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RUE RICHELIEU, 14.

ÉCONOMISTES ET PUBLICISTES CONTEMPORAINS.

PRINCIPES

D'ECONOMIE POLITIQUE

AVEC

QUELQUES-UNES DE LEURS APPLICATIONS

A LA PHILOSOPHIE SOCIALE

PAR

M. JOHN STUART MILL

TRADUITS DE L'ANGLAIS

PAR MM. H. DUSSARD ET COURCELLE-SENEUIL

Et précédés d'une Introduction par M. Courcelle-Seneuil.

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Les économistes anglais ont fait, depuis le commencement du siècle, des travaux nombreux et importants sur plusieurs branches de la science des richesses ; mais aucun d'eux jusqu'à ce jour n'avait considéré l'économie politique dans son ensemble et dans ses rapports avec les autres sciences qui ont pour objet l'étude de l'homme et de la société ; aucun d'eux n'avait repris, dans toute son étendue, l'oeuvre d'Adam Smith.

M. John Stuart Mill a tenté cette grande entreprise, et, au jugement de ses compatriotes et des savants des divers pays de l'Europe dans lesquels on a traduit son ouvrage, il a réussi. Son livre, sanctionné par le succès et par le suffrage des hommes les plus éclairés, est au moins un des plus remarquables qui aient été publiés sur cette matière. C'est l'ouvre d'un esprit éminent, d'une intelligence pénétrante, mise au service d'une volonté consciencieuse, patiente; d'un homme qui n'a mis en avant aucune proposition sur laquelle sa méditation ne se fût longtemps arrêtée, et dont le système est complet.

L'auteur des Principes d'économie politique est un disciple de Ricardo, de Malthus et de Bentham. En reproduisant et en coordonnant les maximes et les doctrines de ses prédécesseurs, il les a singulièrement étendues et agrandies ; il en a tiré des conséquences hardies qui portent sur tous les points de ce qu'on peut appeler la science sociale. Au lieu de se restreindre à l'exposition des phénomènes purement économiques, il a cherché quelles pouvaient, quelles devaient être les applications de la science; il n'a pas voulu qu'on pût mal interpréter la tendance générale de ses théories, et porter contre elles les accusations dirigées, à tort ou à raison, contre celles de ses prédécesseurs. Il a présenté lui-même ses conclusions sociales, laissant à ses lecteurs le soin de les approuver ou de les blâmer.

Mais il est impossible d'échapper à toute critique, surtout lorsque l'on conclut hardiment : des esprits ombrageux ont formulé contre M. Mill l'accusation banale de socialisme. Si, par ce mot dont le sens est peu défini, on désigne des tendances libérales, M. Mill a encouru l'accusation. Mais s'il s'agit, soit d'un mépris violent et systématique du droit de propriété, soit de la conception d'un idéal dans lequel serait sacrifiée la liberté humaine, personne n'a moins mérité ce reproche que l'illustre économiste.

Les Principes d'économie politique sont divisés en cinq livres. Dans le premier, l'auteur traite de la production, et dans le second, de la distribution des richesses, notamment des diverses lois d'après lesquelles sont partagés, dans divers pays, les produits de la terre. Dans ces deux livres, il n'est question ni de l'échange, ni des phénomènes nombreux et variés qui s'y rattachent. L'échange fait l'objet du troisième livre, qui comprend ainsi la plupart des matières sur lesquelles roulent les traités

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d'économie politique. L'auteur a su donner tout l'attrait de la nouveauté aux questions qui avaient été déjà discutées et rebattues par des esprits éminents, à la définition de la valeur, par exemple, que l'on peut à juste titre considérer comme classique dans cet ouvrage. L'exposition de la loi de la rente et des phénomènes qui s'y rattachent mérite aussi une attention particulière par la précision et la netteté avec lesquelles l'auteur a traité cette partie de son sujet.

On sait avec quelle supériorité il avait déjà établi dans un essai spécial la théorie du commerce extérieur et exposé la loi d'après laquelle se font les échanges entre nations. Cette théorie, un peu abstraite, mais que l'on peut qualifier de découverte, se trouve énoncée dans cet ouvrage avec une grande clarté.

Le quatrième livre est, en quelque sorte, la philosophie de l'économie politique. Après avoir , dans les premiers , fait l'analyse des phénomènes et des forces économiques, l'auteur en a fait la synthèse dans le quatrième. C'est là qu'il expose la théorie des grands phénomènes que l'action combinée des diverses forces élémentaires produit dans les sociétés civilisées et qui sont dans un état de progrès économique incontestable. C'est dans cette partie de son ouvrage que l'auteur a abordé avec une grande élévation de pensée et une impartialité scientifique remarquable les questions sociales les plus élevées et celles qui ont le plus préoccupé les esprits dans ces dernières années.

Le dernier livre traite de l'application des principes de l'économie politique à l'établissement de l'impôt, à l'administration et au gouvernement. Ici le sujet touche presque par tous les points à la politique, comme lorsqu'il s'agit , par exemple, définir et déterminer les attributions du gouvernement ; de répartir l'impôt de la manière la plus équitable ; de critiquer les effets économiques d'anciennes lois, d'anciennes institutions politiques ; d'exposer d'une façon pratique les principes en matière de liberté.

On peut voir, par ce simple exposé, que l'ouvrage embrasse un sujet très-étendu, très-varié, et que l'auteur y a renfermé beaucoup de matières en peu d'espace. Anssi les Principes d'économie politique sont-ils un des livres les plus remarquables et les plus dignes de devenir classiques qui aient été faits de notre temps, parce qu'il en est peu qui soient plus propres que celui-ci à faire penser.

Au reste, il a été généralement apprécié. En Angleterre, il a conquis une grande autorité, et plusieurs mesures importantes, proposées au Parlement par le cabinet actuel, prouvent que les doctrines dont M. J.-St. Mill a été l'interprète sont fortement représentées dans les conseils d'un gouvernement qui met sa gloire à observer, dans tous ses actes, les préceptes de la raison et de la science. Les Principes d'économie politique seraient l'exposé des motifs de plusieurs mesures de politique intérieure adoptées ou proposées en Angleterre, s'ils n'étaient en même temps l'exposé le plus bref, le plus complet et le plus clair des lois économiques, telles qu'elles ont été constatées au jour où nous sommes par les penseurs les plus éminents.

Cette traduction, confiée à deux hommes auxquels la langue anglaise et la science économique sont également familières, se recommande par sa correction, son extrême fidélité, par son élégance même, chaque fois que la rigueur des formules scientifiques ne s'y est pas opposée. Les traducteurs ont eu constamment pour but de respecter la pensée de l'auteur et même sa forme, sans y rien ajouter, ni retrancher, de manière à conserver à l'ouvrage son haut caractère scientifique, et à le rendre digne de remplir, dans toutes les bibliothèques des personnes qui étudient l'économie politique, la place importante qu'il occupe en Angleterre.

Les Principes d' Économie politique de M. Mill font partie de la Collection des Économistes et Publicistes contemporains. Ils forment deux forts vol. in-8°. Prix, 15 fr., et, franco, 18 fr.

TYPOGRAPHIE HENNUYER, RUE DU BOULEVARD, 7. BATIGNOLLES,

Boulevard extérienr do Paris.

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