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Pensent-ils que leur imprévoyance ne soit. qu'une faute légère aux yeux des milliers de porteurs de leurs billets ? Quelle idée se faisoient-ils donc du retour à la liberté, s'ils se sont attendus à suivre impunement, sous son régime, 'une marche

que

le despotisme seul pouvoit protéger?

» Pour nous , MESSIEURS, nous ne devons plus souffrir le règne des illusions et de la violence; la sagesse nationale doit porter son flambeau sur toutes ces notions obscures, fantastiques, avec lesquelles on promène alternativement les esprits, de la crainte à l'espérance. Elle doit proscrire à jamais de l'administration des finances , ces arrêts dans lesquels le gouvernement se respecte assez peu pour demander, pour ordonner l'impossible, ces arrêts qui commandent la confiance dans le tems même où on la détruit.

» En révoquant la surséance, en la cona damnant pour toujours, nous poserons véritablement la première pierre de l'édifice sur lequel portera désormais le crédit national.

..) En déterminant cette révocation , en imprimant aux arrêts de surséance leur yras

caractère, celui d'une surprise faite à l'au. torité, vous renverrez, je l'ai déja dit, la caisse d'escompte à une industrie sage et légitime, et les administrateurs commenčeront enfin à s'instruire de leurs devoirs.

» Ils étudieront la science des banques, publiques; ils se formeront au genre de prudence qui leur convient. Sagement partagés entre le désir de rendre leur établissement avantageux aux actionnaires, et l'obligation de respecter la foi publique, ils seront forcés de surveiller et de contre-balancer ces opérations clandestines , qui tout-à-coup livrent la guerre au numéraire effectif, et empêchent son utile circulation dans tout le royaume. C'est ainsi que

la banque de Londres se maintient honorable. ment contre la variété indéfinie des évènemens, dont les uns favorisent ses opérations, les autres les contrarient.

» La caisse d'escompte se gardera surtout de la folle ambition de vouloir éten. dre son empire sur trut le royaume, et de prétendre à devenir banque nationale (i);

(1) Voyez l'article important et lumineux d'une banqne nationale, dans les opinions d'un créancier de l'état, pag. 34 et suivantes.

ce

Ce titre obligeroit-il la nation à répondre des engagemens d'une telle banque ? Cette prétention seroit une démence ; et si le titre de national n'emporte pas la garantie de la nation, que signifiera-t-il ? Déploierons-nous toujours les enseignes du charlatanisme ? »

« Peut être aurons-nous besoin d'une caisse nationale ; peut-être l'industrie des banques sagement réglées , conviendra-telle pour un peu de temps à l'administra. tion de nos finances ; mais gardons-nous des piéges de l'intérêt particulier; craignons cette longue habitude de la capitale, de chercher dans les besoins de l'état des occasions de fortune. Le crédit résultant idé. sormais des volontés nationales, n'a *nul besoin d'appui étranger. Que le commerce ait autant de banques qu'il voudra , leur concurrence lui sera toujours utile ; mais une banque nationale, une banque' qui prétendroit, dans ses opérations, être tont à la fois l'appui du commerce et celui de l'état , ne présente que les dangers ; celui sur-tout d'offrir à la puissance exécutive les moyens d'éluder les décrets du corps législatif, de se procurer des secours d'ar: Tome I.

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gent contre ses intentions et sa politique. Ce corps surveillera-t-il une banque qui embrasseroit tous les genres d'affaires ? Cette surveillance seroit contraire aux principes de la liberté , au secret dont la manutention des banques ne peut se passer, Laisserez-vous cependant sans une inspection exacte et sévère l'usage des ressources que l'état de nos finances nous contraint de chercher dans le crédit? Non, messieurs; car cette inspection n'exigeant aucun secret, sera elle-même une base de crédit : il faut donclaisserau commerce ses établissemens, et en séparer soigneusement les nôtres. »

«c. On vous menacera encore de la chûte de la caisse d'escompte ; on vous dira qu'il faut se hâter de la remplacer par un autre établissement. Ce n'est pas le moment d'examiner si ce remplacement est néces. saire. La discussion libre dévoilera bientôt les vrais motifs de cet insidieux langage. Je suis loin de vouloir détruire la caisse d'escompte ; c'est vous, messieurs , qui la détruisez, si vous perdez de vue long-temps encore les soins pressans que l'établissement du crédit national exige. Que la nation puisse enfin se reposer sur vos travaux!

Que le retour de l'ordre se fasse appercevoir ! Que vos promesses , vos résolutions inspirent une pleine confiance par la sa gesse de vos décrets ! Et l'on aura bientôt trouvé le remède dont la caisse d'escompte a besoin. Il est indiqué par l'abus même qu'elle a fait de son industrie. »

« Mais il faut que cette banque cesse de prétendre à empêcher que des établissemens , en tout pareils au sien , ne se forment à côté d'elle , chaque fois que la nature des choses le comportera. Elle a forfait son privilége; car si tout privilége suppose un engagement de la part de celui qui le concède , il suppose des obligations de la

part de celui qui l'obtient : et pourroiton violer beaucoup d'obligations plus importantes que celle de payer ses billets ? Billets , il ne faut pas se lasser de le répéter , qui n'ont eu cours que sur la foi qu'ils ne cesseroient pas un instant d'être exigibles en espèces. »

cc Non, la caisse d'escompte n'aura pas l'impudeur de soutenir un privilége dont elle n'a point rempli les conditions. Il n'est pas un particulier dans l'état , qui ne puisse reprendre le droit qu'elle ne peut

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