Page images
PDF
EPUB

roi; la petite aristocratie, aux caprices des L'humanité lui doit l'abolition de ces torministres. Les princes n'y gagnèrent rien; tures qui transformaient les juges en bourLouis XIII vécut sous la tutelle de Riche- reaux, de ces commissions prévotales qui lieu, lui sacrifiant sa mère, sa femme, son transformaient les bourreaux en juges. Les frère, ses favoris, et l'État tout entier. La peines furent proportionnées aux délits , et jeunesse de Louis XIV est troublée par les la justice ne fit plus horreur à la pitié. Elle guerres civiles, et sa vieillesse et asservie à fit disparaitre les lettres de cachet, les veux l'hypocrisie de la veuve Scarron, et à l'as- monastiques, le préjugé des peines infatuce du jésuite Le Tellier. Le cardinal mantes. La tolérance lui doit la liberté des Dubois salit la régence; le sceptre de cultes, l'état politique des protestants , l'état Louis XV tombe de Fleury à Maurepas, et civil des juifs. La morale la vit prohiber de madame de Pompadour à la Dubarry. l'infâme violation du secret des lettres. La C'est pour ce pouvoir absolu , exploité par justice lui doit la proscription des procédes intrigants et des imbécilles, des jésuites dures secrètes, la défense des accusés, et des catins, qu'on a placé la France face à l'appui de la publicité , l'égalité des peines , face de 1793.

et cette belle institution du jury, sans laLe peuple ne pouvant rien par sa volonté, quelle il ne peut exister de justice criminelle. dut nécessairement en appeler à la force. La La liberté politique lui doit la périodicité catastrophe était prévue; Louis XV avait des assemblées législatives, l'établissement écrit à madame de Choiseul : « Je lègue une du gouvernement représentatif, le droit de » révolution à mon successeur. » Un grand pétition, l'intervention de l'opinion puseigueur consultait Jean-Jacques sur le pays blique, la liberté de la presse, la liberté où il convenait de se retirer à l'approche des civile, l'égalité devant la loi, l'égale admiscalamités qui menaçaient la France, et la sibilité aux emplois, la destruction de la réponse de Rousseau nous reste encore. noblesse par la pairie, de son influence par Tous les philosophes, les publicistes, les le système éleetoral, l'anéantissement du bistoriens, tout homme habitué à méditer sacerdoce comme corps politique, et des sur les maladies du corps social, avaient corps religieux comme milice papale. L'ordre prophétisé la révolution.

public lui doit l'admirable organisation de Elle se lève enfin. L'histoire dira les ob- la garde nationale, l'égalité de la conscripstacles , les ruses, les violences qui, voulant tion, les municipalités que l'empire enarrêter sa marche , irritèrent ses fureurs; gloutit et que la restauration ne nous a pas elle ne pourra se taire de ce luxe de repré- rendues. L'agriculture lui doit l'abolition sailles , de ce superllu d'oppression, de ce des dimes, des droits féodaux, des biens faste de crimes , dont elle ne put ni se ras- de main-morte, la diminution des fêtes, la sasier ni se lasser. La politique n'en saurait suppression des capitaineries, le droit de apprécier que les résultats, et voici les con- chasse, l'égale répartition des impôts, la queles qui jaillirent de ses calamilés, de division des propriétés, l'introduction de 1789 à 1830,

nouvelles cultures, de nouvelles races de Elle prit une population de vingt-quatre bestiaux, un meilleur assolement. L'indusmillions d'hommes ; elle en a laissé trente- trie lui doit la suppression des maitrises et deux: elle trouva un territoire évalué 16 mil. jurandes , des douanes intérieures ; l'appliliards; la France de 1830 en vaut 28. La cation des sciences aux arts ; des routes, des production, la circulation, la consommation canaux; un meilleur système de postes,

de ont doublé; l'agriculture, l'industrie, le circulation; une consommation plus grande; commerce ont fait d'immenses progrès ; ses · cette liberté qui vaut mieux que la protec200,000,000 d'impôts sont portés à' l mil- tion; cette émulation qui nait d'une libre liard; et le pays qui fit une révolution concurrence; cette sécurité politique qui pour 60,000,000 de déficit, a contracté permet aux entreprises de se former sans ö milliards d'emprunts. La restauration obstacle, et de se développer saus crainte; s'est opérée par la force étrangère, et des marchés , des débouchés nouveaux, des l'étranger a repris tout ce que la victoire capitaux inattendus, des bourses , des banlui avait enlevé. Si elle se fût accomplie par ques , des tontines , des compagnies d'assula volonté de la France, la restauration eût rances, et ce crédit privé d'où est sorti le conservé toutes les conquêtes utiles de la crédit public. république et de l'empire.

L'administration publique sembla renaitre

lorsque le peuple fut appelé à voter l'impôt, volutionnaire plane perpétuellement sur le et que la nouvelle division du territoire per- genre humain. Cela doit être ; l'homme est mit aux citoyens d’élire des magistrats de perfectible et mobile; les institutions sont commune et de département, protecteurs complètes et permanentes : ainsi l'homme de leurs droits, économes de leur argent. La et la loi se trouvent dans un éternel désacliberté politique fut garantie par la consti- cord. La sagesse exige donc qu'on modifie tution représentative; la liberté civile, par les institutions, pour les mettre constamle jury; les propriétés et les droits civils des ment en harmonie avec les progrès de la personnes, par un admirable code préfé- civilisation. Si les peupies semblent alors rable à toutes les lois contemporaines. Le ne pas éprouver de révolution, c'est que le peuple influant sur sa propre destinée par la souverain est assez prévoyant pour établir représentation , par l'opinion , par la presse, une révolution insensible et perpétuelle ; et par sa haute civilisation : voilà tout ce qu'a comme les changements ne s'opèrent point fait la France, débarrassée pour quelques par des secouses et des violences , l'État qui instants du poids politique de la noblesse et change lentement et sans cesse , a l'air de du clergé.

ne pas changer. Le grand caractère des gou Les contemporains ont souffert des crimes. vernements représentatifs est cette mobilité Nous qui sommes la postérité, nous jouis- législative qui perpétue une prudente sym- ! sons des bienfaits. Laissons l'intérêt per- pathie entre les hommes et les choses ; aussi sonnel, la sottise, la vanité, déclamer contre les révolutions n'y peuvent paitre, que si ces grandes catastrophes. On nous permet le pouvoir monarchique refuse à la volonté d'admirer Timoléon, les deux Brutus , Tell, nationale les lois harmoniques à l'époque; Barnevelt, Washington; et l'on n'a pas assez car la puissance ne saurait sans péril s'opd'injures contre la rénovation française. Les poser à la nécessité. révolutionnaires qui, l'heure étant sonnée, Dans le despotisme, l'autocrate est la loi poussent aux révolutions sont de grands ci- vivante. Renverser le despole est l'unique toyens ; les révolutionnaires qui poussent objet des révolutions. Blesse-t-il l'armée ? aux excès, sont de grands scélérats; les ré- Janissaires, strélitz, prétoriens se soulèvent. volutionnaires qui veulent jouir en paix de Blesse-t-il le peuple? La nation se révolte. la liberté conquise , sont des gens de bien. Blesse-t-il la cour? Une révolution de ruse Sous ce rapport, toute la France est révolu- remplace les révolutions de force. Les contionnaire. Que nous font les crimes de 1793, spirations remplacent les rébellions; et ce et qu'y a-t-il de commun entre eux et nous ? qu'une émeute ne peut faire, un poignard, La terreur est-elle la révolution ? et ce con- le poisou l'accomplit. Les révolutions popusulat que nous avons voulu, en quoi ressem- laires naissent d'un besoin général ; les ble-t-il à cet empire despotique dont nous haines privées font les révolutions de cour. ne voulions pas ? Ce que la France a voulu, Leur succès dépend du mystère, et un long ce qu'elle veut, ce qu'elle voudra sans cesse, temps ne doit pas séparer la pensée qui les ce sont les grands principes de 1789, les conçoit de la main qui les exécute. Partout principes que nos grands citoyens , nos où s'introduisent les formes orientales d'asgrands orateurs, nos grands écrivains , ont servissement, se retrouvent ces moyens mysconstamment revendiqués; que l'urne élec- térieux d'en finir avec ies terrreurs qu'il fait torale, la tribune, l'opinion revendiqueront naître. à jamais; dont les Bourbons ont reconnu la Les conspirations populaires sont une réu. sainte nécessité, qu'ils ont sanctionnés par nion secrète de citoyeuis courageux traçaut, la charte, qu'ils ont jurés aux autels de à leurs propres périls, le plan de campagne Reims.

de la liberté. Les conspirations de cour sont Mais ces révolutions, sous quelque point la préméditation d'un assassinat. C'est un de vue qu'on les envisage, ne sont pas l'af- crime; ce n'est qu'un crime. Quelques-uns faire d'un jour : les siècles y suffisent à frappent d'étonnement par les périls qu'on peine. De Constantin à Luther, l'hérésie me a courus, le mystère dont on s'est enlouré, nace Rome; de Louis-le-Débonnaire à Louis. l'audace qu'on a déployée. Cartouche aussi le-Gros , la féodalité menace la royauté ; de nous étonne par sa ruse, Mandrin par sa Louis-le-Gros à Richelieu, la monarchie témérité. Jacques Clément consacré par la menace la féodalité; de Louis X à Louis XVI, prière , divinisé par le pape; Ravaillac sana. la liberté menace la monarchic. Le génie rė (isé par les jésuites, sont des assassins. Les

grands seigneurs qui massacrèrent l'empe- de ces drames stupides , si l'échafaud n'en reur Paul dans son lit, Gustave dans un bal, formait le dénouement. sont des Clément et des Ravaillac.

Les révoltes sont des révolutions avortées. Mais ces conspirations, nées de l'intérêt Les peuples qui s'approchent de ces terripublic, source de la liberté des peuples, bles catastrophes , trouvent toujours des prennent, par leur objet même, tous les citoyens impatients d'en finir avec la tycaractères des grandes actions. Timoléon et rannie , qui ne veulent pas attendre que les Brutus conspirent pour le bonheur du monde; masses soient saturées de malaise. Il choiet leurs complots, avant-coureurs des révo- sissent presque toujours de fåchenses conlutions, font disparaitre le crime sous l'effort jonclures , qui multiplient les transfuges et de la vertu. Ainsi les derniers Romains con les traitres. Les révoltes sont de funestes spirent pour retremper la liberté du monde symptômes : le pays où elles éclatent , dans le sang de César; ainsi les premiers les forces populaires se mettent en mouveSuisses jurent le meurtre de Gesler et l'iné ment, où elles réclament une liberté qui dépendance de l'Helvétie ; les Portugais con- manque , des garanties pour des immunités spirent pour briser le joug de l'Espagne; le qu'on menace, ce pays est au bord de l'aparlement anglais, pour expulser le despo- bime. La révolte ressemble si bien à la rétisme des Stuarts. Russel dans les fers , Pa- volution, qu'on prend souvent l'une pour dilla sur l'échafaud , Riego dans les tortures, l'autre. Au 14 juillet 1789: « c'est une rétous les apôtres de la liberté , tous les mar- volte, dit Louis XVI;» – « c'est une révotyrs de la tyrannie , manquèrent de bonheur lution, lui répondit le duc de Larochefouet non pas de vertu.

cauld. Si la révolte triomphe , comme à Les séditions , les émeutes sont hors du Cadix, c'est un malheur: la nation qui n'est cercle des révolutions. Ces troubles' passa- pas mûre , abandonne bientôt les vainqueurs gers ont pour cause une insulte grave faite dont elle ne conçoit ni le courage ni les proparles dépositaires de l'autorité aux mdeurs, jets. Si la révolte est vaincue , comme sous aux coutumes publiques. Quelquefois le be- Charles Ier, c'est un malheur encore : le soin les suscite. Sous un gouvernement qui pouvoir triomphant, assuré de sa force, s'envcut tout faire et qui ne souffre pas que les dort dans une meurtrière sécurité, et la antres fassent, la disette des denrées de pre, révolution, qui suit la révolte, le prend au mière nécessité pousse toujours aux émeutes: dépourvu. c'est une manière de lui demander comple

L'hostilité contre la personne des princes de son impéritie. Le pouvoir répond par la est une révolution orientale ; un despote violence aux cris du désespoir : les gen- succède à un autre , et le despotisme va tou. darmes, les cours prévðtales et le bourreau jours son train. L'hostilité qui associe les vengeni l'autorité de la terreur que la sédi- destinées du peuple au sort qu'on prépare tion Jui cause ; et elle croit déguiser son im- au chef de l'État, obtient une illustration prévoyance par sa cruauté. Habituellement indépendante du succès. Des deux Brutus les troubles éphémères, excités, soudoyés l'un seul fut heureux; tous les deux sont par des courtisans, ont pour objet d'effrayer également célèbres. le prince, d'obtenir le renvoi de quelque Nées d'une longue oppression , les révoluministre ou l'élévation de quelque intrigant. tions sont toujours injustement appréciées La Fronde est le type de ces soulèvements , parles contemporains. Soit qu'elles partent toujours ridicules dans leur cause et gro- de l'aparchie pour arriver à la sécurité du tesques par leurs délails. Quelquesois aussi gouvernement monarchique, soit qu'elles le pouvoir s'amuse à s'effrayer lui-même, partent de la tyrannie pour arriver à la ou plutôt les ministres, pour accroitre leur liberté des états républicains , elles brisent influence, cherchent à épouvanter les rois. tant d'intérêts , de droits, de positions , Le métier permanent d'un ministre de la d'espérances , que les adversaires ne leur police est de faire conspirer et de soulever manquent jamais. Ceux qu'elles frappent , quelques fripons, qui séduisent quelques im- calomnient jusqu'à leurs vertus; ceux qu'elles bécilles , afin de faire croire à la nécessité favorisent, deifient jusqu'à leurs crimes. de son ministère. Un premier ministre ne Dans cette lutte d'une société qui tombe manque jamais d'agents provocateurs, qui contre une société qui s'élève , la haine des troublent le pays pour raffermir son crédit uns, la crainte des autres, l'exagération de qui chancelle. Le mépris seul serait justice tous, ne rcculent devant aucun excès ; et la

fureur des vengeances est toujours balancée Mais le plus grave inconvénient des révoparla cruauté des représailles. Comme, des lutions nait des sectes diverses qui divisent deux côtés, l'injustice se revêt des apparences le même parti. L'une a besoin de culbuter de la nécessité , tout paraît juste, et le crime l'autre., pour remplir le premier plan ; et réel a son équité factice. On vit les républi- comme toutes convoitent la première place, cains noyer à Nantes, mitrailler à Lyon; les amis deviennent adversaires, et de là on vit les royalistes, brigands, chauffeurs et naissent les périls et les excès de chaque voleurs. Le salut public, voile sanglant de parti. Le concert eût conjuré l'orage ; la ditous les attentats , est le prétexte de ces hor- vision suscite la tempête. En 1788, la Prance reurs qui ne sauraient avoir d'excuse. Ces paraissait au moment d'une révolution toute crimes qui ont déshonoré la monarchie, pacifique : les cahiers des assemblées des noflétri la liberté, ont toujours été sans re- tables demandaient moins que la charte ne sultat, sans influence. Ils prouvent seule nous a donné. Un ministère habile eût sauvé ment la férocité de l'esprit de parti. La le trðne et l'État. En 1789, le tiers-état de révolution fut'assurée par la liberté, la rès- l'Assemblée constituante veut une constitutauration par la charte ; les fureurs ne leur tion; le peuple du 14 juillet , une révolufirent que des ennemis.

tion ; la populace du 6 octobre, l'anarchie. C'est surtout dans les révolutions reli- La noblesse de cour voulait gouverner par gieuses que l'homme parvient à un degré le ministère; la noblesse de province, par d'atrocité dont les troubles civils n'ont pas les états ; la noblesse du parlement, par des d'exemple. Frapper le coupable est, pour arrêts ; et les bourgeuis acquéreurs de fiefs, la justice des hommes, une cruelle nécessité les bourgeois acquéreurs de places, les anode l'état social : frapper l'infidèle est, pour blis de la veille , les anoblis du jour; des la piété des prêtres , un sacrifice sacré de ducs , des comtes; des marquis, des baróns, l'état religieux. Saintement homicides , ils” sans duchés , sans comtés, sans marquisats, ensanglantent le chemin du ciel pour y sans baronies, sans autorité politique, momonter avec plus de gloire. Ce que les qués par le théâtre , le contes , les romans, hommes appellent esprit , fureur , crimes dépassés à leur insu par l'opinion publique, de parti, les prêtres le nomment foi , zèle, n'osaient direce qu'ils voulaient et ne saraient cnthousiasme divin. Une populace abrutie ce qu'ils devaient vouloir. L'épiscopat, les se groupe seule autour des échafauds de la curés, les abbės et les moines offraient une di. Grève. Le pontife traîne à sa suite les rois, vergence pareille et une semblable hostilité. le clergé , les magistrats , autour des bû- Chacun avait son plan : qui voulait maintenir chers de l'inquisition. La pitié n'ose avoir le roi contre la révolution; qui, le sauver par des larmes , et le cæur cesse d'être humain la révolution ; qui voulait agir par la loyantė; pour paraitre religieux. Un dévot n'est plus qui, par la force; qui, parla russe. Les royaun homme; et lez moeurs lâchement cruelles listes de la cour, ceux de l'assemblée, ceux de la plus vile populace viennent empester des provinces se proposaient un but différent. les classes les plus élevées d'une sainte cor- Le roi avait ses appréhensions, la reine ses ruption et d'une férocité sacrée. Lorsque la répugnances; ce que voulait Bouillé, Bresuperstition est bien étailie sur une large teuil le rejetait. Au-deçà du Rhin, les émibase et sur d'antiques traditions , lorsque le grés, qu'un malheur commun ne put réunir, fanatisme la travaille avec ardeur et l'exalte jouaient à une loteric politique, dont le avec adresse , il n'est point d'attentats dont tirage devait se faire à Paris : qui plaçait sur elle soit effrayée. Elle commet le crime en Breteuil; qui , sur Calonne; qui , sur le roi; cxpiation du crime : plus elle a de fureur, qui, sur la reine ; qui, sur Monsieur; qui , plus elle se croit de zèle; et son aveugle bonne sur le comte d'Artois; qui, sur le prince de foi pense s'ouvrir les cieux par des forfaits Condé. Qu'arriva-t-il ? Robespierre, à la qui feraient frémir les enfers. Elle multi- tête du peuple du 6 octobre, terrassa le plie les supplices, elle invente les tortures, peuple du 14 juillet , et celui de l'assemblée elle sanctifie l'espionnage, la délation, le constituante, et celui-là même qui format pillage, le meurtre; et si le remords pé- la nation. Les royalistes de l'assemblée connètre dans la conscience que Dieu lui donna, stituante triumphent de ceux du parlement, elle trouve les allégresses de l'Église et les et de ceux de la cour, et de ceux des projoies du paraclis dans la conscience que le vinces. Ils sont vaincus à leur tour par les sacerdoce lui a faite.

royalistes de Condé , qui succombent outre

Rhin devant ceux de Breteuil, qui succom- de Charles Ier. On se figure que la liberté bent devant les Vendéens , qui succombent demande un échafaud pour trône et pour eux-mêmes devant les chouans et les chauf- sceptre un poignard. Je ne sais quelle ter. feurs, dépassés à leur tour par la machine rcur inspire le titre de révolutionnaire ; infernale. Le même arriva en 1815: la France mais il est des époques ou les révolutions fut asservie par la chambre; la chambre, sont nécessaires , quoi qu'on dise, et inévi. par les Brassard, les Verdet, les compa- tables , quoi qu'on fasse. Si les gens de bien gnics secrètes, les comités secrets, les jć- se réunissaient pour les opérer avec sagesse suites , les Trestalion , les Trufémi, les mi- et lenteur, elles s'accompliraient sans déssérables qui voulaient des crimes, et ceux ordre et sans trouble. Mais, en face de ces qui poussaient aux crimes , et ceux qui exé- terribles cataclismes, la prévoyance s'aveucutaient les crimes. Le premier succès est gle, le courage se glace, et les plus honnêtoujours à l'exagération. La modération ne tes gens espèrent qu'une modération passive triomphe qu'avec la raison et le temps. C'est abritera leurs destinées contre les tempêles. quand Ja lie se precipite , quand l'écume s'é- Bientôt les ambitieux s'emparent du mou. vapore, que le fleuve reprend sa limpidité. vement social , les intrigants fanatisent les Le désordre cesse, quand les intrigants masses , les masses se soulèvent, le trouble disparaissent, et que les factieux sont con commence, les haines éclatent, le sang tenus.

coule, et tout est englouti. Pagès. Les révolutions libres de crimes, impo

RÉVOLUTIONS DU GLOBE. Voyez santes par leur autorité, s'accomplissent Animaux FOSSILES , Fossiles, Terre et toujours par

les sommités sociales ; et l'ordre Volcan. n'est point troublé, parce qu'elles n'appellent REWBELL ( JEAN-BAPTSTE), l'un des point à leur, aide les masses intéressées au membres du directoire exécutif de France, désordre. Le sénat chasse les Tarquins ; né à Colmar en 1746, était bâtonnier de Rome obtient les lois sacrées ; le parlement l'ordre des avocats d'Alsace lors de la conexpulse les Stuarts, et tout est consommé. vocation des états-généraux. Député à celle Mais si l'on sort du cercle des intérêts, des assemblée par le tiers-état de sa province , besoins., des principes, pour mettre les pas, il s'y montra , dès son début, l'un des plus sions en présence, ne voyez-vous pas aus- chauds partisans de la revolution, prit part sitôt puritains , presbytériens, anglicans, à toutes les délibérations qui attaquaient catholiques, jésuites, cavaliers, têtes rondes, la monarchic, provoqua la spoliation des les communes qui veulent envahir le pou- princes étrangers possessionnés en Alsace , voir, les pairs qui le convoitent, l'armée poursuivit les nobles et les prêtres, et fut qui le réclame, Cromwell qui l'usurpe, et l'un de ceux qui sollicitèrent avec le plus la guerre civile , ensanglantant l'arène , où d'ardeur une loi contre l'émigration. Nommé toutes les haines déchainées luttent avec fu. après la session procureur-syndic dans le reur ? Combien fut plus imposante la révo- département du Haut-Rhin, Rewbell fut Jution américaine ! L'Union avait besoin d'in ensuite député à la convention nationale, et dépendance ; elle proclama la liberté

у devint l'un des accusateurs de Louis XVI; l'Amérique tira l'épée , et fut libre. mais ayant été envoyé à Mayence , peu avant

Le pouvoir mésuse de la terreur qu'in- l'époque du jugement, il ne coopéra au vote spirent les révolutions. Il marche en paix de mort qae par son adhésion. Quels que fusvers le despotisme, assuré que les possidenti sent les principes politiques de Rewbell, il ren'oseront jamais susciter le désordre. Les cula cependant devant le règne de la terriccos hombres n'aiment pas que le sol trem. reur, et se tint à l'écart pendant presque ble, et craignent de l'ébranler ; ils courbent toute la durée de cette funeste époque ; la tête et portent le joug. Qu'arrive-t-il ? mais s'il désapprouva les crimes de Robes: Les masses se réunissent; la révolution se pierre, il ne fut pas non plus au nombre des lève ; et ceux-là sont les premiers martyrs hommes courageux qui osèrent l'attaquer, qui refusèrent d'être les premiers apótres. et ne se prononça hautement contre les S'ils eussent préparé la catastrophe sociale, jacobins qu'après la journée du 9 thermidor ils l'auraient maitrisée , ils en eussent été Devenu membre du comité de sûreté généles chefs. Elle s'opère sans eux ; ils en sont rale, bientot après président de la convenles victimes. Les révolutions modernes sont tion , Rewbell fit successivement partie du dominées par les ombres de Louis XVI et comité de salut public et du conseil des T'ome 19.

59

« PreviousContinue »