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que leur instinct n'avertit plus du soin de se dire, à tout homme qui payant, comme proconserver eux-mêmes. C'est l'histoire d'A. priétaire, un cens quelconque, se trouve thènes, de Carthage, de la Roine d’Augus• intéressé à la conservation de l'État, laquelle tule, de la Byzance des Paléologue et des apparemment est indifférente aux non-proComnène, de tout pays enfin qui a perdu priétaires. sa virilité.

Il y aurait beaucoup à dire sur les vertus L'histoire, d'accord avec la raison, pro. civiques inhérentes à la propriété et sur clame donc bautement qu'il n'y a de garantie cette qualification de prolėtaire adressée pour les individus, et de durée pour les États, dédaigneusement à quiconque vit du travail que daus l'organisation d'une défense com de ses mains. Je me contenterai de faire remune. Cette organisation est d'autant meil- marquer qu'il n'est pas exact d'avancer que leure qu'elle familiarise avec les armes un plus chez nous le non-propriétaire ne participe grand nombre d'individus. Ce n'est pas seu- point aus charges publiques. N'est-ce donc lement parce que le nombre est formidable pas un véritable cens que ce surcroît de prix à la guerre qu'il convient d'aguerrir toute dont les prélèvements du fisc affectent les une population : c'est aussi parce que la na- objets de première nécessité ? L'impôt inditure est avare des hautes capacités militai- direct n'existait pas à Rome , où, bien loin res, et que ces capacités décident le destin de taxer le blé, le sel , etc, , le gouvernedes combats. Il faut présenter aux grands ment les fournissait gratuitement à la plétalents , trop disposés à s'ignorer eux-mê- bécule. Il s'ensuit que les publicistes qui mes, le plus de chances possibles pour se assimilent entre elles les classes inférieures sentir et se montrer. Qu'on réfléchisse com- des deux pays cherchent futilement des bien peu de généraux capables de diriger rapports là où il n'existe que des diséde grandes armées se sont manifestés dans rences. la guerre de vingt-trois ans. Le choix s'exerça Au reste ce n'est pas le lieu d'examiner si cependant sans restriction ni limite sur plu- l'individu à qui le travail de chaque jour sieurs millions de soldats qu'armait notre permet de dépenser 50 sous , n'est pas aussi indépendance.

bien propriétaire de neuf cents francs de Les institutions organisatrices ont pris, revenu que celui qui en possède le capital selon les temps et les lieux, des caractères en fonds ou en marchandises. Je rapellerai et des noms variés. On peut consulter le seulement qu'à l'époque récente de nos détroisième volume de l'Encyclopédie métho- sastres militaires, ces distinctions subtiles dique, pag. 160 à 188, on y trouvera un pré- de prolétaires et de citoyens , n'ont pas été cis intéressant des combinaisons imaginées avouées de la nature comme source d'amour par plusieurs peuples célèbres ; mais, pour pour le pays, et gage de dévouement à så ne parler ici que de notre France, si la

cause. Ce fut alors la classe qui n'a rien à forme a souvent changé, le fond est toujours perdre, celle qui, selon notre ingénieux demeuré le même : toujours, dans les dan- fabuliste, ne peut être condamnée à porter gers publics , le gouvernement s'y est ap- deux bâts , qui se montra le moins ébranpuyé sur les masses, et les mots de ban, lée de nos revers de fortune et le plus dispo. d'arrière-ban , de levée , de milice , de réqui- sée à faire à l'honneur ce sacrifice de la vie sitiou et de conscription, tour à tour choi- devant lequel ceux de la fortune sont peu sis et abandonnés, ne représentent, en der- de chose. J'ajouterai qu'encore aujourd'hui nière analyse, que l'obligation où se trouve c'est elle qui conserve le nerf militaire, et un peuple, animé du sentiment de sa di- elle seule qui nourrit le patriotique espoir gnité, de se lever en masse toutes les fois de notre réveil et de notre revanche. que son existence ou son honneur sont en Rendons toutefois cet hommage aux espéril.

prits éclairés qui discutent et votent notre Quelques publicistes regrettent qu'on législation, qu'ils ne consacrèrent jamais n'ait pas naturalisé chez nous les institutions ces vaines théories. Les lois du 10 mars 1818 romaines, rappelées par notre assemblée et du 9 juin 1824, qui régissent maintenant constituante (décret du 12 décembre 1790), cette matière, appellent, au contraire, lors de la création des premières gardes na- indistinctement tous les enfants du pays à tionales. Ils peusent que, dans une société l'honneur de le servir, et leur reconnaissent convenablement ordonnée, on doit ne con des droits égaux pour l'avancement et les fier d'armes qu'aux seuls citoyens, c'est-à- récompenses.

Ces lois , répudiant le mot de conscription, ment, un tribunal composé de fonctionnaicomme rappelant des souvenirs douloureux, res de l'ordre civil , qu'on nomme conseil de ont introduit à sa place le nom de recrute- révision , lequel prononce en dernier res. ment pour désigner l'emprunt annuel des sort. hommes que le prince fait au pays. Cet em On ne peut qu'applaudir au principe de la prunt ne peut excéiler soixante mille soldats, libération définitive. Dans un pays où il dont chacun , aprés huit années passées pait annuellement (1) 498,824 enfanis du dans les rangs, est rendu à sa volonté propre; sexe masculin , il n'y a pas nécessité d'obli. ce qu'on appelle libéré.

ger indéliniment toute la population au L'article 1er de la loi consacre une Sic- service personnel ; mais le terme de cette tion que je voudrais en voir bannie, parce libération tombant à l'âge où l'homme est qu'il me semble que ce qui sent l'artifice ôte plus apte aux travaux militaires , ne me pa. quelque chose à la majesté d'un acte destiné rait pas que innovation bien heureuse. à rappeler à tous la première obligation de Quant aux exemptions et aux dispenses , l'état social. Cet article suppose que l'armée les chiffres officiels parlent plus- éloquense recrute par des engagements volontaires, ment que des réflexions. Voici le travail et qu'il n'est recouru au service obligé que produit au Conseil à l'époque d'adoption de dans le cas de leur insuflisance. Or, il n'est la loi du 10 mars. Il s'agissait de mettre sur pas vrai que les armées modernes puissent pied les classes de 1817 et 1818, que les se recruter avec des volontaires (1). On aura tableaux de recensement évaluaieni à 290,000 beau arguer de l'héroïque détermination individus. qui, au début de la révolution , nous im

Il se trouva : provisa trois cents bataillons d'infanterie ; D'erenptés, pour défauts naturels.... 77,938 on excipera vainement de ce qui a été imilé, pour mariages aviérieurs à la loi..... 38,260 ou, suivant une heureuse expression du

Ainés d'orphelins......

4,970 - Fils de veuves...

22.945 maréchal Saint-Cyr, parodié par d'autres

Fils de vieillards, États : ce sont des exceptions à l'ordre natu

2,271 Frères de militaires...

43,318 rel des choses , qui condamne les peuples

De dispensés, pour engagements mili. civilisés à répugner au métier des armes. Je taires, certaios services publics, conscrits ne sais d'ailleurs si la défense d'un pays ga- maritimes, ecclésiastiques....

9,900 gne beaucoup à ces résolutions enthousias De réservés, à raison d'instance devant tes, le ressort moral «les populations se re

les tribunaux..

569 låchant bientòt proportionnellement à l'effort qui l'a tendu. J'aurais trouvé plus digne que

199.901 l'article 1er de la loi pe contint que ces Ce qui réduisit le contingent å 90,049. inots : Tout Français nait soldat, et doit Écartant de ces résultats ce qu'ils offrent prendre place dans le rang, lorsque son de transitoire, les mariages , par exemple, åge et l'utilité du pays exigeni ce sacrifice. qui ne donnèrent que cette fois droit à

Bien différente de la conscription , dont exemption, on trouve que deux cinquièmes on a dit avec raison qu'elle était d'une équité seulement de la matière recrutable concouinexorable, la loi de recrutement admet des rent à la formation de l'armée. exemptions, reconnait des dispenses, et De ce qui vient d'être sommairement esfavorise le remplacement. Toutes ces con- posć, résulte que la loi la plus importante à cessions amènent, dans leur application la conservation du pays renferme plusieurs aux individus , un examen et un debat pour vices considérables : lesquels est institué , dans chaque départe 10 Elle constitue une armée jeune , à qui

manque une réserve, c'est-à-dire, l'appui (1) A l'époque de la formation de l'armée nouvelle, des vétérans. il existait une foule de militaires survivant aux désastres et au licenciement de l'ancienne, qui sem (1) L'Annunire pour 1829, page 34, mootre que blaient n'avoir deressource que celle de servir. C'était de 1817 à 1827 il est né en France : assurément , pour l'engagement volontaire , la circon

5. 106,493 Enfants måles..

légitimes....... slance la plus favorable possible : eh bien! du 10 mars

1
naturels..

380,590 1818 auler octobre 1819, il ne s'en présenta que 15,371. C'est sur le pied de 10,248 par an. Depuis lors les

5,487,083 engagements volontaires ont toujours été décroissant.

Dont la lle parlie est... 498,824

2. Elle éloigue du rang, par la facilité parle pas d'inquiétudes plus fondées que

le donnée au remplacement, toutes les jutelli- pouvoir était autorisé à nourrir, et qu'il a gences que l'éducation a développées. fallu de la magnanimité pour surmonter. 11

30 Elle dispense trois cinquièmes de la était difficile de transiger avec des intérêts population d'apprendre à manier des ar et des préjugés si divers. C'est cependant ce mes, ce qui doit les rendre impropres à qu'a fait la loi du 10 mars , dont on peut défendre le pays.

dire , comme de celle de Solon, qu'elle est Ces causes réunies non-seulement ten- la meilleure que l'on put alors instituer. dent à amortir le feu militaire, mais ont (Vorez ARMÉE. ) La Neuville. pour résuliat inévitable d'assigner à nos RECRUTEMENT. (Marine.) Napoléon troupes une valeur intrinsèque moindre que captif, discourant sur les actes de sa vie po. que les troupes des États nos rivaux, qui litique et militaire , disait un jour : « Avec font passer toute leur population dans l'ar un babit, un mousquet et quelques jours mée, satisfaisant au principe fondamental d'exercice, on transforme un artisan ou un de toutes les institutions de ce genre qui ont laboureur en soldat; tandis qu'il faut des existé , savoir, de faire concourir toutes les années pour former un matelot médiocre. forces physiques et intellectuelles du pays On improvise une armée; mais point une au grand but de sa conversation.

marine. Ces réflexions ne sont pas nôtres. Elles

Tout État que sa position géographique résultent d'ouvrages justement estimés (1), met dans le cas d'avoir à soutenir des guerres de discussions publiques. Elles ont appelé maritimes ne saurait donc apporter trop d'atles méditations du conseil de guerre.

tention à s'assurer , par avance , les olliciers Notre intention, au reste, n'est pas de

et marins qui doivent former les équipages les faire peser à titre de reproche sur la mé- de sa fotte. moire de l'auteur illustre de la loi du 10

Examinous quels moyens on a pris jusmars. D'abord son système, comme reculant qu'ici en France pour arriver à ce résultat, la libération à douze années , dont six dans et d'abord occupons-nous des officiers. l'armée active et six dans les vétérans , était

Nous avons déjà fait remarquer que ce plus essentiellement militaire que ce qui a

n'est guère qu'aux approches du règne de été substitué. Par la création de légious Louis XIV qu'il faut remonter pour trouver départementales , hommage rendu à la les premières traces d'une marine militaire mémoire de nos trois cents faineux batail. régulièrement organisée. C'est ce prince qui lons, il avait fondé des moyens d'émulation, fut, à proprement parler. le créateur du ramené la fraternité d'armes et ranimé l'es- corps royal de la maripe. Mais, comme il prit de provinces et de corps. Il projetait en fit un corps privilégié, accessible à la aussi une solide organisation de la garde noblesse seule, et qu'une naissance distinnationale , institution dont on ne sait com- guée ne s'allie pas toujours avec l'instruction ment expliquer l'oubli en présence des pratique essentielle à l'homme de mer, il landwher de l'Allemagne et des colonies' n'eut, dans le principe , que des officiers de militaires de la Russie.

marine, braves comme tous les militaires Ce grand citoyen a beaucoup fait pour sa français , mais qui n'avaient guère de marins propre gloire et pour l'intérêt du pays, en que le nom. Les véritables marins de la flotte triomphant de toutes les oppositions que étaient alors les pilotes et les maitres d'érencontra la réorganisation d'une armée ; quipage. Pour y rémédier , et en même temps car à l'époque où sa volonté ferme obtint ce se former une pépinière de jeunes officiers , résultat, nos forteresses étaient occupées il créa trois compagnies de deux cents genpar l'ennemi, nos trésors absorbés en tri- tilshommes gardes de la marine, à l'instar buls. A peine la patriotique intention du des compagnies de cadets de l'armée de terre, maréchal Saint-Cyr fut connue , que l'étran. ct il établit en même temps à Brest et à Touger s'effaroucha de la possibilité de votre lon des écoles pour leur instruction. Ces résurrection wilitaire , que le pays se de- mesures, ainsi que les guerres maritimes manda si l'existence d'une armée perma- dans lesquelles la France se trouva engagée, nente était compatible avec la liberté. Je ne

ne tardèrent

pas à former un certain nombre de bons officiers , et à procurer à nos armées

pavales et escadres des succès qui portèrent (1) Le général Lamarque, le colonel Marboi, ele. Tout d'un coup la gloire de notre marine à

un point qu'on ne l'a pas vue atteindre de les grades d'aspirant et d'enseigne, ramenepuis cette mémorable époque.

rent chaque année sur les vaisseaux quanL'organisation définitive que Louis XIV tité d'officiers à qui une bonne instruction donna au corps royal de la marine par son théorique donnait le moyen de perfectionner ordonnance de 1689, quoique souvent modi. promptement les connaissances pratiques; fiée dans quelques détails par les faiseurs enfin l'École polytechnique y sema quelques dont l'espèce est si commune en France, sujets distingués. L'instruction se répandit demcura intacte , pour le fond , jusqu'au progressivement dans tous les grades, et grand bouleversement politique qui eut lieu vint à bout, non sans peine, d'y supplanter tout juste un siècle après.

la routine opiniâtre et orgueilleuse. A la révolution, tout changea de face. On A la chute de l'empire, les états-majors vit émigrer le corps presque entier de la ma de nos bâtiments de guerre abondaient en riue royale, et, lorsque la guerre éclata sur jeunes officiers qui donnaient les plus haules mer, au commencement de 1793, il fallut espérances , et qui les auraient réalisées , si remplacer à la hâte tous les officiers qui la guerre se fût assez prolongée pour qu'ils avaient regardé comme un devoir de suivre pussent faire quelques longues campagnes. les princes à l'étranger, malgré les ordres Ceux qu'épargnèrent les diverses réformes réitérés d'un roi que depuis 1789 ils ne con- qui suivirent les cent-jours sont aujourd'hui sidéraient plus comme libre. Mais comment (après quelques anciens chefs d'un mérite procéda-t-on à ce recrutement pour ainsi éminent) l'élite du corps royal de la marine; dire général des états-majors de la flotte? on circonstance qui doit faire vivement déploamalgama ensemble une foule d'éléments rer les violentes et impolitiques mesures divers et la plupart hétérogènes. Autour du dont leurs compagnons furent victimes. petit nombre d'oliciers de la marine royale En 1815, non-seulement le corps de la demeurés à leur poste, on groupa d'anciens marine établi sur le pied de paix fut consiofficiers bleus (1), des capitaines marchands, dérablement réduit; mais encore on vit remdes premiers et seconds pilotes des vaisseaux placer un certain nombre de jeunes réformés du roi, des maîtres d'équipage , et enfin des par des officiers de l'ancienne marine revegens qui n'avaient guère d'autre titre que la nus de l'émigration. De là résultait une recommandation toute puissante des sociétés double nécessité de se composer une bonne populaires dont ils étaient membres. C'est-à- pépinière. Dans ce but, il fut créé un coldire que, parmi d'habiles marins dont les lois lége royal de marine; mais les faiseurs de et les préjugés de l'ancien régime arrêtaient l'époque, par une ridicule adulation envers l'essor , on introduisit des hommes que la un auguste personnage, placerent ce college plus commune pratique de la manouvre d'un loin de la mer, dans la ville qui portait le vaisseau pouvait seule recommander, mais pom du prince grand-amiral. qui ne possédaient même pas tous cette pra

Ce que tout homme doué de ses sens poutique grossière, et qui d'ailleurs ne se dis- vait prévoir arriva. Après deux années d'élinguaient par aucune des autres qualités tudes mal faites , les élèves sortaient du colindispensables à un officier.

lége d'Angoulême la mémoire chargée de En vain, par des épurations successives, notions mal conçues , qu'ils oubliaiant avec on écarta la plupart des individus dont les une grande facilité au milieu des exercices clubs révolutionnaires avaient infesté tous les de la mer, et le but de l'institution se trouva grades , même les plus élevés. Jusqu'à la fin tout à fait manqué. De nombreuses réclade la guerre , la marine se ressentit de cette mations s'élevèrent, et l'autorité se vit oblibizarre et funeste composition de la première gée de mettre en question s'il ne convenait branche de son personnel.

pas

de substituer d'autres écoles au collège Cependant les écoles d'hydrographie et de d'Angoulême. La suppression de ce monnavigation qui furent établies dans plus de strueux établissement aurait procuré, sur quarante ports , et le concours public pour le personnel seul , une économie de soixante

mille francs. Cette suppression avait même (1) Nom que l'orgueil aristocratique avait donné été décidée; mais des influences secrètes , aux officiers auxiliaires, par allusion à la couleur

sur la nature desquelles il ne convient pas de leur habit tout uni et dénué des galops et brode- de s'expliquer, l'empêchèrent d'être effecries qui ornaient celui des hommes titrés ou gentilla- tuée. On se borna à quelques modifications ires composant ce qu'on appelait le grand corps. qui ne rémédiaient point aux vices qu'il fal.

lait détruire , et force fut d'en revenir à ces Levant, on adopta le système de recrulevaisseaux - écoles qu'on avait établis sous ment en usage pour celle du Ponant. l'Empire, ainsi qu'au concours direct pour Ce système consistait dans des levées arles places d'élèves et de volontaires , à quel- bitraires faites sur les navires marchands, que source que les candidats eussent puisé et dans toutes les paroisses du littoral, ce les connaissances dont ils devaient faire qui interrompait le commerce et gênait la preuve. En attendant le résultat de ce re pêche. Des capitaines et officiers de marine, tour à de saines idées , on manque d'élèves munis d'une commission de l'amiral, étaient pour compléter les cadres d'officiers auxi- envoyés dans les provinces limitrophes de liaires.

la mer, pour y enrôler les matelots de bonne Avec le temps, nous verrons sans doute volonté ou de force. Ils exerçaient ainsi une disparaitre les difficultés qu'éprouve encore sorte de presse. On a peine à concevoir, et le recrutement des officiers de notre marine c'est assurément une chose bien remarquamilitaire. Au reste , l'instruction des mem ble,

que

les Anglais, qui souvent ont perfecbres actuels du corps est en général satis- tionné avant nous diverses branches du serfaisaute. Ce que nous avons dit aux articles vice de la marine , n'en soient encore auNAVIGATEURS et Pilotage montre à quel de jourd'hui qu'à ce mode de recrutement gré sont portées les connaissances théoriques odieux et vexatoire. de nos officiers. Quant à celles relatives à la Les mesures de rigueur qu'il nécessitait pratique de la navigation , et à l'art militaire ne faisaient que redoubler l'éloignement des de mer, les rapports des campagnes de nos marins français pour le service de l'État. En divisions navales , leurs exercices et manau vain la solde allouée par le roi aux matelots vres faits dans toutes les stations simultané- était supérieure à celle que donnaient les ment avec des bâuments de guerre anglais, négociants et armaieurs, leur répugnance et enfin la conduite de notre escadre à la était si forte pour l'embarquement sur les bataille de Navarin , prouvent que cette vaisseaux de guerre , qu'ils préféraient soubranche essentielle de la science navale a vent s'expatrier. Ces émigrations devinrent marché de pair avec la théorie. Tout enfin même si nombreuses, qu'un édit royal porta nous fait augurer pour une guerre future des la peine des galères perpétuelles contre tout résultats bien différents de ceux de la der- matelot ou ouvrier des ports qui passait à

l'étranger. Par un édit postérieur, il fut déPassons maintenant à ce qui regarde les claré que tout marin qui aurait mavqué à équipages.

deux revues de suite serait puni comune déOn manque de notions sur la manière serteur, c'est-à-dire de la peine de mort. dont s'opérait le recrutement des marins Toutefois, on en revint ensuite à la peine destinés à monter les bâtiments de guerre des galères , moins par humanité que par français à des époques un peu reculées. La intérêt , et parce que l'application de cette plupart des ouvrages qui contiennent les peine avait pour résultat d'augmenter les récits des combats et expéditions de la ma chiourmes qui armaient les galeres. rine française , antérieurement au règne de Cependant Louis XIV, ami de l'ordre, et Louis XIV, ne font aucune mention des me. surtout jaloux de connaitre en tout temps sures employées pour recruter et composer les ressources dont il pouvait disposer pour les équipages. Il paraîtrait que, de même armer ses escadres, établit , par les conseils que les capitaines furent long-temps char- de Colbert , un nouveau systèine de recrugés de l'achat et de la distribution des vivres tement : celui des clusses. à leurs matelots, ils eurent aussi la charge D'après ce système, les gens de mer fude lever ceux qui étaient nécessaires pour rent partagés en quatre parties ou classes composer leur équipage. Du moins cet usage dans les provinces maritimes du Ponant, à se inaintint jusqu'à une époque assez rappro- l'exception du Poitou et de la Saintonge , et chée de nous pour la marine de la Méditer- seulement en trois dans ces deux dernières ranée qui comptait beaucoup moins de et dans celles du Levant, c'est-à-dire de la vaisseaux que de galères , et par conséquent Méditerranée. Chacune de ces classes était exigeait plus de chiourmes de forçals ou alternativement réservée pour le service du d'esclaves turcs et maures , que d'équipages roi pendant une année ; les deux autres de matelots. A mesure que le nombre des classes devaient avoir une entière liberté de vaisseaux s'accrut dans notre marine du naviguer au commerce et de se livrer à leur Tomc 19.

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nière guerre.

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