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des pobles, dans toutes les ordonnances des rois de la première et de la seconde race; mais ces titres ne s'appliquaient qu'aux ducs, aux comtes, aux évêques, aux officiers du palais.

« Une foule de monuments prouvent que les antrustions étaient des hommes libres qui se recommandaient au roi par un serment particulier, et les leudes ceux qu'il avait honorés d'un bénéfice ou d'une magistrature, et qu'ainsi l'on n'était ni anlrustion ni leude par la naissance.

« Dans les premiers temps de notre monarchie, on avait même sur la noblesse de naissance des principes qui seraient avoués par la raison la plus sévère. La noblesse était un motif de préférence pour les emplois ; mais le mérite pouvait conduire aux premières dignités des citoyens de la classe la plus obscure. Il fallait que les exemples en fussent assez fréquents et qu'en sortant de l'obscurité on ne rougit pas de son origine.

Nous pouvons donc dire de la liberté comme de l'égalité, l'égalité est une des origines, un des principes de la France, et la fraternité fut le résultat de l'union de Clovis aux évêques catholiques par le baptême qu'il reçut des mains de saint Remi. C'est le christianisme qui a fait des Français un peuple de frères, et qui les a rendus la nation la plus sociable de l'univers. «Seule, dit M. Buchez, au milieu de plusieurs nations, ·la France comprit et saisit l'ouvre à faire, l'auvre de civilisa

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elle sc dévoua au catholicisme, et il se trouva même un moment où elle fut la seule nation catholique. Pendant cinq

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siècles, le nom de Francs fut celui d'une armée qui servit de bras au christianisme. Dans les Gaules , en Italie, en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, on ne connut pas, sous un autre nom que celui de Français, ces hommes courageux qui luttèrent partout contre cette barbarie nommade qui allait au pillage comme à la chasse , contre ces doctrines ariennes, impies que menaçaient le progrès de mort , contre le mahométisme leur enfant; qui partout travaillèrent à constituer une unité européenne par le seul moyen qui puisse l'établir, et la faire durer parmi les hommes, par l'unité des doctrines. Que sont devenus aujourd'hui ces Goths, ces Alains, ces Suèves, ces Vandales, ces Lombards, ces Bourguignons si nombreux et si terribles? Leurs noms ont disparu ou ne sont plus que des noms de provinces. La France, après avoir été pendant cinq siècles le monarque militaire de l'Europe, se trouva son monarque intellectuel. »

Ces principes de liberté, d'égalité, de fraternité, n'ont pas cessé de se développer. Grâce au christianisme et à l'unité par le pouvoir héréditaire tout a coopéré au développement des trois grands principes de la République française. « La Royauté, pour les Francs , n'impliquait d'aucune manière l'idée d'anéantissement de toute personnalité au profit d'une seule personne; elle signifiait simplement le conducteur, celui

, qui mène, celui qui va devant. Pour découvrir quelle était la mesure de l'autorité de ceux qui, après le démembrement de l'empire romain, furent appelés reges dans l'Europe oc

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cidentale, il faut laisser de côté la langue latine et recourir aux langues germaniques. Kæning, en allemand, king en anglais, signifiait primitivement le directeur de toute entreprise de guerre, le président de touté commission de paix publique. C'est le participe actif d'un verbe qui signifie savoir ou pouvoir. L'homme que les Francs appelaient chef ou roi n'agissait jamais sans leur conseil et subissait leur jugement sur ses actés. Le mot de roi ne signifie rien de plus qu'un directeur, un chef, un magistrat. Le roi a pour bornes inviolables de son pouvoir la sainteté des libertés individuelles qui sont la base de la société française, logiquement antérieure et supérieure au gouvernement français; que le pouvoir de lever des armées, de déclarer la guerre, d'exécuter les lois rendues, de proposer des lois à rendre, et sa puissance, de quelque titre qu'on la désigne, ne s'étend que jusqu'où finirait le respect des droits et des libertés civiles (1). ”

La religion catholique ayait dans la première race des conciles nationaux pour régler les questions de dogme et de discipline. Ses évêques étaient élus par le peuple et par le clergé: voilà les principes de la France, voilà ses origines. En février nous avons conquis la liberté, l'égalité, la fraternité, les assemblées nationales, tous les droits de l'homme et du citoyen; il ne reste plus qu'à constituer le pouvoir sur ses véritables bases, et à rendre à l'Eglise sa vie propre pour que la nation

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(1) M. Augustin Thierry,

se soit retrempée dans ses principes et que le cercle des révolutions soit désormais fermé.

Les limites naturelles de la France avaient été marquées par l'entrée même de Clovis dans les Gaules, puisque ce prince sorti de Cologne avait éténdu sa puissance jusqu'aux Pyrénées.

Les communes ou municipalités se trouvent aussi parmi nos origines. La commune était gauloise et romaine, et jusqu'à un certain point germaine. On peut dire que sous les Romains la Gaule s'était réfugiée dans la municipalité. Il y avait

y commune et corporation dans les forêts de la Germanie, puisqu'il y avait délibération. C'est sur le fondement invariable, inébranlable d'un élément indestructible, comme tous les élé ments, sur la commune qui a précédé les gouvernements et qui leur survit , qu'il faut assegir la première base d'un édifice vraiment national : la représentation.

La commune est la véritable famille politique. La liberté de ces petites républiques qu'on appelle communes, disait un grand publiciste, est tout-à-fait nécessaire pour donner une forme plus régulière et mieux déterminée à la constitution de l'Etat.

La commune est un corps plus réel, plus solide , plus visible, que le département ou le royaume , qui sont plutôt des corps moraux. L'homme avec la maison qu'il habite et la terre qu'il cultive, sort de la commune; le département, le royaume, forment le corps politique , l'Etat tout entier.

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« Nous rendrons compte, dit M. Thierry, d'une impression singulière, que nous avons éprouvée à la lecture d'une partie des discours de Mirabeau , de ceux qu'il a prononcés dans les Etats de Provence. Il y atteste avec chaleur le nom de la nation provençale, les libertés de la terre de Provence. Ces formules , dont notre langue est depuis si longtemps déshabituée, semblent presque au premier abord n'être que des fictions oratoires; et tel doit être potre sentiment involontaire à nous Français, qui depuis trente années ne connaissons plus de droits que les droits déclarés à Paris, de libertés que les libertés sanctionnées à Paris, de lois que les lois faites à Paris. Pourtant ce n'étaient pas alors de simples mots vides de sens ; alors le patriotisme français se redoublait dans un patriotisme local qui avait ses souvenirs, son intérêt et sa gloire. On comptait réellement des nations au sein de la nation française : il y avait la nation bretonne, la nation normande, la nation béarnaise , les nations de Bourgogne ; d'Aquitaine, de Languedoc, de Franche-Comté, d'Alsace. Ces nations distinguaient sans la séparer leur existence individuelle de la grande existence commune ; elles se déclaraient réunies , mais non subjuguées ; elles montraient les stipulations authentiques aux termes desquelles leur union s'était faite ; une foule de villes avaient leurs franchises particulières, et quand le mot de constitution vint à se faire entendre, il ne fut pas proféré comme une expression de renoncement à ce qu'il y avait d'individuel, c'est-a-dire de libre, dans cette vieille exis

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