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hommes d'alors; mais le souvenir de leur en multipliant les despotes; de la démocraexistence s'est conservé par tradition dans tie , qui à force d'admettre des gouvernants, les dragons chinois, japonais , siamois , ou n'est plus un gouvernement; et la république même de la Grèce , tels peut-être que l'hy- vint consoler le genre humain. dre de Lerne. Quant au dragon des Hespé C'est un mélange des trois formes de rides et celui de la Toison-d'or qui vomis- gouvernement simple. Cette forme mixte saient des flammes, nous avons autrefois est la seule à qui les anciens donnèrent le tenté de prouver qu'on y pouvait reconnaître nom de république. Platon refuse ce titre l'allégorie de ces volcans , dont les ravages à la démocratie même pour l'accorder au furent si considérables autour du berceau de gouvernement mixte de Crète et de Lacél'espèce bumaine, quand les feux et les va démone. gues semblaient lutter pour donner à la sur Autant les gouvernements simples qui face de la terre les formes sous lesquelles on constituent les éléments de la république la voit demeurer à peu près consolidée. peuvent éprouver de combinaisons entre

Entre les reptiles actuellement vivants, eux, autant les gouvernements mixtes peunous avons , dans les volumes précédents du vent revêtir de formes. Autant de sortes présent ouvrage, choisi , pour donner une d'influences un de ces éléments simples peut idée particulière des mœurs de la classe en exercer sur les autres, autant les gouvernctière , quelques genres remarquables, tels ments mixtes peuvent éprouver de modifique les caméléons, les crapauds, les croco- caiions; et l'on peut, toujours parvenir à diles , les dragons, etc. Nous devons ajou- un point où ils sont complétement redeveter que les grenouilles , très-voisines des nus un gouvernement simple. La république salamandres dans l'ordre naturel , que les de Gênes n'était qu'une démocratie; celle serpents qui ne sont guère que des lézards de Venise, une aristocratie; celle de France, sans pattes, que ces lézards, si communs la démocratie de Robespierre, l'aristocratie sur nos vieux murs , et que nous regardons du consulat, la monarchie de l'empire. comme si rapprochés des serpents; enfin, Dans toute république, le sonverain (pou. que les tortues , en apparence si différentes voir législatif) est séparé du prince (pouvoir de tous les autres animaux par la maison exécutif); aussi n'y saurait-on apercevoir portative que leur donne la nature , sont de despotisme. Quelquefois le prince exerce des reptiles tout aussi bien que les dragons, sur le souverain une si grande influence, les caméléons et les crocodiles; et nous ren- que sa volonté est toujours revêtue du titre verrons pour leur histoire aux traités spé- de loi , et alors on n'y peut trouver de liciaux, dont il suffit de citer quelques-uns, berté. Ainsi un gouvernement n'est pas lisavoir : Les diverses éditions du Systema béral parce qu'il est républicain, mais parce naturce, de Linnée ; le Règne animal de que les éléments qui le composent sont com. M. Cuvier; l'Histoire des quadrupèdes ovi- binés de manière à ce qu'aucun ne prédopares et serpents , par Lacépède'; l'Ency- mine. Sa bonté ne résulte pas de la plura. clopédie méthodique , par Bonnatterre ; lité des principes qui le constituent, mais Dandrie, dans le Buffon de Sonnini; Séba, de leur sage pondération qui seule peut Merrem, Brongniart , Oppel ; notre Ré- établir l'équilibre, l'ordre et l'harmonie. sumé d'Erpétologie, chez Roret , etc. Chacun des corps du souverain devrait Bony de St.-VINCENT. avoir une puissance égale , afiu

que

chacun RÉPUBLIQUE. (Politique.) Les hommes des corps de la société fút également prose sont tour à tour lassés de ces gouverne. tégé. Là seulement est la stabilité, le bonments simples connus sous le nom de mo heur et la liberté. Cet équilibre parfait est narchie , d'aristocratie , de démocratie : rare : on le trouve à peine à la naissance des leur tendance perpétuelle et leur grande institutions. L'élément le plus hardi devient facilité à se changer en despotisme, en oli- bientôt usurpateur ; il accroit son autorité garchie, en ochlocratie , en a fait dans tout de toute celle qu'il enlève aux autres; et l'univers le plus terrible fléau du genre plus il prédomine, plus la forme mixte se humain. On chercha long-temps une forme rapproche de la forme simple où ce principe de souveraineté qui pût mettre les peuples possède seul le pouvoir. Ainsi le prince , le à l'abri de la monarchie, dont le pouvoir sénat et le peuple, ont toujours à Rome n'a pour guide qu'une arbitraire volonté; composé le souverain. Cependant chacun de l'aristocratie qui augmente le despotisme de ces corps ayant été prédominant à son Tome 19.

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tour, cette république était monarchique stamment confondu en un seul être physique sous les rois et sous les premiers consuls appelé monarque , et il est impossible de qui avaient hérité de toute la puissance séparer l'individu des droits qu'il possède. royale ; elle devint aristocratique lorsque Quelques publicistes pensent que l'assemle sénat se fut arrogé la plupart des préro- blée démocratique est supérieure aus augatives du consulat ; démocratique enfin, tres : ils se fondent sur la souveraineté du lorsque le peuple eut créé des tribuns et peuple , et s'appuient sur les sentences enlevé aux patriciens le droit de jugement. rendues contre les rois de Sparte , sur les De même à Venise : démocratie avant la jugements du peuple romain cassant les clôture du conseil, monarchie sous les pri- arrêts du sénat, sur la puissance des triviléges du dogat, aristocratie quand le sé. buns , le pouvoir des dićtines de Pologne, nat gouverne le peuple, oligarchie quand des états particuliers des diverses provinces le conseil gouverne le sénat , despotisme de l'Union américaine , enfin sur les viosous le conseil des dix , tyrannie sous les lences des réunions populaires des répuinquisiteurs d’état.

bliques d'Italie. Écartons ce qui crée le Le souverain se compose de la réunion droit par le fait : que reste-t-il? La souvedes éléments qui constituent les gouverne- raineté du peuple. Mais si celle souveraiments simples ( le peuple, l'aristocratie , le neté résidait constamment dans le peuple, monarque): il peut donc admeitre deux ou après qu'il en a partagé l'esercice, l'assemtrois principes. Lorsque chaque corps de blée démocratique pourrait modifier ou dél'État forme un des corps du souverain, truire chaque jour le système social, et tous pouvant également défendre leurs in- toule forme du gouvernement deviendrait térêts , les classes de la société sont toutes impossible. Il est des écrivains qui vont plus également protégées.

loin encore, et qui, portant dans le gourer Les membres du pouvoir législatif ne sont ment représentatif ce principe du gouverrien par eux-mêmes : leur volonté seule est nement démocratique qui ne convient pas le souverain ; le souverain , c'est la loi. même au gouvernement républicain, parComme la loi est l'expression de la volonté tent des arrêts des assemblées parlemendes divers corps qui composent le législa- taires contre Charles Jer, Jacques II et teur , pour que la loi soit uue , il faut que Louis XVI, et donnent aux députés du ces volontés diverses soient unanimes. De peuple autant de droits qu'ils en attribuent cette unanimité résulte l'unité de la loi , ou au peuple même; effroyable monstruosité pour micux dire la loi mêmc.

politique qui livrerait le monarque, le sénat Acte du souverain tout entier, la loi est héréditaire ou inamovible, même les minosupérieure à chacun des corps du souverain. rités de la chambre élective, au caprice, à Si l'un d'eux lui refusait sa part d'obéis- la haine, à l'ambition d'une majorité! C'est sance , il ne pourrait en exiger sa part de par là que ces rois, la chan.bre des pairs protection. Les lois ne peuvent être la sauve- d'Angleterre , les Girondins ont péri. Le garde de ceux qui les violent.

crime peut devenir plus odieux encore ; Tous les corps qui composent le souve cette majorité qu'on prend pour le peuple , rain sont égaux; car la volonté de chacun s'attribue le pouvoir constituant; elle livre est également nécessaire. Ils sont également l'Angleterre à Cromwell , la France à Roindépendants, car ils ont une égale liberté bespierre , elle inaugure Bonaparte, elle de volonté. Ils sont également inviolables, couronne Napoléon , elle proscrit l'empecar du moment où une responsabilité quel- reur, elle donne le sceptre à son fils, elle le conque peserait sur un des éléments légis- transporte aux Bourbons, le Jeur enlève et latifs , la république cesserait d'exister. Je leur rend encore. Guidée par des espé

L'égalité , l'indépendance , l'inviolabilité rances coupables ou une honteuse lâcheté, sont les prérogatives des corps sculs. Les elle met l'empire à l'encan, livre les nations personnes qui les composent ne sont rien au joug qu'elles rejettent , aux discordes par elles mêmes, et les membres séparés des qu'elles redoutent, et les traine du despoassemblées démocratiques ou aristocratiques tisme à l'anarchie ne peuvent invoquer ces grands privilégés. Il est aussi des publicistes qui croient : Ils sont inhérents, il est vrai, à la personne la supériorité du corps aristocratique : ils du monarque; cet être moral , désigné sous n'oublient ni ces arrêts du sénat proscrirant le titre d'élément monarchique, est con- les empereurs, ni la diète de Pologne pros*

crivant les rois, ni le sénat de Carthage raissait devant une heureurse fiction. On a proscrivant Annibal, ni ces doges assassi- séparé le prince des ministres , et créé la nés par les sénateurs vénitiens , ni les po- responsabilité ( voyez ce mot). De ce mo

lestats massacrés par la noblesse. Les faits ment , le monarque, toujours inviolable, sont exacts. Que font-ils au sophisme ? Ils devient, dans la personne de ses agents , établissent le droit par le fait; méthode fa- passible des peines que la loi prononce; de cile

pour établir tout ce qu'on veut. Qui ne ce moment, la loi règne, et règne seule. voit qu'ici la supériorité appartient à la

La liberté n'a rien à craindre des autres force ? Le poignard des soldats du prétoire, corps du souverain, lorsque leur égalité est la flèche des Strelitz, le cimeterre des janis. constitutionnellement reconnue. Ils ne peu. saires, le couteau de Ravaillac, le poison vent être perpétuellement assemblés : leur des jésuites , accomplirent aussi de grandes permanence les porterait à usurper les droits destinées. Irat-on du fait au droit, pour du gouvernement, après avoir rempli les légitimer la supériorité du glaive ou du devoirs de la souveraineté. La puissance poison ?

législative et le pouvoir exécutif tombeIl en est enfin qui établissent la préémi- raient alors dans les mêmes mains, et le nence du corps monarchique. Le souverain, despotisme serait établi. Véritables citoyens, disent-ils, n'est que momentanément assem.

souverains et sujets tour à tour, ce qu'ils blé; le monarque est constamment revêtu font pour autrui, il le font pour eux-mêmes : du même pouvoir. Sopbisme absurde , puis soit que la loi émane de tous pour s'applique le monarque prend , quitte et reprend quer à tous, soit qu'elle parte de la majo. sa puissance législative au même instant que rité pour s'appliquer à la minorité, l'intéles autres corps du souverain. S'il règne rêt publique est toujours , la garantie de sans cesse, c'est en qualité de prince in- l'intérêt individuel. Si, comme législateurs, vesti du pouvoir exécutif : car si l'on n'a ils proclamaient des lois injustes, comme pas toujours besoin de lois nouvelles , il citoyens , ils seraient contraints de pâtir de faut

que les lois existantes soient toujours leur propre injustice. Nul ne faillit jusqueexécutées. Tous les priviléges de la monar là : on n'aggrave pas un joug qu'on doit chie dans les républiques , droit de paix, porter soi-même. de guerre, de grâce, de réunir, de proro

Les droits de chacune des assemblées ger, de dissoudre les assemblées , lui sont politiques, le mode et l'époque de sa conoctroyés par la constitution, et forment, vocation, la durée de ses séances, la maainsi que nous l'avons déjà vu, les préroga. nière de proposer , de discuter , de voter la tives de la royauté.

loi; les prérogatives des corps, les priviléTous les corps qui concourent à la puissance ges des membres , sont réglés par la consti. législative , sont donc égaux entre eux : tution. De là dérive le degré de liberté ou reiue des rois, la loi est l'unique souveraine de servitude ; de la viennent ces différentes des républiques. Ainsi le peuple n'a rien à formes de république, qui peuvent aller craindre de ces lois qui assujettissent ceux d'une démocratie presque complète, comme qui les font , et les membres du souverain

États-Unis, à une aristocratie compacte, n'ont rien à redouter d'un peuple dont ils comme à Berne. partagent l'obéissance.

Le bonheur des républiques sagement Ici s'offre une difficulté nouvelle. Le mo. pondérées est la suite nécessaire de cette narque, comme corps du souverain , est su. forme de gouvernement : toutes les lois exi. jet à la loi à laquelle il participe ; mais il geant l'assentiment de tous, aucune loi ne n'a point de supérieur légitime dans l'État, peut préjudicier à aucun. Les corps n'ont et nul ne peut lui demander compte de son rien à redouter les uns des autres; ils se obéissance. Le monarque , comme prince protégent avec une puissance égale, je veux ou pouvoir exécutif, est sujet du souverain; dire leur propre volonté, qu'aucune autre il lui est inférieur, subordonné. Mais tous volonté n'a le droit d'asservir. Si l'un d'eux ces attributs, réunis dans le même être ne peut améliorer sa position , parce qu'il a physique, sont inséparables , et la monar- besoin de la volonté des autres , cette posichie est ainsi bors de toute juridiction, hors tion ne peut empirer , parce quc, pour la de tout controle. Par là les gouvernés n'au- rendre pire, on a besoin de sa propre voraieut aucune sauvegarde contre le gouver- lonté. nement, si celte funeste réalité ne dispa Le grand vice des gouvernements simples

aux

est le besoin d'accaparer au profit du pou- blir l'équilibre. Lorsque Tarquiu augmenta voir les prérogatives qui restent à la liberté. les prérogatives de la monarchie , il fallut la Ce vice , moins intense et moins dangereux, révolte provoquée par le meurtre de Luse retrouve aussi dans les républiques : le mo. crèce , pour que le poids de la royauté fût narque y tend sans cesse à usurper toutes plus léger dans la balance. Les consuls étaient les volontés et toutes les forces; l'aristocra- des rois sous un autre nom : le sénat leur entie , paisible et n'opposant qu'une force leva la plupart de leurs priviléges. Le sénat d'inertie , oblige par son inaction même les à son tour voulut hériter des immunités de autres pouvoirs à accroitre ses priviléges et la monarchie : il fallut des tribuns, des réses richesses; la démocratie accorde au gou. bellions et du sang pour conserver les libervernement le moins possible, afin qu'il soit tés populaires. Plus tard, dans des jours de obligé de faire beaucoup avec peu. Restrein- gloire et de corruption, Marius assujettit le dre le pouvoir, n'est-ce pas accroitre la sénat au peuple; Sylla , le peuple au sénat; liberté ?

Octave, le sénat et le peuple au despotisme. Au premier aspect, cette divergence sem. Mais où était alors la république? La force ble contraire à toul concert; et cependant ct la ruse dictaient la loi, et l'obéissance l'harmonie résulte de cette opposition. n'était plus d'obligation, mais de nécessité. Comme chacun veut gagner , et que nul La liberté dérive du droit de tous les corps ne veut perdre ; comme, pour que l'un ne

de l'État d'assister au souverain , et d'y détrouve point de profit , il suffit que les au- fendre leurs immunités avec une puissance tres de veuillent point endurer de dom- égale. Otez ce droit à l'un, il n'a plus le mage, les intérêts de chaque corps se cho- pouvoir nécessaire à sa défense, il n'est plus quent et se détruisent pour faire place à membre du souverain ; il est sujet. L'oppol'intérêt général. La constitution demeure sition seule peut maintenir l'harmonie. La stable et ferme, non parce qu'on la respecte, balance est en équilibre, parce que chaque mais parce qu'on la tire en sens opposé avec corps est placé dans chaque bassin avec un des forces égales. Pour que ces volontés di- poids égal. Diminuez l'un , le levier penche verses puissent devenir lois de l'État, il du coté opposé ; enlevez celui-ci, celui-là faut qu'elles perdent ce qu'elles ont de con emporte toute la puissance. traire, et qu'elles s'identifient pour faire Ainsi que nous l'avons dit, la volonté place à une volonté unanime. Or, comment particulière de chacun des corps du snuvepeuvent-elles coïncider ? Ne faut-il pas que . rain a pour but d'affecter les droits du souchaque volonté particulière renonce à ce verain tout entier, et de changer la forme qu'elle a d'exclusif pour prendre un but du gouvernement. Si les divers corps ne utile à l'État tout entier ?

mettent en œuvre que leur puissance moLe grand objet des républiques est de rale, leur lutte ne peut être nuisible ; ct contraindre la volonté de chaque corps du les forces étant égales de tout côté, elle doit souverain à se détruire elle-même pour se toujours être infructueuse. Si le corps agres. confondre dans une volonté nationale. Il seur s'appuie sur une force physique quelfaut pour cela qu'elles se trouvent balan- conque, la légitimité cesse , l'usurpation cées par une volonté égale et contraire , et

et la république disparait. que la puissance ne puisse naitre que de ces En général, l'élément monarchique chargé volontés opposées, fondues dans une volonté du pouvoir exécutif, et dont les fonctions unanime. Par cette heureuse combinaison sont permanentes , tend avec plus de perdu pouvoir, la loi ne peut avoir d'objet que sévérance vers l'usurpation. Sa volonte une, le bien public ; par elle, l'harmonie des corps secrète et constante ; la possibilité d'intimidu souverain résulte de leur opposition , et der, d'acheter , de corrompre, semblent lui leur paix continue de leur guerre perpé- promettre quelque succès. Sa force n'étant tuelle.

jamais supérieure à celle du peuple, TartiSi l'un des corps du souverain détruit à fice et la corruption sont ses armes favorison profit ce balancement du pouvoir , la tes : armes lentes , il est vrai, mais puisrépublique est menacée, la paix troublée et santes par leur lenteur même , lorsqu'elles l'ordre détruit. Quand les décemvirs usur sont maniées avec cette dissimulation qu'on pèrent une partie de la puissance du peuple appelle prudence. Toutefois cette tendance et de celle du sénat, il fallut la révolte sus- n'est pas sans péril : elle fit chasser , dans citée par le meurtre de Virginie pour réta- l'intervalle d'un siècle, tous les rois de la

commence ,

Grèce ; elle coûta le trône aux décemvirs , dans ses mains, et il a toujours la puissance aux Tarquins, à César, à Charles Ier, à de changer la forme de l'État , dès qu'il en Jacques II, à Gustave , à Napoléon. a la volonté. La liberté trouve invincible

Dans les républiques monarchiques, la ment à se faire jour quand le peuple est diforce de l'aristocratie est passive, inerte et gne d'elle; quand il l'aime assez pour la ordinairement subordonnée au prince. Elec- chercher à travers les périls, et pour ne pas tive, elle est utile au monarque; héréditaire, lui préférer un esclavage tranquille. Les à la monarchie : celle-là tient au prince et publicistes , ennemis de la servitude, détombe avec lui ; celle-ci, à la forme du gou clament avec violence contre les usurpavernement et ne finit qu'avec elle. Les pairs tions des princes ; s'ils creusaient plus prode l'Angleterre ne prirent aucun intérêt à fondément daus le cæur humain, ils ver- . Jacques II , parce que la pairie n'était pas raient naître l'esclavage de la corruption attachée au roi, mais au tròne, et que le des peuples. Quand les citoyens vendent trdne n'était pas menacé. Quand l'aristocra. leur voix aux sénateurs , quand les sénateurs tic est en présence du pouvoir populaire vendent leur conscience au prince, que seul, elle finit par absorber la puissance; tous veulent commander, qu'aucun ne veut disséminée par des mains plus nombreuses, obéir ; que la corruption se livre en un la corruption est semée jusque dans les der. demi-siècle à Marius , à Sylla , à Catilina, à nières classes des citoyens : voyez Carthage, Crassus , à Pompée, à César, à Octave , à Venise et Berne.

Lépide , à Antoine, que peut la haute vertu La force est l'apanage de l'élément démo. de Caton, le sublime courage de Brutus ? cratique; il n'a ni cette patience qui attend, Que feraient l'immoralité publique , l'éni cette sagesse qui dirige : chacune de ses goïsme général dans une licence sans frein? usurpations est signalée par une révolte; Tibère, le fourbe , l'odieux Tibère , n'est-il toutes sont promptes et violentes. Elles ap- pas alors un bienfait pour le genre humain? partiennent à ces peuples à qui un territoire Que pouvaient la véhémente éloquence de resserré permet de se réunir au premier cri, Démosthène, l'austère patriotisme de Phoet de combattre comme un seul homme ; à cion sur ces Athéniens dégénérés qui vences nations corrompues qui , fatiguées de daient la patrie à Philippe , qui la vendaient l'empire des lois , tentent de secouer le joug à Alexandre, qui la vendaient à tous les sollégitime des autres corps de l'État.

dats de ce conquérant devenus roi à sa mort? L'influence de l'un des corps du souverain Qui ne voit qu'alors la république n'existait peut dériver de l'usurpation ou de la consti- plus; qu'au milieu de tous les vices effrénés, tution même qui lui a donné trop de puis. la main qui les contient et les enchaine est sance. Plus un corps est nombreux , plus il encore un bonheur ? y a d'inégalité entre les membres qui lc Toutefois, dans leur désordre même , les composent, et plus il est facile de le diviser républiques sont préférables à tous les gouet de le corrompre : ainsi la démocratie vernements simples ; les révolutions s'y acdoit être corrompue la première. Plus un complissent avec moins d'excès et de viocorps est indivisible, possesseur de forces lence; elles sont plutôt l'ouvrage de l'opinion et de richesses superflues , et plus il doit que de l'action , d'une force morale que d'une être corrupteur : ainsi la monarchie doit force physique , de la tête que du bras. usurper avec plus de facilité; et comme l'une Cette vitalité des républiques, ce prinn'usurpe qu'à mesure que l'autre se cor- cipe qui dirige chacun des corps du souverompt, on peut dire que les envahissements rain, qui le pousse hors de ses limites , fait du monarque sont en raison directe de la qu’une usurpation plus ou moins marquée dépravation du peuple, et que l'un ne gagne est partout établie, et que les républiques en pouvoir qu'autant que l'autre perd en

se distinguent bien moins par la participa

tion de tous au pouvois , que par la prédoMais que l'usurpation ait une source con- minance de quelques-uns. Ce qui suit va stitutionnelle ou arbitraire , il importe peu, prouver cette vérité. quoique l'une soit légitime et l'autre crimi La république peut admettre deux ou nelle. Si le peuple s'est attribué peu de li- trois éléments; nous nous occuperons d'aberté, sa vertu n'en pouvait supporter da- bord des États mixtes à deux principes. Le vantage. S'il la laisse usurper , c'est qu'il défaut d'un corps intermédiaire place ces n'a pas la vertu de la défendre. La force est États dans la nécessité d'une grande modé

vertu.

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