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La France n'est ni anglaise, ni américaine, ni grecque, ni romaine ; elle a ses conditions d'étre, il n'y a de constitution, de forme de gouvernement possible pour elle que celle qui fera reparaître son unité.

Cette forme de gouvernement sera la vraie République, car on ne pourrait appeler ainsi ce qui manifeste les divisions, ce qui donne un droit égal à tous les partis de soutenir leurs opinions même par le recours aux armes. C'est là un état violent, tran sitoire, dont il faut sortir par une constitution qui concilie tous les partis : cette constitution est le problème de l'époque.

I n'est pas au pouvoir des hommes d'isoler au milieu des temps une nation de quatorze cents ans d'existence. Avant 1848, 1830 et 1814, il y avait une France, il y avait des lois sociales, des principes d'ordre et de liberté; ce sont ces lois, ces principes d'ordre , ces maximes de liberté conservés dans les traditions, dans les meurs, dans les écrits de nos jurisconsultes et de nos publicistes , qui ont fait tous les progrès de la civilisation française, et qui ont constamment prévalu contre les efforts des gouvernements absolus, des pouvoirs ministériels et des factions aparchiques. Ces principes de la constitution française ont produit tout ce qu'il y a eu de libéral et de généreux dans les institutions à toutes les époques; tous les pouvoirs qui se sont succédés en France, depuis un demi-siècle ont dû la force qui les a soutenus à leur plus ou moins de proximité de ces principes fondamentaux; ils ont péri par les points où ils s'en éloignaient le plus.

au roi, mais à tous les autres membres de la monarchie; nous avons done droit de nous opposer à un engagement contraire anx lois et destructif de toute liberté. » François Les pria l'assemblée, à cause de la nécessité où il s'était trouvé, de le mettre à portée d'accomplir son serment. « Ce serment, répartirent les Bourguignons, est nul, puisqu'il est contraire à un premier serment que vous prêtâtes à la nation en recevant l'onction saérée , puisqu'il est contraire aux libertés de votre peuple et aux lois fondamentales de la monarchie, puisqu'il a été fait par un prisonnier et arraché par la violence. » La nation offrit de l'argent à Charles-Quint, et la Bourgogne resta à la France.

Si Louis XVIII eût fait comme François Ier; s'il eût assemblé les Etats-Généraux, il n'aurait pas livré aux étrangers Landau, Sarrelouis, Philippeville et les remparts d'Huningue.

Il est également conforme à la constitution française que l'impôt ne puisse être levé que du consentement d'une assemblée représentant les contribuables.

L'élévation de M. le duc d'Orléans à la tête du gouvernement n'était pas non plus un acte entièrement de bon plaisir de la révolution, et sans liaison avec la constitution de la France; car c'est cette constitution qui avait donné aux membres de cette famille le nom d'une de nos grandes cités, et attaché à cette inaison un riche apanage; ici encore la révolution subissait malgré elle l'empire des faits antérieurs. On ne peut avoir oublié que le premier titre donné par les députés à

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M. le duc d'Orléans fut celui de lieutenant-général; or, pourquoi ce titre? à quelles idées s'adressait une pareille désignation ? à quelle puissance de traditions et de souvenirs rendait-on hommage? Il y avait donc, pour les hommes qui allaient exercer le pouvoir constituant, quelque chose de conslitué dans cette société qu'ils allaient refaire,

Nous le demanderons à tout homme de bonne foi : est-ce la révolution qui avait fait M, le duc d'Orléans lieutenant-général? Est-ce la charte de 1814, ou le programme de l’Hôtel-deVille, ou la charte de 1830 ? Non, cette pensée conservatrice n'était pas écrite dans des constitutions éphémères, et nous la trouvons à toutes les époques de notre histoire, dériyant de notre constitution nationale. Les Etats-Généraux de 1560 avaient même prévu une situation semblable à celle où Charles X avait placé le pays par les fatales ordonnances, et par son abdication et celle de son fils , et ils avaient ordonné au premier prince du sang de prendre les rênes de l'Etat sous le titre de lieutenant-général. Le parlement de Paris, pendant la minorité de Louis XIV, avait déclaré Gaston , duc d'Orléans, lieutenant-général. Aux Etats de Blois, le premier prince du sang, Antoine de Navarre, et aux Etats de Tours le duc d'Orléans, depuis Louis XII, avaient reçu le même titre.

Il résulte des faits que nous venons de retracer que le gouvernement de 1830 avait trouvé dans la constitution française la seule force qui l'ait établi et qui l'ait soutenu; et, si ce gouvernement a péri, c'est évidemment parce qu'il n'a point réalisé toutes ces idées, tous ces principes ; c'est qu'il a substitué des fictions aux réalités qu'ils exigcaient.

La charte de 1830 contenait donc une partie de nos lois comme la Charte de 1814 ; mais toutes deux recélaient un principe de pouvoir constituant ou de nécessité que nous ne reconnaitrons jamais, parce que, dans une société aussi ancienne que la nôtre, tous les remèdes étaient prévus pour toutes les situations, et jamais les rois et les assemblées n'ont pu changer nos lois fondamentales. Avec les cahiers de 89 et les deux chartes, on aurait pu faire quelque chose de complet , et rentrer dans la constitution nationale.

La Restauration, la révolution de 1830 et la République de 1848, sont trois phases qui ont eu pour but de rétablir la constitution nationale. Chacune de ces phases aura été un progrès vers ce but.

Une nation qui s'affaiblit doit se retremper dans les principes de son existence. Napoléon avait appliqué cette maxime de Montesquieu au pouvoir, et il avait dit : Un pouvoir qui s'affaiblit doit se retremper dans son principe. Il y a dans les choses un travail perpétuel pour rétablir les sociétés malades commc dans le corps humain toutes les forces de l'organisation sont employées à réparer les lésions faites à la constitution de l'homme. Sanabiles Deus fecit nationes.

Ce qui s'est passé en France au 24 février est une preuve éclatante de ce que nous venons de dire. L'égalité, la liberté et la fraternité ont été proclamées contre un régime de privilége, de monopole et d'exclusion. Et ces grands principes se trouvent au commencement de l'histoire de la France, ou plutôt ce sont eux qui ont constitué la France même! Quand Clovis entra dans les Gaules, les Gaules étaient partagées en républiques fédératives. Les Francs apportèrent avec eux la liberté politique, c'est-à-dire la représentation nationale ; et nous lisons dans les annales des Germains de Tacite : « Les affaires peu importantes sont réglées par les chefs, les autres par la nation. Le chef se fait écouter au milieu des assemblées

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la force des raisons plutôt que par celle de l'autorité. Si son avis a déplu, un cri général l'annonce; s'ils l'approuvent, ils agitent leurs framées. Cette manière d'exprimer leur approbation par les armes est la plus flatteuse. On peut aussi, à ces assemblées générales, porter les accusations et les affaires criminelles. C'est dans ces mêmes assemblées qu'on élit aussi les chefs qui rendent la justice dans les cantons et dans les bourgades. » Aipsi tous les hommes armés étaient réunis en assemblées générales, et cette assemblée, conjointement avec le chef, réglait les affaires générales de la nation. Le roi, seul chargé du pouvoir exécutif , faisait seul les actes d'administration. « Alors il n'y avait pas une nation et une armée, mais une armée qui se composait de la nation entière, c'est-à-dire, de tous les hommes en état de porter les armes, de manière que la constitution de l'Etat était sous la garde de la force publique (1). »

(1) Henrion de Pansey.

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