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Bourbons virent tout consommé. Faits ac avait voulu plus qu'une restauration. Les complis , ordre établi, lois existantes, lon- révolutious s'opèreni lorsque l'ordre étabii, neurs conquis , ils adoptèrent tout, ils pro- devenu intolérable au peuple, le met dans la mirent de tout maintenir. Quoi de plus nécessité de le bouleverser par la violence, simple alors que leur retour? Alors , selon et d'établir une forme sociale plus en hair. l'heureuse expression de M. le comte d'Ar- monie avec ses besoins. Jacques II pensa lois, « la restauration n'était qu'un Français qu'une restauration se composait

, non-seulede plus.

ment du rétablissement de la dynastie exo En Angleterre , on n'eût pu la tenter sans pulsée, mais encore du rétablissement des violence sous le protectorat d'Olivier Crom- choses détruites. wcil. Chez nous, Napoléon vivait encore : Cette seconde tentative prend le nom paril vivait cntouré des principes, des intérêts, ticulier de contre - revolution. Toujours des hommes de la révolution ; du sacerdoce, étrangère, toujours contraire aux intérêts qui avait porté la plus basse Batterie sur la réels de la dynastie restaurée, elle est longchaire de vérité; de l'émigration, qui, trans- temps convoitée par les classes qui ont souffuge de la légitimité prcscrite, formait la fert de la première catastrophe, et qui veubrillante domesticité de l'usurpation cou- lent reprendre ce qu'elles ont perdu dans la ronnée; de l'armée, qui voyait, dans le révolution passée, au hasard de perdre engrand capitaine, la plus haute renommée des core ce qui leur reste dans une revolution temps historiques; il vivait enfin au faite de nouvelle. sa puissance et de sa gloire ; et débout sar J'ai dit que les restaurations étaient faJe trône, avec son génie et son épée, il fallut ciles ; il me reste à prouver que les contrel'Europe entière , et l'inclémence des sai. révolutions sont impossibles; que la pensée sons , et la sélonie de ses alliés, el la trali en est téméraire, la tentative périll use, son de ses créa!ores, pour ébranler ce gi- l'issue funeste. gantesque pouvoir. Le colosse tombe, et la Faut-il tenter une contre-révolution, au restauration s'accomplit d'elle-même. hasard de susciter une révolution couvellc?

Au premier aspect, les restaurations sem. Est-il sage de lutter corps à corps avec les blent même - nécessaires. Elles s'offrent à révolutionnaires ? « Le nombre en csl trop plusieurs comme un moyen anique et facile grand, écrit Louis XIV aux Stuarts ; il est de légitimer les faits consommés. Nos idées de la prudence, d'une juste et éclairée polisur la souveraineté sont obscures , et par là lique, de leur persuader qu'on n'a aucun même mystérieuses. Les peuples se figurent ressentiment du passé, et qu’on l'accepte que les rois contre lesquels une révolution avec franchise, » -«

Étudiez et respectez la s'éléve, la consacrent par leur retour. Pepin, constitution du pays , écrit J..cques II à son qui sauva la France ; Charles-Martel, qui , fils; un roi n'est jamais en sûrelé, si ses sauva la chrétienté ; Charlemagne, qui sauva sujets ne sont contenis. Ne troublez perle catbolicisme , ne purent qu'à peine désen- sonne dans sa conscience, sa liberté, sa proseigner aux Français les enfants de Clovis. priété; qu'aucun de vos agents ne tourmente De Robert-le Fort à Hugues-le-Blanc, on aucun citoyen. Qui veut toujours monter, essaie en vain de leur désapprendre l'obéis. finit par s'abimer. » Voilà ce que pensaient sance qu'ils ont vouée aux Carlovingiens; des contre-révolutions un roi qui les voyait et l'usurpateur Hugues Capet laisse à ses de haut, un prince qui les avait vues de successeurs soixanle ans de révolte. Les peu- 'près, et qui était tombé leur victime. ples aiment leurs usages, leurs traditions, La révolution anglaise avait pour objet la Jeur existence coutumière. Les changer , destruction de ce pouvoir absolu donné à c'est attenter à celle continuité d'habitudes, Henri VIII pour se soustraire à la tyrannie à celle uniformité de vie qui forment leurs des papes , de ce despotisme protestant livré mæurs , leur ètre , leur bonheur. De là cette à Élisabeth pour se venger du despotisme facilité que trouvent toutes les restaurations, catholique de Marie, de cet arbitraire jésui. lorsque l'exaltation se calme, que la haine tique que les Stuarts avaient apporté d'Ése lasse , que la crainte s'apaise, que le be cosse. Charles Jer crut posséder de droit soin de rentrer en soi-même se fait enfin divin cette autocratie que l'Angleterre avait sentir.

laissée à ses aïeux pour l'accomplissement de Si les fils de Jacques II ne purent jamais ses vengeances. Il voulut agir d'après ces remonter sur le trône, c'est que leur père principes; il périt sur l'échaufaud , sur le

seuil de son palais , au picd de son tróne. cinq mille citoyens ; les assassinats privés Le sort de ses enfants jeste un si grand jour s'accumulent, et l'incendie de Londres vient sur le sujet qui nous occupe, qu'il est impos- couronner l'æuvre contre-révolutionnaire. sible de n'en pas offrir le tableau.

Les hommes peuvent éprouver une folie Chassé d'Angleterre par l'assassinat de durable, les corps ne sont frappés que de Charles ler, d'Espagne et de France par passagères hallucinations. Le parlement voit l'ombrageuse fierté de Cromwell , sans asile, enfin que, loin de restaurer l'Angleterre, presque sans habits et sans pain, Charles II il la bouleverse et la pousse à l'abime; vit arriver à Breda les députés de la Grande- Charles s'indigne , et le proroge. Le besoin Bretagne. Il promit : il eut dù tenir ses pro- d'argent amène une convocation nouvelle ; messes pour le propre bonheur des Stuarts ; le bill du lest est acheté par des subsides. car la prospérité de l'Angleterre s'accomplit Jacques épouse une catholique ; le parlement sans eux et contre eux, parce que les peu- s'agite ; Charles s'effraie et le proroge. ples n'ont pas besoin des rois. Il déclare au Bientôt

, il le rappelle. Charles s'aperçoit parlement qu'il respectera ses priviléges, que les papistes, dont il n'osait seconder qu'il se conduira par ses conseils , et que toutes les folies , se liguent avec son frère. leur union esl si nécessaire , que l'on ne Les jésuites, qui avaient couvert l'Écosse peut exister sans l'autre. Il déclare à la na.. de pillage et de meurtres , abusent de la tion qu'aucun crimne quel qu'il soit, commis protection du pouvoir, et, par la prédicacontre lui ou contre le roi son père, ne serait tion, le consessional, l'espionnage, de porté en justice , et qu'il ne serait fait aucun sourdes menées , poussent l'Angleterre à la dommage à aucun Anglais dans sa vie, ses guerre civile. La conspiration des catholibiens ou sa liberté : il promet à la cité de ques éclate , les patriotes se vengent à leur Londres le renouvellement de ses charles, tour; Jacques s'épouvante et fuit loin d'Anet de nouveaux priviléges. Ces promesses gleterre ; les communes proposent le bill d'union et d'oubli esaltèrent l'enthousiasme d'exclusion ; elles obtiennent de la frayeur du peuple à un tel degré, qu'il serait impos. du roi cette loi célèbre d'habeas corpus, sible de dire avec quelle ivresse la restaura- qui à elle seule pouvait consoler de toutes tion fut accucillie.

les calamités de la restauration. Étonné de Cette scène théâtrale fut tout le bonheur cette conquête , le roi dissout enfin ce pare que les Stuarls donnèrent à leur patrie. lement qui commença sa carrière avec fureur Charles composa son conseil des royalistes atroce contre la révolution, et qui la finit les plus aigris par les proscriplions et les avec courage contre la restauration même confiscations; une poignée d'intrigants tour- dont il était enfin désabusé. menta tout un peuple. Les presbytériens Un nouveau parlement s'assemble, il réfurent livrés aux anglicans, les anglicans clame avec force le bill d'exclusion : il est aux catholiques, les catholiques aux jesuilcs.

dissous: L'ordre civil fut également troublé; républi Un autre parlement se réunit à Oxford. cains, constitutionnels, modérés, royalisies Charles y vient à la tèle d'une armée ; les simples, royalistes exaltés, cabale enfin, députés, les pairs s'y rendent en armes. Le divisèrent le peuple par catégories. Les ven

roi propose d'exclure la personne de son geances commencèrent; la Convention pro

frère; les communes exigent l'exclusion de pose de proscrire , jie juger. de confisquer, sa famille. La dissolution est prononcée. d'assassiner; Charles accepte tout. Ici finit Charles nage alors à pleines voiles dans la restauration, et la contre-révolution com

l'océan de l'arbitraire. Ne pouvant régner mence. On casse l'armée, on forme une garde par les lois , il tyrannise par le meurtre et la royale, on convoque un nouveau parlement, terreur. Il tient à ses gages une horde de et les députés , élus au moment où l'on pro- faux témoins; Jeseryes systématise les assasvoquait l'exaltation des uns, la terreur des sinats juridiques; la cabale, les meurtres autres, portèrent jusqu'au délire la fièvre extra-légaux ; les prisons s'emcombrent, les des vengeances. On crée des crimes pour échafauds ruissellent ; Guthrye, Weir, d'Artrouver des coupables ; on découvre les gylc, précèdent au martyre Baxter, Russel, conspirations qu'on a faites soi-même. L'acte d'Essex , Sidney. Les plus grands hommes, d'uniformité parut enfin : Charles s'en sert les plus vertueux citoyens périssent sous le contre les presbytériens; Jacques en pré- ser des bourrcaux. La conspiration de Rye serve les catholiques. On proscrit en masse est le prétexte convenu d'une fureur nou

velle ; la charte de la cité de Londres, les et la contre-révolution, à rentrer dans la chartes des comtés , tous les titres écrits des liberté religieuse , politique et civile , à se libertés publiques sont annulés ; les gens de liguer avec le prince d'Orange, à chasser bien sont exclus des fonctions publiques; le enfin le pouvoir absolu, sans secousse et sage Locke est chassé de l'université d'Ox- sans violence. Les supériorités anglaises se ford ; les emplois sont envahis par l'ignoble réunissent, les masses demeurent spectaignorance , livrés à une délatrice vénalité. trices, le calme n'est pas troublé; Guillaume Les colléges proclament la liberté impic et paraît; Jacques tombe ; c'est un Anglais de athée, et Charles II meurt catholique! plus, un jésuite de moins ; et tout est con

Jacques lụi succède, et la persécution re- sommé. double. Argyle fait une descente en Écosse, La restauration des Stuarts fut une véri. Monmonth en Angleterre , Jefferyes accroit table contre-révolution ; les Stuarts dispases crimes juridiques, le roi convoque le rurent à jamais du trône. La révolution de parlement; il ose demander des subsides; Guillaume fut une véritable restauration ; les communes refusent ; le prince les pro- elle dure encore. Le prince d'Orange luttait roge. Il veut s'attribuer le pouvoir législatif contre un homme; il fut vainqueur ; les et constituant; la liberté de la presse est hommes résistent peu. Jacques luttait contre détruite; les jésuites, sous le nom de mission. les choses ; il fut vaincu ; la force des choses naires , vont prêcher le droit divin ; ils pen- est au-dessus de la puissance des rois. sent fanatiser les provinces, et ne trompent Le temps présent est l'arche du Seigneur; que quelques imbécilles ; ils élèvent les il renverse ce qui le touche. Je ne puis me églises , il fondent des couvents, ils s'en pa- taire de la restauration française ; je vais me rent des écoles. L'arbitraire , livré jadis aux häter avec elle. L'émigration et les jésuites anglicans contre les presbytériens , est ont voulu renouveler le règne des derniers commis aux jésuites contre les anglicans. Stuarts : en 1814, ils faisaient la restauration Le despotisme semble près du triomphe; il de Charles II ; en 1815, celle de Jacques II. touche au cercueil.

Nous avons eu nos proscriptions , nos cours Les évêques , l'armée, flotte, le peuple, prévõtales , nos catégories, nos lois de surmurmurent enfin, le trône chancelle. La veillance, notre censure, nos Brassards , nos contre-révolution a tout effrayé, tout com- Verdets , nos Trestalions, nos Jefferyes, promis, tout frappé; et, pour abattre ce nos conspirations , nos destitutions, nos monstre, l'Angleterre éprouve le besoin sociétés secrètes , notre cabale , nos mission. d'une révolution nouvelle. Jacques va périr naircs et nos jésuites. comme son père, et le fanatisme de la liberté Mais nous avions la charte; et avec elle suivra les traces du fanatisme religieux. L'a- l'accord de l'empire et de la liberté. Elle bime est creusé; les jésuites sont en horreur; seule fait la restauration tout entière; seule, le catholicisme est synonyme d'esclavage; elle élève une barrière que la contre-révoles royalistes qui ont causé plus de troubles, lution ne saurait franchir. Par elle, la révoversé plus de sang que le parti de Cromwell, lution est un fait accompli. sont abhorrés; et la restauration parait Toutes les tentatives ministérielles, les enfin, selon l'expression de Fox, la plus regrets publics, les espérances cachées, les mauvaise de toutes les révolutions.

prédications des jésuites, les alliliations des Heureusement l'épreuve des révolutions congréganistes, l'exaltation de quelques vieux était faite. Celles qui se font par la popu- émigrés, les calculs de quelques jeunes inlace , qui compromettent toutes les fortunes, trigants, la vénalité de quelques journaux , toutes les libertés , toutes les existences, les sermons de quelques prédicateurs , effrayaient les pairs , les communes, le pays. mandements de quelques évêques, le bavarLes citoyens prévoyants qui possédaient dage de quelques procureurs-généraux, la une position sociale, quelque richesse, servilité de quelques fonctionnaires, la lllquelque talent, ct qui par là semblent à cheté de quelques députés , l'appui des esjamais les ôtages et les victimes de tous les pions, la docilité des gendarmes, tout se désordres , contraints de devenir révolution - brise contre la charte. Malheur aux Bournaires par nécessité, furent, pour leur bons ! malheur à la France! si ce beau mopropre salut, fatalement poussés à devancer nument de sagesse et de prévoyance ne le peuple, à conjurer ces fureurs qui les pouvait résister à la contre-révolution ! nous eussent engloutis avec la royauté, les jésuites verrions aussitôt se grouper tous les sympTome 19.

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lez

tômes d'une révolution nouvelle ; et le lion Mais si les colléges , si les chambres s'aveu. rugissant de l'écriture , quærens quem de- glaient! Ces corps peuvent - ils vouloir se voret, apparaitrait encore à la nation épou- perdre eux-mêmes? Les chambres des Stuarts yantée.

furent remarquables , à leur avènement, par Ce malheur est loin de nous. Un ministère le royalisme exalté des uns, l'avide vénalité qui veut gouverner, sans avoir fait l'appren- des autres, le dévouement de tous. Au bruit tissage du gouvernement , s'appuie sur des des vents qui signalaient les orages , une fonctionnaires sans influence , sur une aris- résistance inattendue, universelle, voulut tocratie sans racines , sur des jésuites sans meitre le trône à l'abri des tempêtes. Si l'on croyance. Quand ces appuis se briseront abandonna la dynastie , c'est qu'elle ne dans ses mains , force lui sera de s'appuyer voulut point reculer devant l'abime. L'ami sur ce qui résiste. Il verra que la peur de la se perd avec l'ami qui veut se perdre; les coutre-révolution a fait plus d'amis à la li-, grandes assemblées ne bravent les périls berté, que les excès de la révolution de lui qu'avec les rois qui veulent se sauver. ayaient suscité d'adversaires. L'agriculture, Ce malheur n'est donc pas probable; mais le commerce, l'industrie , ne peuvent vivre il est possible, et cela suffit pour le prévoir. sans elle; ainsi, la nation entière est libé- De la théorie à la réalité l'espace estimmense. rale. Sans elle, les impôts ne peuvent se Qu'arriverait-il alors ? Parti du cercle élecpayer, le crédit ne peut vivre ; ainsi le gou- toral, l'esprit d'hostilité gagnerait les masses vernement sera contraint d'être libéral. Hors populaires. Trente-deux millions d'individus de la pairie, la noblesse n'est rien; elle se ne pouvant en appeler à leur volonté , en rejette dans les trois industries pour tenir à appelleraient à leur force; et la plus efl'aristocratie des richesses, lorsque celle des froyable des révolutions serait imminente. titres s'éclipse et s'éteint. Hors des libertés S'il en était temps encore, la royauté gallicanes , le sacerdoce n'est qu'une triste aurait à décider si elle veut se perdre avec domesticité ; le clergé placera les libertés de le despotisme, comme Jacques II ; ou se l'Église sous l'égide des libertés de l'État. sauver avec la liberté, comme les Nassau. Dupuis 1815, calculez les conquêtes de la Les chambres débattraient dans le mystère liberté ; l'horreur qu'en avait inspiré 1793 s'il faut se sauver avec le pays, ou se perdre s'est dissipée ; l'obéissance passive que nous avec la contre-révolution. Tel sut l'état du avait commandée l'empire a disparu. Les parlement anglais ; et le parti qu'il prit, moeurs changent avec les intérêts et les be- le monde le connaît. soins. Les ennemis de la charle qui n'étaient Qu'arriverait-il cependant si la contrepoint destitués de sagesse et de prévision, révolution était appuyée par l'étranger? La ont déjà vu, ils verront mieux encore, Suisse, la Hollande , les Pays-Bas, le Porqu'elle seule peut maintenir la sécurité; tugal ont déjà répondu. Louis XIV, parent, l'ordre, la pais, la prospérité, nécessaires ami, protecteur de Jacques II, le laisse aux peuples nombreux et civilisés. La seule tomber du trône. Les rois de l'Europe laisterreur, terreur vaine, qui règne encore, sent périr Louis XVI. Gustave ne sait où est celle des contre-révolutions.

reposer son front découronné. Mais les deux Tant que cette crainte se débattra dans le invasions de la France! Il faudrait en ôter cercle électoral , c'est une affaire de cham- tout ce qu'il y avait de haine, de crainte de bres et de colléges; rien n'est à redouter. Napoléon, pour savoir au vrai ce qu'il y Les cent mille individus qui prennent part pouvait avoir d'affection pour les Bourbons. au système représentatif sont trop intéressés Voyez les conférences de Châtillon. au maintien de l'ordre; tout sera querelle de Au premier aspect, la longanimité des minorités à majorités , murmures de salon, peuples semble favoriser les tentatives des cris de cafés, amertume de pamphlels. partisans de la contre-révolution. Pourquoi

Si des terreurs réelles venaient s'asseoir donc en effet, lorsque la contre-révolution au foyer domestique , si de sérieuses appré- lève ses bannières, la révolution ne se hâtehensions troublaient les intérêts , si le pré- t-elle pas de déployer ses éteodards? Croitou sent menaçait l'avenir, le monde électoral cependant que cette conflagration universerait en émoi; mais le péril serait encore selle soit libre de craintes et de périls? éloigné. L'énergie des colléges, de la tribune, Est-il donné aux hommes d'allumer, sans du scrutin, culbuterait les majorités et le trembler, l'incendie qui les peut consumer? ministère, et l'abime serait comblé.

Dévorant ses ennemis et se dévorant elle

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même, la révolution inspire une terreur seul a voulu perdre. Et ce prince imbécille, égale à ses adversaires et à ses défenseurs. jouet de la cour et des jésuites , C'est un moyen de salut que l'audace n'ose quinze ans de murmures , se crut encore embrasser que lorsque lui manque lout pris au dépourvu ! autre espoir de salut. C'est la terreur d'un Ainsi il faut distinguer avec soin les resgrand péril qui donne aux peuples le cou taurations des contre-révolutions qui les rage de se jeter dans un autre grand péril. suivent pour l'ordinaire. Les restaurations C'est pour se sauver d'un danger certain, sont souvent faciles , justes , nécessaires. imminent, que les supériorités sociales se Les contre-révolutions , odieuses et imposhasardent à déchaîner le Léviathan qui peut sibles à la fois , susciteront toujours des les perdre. Ainsi l'enseigne le cæur humain; révolutions nouvelles.

Pagès. ainsi le disent les hommes qui ont le plus RESTAURATION DES TABLEAUX. profondément pénétré dans les entrailles du (Beaux-aris, Technologie.) Outre les accicorps politique. Écoutons le cardinal de dents qui peuvent en un instant endomRetz : « L'exécration contre un gouverne- mager plus ou moins le tableau, l'air et la ment ne suffit pas pour amener les révolu- lumière ont sur la peinture une action puistions. Il est une période juste avant laquelle sante qui l'altère plus ou moins promptec'est folie de les entreprendre. S'il est des ment, suivant la qualité ou la préparation feux qui embrasent tout, ce n'est que lors- des couleurs employées , et suivant le lieu qu ils sont allumés à propos.

Écoutons où les tableaux sont exposés. Charles Fox: « C'est lorsque les maux étaient Les verbis qu'on applique sur les tableaux à leur comble , après cinq ans d'une exces- n'ont pas seulement pour résultat de faire sive tyrannie , qu'éclata tout-à-coup celte ressortir la transparence et l'éclat des couliberté attaquée par la violence , par la ruse, leurs, ils les préservent encore de l'action par toute l'adresse du pouvoir. C'est au de certaines émanations qui les altéreraient, milieu du découragement general, que l'é- si elles se trouvaient en contact immédiat nergie éclate, et que l'Angleterre se place avec elles. Ces vernis doivent être renousoudain à une hauteur de liberté où jamais velés de temps en temps, parce qu'ils perne parvint aucun peuple. » Écoutons un dent leur transparence et jaunissent d'autant irrécusable témoin: «Jamais, dit Jacques II, plus promptement , qu'ils sont exposés dans le palais de Withehal n'avait été plus en un lieu plus obscur, et où l'air se renouvelle combré de gens nous assurant de leur fidé- plus difficilement. lité. Ceux qui prodiguaient le plus de ser Il résulte de là que la place la plus convements, prenaient une part plus active aux nable pour la conservation des tableaux est complots. Ceux qui jurèrent de verser leur une salle bien aérée et éclairée par un jour sang passèrent les premiers à l'ennemi. Tout du nord. m'endormait dans une sécurité trompeuse. Lorsque l'altération du vernis est parvenue Au lever de la toile, je fus étonné, et pris au point où il nuit plutôt qu'il ne sert à au dépourvu. » Monarque insensé ! il avait l'effet du tableau , il faut l'enlever et en reoublié les cris du peuple, le bill d'exclusion, mettre un autre , opération assez facile , sa fuite d'Angleterre, et l'abîme qu'il avait tant qu'on ne rencontre que des vernis ordicreusé entre le trône et la liberté, entre paires composés de mastic dissous dans l'Angleterre protestante et un roi catho- l'huile volatile de térébenthine; mais quellique!

ques peintres ont cru pouvoir employer des C'est ainsi que les révolutions n'éclatent vernis huileux, tels que le vernis au copal, que lorsque la mesure de la patience est et' il est très-difficile de les enlever. Dans comblée. Les prémisses de la contre-révolu- tous les cas, même lorsqu'il ne s'agit que tion sont heureuses : le pouvoir excite , aide, d'enlever un vernis tendre, il y a des préprotége, paie; tout succède à souhait. Mais cautions à prendre pour ne pas attaquer les au moment où la contre-révolution se trouve glacis. face à face de la révolution qu'elle a excitée, Le procédé le plus ordinairement employé tout est perdu. Le lâche fuit, le fourbe pour enlever le vernis , consiste à frotter la trompe, lintrigant trahit, et Jacques II surface du tableau avec le bout des doigts , seul avec l'infortune et la honte, traverse que l'on a préalablement dégraissés avec un eu fugitif le royaume qui s'était donné à lui, peu d'une résine quelconque pulvérisée. Ce que tous voulurent lui conserver, qne lui frottement réduit aussitôt le vernis en pous

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