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cées à toutes les portes et à toutes les fenêtres; et, seulement après ces précautions prises, M. de Béville produisit les pièces qui lui étaient confiées, et dont il surveilla personnellement jusqu'au bout l'impression et l'arrivée à la perfecture de police.

VI

Les personnes dont la police devait opérer l'enlèvement étaient de deux sortes : les représentants plus ou moins engagés dans une conspiration flagrante, les chefs de sociétés secrètes et les commandants de barricades, toujours prêts à exécuter les ordres des factions. Les unes et les autres étaient surveillées et comme gardées à vue, depuis quinze jours, par des agents invisibles, et pas un de ces agents ne soupçonnait le but de sa mission réelle, ayant tous reçu des missions diverses et imaginaires.

Le nombre total des personnes à enlever s'élevait à soixante-dix-huit, dont dix-huit représentants, et soixante chefs de sociétés secrètes et de barricades.

Les huit cents sergents de ville et les brigades de sûreté avaient été consignés à la préfecture de police, le 1er décembre, à 11 du soir, sous le prétexte de la présence à Paris des réfugiés de Londres. A 3 heures et demie du matin, le 2, les officiers de paix et les quarante commissaires de police étaient convoqués à domicile. A quatre heures et demie, tout le monde était arrivé, et placé, par petits groupes, dans des pièces séparées, afin d'éviter les questions.

A 5 heures, tous les commissaires descendirent, un à un, dans le cabinet du préfet, et reçurent de sa bouche la confidence pleine et entière de la vérité, avec les indications, les instruments et les ordres né

cessaires. Les hommes avaient été appropriés avec un soin spécial au genre d'opération qui leur était confié; et tous partirent, pleins de zèle et d'ardeur, résolus d'accomplir leur devoir à tout prix. Aucun n'a failli à sa promesse. Un grand nombre de voitures, préparées à l'avance, stationnaient, par groupes, sur les quais, aux abords de la préfecture de police, de manière à ne réveiller l'attention de personne.

Les arrestations avaient été combinées, entre le préfet de police et le ministre de la guerre, de façon à ce qu'elles précédassent d'un quart d'heure l'arrivée des troupes sur les lieux indiqués. Les arrestations devaient être opérées à six heures et un quart , et les agents avaient ordre de se trouver à la porte des personnes désignées, à six heures et cinq minutes. Tout s'effectua avec une merveilleuse ponctualité; et aucune arrestation n'exigea plus de vingt minutes.

VII

Quelques-unes de ces arrestations présentent des faits caractéristiques, et nous croyons digne d'intérêt d'en conserver les traits principaux.

Tous les détails que nous allons donner à cet égard sont scrupuleusement exacls, ayant été relevés sur les pièces officielles.

La plus importante de toutes, celle de M. le général Changarnier, avait été confiée à deux hommes d'une rare énergie, le commissaire de police Leras et le capitaine Baudinet, de la garde républicaine. Ils étaient assistés de quinze agents choisis, de trente gardes républicains et d'un piquet de dix liommes à cheyal.

A six heures et cinq minutes, le commissaire de police sonnait à la porte de la maison du général, rue du foubourg Sainl-Honoré, no 3. Le concierge, après le qui est d'usage, et la réponse, ouvrez, on veut vous parler, refusa d'ouvrir. Il devint dès lors évident que le concierge était sur ses gardes; et l'agent le plus rapproché reçut, à voix basse, l'ordre de continuer de parlementer avec lui , afin de l'occuper à la porte, et de l'empêcher de monter chez le général.

A côté de la porte, et dans la même maison , se trouve un magasin d'épiceric; quelques pratiques étaient déjà au comptoir. L'idée vint au commissaire que le logement de l'épicier devait communiquer dans la cour. Il entre, demande la clef de communication d'un lon impératif, l'obtient, et pénètre ainsi dans la maison, suivi de son monde. Le concierge avait déjà donné l'alarme par un grand bruit de sonnetles, aboutissant à l'appartement du gé. néral, et son domestique fut trouvé sur le palier du premier étage, au-dessus de l'entresol. La clef de l'appartement, qu'il avait à la main, lui fut arrachée; le commissaire ouvrit la porte, et entra.

En même temps s'ouvrait, de l'intérieur, une porte de chambre à coucher, et le général parut, en chemise, nus pieds, un pistolet à chaque main.

Le commissaire se précipita sur ses bras, et abattit ses armes, en lui disant : « Qu'allez-vous faire, général? on n'en veut pas à votre vie, pourquoi la défendre?

Le général resta calme, livra ses pistolets, et dit : « Je suis à vous, je vais m'habiller. »

Le général fut habillé par son domestique, et dit au commissaire : « Je sais que M. de Maupas est un

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homme bien élevé; veuillez lui dire que j'aliends de sa courtoisie qu'il ne me prive pas de mon domestique, dont je ne puis pas me passer. » Celte demande fut immédiatement accordée.

En route, et dans la voiture, M. le général Changarnier parla de l'événement du jour. « La réélection du Président était certaine, dit-il, il n'avait pas besoin de recourir à un coup d'État; il se donne bien de la peine inutilement. » Plus tard il ajouta : « Quand le Président aura la guerre à l'étranger, il sera content de me trouver, pour me confier le commandement d'une armée. »

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VIII

L'arrestation de M. le général Cavaignac ne fut ni plus difficile, ni plus longue. Entré dans la maison, rue du Helder, 17, le commissaire Colin engage le dialogue suivant avec le concierge :

Où demeure le général Cavaignac?-Il n'y est pas. - Il faut absolument queje lui parle; je sais qu'il y est. - Il n'y est pas; du reste il dort. Vous venez trop matin; son logement est à l'entresol.

On frappe à la porte, et l'on demande le général; une voix de femme répond d'abord : Il n'y est pas. -Un moment après, le commissaire sonne de nouveau. Alors une voix d'homme demande : Qui est là ? -Commissaire de police; au nom de la loi, ouvrez. -Je n'ouvre pas. — Général; je vais enfoncer la porte.

Le général ouvrit alors lui-même.

Le commissaire lui dit : Général, vous êtes mon prisonnier. Toute résistance est inutile; mes mesures sont prises ; j'ai l'ordre de m'assurer de votre

:

personne, en vertu d'un mandat dont je vais vous donner lecture.-C'est inutile.

Le général se montre exaspéré. Il frappe du poing sur une table de marbre, et s'emporte en injures.

Le commissaire l'invitant à la modération, le général le regarda fixement, et lui dit : Comment ! m'arrêter, moi? Je veux avoir vos noms.-Nous ne vous les cacherons pas, général; mais ce n'est point le moment. Il faut vous habiller et nous suivre.

Le général se calme, et dit : C'est bien, monsieur, je suis prêt à vous suivre; donnez-moi le temps de m'habiller; faites retirer votre monde. Il demande la permission d'écrire. Elle lui est accordée.

Quand le général fut prêt, il dit au commissaire : Partons, monsieur; je vous demande pour grâce unique, de me rendre à destination avec vous seul.. Le commissaire acquiesca.

Pendant le trajet, le général paraissait livré à de graves préoccupations, qui n'ont été interrompues que par ces paroles : Suis-je seul arrêté ?-Général, je n'ai pas à répondre à cette question.-Où me conduisez-vous ?-A Mazas.

I X

Lorsque le commissaire de police Blanchel se présenta à la maison habilée par M. le général de La Moricière, rue Las Cases, 11, le concierge refusa de donner de la lumière, et d'indiquer l'appartement du général.

Le commissaire de police sonne au premier étage; un domestique parait, et referme soudain la porte. Il se ravise, revient tenant une lampe à la main, et apercevant l'écharpe du commissaire, éteint brus

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