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parce que , par sa propre essence , le pavil- dura que peu d'années , et déjà le directoire lon ennemi entrainait la confiscation du exécutif de la république française avait, navire, et même accessoirement celle de la par un message au conseil des Cinq-Cents, cargaison, à moins que, par des traités provoqué le rétablissement d'une juridicspéciaux , tels qu'il en a existé avec quelques tion spéciale, comme étant plus en harmopuissances, et notamment avec plusieurs nie avec les besoins de la politique et avec États barbaresques, la cargaison ne fût af- les usages de toutes les nations maritimes , franchie, même sous pavillon ennemi, ce quand, le 26 ventôse an VIII, le nouveau qui ne pouvait être qu'une exception. gouvernement, établi par la constitution de

En réduisant à ce peu de mots ce qui re cette année, obtint la loi en vertu de lagarde le pavillon ennemi, et en revenant quelle fut institué, peu de jours après ( le 6 pour un moment encore sur le pavillon neu- germinal), un conseil chargé de juger les tre (vrai foyer des difficultés qu'offre cette contestations relatives à la validité des prises matière), il parait convenable de rappeler maritimes (1). que l'affranchissement de la cargaison par A cette attribution principale se joignit le pavillon n'est pas le seul attribut dont explicitement celle de connaitre des échoueles neutres aient été privés, lors même ments sur les côtes du territoire français , qu'il n'y avait ni contrebande de guerre , ni lorsque la qualité neutre ou ennemie des destination pour un port bloqué réellement. objets naufragés serait mise en débat : la

L'on a vu plus haut qu'à diverses époques même compétence s'étendait sur les recousla navigation des neutres avait été frappée ses ou reprises faites sur l'ennemi, et sur de restrictions d'un autre genre, et sou- les rançons ou transactions faites à la mer, mise à des investigations qui ne regardaient transactions très-susceptibles d'abus , et adpas seulement la question de propriété au missibles seulement lorsqu'elles étaient jusmoment de la capture, mais l'origine même tifiées par de graves circonstances. de certaines marchandises, et jusqu'à la L'examen des pièces de bord, c'est-à-dire route tenue par les neutres : c'étaient de des pièces trouvées sur le navire saisi; l'innouvelles entraves introduites par les lois et struction préliminaire faite sur les lieux où décrets qui avaient autorisé la capture des la prise avait été conduite, ou sur les côtes marchandises d'origine anglaise , quel qu'en où le navire avait échoué; enfin l'instruction fût le propriétaire, ou prononcé la confis- définitive faite devant le conseil, et le décation des navires qui auraient touché le sol veloppement des demandes et exceptions britannique, ou se seraient dirigés vers ce respectives des parties dans des mémoires pays.

communiqués et produits par leurs avocats : Dans un tel état de choses , et pour sta- tels étaient les éléments préparatoires de la tuer , en cas de confiscation, sur des inté- décision après laquelle les parties étaient rêts si graves et souvent si compliqués , il renvoyées devant d'autres autorités , soit était nécessaire que l'autorité publique in- pour la vente ou le partage des prises quand tervint en donnant des juges aux parties. la capture avait été jugée valide, soit

pour Dès le principe des hostilités, il n'existait le règlement des dommages-intérêts quand plus d'amirauté en France, et le jugement il en avait été alloué au capturé, soit pour des prises fut d'abord deféré au conseil exé- toutes autres liquidations accessoires à la cutif ou aux ministres de celte époque prise. (1793), qui prononçaient à vue des pièces de Il serait superflu d'entrer ici dans de plus bord , et d'après une instruction faite , soit amples détails , et de chercher , même dans par les administrateurs de la marine dans un simple aperçu , à donner une idée de les ports français , soit par les consuls de la jurisprudence suivie en cette matière duFrance, si les prises avaient été conduites rant la dernière guerre : cette jurisprudence eu des ports étrangers.

ne pouvait être que conforme aux règles Un peu plus tard, le comité de salut pu- alors tracées; et l'on a vu plus haut que blic s'établit lui-même juge des prises maritimes; et lorsque la constitution de l'an 3

(1) Ce conseil était composé d'un président nommé fut mise en activité, la connaissance de ces

parmi les conseillers ordinaires, d'un procureuraffaires passa aux tribunaux de l'ordre com

général, d'un substitut et d'un secrétaire-général, mun dans divers ressorts maritimes. Mais Cinq membres au moins devaient concourir au juge cette attribution à la justice ordinaire ne

mnenl.

des ac

ces règles étaient bien peu favorables à la ennemi (1), il s'est joint d'autres résultats qui neutralité.

méritent aussi d'être appréciés : des milliers Cependant, et par la raison même qu'il de matelots qui seraient restés inactifs dans était offert tant de latitude aux capteurs, il nos ports ont été employés par la course , et devenait d'autant plus juste de les obliger à plusieurs capitaines ont mérité , par se renfermer dans les limites qui leur étaient tes d'une rare intrépidité et par d'honorables imposées : ce devoir a été rempli, et il a été combats, que leurs noms fussent signalés relâché plusieurs prises, même aux époques parmi ceux des braves; tels ont été les Surles plus rigoureuses envers les neutres (1), coff, les Bavastro, les Garnier, les Pollet, qui, il fant le dire, se prêtaient à bien des les Mordeille, etc. simulations.

De ce qui précède y a-t-il lieu de conclure Bien plus : un bâteau pêcheur ennemi fit qu'en soi-même la course soit un bien ? naufrage sur la côte de France. Le conseil, L'auteur anonyme d'un très-intéressant ardans des vues philanthropiques, crut ne pas ticle inséré dans le présent Dictionnaire (2) devoir user des rigueurs de la guerre, et a exprimé le désir que les lettres de marque relâcha le bâtiment et l'équipage. Les fussent abolies et la course interdite. étrangers, et surtout le Transport Office, L'accomplissement de ce væu serait sans applaudirent à cet acte d'humanité qui n'a doute un grand bienfait pour le commerce pas, que l'on sache , été imité de l'autre côté de toutes les nations , et la guerre maritime de la Manche.

deviendrait un bien moindre fléau , si son Terminons, au reste, cette notice par un exercice ( circonscrit de telle sorte qu'il n'eût coup d'ail général sur l'état de la course lieu qu'entre vaisseaux de guerre) laissait à durant la dernière guerre.

tous les bátiments de commerce, sans disSi la législation qui l'a régie n'a été , en tinction d'amis, ennemis ou neutres, la faquelque sorte, que l'ouvrage des circonstan. culté de naviguer librement, sous les seules ces ou le produit de fâcheuses représailles, restrictions relatives à la contrebande de il n'en serait pas moins injuste de mécon- guerre et au cas de blocus : mais est-il pernaitre les services que la course a rendus au mis d'espérer une telle concession ? pays in statu quo.

Ce serait, en cette matière , beaucoup En effet, tandis que la marine de l'État obtenir qu'au moins le commerce neutre fút était, par sa faiblesse et ses revers, retenue protégé par de sages principes : telle serait, dans les ports, les corsaires français cou entre autres, la règle jusqu'à ce jour tant vraient les mers et faisaient une multitude

controversée , et qui , admise enfin, établic de prises légales, parmi lesquelles il y en rait que le pavillon neutre couvre la maravait d'une valeur immense.

chandisc; telle serait aussi la reconnaissance Il est remarquable aussi que jamais la police intérieure de la course n'avait été

(1) Le Porcher, bâtiment de la compagnie anmieux observée, ni les actes de piraterie glaise des Indes, avait une cargaison de plus de trois plus rares , et que si certaines captures in- millions; le Caninolm avec sa cargaison étail estimé validées ont donné lieu quelquefois à des plus de quatre millions : plusieurs autres prises apcondamnations en dommages - intérêts , du prochaient de cette importance ; celles de 100,000 å moins elles ne présentaient pas de délits à 200,000 franes ne tenaient qu'un rang médiocre; les

prises d'une valeur inférieure' á 50,000 francs étaient punir.

en très-petit nombre. Or, pendant l'exercice seuleAux pertes éprouvées par le commerce

ment du conseil des prises (espace de plus de qua

torze ans ), il a été prononcé plus de trois mille (1) L'auteur de cette notice , qui pendant près de confiscations. Qu'on applique maintenant à ce nomquatorze ans a présidé le conseil des prises, pour bre de captures el à chacune d'elles la valeur moyenne rait citer à l'appui de celle assertion plusieurs dé de 200,000 francs , ce calcul dongera plus de six cents cisions rendues par ce conseil ; mais de tels détails millions, et cependant il n'embrasse poial les prises sembleraient lors de place. Au surplus, un fort des huit années qui avaient précédé le consulat et grand nombre de décisions, à la rédaction desquels l'élablissement du conseil ; ni plus de dix-buil cents les un secrétaire-général très-instruit (M. Calmelet) prises sous pavillon ennemi, conduites dans les ports a eu la plus grande part, ont élé imprimées, et for- français, alliés ou neutres ; ni quatre mille deux ment un recueil où se font aussi remarquer les con rents saisies faites par les douanes, de marchandises clusions données par MM. Portalis père et Descolils, anglaises, et jugées par le conseil; ni enfia les prises en qualité de procureurs-généraux, sur plusieurs conduiles dans les colonies. questions de droit public.

(2) Voyez le mot Maritime (Code ).

SIERS.

du principe qu'il ne peut exister de blocus le moins puissamment, l'angle réfringent en l'absence de forces propres à le constituer ne saurait avoir plus de 81° : dès lors si un réellement. Mais, dans la diversité des inté- tel prisme était quadrangulaire , il y aurait rêts ou des vues , est-il croyable que toutes au moins deux des angles qui ne pourraient les puissances s'accordent franchement sur être d'aucun usage, et ce nombre augmences points capitaux ? Et quand ils seraient terait à mesure que les faces latérales sereconnus dans un congrès, qu'est-ce qui en raient plus multipliées. garantirait l'exécution , le cas de guerre Indépendamment des prismes dioptriques avenant ?

qui servent à disperser la lumière, il en est Dans les grands conflits d'État à État, il d'autres que l'on nomme achromatiques, et est peu de règles qui puissent résister à la qui, formés de substances dont la faculté volonté contraire de celui qui est le plus fort, dispersivc est variable, réfractent la lumière et la raison publique a bien des pas à faire sans la décomposer , ou plutòt la recompodans les cabinets des souverains pour y trou sent en lui faisant éprouver des déviations ver un remède efficace à un tel mal. (Voyez en sens contraire. (Voyez le mot DISPERBlocus , COMMERCE , CROISIÈNES, MARITIME s10n.) (Code ) et Prohibition. BERLIER.

Quelquefois enfin à la suite du mot prisme PRISEUR ( COMMISSAIRE ). Voyez Huis on ajoute le nom de la substance réfringente

dont il est composé : ainsi l'on dit prisme de PRISME.( Physique.) Ce mnot est employé verre, prisme de flint, prisme d'eau, prisme par les géomètres pour désigner les polyė- d'air, etc. On conçoit que lorsqu'il s'agit dres dont la surface est formée par des plans d'un liquide ou d'un fluide élastique, ces parallélogrammes, et qui supérieurement et matières doivent être renfermées dans une inférieurement sout terminés par des poly capacité formée de lames diaphanes , dont gones égaux et parallèles que l'on nomme chacune d'elles a ses faces opposées paralbase. Un prisme est droit ou oblique, sui lèles, afin de rendre nulle l'influence spévant que les aréles produites par la rencon ciale qu'elles pourraient exercer sur la lutre des faces latérales sont perpendiculaires. mière.

THİLLAYE. aux bases , ou forment avec elles des angles PRISONS. (Politique et Législation. ) On plus ou moins aigus. Au surplus , pour ca. donne le nom de prison à tous les lieux desractériser les diverses espèces de prismes, tinés à renfermer des coupables, et ceux on dit qu'ils sont triangulaires, quadrangu- qui sont prévenus d'un crime , d'un délit ou laires, etc., suivant le nombre des cotés d'une infraction quelconque au pacte social. que présentent les polygoues qui leur ser Il est probable qu'en se réunissant en sovent de bases.

ciété , les hommes songèrent à s'assurer de Pour obtenir la surface d'un prisme, il ceux qui voudraient en troubler l'ordre , et suffit d'ajouter à celle des deux bases le qu'en fondant des villes ils y construisirent produit du contour de l'une d'elles par une des bâtiments particuliers qui ne devaient des arêtes du solide, de même que l'on en servir qu'à renfermer des criminels , soit détermine le volume en multipliant la sur pour les punir, soit pour les mettre seuleface d'une des bases par la hauteur du ment dans l'heureuse impuissance de nuire. prisme, c'est-à-dire par la perpendiculaire L'Égypte, la Grèce et Rome nous offrent abaissée de l'un des points de la base supé- les premières traces de ces lieux de réclurieure sur la base inférieure.

sion, dont l'établissement était sans doute Les physiciens emploient encore d'une nécessaire à la sûreté des peuples , mais manière spéciale le mot prisme pour dési- dont on a tant abusé, où le despotisme a gner ane masse de verre ou de tout autre creusé tant de cachots, où la superstition a substance diaphane, servant à décomposer précipité tant de victimes , où l'accusé a été la lumière ; sa forme est le plus ordinaire- souvent mille fois moins criminel que l'acment triangulaire, parce que l'angle com cusateur. pris entre les deux faces qui livrent passage Il parait, d'après les historiens de l'anti. aux rayons lumineux ne peut aller au-delà quité, que les prisons de ces temps éloignés d'une certaine limite facile à déterminer étaient composées de pièces ou d'apparteJorsque l'on connait la faculté refringente de men's séparés, plus ou moins commodes, la matière. Dans un prisme de verre , qui dont le séjour était plus ou moins affreux. de tous les corps solides est celui qui réfracte Souvent les prisonniers étaient gardés dans Tome 19.

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un simple vestibule , où ils avaient la liberté vait les égards que l'on doit au malhcur , la de voir leurs parents et leurs amis. Socrate, barbarie substitua d’affreux souterrains creucondamné à boire la ciguë, put, avant d'a- sés dans le roc, et de vastes carrières , dont valer le fatal breuvage , s'entourer des per on ferma exactement toutes les issues. On sunnes qu'il aimait et qu'il estimait le plus. les désignait sous le nom de lantumiæ et Quelquefois aussi les détenus étaient ren- de lapidicinæ. On les confondit souvent avec fermés dans d'obscurs souterrains. Cela te- des mines où l'on incarcérait certains criminait à la gravité vu à la qualité des crimes nels; mais c'étaient des prisons très-distincqui motivaient l'arrestation. Les Romains tes , qui différaient par les tourments qu'on avaient des fosses humides et infectes pour faisait subir à ceux qui y étaient plongés. cachots : Jugurtha fut jeté dans un de ces Dans les unes , le détenu pouvait au moins cloaques. La plupart des exécutions se fai- disposer de lui-même dans l'étroite enceinte saient dans les prisons , surtout pour ceux qui lui était tracée; dans les autres, chargé qui étaient condamnés à être étranglés ou de fer, on le destinait à mourir lentement au supplice du philosophie d'Athènes. sur le roc auquel on l'attachait.

On lit, dans l'Abrégé de l'histoire romaine Les lois romaines font mention de difféd'Eutrope que ce fut sous le règne de Tar- rents employés à qui l'on confiait l'adminisquin-le-Superbe que l'on vit les premières tration et l'inspection des prisons, et de prisons dans la ville de Romulus ; mais les ceux que l'on chargeait de la garde des déécrivains ne sont pas d'accord à cet égard, tenus. Toutes les dépenses qu'exigeaient les et la plupart rapportent ces établissements maisons d'arrêt s'inscrivaient sur des regisde sûreté publique à Ancus Martius. Ce mo- tres, et l'on en avait un particulier où l'on narque, disent-ils, fonda la première maison constatait le nombre des prisonniers , leur d'arrêt, et, après lui , Servius-Tullius y ajouta nom, leur état, et le crime dont ils étaient un cachot, que l'on désigna long-temps sous accusés. Des hommes , que l'on appelait comle nom de tullianum. Juvénal, qui n'est peut- mentarii , tenaient ces registres. être pas une grande autorité en histoire , as. Outre les maisons de force, il y en avait sure que Rome n'eut qu'une seule prison que l'on pourrait regarder comme des prisons sous ses rois et sous sa république, depuis libres : on y était sous la simple surveillance sa fondation jusqu'à la bataille d'Actium, d'un magistrat et confié à sa garde. On avait qui lui assura l'empire du monde, et qui aussi quelquefois son propre domicile pour l'asservit en même temps à la domination de arrêt. Ces prisons domestiques, ces char.' ses empereurs. A cette maison de réclusion, tres privées , furent supprimées par les lois qui suffit pendant sept siècles à prévenir, ré- de Trajan et d'Antonin, mais permises ceprimer ou punir les désordres , Tibère , le pendant encore dans de certains cas. Ainsi, successeur d'Auguste , en fit construire une

par exemple, un père renfermait souvent nouvelle que l'on nomma prison de ma chez lui un fils dont la conduite était peu rémertin.

gulière ; un mari pouvait donner sa maison Les prisons, si rares sur le Tibre sous les pour prison à une femme qui avait manqué monarques et les consuls, se multiplièreut ses devoirs ; un maître avait la faculté bientôt à l'infini sous l'empire , et l'on voit d'exercer le même droit sur son esclave. par les actes des apôtres et ceux des martyrs, Les ecclésiastiques , dès les premiers sièpar les historiens ecclésiastiques des pre- cles du christianisme , eurent comme les miers siècles, par les jurisconsultes et les pères, les époux et les maitres, leur police interprètes des lois de la même époque , qu'il particulière : chaque ordre , chaque monasy avait peu de villes dans les vastes États des tère , chaque évêché eut sa prison. Mais dans Romains qui n'eussent une prison. Les Cé ces temps de ferveur, où la cbarité ne faisait sars avaient aussi fait construire des maisons de tous les fidèles qu'une seule famille, où parfaitement distinctes de ces lieux de re- les ministres des autels aimaient leur proclusion , que l'on appelait mala mansio, ou chain comme eux-mêmes , où ils étaient les l'on faisait subir la torture ou quelque autre parfaits modèles de toutes les vertus évangé. supplice de ce genre aux accusés, pour les liques , la sévérité que l'on exerçait envers forcer à l'aveu de leurs crimes , et les obli un moine, un religieux ou un membre du ger à faire connaître leurs complices. clergé, était moins une punition qu'on lui

A des prisons où l'on respectait d'abord infligeait qu'un moyen qu'on lui offrait de les droits sacrés de l'humanité , où l'on trou. réparer une faute et de devenir meilleur.

Les lieux où l'on renfermait ces prêtres et longue durée : vingt-sept ans après, en 844, ces cénobites qui avaient à se reprocher le concile de Verneuil ouvrit de nouveau les quelques faiblesses humaines , s'appelaient prisons , et ordonna que les religieux prévadecanina ; et si l'on usait quelquefois de ri- ricateurs ou apostats seraient punis par une gueur envers les membres du clergé séculier détention indéfinie. On imagina une prison ou régulier qui avaient violé les canons dans où la lumière du jour ne pénétrait jamais, et des points essentiels, cette rigueur était ou le captif devait terminer sa malheureuse tempérée par les consolations d'une charité carrière. Ces antres ténébreux furent connus sans bornes. Les supplices n'approchaient sous le nom de vade in pace.

Pierre-le-Vénéjamais des decanina , c'était le repentir que rable nous apprend qu'un Matthieu , d'exél'on demandait aux coupables; on était loin crable mémoire , prieur de Saint-Martinde croire que les tourments pussent rame- des-Champs , à Paris, fit construire dans cette per à la verlu , que les échafauds pussent abbaye un souterrain en forme de tombeau, opérer la conversion du pêcheur.

et y enserma à perpétuité un de ses moines, Mais lorsque la superstition égara des âmes dont la mauvaise conduite avait résisté à tous plus honnêtes qu'éclairées , lorsqu'un fana- les châtiments. Saint Benoit rendait au monde tisme aveugle arma les chrétiens les uns les moines qui refusaient d'obéir à la règle, contre les autres , la simplicité évangélique il ne les assassinait pas. (Voyez Ordres Refit place aux fureurs de l'intolérance; les LIGIEUX.) moines partagèrent la démence générale; ils Le bourreau de Saint-Martin-des-Champs devinrent plus féroces et plus barbares que trouva bientôt des imitateurs. Sa férocité les juges mêmes , que l'intérêt de la société devint la vertu d'un grand nombre de ses force à s'armer de toute la rigueur des lois confrères, et une infinité de monastères ne contre le crime. Leurs decanina devinrent tardèrent pas à avoir leurs souterrains et d'affreux tombeaux, où ils plongèrent leurs leurs victimes. Dans ces sépulcres vivants , malheureuses victimes, sans égard pour l'infortuné qu'on y enchaînait, n'avait, pour l'âge , l'ignorance ou la faiblesse; les pri- prolonger sa longue agonie, qu'un pain sons monastiques ne furent plus que d'hor- noir et une eau sale et dégoûtante. Privé de ribles charniers ou les bourreaux sacrés, de toutes consolations, de tout commerce couverts du saint habit d'un Dieu de paix, avec les vivants, plongé dans une épaisse clément et bon , inventèrent et organisèrent nuit, dans une atmosphère infecte et pestipieusement tous les supplices. Des abbés, lentielle , sa vie n'était plus qu'on long supdont la charité n'était que du fiel , la piété plice. Le silence de son tombeau n'était inque de la fureur, la religion que du fana- terrompu que par les accents plaintifs de sa tisme et de l'intolérance , ne se bornèrent pas douleur ; et s'il résistait à l'activité du mal, à renfermer leurs religieux dans la nuit pro- il succombait à sa durée. Il exhalait son derfonde des cachots ; ils les mutilèrent sans nier soupir dans les accès du désespoir et de pitié , leur arrachèrent la langue, leur cre- la rage. vèrent les yeux, et leur firent subir dans les Le secret de tant d'horreurs fut enfin réhorreurs des prisons toutes les angoisses de vélé. En 1351, le 27 janvier, nous dit Fleury la plus lente et de la plus douloureuse ago- dans son Histoire ecclésiastique, tome 21, nie. Ces atrocités sont consignées dans les livre 35, $ 56, le vicaire-général de l'arcapitulaires de Charlemagne, et les canons chevêque de Toulouse , Étienne Toldebrand du concile de Francfort , qui s'élevèrent avec vint, de la part de ce prélat, le dévoiler au indignation , en 785, contre ces attentats, roi Jean, pendant le séjour que faisait ce dont l'abbaye de Fulde et d'autres monastè- princc à Villeneuve , près d'Avignon , sur le res offraient l'horrible et dégoûtant tableau. Rhône. Le monarque français , épouvanté

Cependant il s'opéra bientôt une ligne de cette fureur sacerdotale , ne balança pas sacrée entre la puissance spirituelle et l'au- à pénétrer dans ces infernales prisons, et à torité temporelle pour rappeler des moines en arracher les victimes. Il eut besoin de barbares à l'humanité, la première vertu du toute son autorité pour forcer à l'obéissance chrétien et la base de toutes les autres. En les mineurs et les frères précheurs , qui de817, l'assemblée d'Aix-la-Chapelle avait fermé vaient leur institution à la politique ambiles prisons monastiques; mais cette sage me tieuse de Grégoire VII. Celle milice grossure , cette modération si propre à ramener sière et vagabonde de l'évêque de Rome , au devoir les cours égarés, ne fut pas de outrée de voir s'échapper de ses mains le

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