon, de existe de ce dernier ouvrage une traduction Leibnitz, de Kant; l'analyse psychologique française.

de Descartes , de Fichte, de Schelling ; la

dialectique des anciens et celle des scolasti*RAIMONDI (Jean Baptiste), l'un des

ques; le raisonnement analogique de Sopremiers orientalistes du 16e siècle, né à crate, et le raisonnement inductif de Bacon. Crémone vers l'an 1540, passa plusieurs an Nous avons reconnu la legilimité de chacune nées en Asie , où il acquit une connaissance de ces méthodes dans ses limites ; nous ne approfondie de l'arabe , de l'arménien , du leur avons reproché que leur tendance à rasyriaque et de l'hébreu. De retour en Italie, mener la diversité des phénomènes à une il fut chargé, par le cardinal Ferdinand de unité systématique, à les envisager sous un Médicis , de la direction d'un vaste atelier point de vue exclusif; mais nous insisterons de typographie orientale, qui a été comme d'une manière plus spéciale sur ce point, le berceau de la célèbre imprimerie de la dans un article ou nous allons considérer la Propagande. Raimondi ne borna pas ses

raison dans ses principes, dans ses formes et soins à la surveillance de cet établissement dans l'échelle de ses applications. Il mit en ordre tous les livres orientaux re

Le mot raison, formé du mot latin ralio, cueillis dans le Levant pour le pape. Il s'oc- signisie premièremeni rapport, perception cupa long-temps de l'exécution d'une poly- de rapport ou jugement, le même nom serglotte plus complète que celles d'Alcala et

vant à désigner la faculté et son objet ; il d'Anvers ; mais les fonds ayant manqué pour signifie ensuite le rapport d'un jugement cette entreprise , Raimondi abandonna ce

à un jugement antérieur, et la faculté que projet, qui devait , pl:is tard!, recevoir son

nous avons de conclure l'un de l'autre. La accomplissement en France. Par le conseil raison peut aussi être considérée dans les du cardinal Duperron , Raimondi consacra choses comme harmonie des êtres, comme les dernières années de sa vie à la confection principe ou comme fin de leur existence d'une grammaire arabe , qu'il dédia, en I voyez Cause). Dans les sciences, c'est le 16!), au pape Paul V, et qui fut très-ré- pouvoir de découvrir ce principe ou cette pandue dans le Levant. On ignore l'époque fin; dans la philosophie, ce sont des prinde la mort de cet orientaliste.

cipes universels , les jugements primitifs et * RAINSSANT ( Pierre), savant numis- antérieurs ausquels nous rapportons tous mate , né à Reims en 1610, étudia d'abord les autres. Le raisonnement est l'opération la médecine avec beaucoup de succès. La on la fonction par laquelle la raison comdécouverte d'une urne remplie de médailles unique aux jugements particuliers la védétermina ensuite son goût pour la numis- rité rostenue dans les jugements primitiss. matique, sans lui faire négliger sa profession Si la vérité du raisonnement n'était appuyée première, qu'il viut exercer à Paris. Ses con. sur des prémisscs certaines et inconiestables naissances le firent nommer directeur du par elles-mêmes, ou sur des préinisses qui Cabinet des médailles du roi, et il fut admis ont leur fonilement sur d'autres qui les éclail'un des premiers à l'Académie dez inscrip- rent de leur propre lumière , nos jugements, tions et belles-lettres. Se promenant un jour n'ayant tous qu'une vérité relative et condans le parc de Versailles , il tomba par ac- ditionnelle, remonteraient de l'un à l'autre, cident dans une pièce d'eau, et s'y noya sans trouver un point fixe où ils pussent en 1689.

s'arrêter. Il y a donc , dans les profondeurs

de votre âme , une raison naturelle qui sert à l'étudier plus profondément. Platou nous d'appui au raisonnement ; il en est une autre montre ces formes comme les types éternels empirique ou acquise que nous devons à des choses ; Aristote, comme des espèces l'abstraction , par laquelle l'entendement intelligibles qui se détachent des objets par forme les genres et les espèces. La première un acte de l'entendement; Kant, comme des fonction de la raison est de recueillir ces manières de concevoir et de juger inhérentes notions artificielles, ainsi que les notions à nos facultés; Fichte, comme des modes du primitives ; la seconde, d'en déduire les no- moi individuel; Schelling, commes des modes tions particulieres , ou les jugements qui y du moi absolu. Kant conserve le parallésont contenus. Deux ordres de vérités, op- lisme de la raison et de l'expérience; mais posées l'une à l'autre , servent donc de pré- Platon refuse à celle-ci toute vérité, et ne misses au raisonnement synthétique : des lui laisse que la vraisemblance ; Fichte en vérités absolues , nécessaires , universelles, fait une création de la raison ; Schelling el des vérités relatives , variables et généra- trouve lune et l'autre dans l'unité univerles ; celles-ci forniées sur les éléments mo selle. Toutefois, la conscience nous atteste biles et fugitifs de l'expérience; celles - là la dualité des sens et de la raison , et ne unies à notre constitution intellectuelle , in nous atteste point l'unité individuelle ou times aux formes de nos pensées , et immua- universelle. bles comme ces formes.

Comparée aux autres facultés , la raison ne La philosophie qui s'applique au dévelop- peut être confondue avec aucune, et elle les pement de la raison, l'a presque toujours éclaire loutes ; elle garantit la vérité des juopposée à l'expérience. On ne peut pénétrer, gements , elle recueille les notions générales en effet , dans la pensée humaine , on ne formées

par l'entendement, et en déduit les peut en constater les différents caractères, jugements particuliers qu'elles renferment; et supposer que les perceptions des sens , et elle prescrit à l'imagination d'associer et de les combinaisons que nous en faisons par le combiner les éléments fournis par la sensilangage, en representent tous les modes, bilité ou par l'entendement d'une mavière toutes les vues. Certe origine est peu con- vraisemblable. Réciproquement toutes les faforme à la nature de certaines idées, aux- cultés concourent à son nsage; par la méquelles nous ne pouvons en assigner aucune moire , elle opère sur les choses passées; par réelle; elle est peu conforme à l'indépen- le jugement, elle sépare les faits constants dance où nous parait être le moi intelligent des faits accidentels; par l'enlendement, elle du monde extérieur, et à la dépendance ou généralise ceux-là et les convertit en lois; il est de ses jugements propres; et il nous par l'imagination, elle pare la vérité, ou semble

que

c'est renfermer la philosophie cherche à l'aborder au moyen des hypothèses dans une bien étroite enceinte, que de la et des conjectures ; de l'analogie que lui ofborner à montrer comment les sens et le lan- frent les événements passés avec les événegage instruisent et forment la raison. Sans ments présents , elle infère les événements doute les sens et le langage, étant les ca- futurs; comme de la corrélation de deux naux d'un grand nombre d'idées, peu- idées, elle en infère une troisième. Ainsi, vent lui apporter de nombreux matériaux; par le raisonnement abstrait et inductif, mais sans les principes rationnels qui les l'homme embrasse le cours de la vie entière, dominent, nous représenteraient-ils autre juge les circonstances probables où il peut chose qu'un aulomatisnie intellectuel. Se- se trouver , se propose un but, et règle ses rait-ce dans ce fonds tout animal que nous actions de la manière la plus propre à l'atdécouvririons les idees premières et démon- teindre. stratives des sciences , et l'idée nécessaire de Tout être chargé par la nature de pourvoir l'étre absolu , immuable, universel ? Como à sa conservation, a la faculté de discerner ment se révélerait à nous la raison qui pré- ce qui lui est utile ou nuisible, d'accepter side à l'ordre de l'univers , si parmi les at l'un et de rejeter l'autre. Ce discernement tributs de notre raison n'étaient l'immula- ou cette raison plus ou moins enveloppée bilité et la constance ? Les formes originelles dans la sensibilité , et remarquable dans la de la pensée ont toujours été placées au sagacité des sens, reçoit le nom d'instinct ; premier rang des méditations philosophiques détermination aveugle, mais qui ne l'est pas par les esprits qui , peu contents d'une vue au mème degré dans toutes les espèces. Plus superficielle de l'homme , sc sont appliqués celles-ci s'éloignent de l'homme comme les

insectes , plus leurs mouvements paraissent moyens de la vie ; elles n'en sont pas la fin. brusques , nécessités, impulsifs ; moins elles S'il n'était soutenu dans ses travaux par le montrent de choix et de délibération , et plus sentiment du mérite qui nourrit son cæur elles semblent appartenir à celle raison uni par celui de l'honneur qui l'ennoblit, par verselle qui met en rapport les différents celui de la gloire qui l'élève ; säil n'avait pas corps de la nature ; plus, au contraire, elles une imagination fuite penr sentir le beau , se rapprochent de l'homine , moins leurs une intelligence pour saisir le vrai, il touacles paraissent brusques et déterminés, cherait au but par son organisation ; il ne le plus elles dounent de signes d'examen, de verrait pas s'éloigner par les efforts mêmes délibération et d'analogie avec les habitudes qu'il fait pour l'atteindre. Content d'une in. de notre raison. Aussi ce n'est pas par l'in- dustrie qui lui garantirait sa sureté, son telligence de la sagacité des sens que nous bien-être et celui de sa postérité, il ne sommes supérieurs aux animaux ; si la raison chercherait point dans les perspectives ue humaine conserve son nom , si elle entre dans l'avenir ce qui orne la vie, ce qui l'honore , la définition de l'homme, c'est, au contraire, ce qui lui donne du prix et de la granparce qu'elle en est plus indépendanle , parce deur. qu'elle n'en reçoit point de ses jugements, De la sphère intellectuelle où nous venons qu'elle n'y est point contenue tout entière. de nous élever, si nous descendons dans Ce n'est point aussi la parole qui donne à l'ordre moral, le contraste de l'homme et de l'homme sa prééminence et sa dignité. La l'animal n'est pas moins remarquable. La loi parole donnerait plus de développement et de l'animal est d'obéir à ses penchants, celle d'étendue à ses facultés; mais elle n'en chan de l'homme est souvent d'y résister; celui-ci gerait pas la nature; elle multiplierait nos trouve dans sa raison un contre-poids à ses idées dérivées de la sensibilité ; elle ne nous passions, il y trouve la force qu'il exerce tirerait pas de la vie sensuelle. L'animal jouit sur lui-même; celui là, poussé et maitrisé par de mémoire , de jugement, d'une intelli- ses appélits , n'a rien en lui qui serve de frein, gence acquise par l'expérience , d'une sorte que la satiété de ses appétits mêmes. Pour d'imagination, d'un certain raisonnement et l'un, l'utile est souvent opposé au juste , d'induction ; mais tout cela se termine l'honnéte à l'agréable, et le beau et le vrai aux soins de sa conservation et de la propa- le plus souvent hors du réel ; pour l'autre , gation de son espèce. Ses jugements n'étant le juste est nécessairement dans l'utile, le formés que sur l'expérience, sont variables vrai dans l'utile réel, le beau dans l'utile comme elle , et fugitifs. S'il manifeste des agréable. La raison de l'animal est indiviaffections qui ne paraissent pas toutes ply- duelle et se rapporte tout entière à lui; la siques, c'est dans la société de l'homme, et raison de l'homme est sociale et se pariage par une certaine imitation ; dépourvu de entre lui et ses semblables. De lii naissent signes, du langage, il n'a point d'idées gé- une multitude de positions où la raison se nérales, il ne fait point de raisonnements place pour éclairer notre conduite , et nous abstraits; il connait le bon et l'utile : l'homme dicter les devoirs qui y sont relatifs. Il ne connaît le vrai , le juste , l'honnête et le suffit pas , pour rencontrer le bien, que le beau. Il aime ces types immuables, comme cour soit droit, l'âme exempte de vices , et motifs de ses actions ; il les recherche, affranchie de toute servitude. La droiture de comme objets de sa curiosité et de son ima- la conscience , sans les lumières de la raison, gination ; il s'y attache au péril de son être peut êire même une source d'égarements; matériel et périssable. La première direction mais , d'une part, la raison morale n'est pas de la raison la porte sans doute à l'utile , faite pour éclairer, dans une région soli. puisque, avant tout, elle doit suppléer à taire, de pures intelligences; elle n'agit point notre nudité, à notre faiblesse; nous garan. sur la volonté, et ne dirige point ses actes tir de l'intempérie des éléments; nous ap- sans se mêler au sentiment. Le juste, le prendre à repousser les attaques des animaux vrai, le beau moral brillent d'une lumière malfaisants, nous prémunir contre les né- pure dans la théorie . parce que l'analyse les cessités de la vie , procurer notre bien-être sépave de ce qui leur est étranger; mais en et celui de ceux qui nous sont confiés : tel pénétrant dans notre coeur, cette pureté se est le but de la prudence. Or, la prudence ternit, et la raison pratique n'est plus qu'un ne renferme point toute la raison. Les con- alliage des divers principes de justice, de quêtes de l'homme sur la nature sont les bienveillance, d'intérêt, d'amour-propre ; Tome 19.

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