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'opérer le remboursement de la somme pretée et des intérêts. La caisse a facilité le débit de la loterie, en avançant aux joueurs le capital, ou à peu près, de leur mise. Cette avance leur a été faite en billets de caisse, rendus inexigibles par l'arrêt de surséance. Ainsi les joueurs sont les vrais prêteurs; les porteurs de billets de caisse, mis sur la place par cette opération, courent seuls le risque de la solvabilité du roi; et les actionnaires,qui n'ont avancé que du papier douteux, et qui n'ont pas

livré leurs propres deniers, sont, au moyen du prix qu'ils ont retiré des billets de loterie, entrés en partage des intérêts que le roi leur alloue, et qu'ils se sont fait payer d'avance:

» Il ne restoit plus qu'à ennoblir cette savante manoeuvre; l'assemblée des aetionnaires l'a qualifiée, dans ses registres, de

la chose publique!..... de reconnoissance des soins paternels de sa majesté pour le bonheur de ses peuples!... (1).

zète pour

(1) Voyez l'extrait des registres des délibérations des actionnaires de la caisse d'escompte, du 8 janvier 1789, publié avec l'arrêt du 17 janvier 1789, gai homologue ces délibérations.

» MESSIEURS, il ne faut pas s'étonner qu'après de tels coups d'essais, on vous, offre des renseignemens sur le crédit; il n'y a là qu'une impropriété d'expression.

C'est de l'art de rendre fécond le discrédit .même, que ces Messieurs veulent nous instruire ; car le crédițn'est pas une science, c'est le résultat simple de la régularité et de la bonne foi.

» Qu'ils nous donnent donc ces renseignemens : les détails secrets ne seront pas moins étonnans que les faits publics. Nous apprendrons, par exemple (car cela tient sans doute à la science du crédit), comment, tandis qu'elle est depuis un an sans payer ses billets , la caisse d'escompte achète néanmoins des terrains spacieux, met les _architectes au concours., et ; se dispose de bâtir des palais,

» Mais c'est assez vous entretenir des Légaremens de cette caisse. Il est encore plus important de les faire cesser, que de les décrire. Håtons-nous, ou de demander la révocation de l'arrêt de surséance, afin

la caisse d'escompte remplisse ses en, gagemens selon les conditions de son établissement, ou d'ordonner que sa liquidą.

que

tton soit incessamment faite, et qu'en attendant.elle cesse toute émission de billets puisque, ne pouvant pas les payer à préseitation, elle ne fait, en les répandant, qu'augmenter les embarras et accroître les inquiétudes. » Si, comme on n'en doit

pas

douter, elle reprend ses payemens,

elle se contrain dra elle-même à de sages mesures. Le discrédit cessera de s'aggraver parelle; la confiance renaîtra du moins dans l'esprit de ceux qui jugeront sainement de notre situation, qui verront la sûreté de l'empire dans la généralité du vou national; car un très-grand credit s'attache, aux constitutions libres, aux loix que désire la masse entière d'un peuple. Eh! quand des loix, et non des caprices, gouvernent une puissante nation; quand, depuis le monarque jusqu'au plus pauvre des sujets, chacun connoit ses droits et ses devoirs ; quand remplissant les uns, on est assuré de jouir des autres, qui peut craindre de confier sa. fortune à d'aussi grandes sûretés ?

>> Mais , MESSIEURS, lors même que la cais e descompte se. verroit contrainte à liquider son établissement , tout nous presse

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également de la ramener à l'ordre. On ne peut l'en dispenser par aucune raison légitime; et si les administrateurs veulent être sincères, ils conviendront que c'est contre le sentiment, contre les sollicitations des hommes éclairés, versés dans les affaires, expérimentés dans l'exploitation des banques publiques, que la caisse d'escompte s'est mise au-dessus de ses engagemens. Ils conviendront qu'en tout état de cause, le parti le plus sage étoit de se résoudre aux sacrifices nécessaires pour ne pas interrompre lepayement des billets, et d'assortir leurs opérations subsequentes à la nature des circonstances publiques.

» Ils prétendent se justifier en insinuant que plusieurs maisons de banque seroient dans l'impossibilité de remplir leurs engagemens, si la caisse leur refusoit le secours de ses billets , quoiqu'elle ne les paye pas, et qu'il en résulteroit une suite de fâcheux contre-coups. Vain subterfuge! C'est ainsi que

la

corruption s'éiablit; car, en admettant de pareilles objections, on ne tient plus à aucun principe. Ceux qui font reposer leurs entreprises sur le fréle appui d'un établissement affranchi des règles de la confiance, méritent tous les malheurs aux quels ils s'exposent. La caisse d'escompte doit savoir éviter les débiteurs dangereux; 'on doit savoir l'éviter elle-même, aussi-tôt que sa marche ne peut plus garantir sa fidelité : le contraire n'est qu'une extravagance à laquelle on ajoute encore , en voulant que le gouvernement la favorise.

» Qu'on nous réponde sans ambiguité aux questions suivantes.

» 1°. Des secours prêtés sans cesse, non seulement à qui n'a pas de quoi les rendre, mais à qui ne possède pas beaucoup au delà de la somme prétée, ne sont-ils pas toujours dangereux pour la caisse ? Et s'il est nécessaire, pour favoriser ces sortes de secours ; de laisser subsister l'arrêt de surséance, ne faudra-t-il pas qu'il subsiste toujours? Y a-t-il un moment connu où l'on puisse cesser de craindre le risque attaché à ces sortes de secours, dès qu'une fois les banques les accordent?

» 2°. Les secours prêtés à ceux qui possèdent beaucoup au delà de la quotité du prét, ne peuvent-ils pas être retirés sans autre inconvénient que celui de les forcer de réduire leurs opérations, à renoncer à

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