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pour organe l'assemblée générale des possesseurs de fonds soumis à l'impôt, et les députés chargés de représenter le triple intérêt de la propriété foncière, du commerce et de la population, et les intérêts politiques confiés aux podestats et aux chanceliers délégués.

Les lois municipales données à la Sardaigne par Victor-Amédée et par son fils Charles-Emmanuel, étaient calquées sur les lois romaines (1); elles se composaient de trois règlements généraux, l'un du 15 septembre 1738, pour les communes de la Savoie; l'autre, du 15 juin 1775, pour les communes du Piémont; le troisième, du 7 octobre 1783, pour les communes du duché d'Aoste.

Grâce à celte sage législation, fruit de la liberté conquise dans le moyen âge, les villes et les campagnes rivalisaient de zèle pour imprimer à l'agriculture, aux manufactures et au commerce un elan prodigieux. Les paysans étaient libres et associés par le colonage au bénéfice de l'exploitation, tandis que, dans le reste de l'Europe, ils étaient attachés à la glèbe. N'attendant leur revenu que de la terre et de leur travail, ils perfectionnaient les assolements et multipliaient les irrigations dans la fertile Lombardie ; ils couvraient d'oliviers et de vignes les collines de la Toscane ; ils mettaient les riches campagnes de Pise à l'abri des inondations par d'intelligents travaux de défense; et l'on voyait de toutes parts, sur la côle qui s'étend de Livourne jusqu'à l'Ombrone, dans la campagne de Rome et ailleurs, de nombreux et puissants villages, fermés de murs, fortifiés, où les paysans, égaux aux citadins quant aux droits civils, avaient des armes, un trésor commun, une administration régie par des magistrats de leur choix.

Tandis que la classe agricole vivait dans les champs des fruits de la terre qu'elle gagnait par son travail, les habitants des villes préparaient dans les manusactures les produits bruts du sol, les soies, les laines, le lin, le chanvre, les pelleteries, les métaux, l'alun, le soufre, le bitume, ou bien s'adonnaient aux nombreux

(1) Préambule de l'édit du 7 avril 1770.

ses et importantes fonctions du commerce pour rassembler de la mer Noire, de l'Afrique, de l'Espagne, des pays du Nord, les matières premières, et pour les distribuer, transformées et mises en æuvre, à toutes les nations de la terre. Les familles les plus illustres de Florence, de Venise, de Gênes, de Lucques, de Bologne, participaient jaux travaux de l'industrie et du commerce; leurs capitaux y fructifiaient, el leurs fortunes, incessamment accrues par leur activité, se répandaient en riches salaires sur les artisans et les artistes. De là, ces magnifiques palais, bålis par de simples citoyens, qui l'emportent par levr étendue, par l'épaisseur colossale de leurs murailles, sur ceux des empereurs romains. De là, les chefs-d'æuvre d'architecture, de sculpture, de peinture, des édifices publics. De là aussi (car tout se lie dans l'histoire de la civilisation), les merveilleux progrès de la culture intellectuelle de l'Italie.

Le savant historien des républiques italiennes (1) n'hésite pas à attribuer ces progrès dans tous les genres à l'esprit libre et divers des institutions muncipales. « Avec une seule capitale, dit-il, les Italiens n'auraient formé qu'une seule école; les me. mes préjugés, les mêmes erreurs, devenus dominants par le talent d'un professeur, l'intrigue d'une cabale ou la protection d'un maitre, se seraient répandus uniformément sur loule la contrée. On aurait cru ne pouvoir penser, écrire, parler purement la langue qu'à Rome, par exemple, coiome en France on croit ne pouvoir le faire qu'à Paris. La poésie italienne y aurait perda de son originalité et de sa variété; mais le dommage aurait été surtout senti par les provinces, qui, n'espérant plus l'illustration, n'auraient plus contribué aux progrès de l'esprit, et, en retour, n'en auraient point ressenti le bénéfice. Dans le quinzième siècle, il n'y eut pas de chef-lieu d'un État indépendant, quelque petit qu'il fût, qui ne comptat plusieurs hommes distingués: il n'y eut pas de ville sujette, quelque grande qu'elle fût, qui en conservat un seul dans son sein. Pise, malgré sa décadence, étail unc ville bien plus riche, bien plus peuplée, bien

(1) M. de Sismondi, tome XII, page 32.

d

plus considérable qu’Urbin, que Rimini, que Pesaro; mais Pise, une fois assujettie aux Florentins, n'a plus produit un homme marquant dans la littérature ou la politique : tandis que les petites cours de Frédéric de Montefeltro, à Urbin ; de Sigismond Malatesta, à Rimini ; d'Alexandre Sforza, à Pesaro, rassemblaient chacune plusieurs philosophes et plusieurs littérateurs. Ferrare et Mantoue n'étaient point supérieures en populations à Pavie, à Parme et à Plaisance; mais autour de la résidence du gouvernement, dans les premières villes, brillait tout le lustre des arts, de la poésie et de la science, tandis que, dans tout le duché de Milan, la ville de Milan seule possédait la même illustration. Le royaume de Naples était un exemple plus frappant encore de la dépression des provinces, lorsqu'une capitale s'élève à leurs dépens. Daps ce beau royaume, qui comprenait seul un tiers de la nation italienne, qui, plus que tout le reste de la Péninsule, était favorisé par la nature, et qui, n'ayant qu'une seule frontière, et pour voisin que l'Église, était moins exposé aux ravages de la guerre qu'aucun autre État de l'Italie, la capitale seule avait participé au mouvement qui, dans le quinzième siècle, avait ranimé la culture des lettres et de la philosophie ; malgré la faveur d'Alphonse, malgré le crédit des grands littérateurs qui formerent sa cour, aucun homme de talent n'avait ouvert d’école dans les villes si nombreuses et si heureusement situées de la Calabre et de la Pouille. Ces provinces appartenaient encore à la barbarie, et jusqu'à nos jours elles n'ont point ressenti l'influence de la civilisation européenne. »

XXIX. — Le municipe, cette unité élémentaire et féconde de la civilisation et de la nationalité italienne, a été altéré dans ses principes essentiels à la suite de l'invasion française et sous l'empire des lois qui mirent les municipes dans la dépendance immédiate des préfets et des sous-préfets (1). C'est de cette époque que datent, en Italie, les gouvernements vraiment absolus, puisqu'ils ne sont plus même tempérés par les franchises

Unitarisme

Italieu.

(1) Le municipalità dipendono immediatamente del perfetto è vice-perfetto. Lege del 24 juglio 1802, art. 49, 50 et 51. (BOL:.ETTINO della republica italiana

municipales, et l'anitarisme démocratique, qui, sous prétexte d'affranchir les populations du despotisme des princes, soit nationaux, soit étrangers, tend à les soumettre à la tyrannie des démagogues.

La plupart des démocrates italiens croient pouvoir emprunter à l'Angleterre le mécanisme multiple de ses institutions politiques, et demander en même temps à la France le système d'unité adıninistrative, dont l'expérience du premier Empire aurait dù les désabuser. Se flatteraient-ils d'échapper, mêrge sous un prince national, aux dangers de l'antagonisme entre deux principes contradictoires, dangers que la France parlementaire a vu se réaliser ? Comptent-ils pour rien les sacrifices qu'imposeraient les nécessités d'un état centralisé aux libertés civiles qui composent presque toute leur histoire; et leur convient-il d'arborer le drapeau de l'unité politique, sans s'inquiéter des obstacles qu'opposeront nécessairement les traditions historiques et les meurs diverses de leur patrie au choix d'un même prince, d'une même capitale, d'un même symbole de gouvernement ?

L'histoire nous montre, il est vrai, l'Italie réunie sous le sceptre de Rome, passant indivise sous la domination des Goths, puis gouvernée presque toute entière par les rois de France ou par les empereurs; et les Romains du moyen-âge, faisant appel à l'ombre du grand nom de Rome pour rétablir la primauté de l'Italie parmi les nations, et demandant même à l'Allemagne un autre Justinien, sous l'empire duquel (1) les inunicipes auraient une existence autonome, participeraient, dans une certaine mesure, à l'exercice du pouvoir législatif, et éliraient, dans leur propre sein, des magistrats investis de l'administration locale, à la manière des décurions qui, au décliu de l’Empire, exerçaient sous l'imperium politique des Romains les charges municipales du pays où ils étaient nés. Mais, qui pourrait songer à évoquer aujourd'hui les vieux souvenirs du gibelinisme?

(1) Rex valeat, quidquid capit obtineat super hostes

imperium teneat, Rome sedeat, regat orbem Princeps terrarum, ceu fecit Justinianus.

(MURAT. Script. rer llal., p. 666 et scq.)

Pédéralisme

Italien,

D'autres théoriciens (1), persuadés que l'histoire donne des exemples, non des oracles, et que c'est dans les besoins du présent qu'il faut chercher les éléments de la constitution politique de l'Italie, ont conçu la pensée d'une fédération permanente entre ses États, sous la présidence honoraire du Saint-Siège. Mais, sans rechercher quel pourrait être, en présence d'une suprématic purement honorifique, le chef de la fédération italienne, n'y a-t-il pas en l'état des choses, de graves obstacles à l'idée même de la confédération ?

Ce serait assurément un progrès pour l'Italie que de soumettre à un régime uniforme ses monnaies, ses poids et mesures, ses postes, ses douanes, et, à plus forte raison, les intérels collectifs de sa défense territoriale, sans altérer l'autonomie de ses municipe et l'indépendance de ses États. Mais il est douteux que cet idéal du fédéralisme soit en ce moment réalisable.

Il ne peut exister de fédération qu'entre des peuple libres et capables d'organiser par eux-mêmes un congrès qui, tout en respectant l'indépendance et l'autonomie de chacun des membres de l'union, représente la république entière dans toutes les choses d'intérêt commun, et qui ait, pour l'exécutiou des volontés générales, ses magistrats, son armée, sa marine, ses tribunaux, concourant à mettre le Corps fédéral en rapport direct avec les citoyens pour toutes les choses de sa compétence. Toute sédération dépourvue de ce caractère, n'est qu'une ligue.

Dans l'antiquité, les ligues achéenne et lycéinne devinrent des fédérations du jour où les villes, instituant un parlement et déléguant à des magistrats indépendants l'administration du corps entier, créèrent en dehors d'elles-mêmes un véritable pouvoir législatif et exécutis. La ligue des amphyctions resta au contraire à l'état de ligue, parce que, malgré les attributions souveraines dont le conscil général était investi, il n'avait cependant pas la plus précieuse de toutes, le droit d'administration,

(1) Le R. P. VENTURA, Essai sur le pouvoir publii, ch. XIII, Napoléon III et l'Italie.

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