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des arbres comme dans les anciennes Gaules, tous les autres se condamnent mutuelleou il a été construit sous un ciel découvert, ment, ou impliquent contradiction. On ne ainsi que les traductions bibliques nous le saurait admettre celui - ci, sans réprouver montrent sur la montagne de Moria dans la celui-là : que doit-on en conclure ? Que le Palestine. Plus tard, quand les religions se sentiment des principes conservateurs qui sont établies , quand, sous la main des intéressent la généralité du genre humain prêtres , leurs préceptes se sont rassemblés ne peut plus être sujet à controverse , puisen un corps de doctrine, les temples ont que tous les cultes y ont pris leur point de ajouté à la majesté du culte. De l'enceinte départ. Quels que soient les emblèmes dont étroite de quelques pieux, qui soutenaient il se voile, les symboles sous lesquels il se un toit de peaux de brebis, ils se sont cache , sur toute terre , ce sentiment a droit élancés dans les airs avec l'appui superbe au respect du sage. La pagode, la mosquée , de la colonne ionique ou corinthienne. Mais le temple et l'église répondant pareillement ce n'est pas l'appareil de ces constructions à ce qu'il y a de plus élevé dans le cæur qui a conduit au sacrifice; ce n'est pas le humain, de plus grand dans ses espéransacrifice lui-même qui a dit aux genoux de ces, de plus certain dans son avenir. En fléchir. S'il n'avait existé dans l'homme un désaccord sur de simples accessoires , tous germe d'adoration tout prèt à se divelopper, ces établissements déposent, jusque dans si le sentiment de notre faiblessé ne s'était leur bigarrure, de notre immortalité garanfait jour au milieu des phénomènes impo- tie par la justice d'un Dieu et la conscience sauls qui nous révélaient une puissance de l'homme. L'erreur est peut-elre partout sous la protection de laquelle il nous impor- dans les mots; peut être les signes mentent, tait de nous placer, nos regards se fussent en tant que représentation arbitraire et tournés vers le ciel, sans lui rien demander; variée de ce qui est un et simple de sa naBous eussions gemi sans en rien altendre. ture; mais, à coup sûr, la vérité est dans Soyons - en certains, boracle n'a pris la la chose, l'unité dans l'intention. L'homme parole que parce qu'il a été interrogé , et la se sent faible , et il craint; il prie et il espère Divinité n'est venue remplir le sanctuaire de d'un bout du monde à l'autre : c'est assez, sa présence que parce que dès auparavant il n'y a pas de raisonnement qui puisse in. les mortels l'avaient trouvée au fond de leur firmer les conséquences de celui-là. cæur.

Ainsi, dans les religions , il y aura touLa religion naturelle a donc précédé tou- jours deux parties distinctes : l'une, intes les autres. C'est sur celle-ci qu'elles se muable, intime et permanente, a sa vie en sont implantées. Avec une racine commune, nous. Elle tient à votre être, elle y a ses leurs rameaux se sont diversement ombra- attaches; l'esprit ne saurait se remplir sur gés. Ici leur fane a été triste et sombre; là lui-même sans la trouver. C'est un des leur verdure a été riante et amie de l'œil. besoins les plus positifs de notre nature : Cependant chacune a eu son caractère po- aussi demande-t-il partout des aliments qui sitif; toutes sont également attestées ; en lui soient propres. On peut l'exagérer par droite ligne, leurs preuves descendent du un faux zèle, l'égarer par la superstition, le ciel. Le disciple de Brama et celui de Maho. condamner au silence par l'ivresse des pas. met ont leurs livres sacrés, où cette origine sions; mais il ne meurt jamais. Pour le réveilse fonde d'une manière irrefragable. L'esprit ler, il suffit souvent d'un beau ciel qui vous des croyants s'est attaché à la démontrer éclaire, d'un orage qui vient gronder sur par tous les témoignages qui sont en posses. l'horizon, d'une voix douce de femme qui sion de la confiance des bommes, et il faut se fait entendre à la porte d'une chaumière , avouer que partout il y a assez bien réussi. asile de paix et d'innocence , ou de l'aspect Il serait, en effet, aussi difficile d'en révo- imprévu d'un enfant que la Providence jelte quer en doute les articles fondamentaux que entre le crime et celui qui le médite. Comde nier l'existence de César ou de Napoléon; bien de fois le son de la cloche funebre qui car la vie de ces illustres capitaines n'est pas accompagne le villageois à son dernier asile mieux établie dans l'histoire , que le culte après une vie de peines, combien de fois de Visnou et celui du prophète de la Mecque un coucher de soleil et une journée d'aune le sont dans la pensée de l'Indien des tomne qui reflètent à nos cotés leurs teintes bords du Gange et de l'Arabe du désert. de mélancolie, au milieu des folles dissipa. Cependant ces codes religieux et presque tions du monde, n'ont ils pas escité un

trouble ineffable dans notre sein! Alors, quel Moïse rendit abominables ces sortes on peut le dire, Dieu parle à notre âme; il de réunions. Dès qu'il trouve des joies se rend présent à nous , et il nous rappelle, ailleurs que sous les tentes d'Israel, il a avec plus ou moins de succès , à nos devoirs effacé son nom du livre qui contient les oubliés et à notre destination méconnue. noins des enfants de Jacob. Ainsi en sera-t-il C'est dans ces sortes d'avis , plus multipliés des autres cultes. Nous ne nous plaindrons pendant une carrière d'homme qu'on ne le pas d'une condescendance qui, sans mettre suppose ordinairement, que nous discer en péril les vérités essentielles au bonheur nons le sentiment religieux.

de l'homme, parce qu'elles sont le gage de Le culte est la forme que revêt ce senti- son avenir , aura enlevé à la doctrine reliment, ou plutôl celle qu'il reçoit des acci- gieuse des peuples des aspérités trop redeuts divers du climat, de l'influence des poussantes; nous ne nous aflligerons pas de sites sur les caractères, des luttes que les ce que, dans tels cantons de l'Allemagne et · peuples ont eu à soutenir avec eux-mêmes de la France, le pasteur protestant et le ou contre des voisins avant de parvenir à la curé catholique, à des heures différentes , civilisation, enfin de la portée de certaines appellent dans le même temple leurs fidèles esprits supérieurs, qui, se saisissant de la à la prière. C'est un progrès du temps, dont société dans l'état où elle se trouvait, lui nous rendrons graces au ciel ; mais nous diont imprimé un cachet d'autant plus dura- rons aussi que ce pasteur et ce curé, que ble, que c'est à l'autel même qu'ils en ont les coreligionnaires de l'un et les ouailles demandé l'empreinte.

de l'autre ne tiennent que légèrement aux Telles sont, en partie, les causes de la croyances dogmatiques, qui, trois siècles diversité des systèmes religieux qui ont plus tôt, eussent rendu ce rapprochement donné une physionomie particulière aux impossible. Ceci nous met sur la trace d'une grandes divisions de la famille humaine. lettre adressée au duc de Savoie par saint

Faudra-t-il s'étouner que, variés dans François de Sales y lettre dans laquelle l'éleurs injonctions, dissidents autant qu'ab. vêque de Genève se plaignait amèrement solus dans leurs dogmes secondaires , quoi. de ce que la cloche qui avertissait ses dioque réunis par les dogmes principaux sur césains de l'heure des saints offices , servait lesquels s'appuie toute religion, les cultes également à annoncer celle du prêche. « Le aient été généralement exclusifs et domina- même, son ajoutait-il énergiquement, ne teurs ? Non, puisque, si les dogmes fonda: doit pas rallier les enfants de Bélial et ceux mentaux appartiennent au sentiment reli- du Christ. » Pour son temps, M. de Sales gieux, qui est le même d'un bout de avait raison ; peut-être aujourd'huit parlel'univers à l'autre, les dogmes secondaires rait-il un autre langage, qui encore, suivant ne sont, pour ainsi dire , que les signes au nous, décèlerait un relâchement dans les nom desquels certaines fractions de la so croyances secondaires (1). ciété humaine et certains chefs de ces frac Toute religion, au surplus, doit avoir tions ont prétendu à des prérogatives, en pour objet principal de prendre sous sa sauvecommunauté desquelles ils nc recevront ja- garde , même dans l'ordre temporel , ce qui mais que des adeptes soumis à leur pou- importe le plus au bonheur des peuples ; voir.

nous voulons dire les principes de justice, de Le cercle de la religion est grand; celui pitié envers le malheur , de respect aux lois , des cultes est étroit. Leur insociabilité tient d'attachement à la famille , d'activité dans le à la foi même qui les anime. Dès qu'ils vi- travail , sans en exclure les joies innocentes vent en parfaite harmonie, dès qu'ils se du repos dont une nature bien ordonnée nous tendent la main l'un à l'autre, le cercle de impose l'obligation. Dieu qui, par un admila religion peut s'élargir , mais bien certai- rable calcul, a fait dériver toute vertu de nement celui des cultes s'efface. Ceci ne nos rapports sociaux, a voulu la vie des peut arriver, sans qu'ils s'éloignent de la nations , comme celle de l'homme, comme pensée qui les créa. En toute exactitude, celle de chaque être animé pris isolément. ils s'en détachent, ils ne sont plus ce que le Les sociétés périssent peu par des calamités fondateur avait voulu qu'ils fussent. Un juif tolérant, se mélant à l'étranger, circulant

(1) Celle lettre appartient en original à M. de dans les fêtes et dans les riches hôtels des Villenave. Le portefeuille de ce savant distingue capitales de l'Europe, n'est plus le juif au est riche en autographes non moins remarquables.

physiques issues d'une perturbation élémen- rait facile de démontrer par des faits qui, dc taire; elles succombent presque toutes par tous les arguments , sont les plus solides, des causes morales qui, s'attaquant aux per- qu'en morale même il y a eu des progrès , sonnes , détournent leurs efforts d'un but de soit qu'on applique celle-ci aux masses, soit conservation et flétrissent dans sa fleur la fé. que l'on se borne à remarquer son action licité du toit domestique. Tout ce qui peut dans la vie privée. Une extension notable de éterniser cette vie d'ensemble par le respect l'existence relative a ajouté à la dignité de des droits individuels , tout ce qui peut la l'homme; estimé au dehors, compté pour rendre et plus supportable et plus douce, quelque chose par le suffrage qu'il apporte est donc du domaine d'une religion éclairée. aux affaires de son pays, ses foyers lui sont Certes , cette dernière aura toujours des devenus plus chers. A des êtres sans impordouleurs à consoler , des plaies à guérir; elle tance, il fallait des dissipations; à des cidoit aux ames tendres une nourriture qui toyens occupés, il faut le bonheur que leur soit appropriée; si elle ne sèche des donne la famille. Cette amélioration est senJarmes vertueuses , il lui appartient de faire sible; elle frappe tous les bons esprits ; le entrevoir aux yeux qui les versent des jours christianisme a le droit d'en réclamer sa part, où les distributions scront réglées sur les poisque son influence a été loin d'y être mérites. Mais ce n'est pas assez pour elle : étrangère. Par l'égalité devant Dieu , qu'il a quelque beau que soit son ministère , quand, été le premier à professer au pied des autels, prenant l'affligé par la main , elle semble il nous a conduits à l'égalité devani la loi si d'avance l'introduire dans un monde meil- difficile à obtenir. Pourquoi refuserait-il de leur, il n'est pas moins digne d'elle de mettre s'associer aujourd'hui à ce beau mouvement un terme au désordre par lequel la destinée auquel il a donné la branle ? Pourquoi sa de milliers de créatures innocentes , dès leur main essayerait-elle de fermer les portes du berceau , se trouve compromise. Le privilège saint édifice dont il a posé les fondemenls , a régné assez long-temps sur la terre; assez et dans l'enceinte duquel toutes les nations long-temps il y a eu des heureux et des mal- de la terre incessamment chercheront un heureux, désignés pour tels , par le seul fait asile ? Ce serait se rendre infidèle à la parole de leur naissance ; l'espèce humaine, presque qui lui a promis l'empire du monde. Il y aupartout abaissée au - dessous du titre dont rait même ici un contre-sens palpable. l'Éternel , dans chacun de nous, a marqué A notre vif regret, nous sommes toutefois son ouvrage, demandait à se réfugier dans forcés de reconnaitre que le clergé catholique le droit commun. Le cri de sa douleur a été de l'Europe, dans sa tendance actuelle, s'éécouté ; il serait impie de s'opposer au grand loigne de la ligne tracée par le livre de sa mouvement social qui se manifeste de toutes loi. La responsabilité à laquelle il s'expose parts , et dont nous sommes redevables aux sera d'autant plus grande devant Dieu et efforts combinés des plus célèbres génies dans ) histoire , qu'adapté à tous les temps , doni la présence ait réjoui la terre. C'est par venu même en son temps propre, le chriseux que , d'intervalle en intervalle, de siè- tianisme bien compris nous semble plus parcle en siècle, nous avons appris que le ciel ticulièrement applicable à l'ère présente. S'il ne nous avait pas délaissés. En effet, l'idée ne l'a puissamment hatée, au moins il n'y qu'il nous est permis de nous former de sera jamais un anachronisme. Sa haute phia l'Être suprême nous ordonne de croire à une sophie avait déjà laissé loin derrière elle bonté providentielle sans cesse agissante.Si, toutes les autres philosophies. Avant son dans le repos des sociétés elle ne sommeille établissement, les touchantes communicapas, elle marche également au milieu des tions qui lient l'homme à son Créateur, troubles civils, quand les nations trouvent étaient presque ignorées. Les dieux des anen elles-mêmes assez d'énergie pour survivre ciens participaient trop de notre nature pour à ces orages. Ici nous ne saurions nous dis- être les objets d'un respect soutenu. En s'inpenser d'adorer une sage direction de causes clinant, les fronts avaient à rougir pour eux secondes qui , se bornant à mûrir la raison devant l'autel. De là, les chefs d'école senpublique, laisse à l'homme et son libre ar tirent la nécessité de fonder, en dehors du bitre et le mérite d'avoir préparé ses propres culte même , des principes de morale propres destins. Un examen impartial des anciens à régler leur conduite et celle de leurs disjours et de ceux où nous sommes apprendrait ciples. Privée de son point d'appui nécesà chacun quel a été l'espace parcouru. Il se. saire , leur doctrine fut chancelante. Dans Tome 19.

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l'obscurité dont le ciel se couvrit à leurs yeux, mépris qu'il en montre n'atténue-t-il pas ils suivirent des routes diverses, et presque ce mérite ? Le sentiment d'indifférence quil toutes erronées. Cenx-là sculs qui , interro- affecte à cet égard n'est-il pas exagéré, et, geant leur conscience, recoururent à la loi par cela même , atteint de froidure? L'oubli naturelle, religion toujours vivante, grâces du mal plıysique, peut-être celui d'un trai. à ce guide, échappèrent à des chutes hon- tement barbare, s'y trouvent; mais je ne teuses. Encore s'en trouva-t-il dans le nom. vois pas trop à qui on en offre le sacrifice, bre qui tirèrent des conséquences ontrées de ni ce qu'on en altend. Cependant, comme leurs notions primordiales , comme le firent nous l'avons déjà remarqué ailleurs, l'homme les Stoiciens , ou qui, à l'exemple des Plato- ne donne rien pour rien ; tout au plus, il viciens, voulurent doter leur ouvrage d'une s'ajourne. Ceci me rappelle qu'Épictète n'esperfection dont les établissements des hom- timait pas médiocrement la philosophie de mes ne sont point susceptibles ; car il est à Pyrrhon, et qu'à l'exemple de ce sceptique remarquer que, depuis Socrate, la morale il aurait bien pu apprendre a douter de tout, s'altéra en passant par la bonche de ses suc- et jusque de la douleur. cesseurs. Ce sage fut à son siècle ce que Jé Celse, très-peu chrétien, ainsi que persus-Christ fut à la philosophie ancienne. Tou sonne ne l'ignore , ue craignait pas d'élever jours en deçà ou en delà , les autres boule- ce trait au-dessus de tous ceux qui signalent versèrent les idées reçues , plougèrent les la vie de Jésus. C'est un sentiment auquel esprits vans un doute désespérant après les il serait difficile de se rendre. J'aime que avoir nourris d'illusions , et ouvrirent les l'homme sache ici bas ce que c'est que le mal

, portes au scepticisme qui, de toutes les ab- puisqu'il y est sujet par sa nature ; j'aime surdités du temps, fut, sans contredit, la qu'il le supporle avec courage , et qu'il n'en moins déraisonnable.

soit point aballu , mais qu'il en sente aussi la Telle était, il y a dix-huit siècles, la si- poignanle étreinte. S'il ne souffre, il n'est tuation de la partie la plus éclairée du genre pas de mon espèce; dès-lors, je ne le rehumain , sous le rapport des principes reli- connais plus. Impassible, il m'humilie tout gieux. On peut juger de leur pauvreté par la autant que , dolent et plaintif, il me fatigue, nature des infuences contre lesquelles l'on sans m'inspirer un intérêt durable. Le fonavait eu à se prémunir. Quand le ciel même dateur du christianisme a tout ce qu'il faut semble conspirer contre la morale , à quoi pour que, dans ses peines , je sympathise se rattachera - t-elle ? et à quel protecteur avec lui; il confesse que son ame est iriste, aura-t-elle recours, qui ne lui laisse craindre mais il la possède en paix ; il påtit, mais de périr un peu plus tôt un peu plus tard sans reculer devant l'accomplissement de sa dans un commun naufrage ? Le christianisme mission. Je remarque même qu'aucun des vint mettre chaque chose à sa place; il affer- sentiments tendres ou sublimes qui lui mitles bornes qui séparent le vice et la vertu; étaient familiers ne l'abondonnent. J'ouvre à bien dire, il les planta. Avant lui , le par- au hasard le mémorial de sa courte carrière, don des injures n'était que le mépris de celui tracé de la main de ses disciples (conformité qui nous attaque , la patience dans le mal. honorable pour Socrate qui n'avait rien heur un hommage rendu à la nécessité, l'a- écrit non plus), et j'y vois que celui qui se mour de la patrie un égoïsme concentré dans laissait approcher avec plaisir des enfants , l'enceinte de quelques murailles , et la pu- qui rappelait sans aigreur les courtisabes à deur n'offrait elle-même qu'un aliment de la vertu, qui consolait les affligés , et qui l'amour, ou un sacrifice fait à l'opinion pu- frappait d'une sentence de réprobation les blique.

oppresseurs et les hypocrites, du haut de Écoutez Épictète ; il dira, en souriant, l'arbre ensanglanté et du sein de la douleur. au maitre qui le torture depuis une beure : ne prononce pour loute plainte cootre sei « Je vous avais bien prévenu qu'en continuant bourreaux que ces seules paroles : « O mos ainsi vous me casseriez la jambe. » A l'ouïe père , pardonnez-leur , car ils ne savent ce de ce trait d'impassibilité , ne croiriez-vous qu'ils font ! » Celse est jugé. Qui ne voit pas entendre parler d'un vil meuble placé pålir ici la philosophie d'Épictėte? Quine par le hasard entre les mains d'up furieux serait tenté de croire que l'on y prend un qui le brise? Je ne nie pas qu'il n'y ait de la rôle , tandis que l'Évangile nous montre force d'ame dans l'abnégation que l'esclave l'Être divin dans toute son élévation, et ne d'Épaphrodite fait de son corps ; mais le lui dérobe aucun des caractères de cette

humanité à laquelle il a voulu appartenir ? renverse rien de ce qui constitue ici-bas le

Le fondateur du christianisme a été accusé bonheur des familles ; qu'il n'est venu briser d'avoir combattu les tendres affections qui aucun des liens dans lesquels notre nature font le charme de notre existence; au moins se plait à s'enlacer. Ainsi cherchez un sens s'est-on autorisé de ses préceptes pour leur qui n'exclue aucune des émotions sous lesdéclarer la guerre. C'est qu'on a eu le mal- quelles les cæurs vertueux palpitent avec heur de ne le pas comprendre. Presque tous délices, dans ces passages trop mal explises commentateurs, en se bornant à saisir qués par la foule des écrivains ascétiques : la lettre de ses discours, en ont méconnu Je suis venu apporter le glaive et le feu l'esprit. Au reste , si par la doctrine on juge o sur la terre; je suis venu séparer l'époux quelquefois des actes, il est bien plus ra » et l'épouse , les pères et les enfants. Celui tionnel de chercher dans les actes le secret qui aime son ame la perdra. » Rendues à de la doctrine, Or, le fils de Marie , loin de leur nécessaire interprétation, ces paroles , rider son front à l'aspect des plaisirs dé- et quelques autres que nous nous abstiencents, accepte les repas des publicains; il y drons de citer , sont évidemment applicafait le premier essai de son pouvoir sur la biles aux seules passions dont le propre est nature pour prolonger la joie des convives ; de troubler l'existence, et de la détacher plusieurs femmes s'attachent à ses pas; il d'une perspective qu'au milieu de ses joies permet à l'une d'elles de répaudre des par- les plus innocentes l'homme ne doit pas perfums et des pleurs d'attendrissement sur ses dre de vue. pieds. Dans cette affection expansive, il Les religions ont eu loutes une destinée trouve des motifs d'indulgeuce pour des bien singulière! Envisagées dès leur berfautes nombreuses. Placé dans une telle po- ceau, elles ne respirent que justice, conșition qu'aucune créature ne puisse s'élever corde, commisération et philanthropie. Dans jusqu'à lui, et qu'il ne puisse descendre jus- l'intérêt bien entendu de la vie présente , qu'aux filles d'Adam, il ne laisse pas de leurs forces, par une direction qui leur est rendre hommage à la plus douce et à la généralement commune, sont employees in moins impétueuse des passions bumaines , fonder la vie future. Deux grands principes en se choisissant un ami, et en laissant le les dominent plus ou moins : Dieu et notre disciple bien-aimé reposer sur son sein avec immortalité. Cependant quelques siècles un tendre abandon. Sa vie n'est qu'une vie quelques années se sont à peine écoulés que d'amour que son cæur chaud et sensible ter- la doctrine des mystères et des signes étoufle mine par un trait d'amour. A l'heure solen- les vérités les plus essentielles. Voyez le nelle où le sacrifice prédit va se consummer, christianisme : à combien de controverses au milieu des intérêts immenses qui pèsent oiseuses et même funestes n'a-t-il pas donné sur la tête de l'homme de douleur , il se lieu ! Les dogmes qui lui sont propres d'une souvient de ce qui va rester derrière lui. manière exclusive occupent très-peu de place Sachant quel vide creuse chez une mère la dans l'Évangile , comparativement aux perte d'un fils, chez un ami celle de son belles notions de l'existence de Dieu et de umi, il donne à Marie un enfant adoptif, la vie future qui en sont les pierres angucomme pour tromper la nature; à Jean une laires. A chaque page, il y est parlé du Père mére,

, pour qu'ils puissent le pleurer et se céleste , et de la charité qui doit unir la consoler ensemble. Ainsi, dans tous les deux grande famille, dont nous sommes ici-bas se faisant substituer par un autre lui-même, les membres épars ; partout la voix de l'aveil semble laisser tomber encore un regard nir y retentit pour consoler l'homme de de tendresse sur une terre prête à s'effacer bien , et pour imprimer une terreur salusous ses pas. Les dernières paroles qui taire à l'ame du méchant. Lisez le discours échappent à ses lèvres ont pour objet la ré- de la Montagne , c'est une charte tout endaction de ce contrat d'échange , digne tes- tière proclamée au profit du malbeur et des tament de celui qui ne parut parmi les en vertus obscures ; c'est bien là aussi ce qui fants des hommes que pour leur apprendre devrait être sans cesse présent à la pensée à se supporter et à se chérir !

des successeurs des apolres, s'ils avaient Accordez à ces observations le poids voulu marchier sur les traces du mailre ; qu'elles méritent, entrez dans l'esprit d'une mais au lieu de rassembler ,

la telle carrière de législateur , et vous verrez, pratique que par la foi, les matériaux de par l'autorité des actes , que le précepte ne l'Église universelle, on a vu l'Église du

autant par

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