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HISTOIRE-MUSÉE

DE LA

RÉPUBLIQUE

FRANÇAISE

DEPUIS L'ASSEMBLÉE DES NOTABLES JUSQU'A L'EMPIRE,

PAR

AUGUSTIN CHALLAMEL,

AVEC

LES ESTAMPES, COSTUMES, MÉDAILLES, CARICATURES, PORTRAITS HISTORIÉS

ET AL'TOGRAPHES LES PLUS REMARQUABLES DU TEMPS.

TOME PREMIER.

PARIS

CHALLAMEL, ÉDITEUR, 4, RUE DE L'ABBAYE,

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Au centre d'une petite rue, étroite et montueuse, située dans un des quartiers les plus humbles de Paris, se trouve une collection unique, ou sont rassemblées une foule de curiosités de l'époque dont nous tracons le tableau. Il semble, lorsqu'on la visite, que tous les monuments se relèvent, que les hommes sortent du tombeau et vont parler, que tous les pamphlets recommencent à circuler. Le propriétaire de cette collection, M. Maurin, lieutenant-colonel de génie en retraite, s'occupe depuis l'année 1820 à réunir ces matériaux. Il a ramassé les miettes de l'orgie révolutionnaire, et a porté défi au temps. La première fois que nous sommes entré dans ce sanctuaire historique, le plan de notre livre a été conçu et adopté. Nous avons pensé qu'au milieu des débats qui s'agitent encore aujourd'hui parmi les historiens de la révolution, il importait de mettre sous les yeux des générations présente et futures les pièces de conviction du procès, et de narrer simplement, lorsque tant d'autres ont plaidé pour ou contre la cause révolutionnaire. Nous avons aussitôt commencé nos recherches.

La bibliothèque royale est assez riche en estampes de l'époque, mais ses livres et brochures ne sont pas encore classés. Les collections particulières sont plus complètes, et nous ne manquerons pas de citer celles de M. Laterrade, de M. Hénin, de M. le chevalier Pétrée, la magnifique bibliothèque de M. Deschiens, et plusieurs autres cabinets où il nous a été possible de puiser des renseignements.

Nous remercions ici les personnes qui nous ont ouvert les trésors de leurs collections, et nous leur attribuons volontiers une grande part du succès qui a accueilli cette histoire dès son apparition.

Populariser ces matériaux était chose indispensable. La génération qui a fait la révolution française est bien près de s'éteindre. Une autre génération lui succède, et doit, de toute façon, profiter de son cuvre. Mais, lorsque les hommes d'aujourd'hui jettent leurs regards sur ce passé mémorable, ils épousent les erreurs, les haines ou les passions de leurs pères, aveuglément, fatalenient. Notre but est de redonner à la

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RÉVOLUTION, — fantôme ou idole jusqu'ici, – son corps et sa physionomie. Nous interrogeons les témoins de sa vie, et nous rapportons leurs dépositions avec un religieux scrupule.

L'histoire, comme l'ont traitée ceux qui nous ont précédé, ressemble aux récits de la tragédie; l'histoire, comme nous la comprenons, comme nous essayons de la faire, c'est le drame, avec ses personnages, avec sa mise en scène minutieuse et vraie, et, pour ainsi dire, avec ses décorations.

Au théâtre donc, la couleur locale est indispensable. Il nous semble que, non seulement les faits et les événements, mais encore les coutumes, les innovations, les fêtes, les monuments artistiques ou littéraires, les médailles, les caricatures, les modes et les costumes de l'époque forment, eux, la couleur locale de ce drame aux mille scènes qu'on nomme l'histoire. Sans doute il y a choix à faire pour éviter la confusion. Nous nous supposons peintre-coloriste dans ce livre : nous ne prenons sur notre palette que des tons vifs, saisissables, éclatants. Les demi-teintes sont presque superflues. Quand la mer se débat sous les sombres ailes de la tempéte, et que, du port, nos yeux découvrent un trois-mâts en détresse, nous devinons assez le sort des chasse-marées, des sloops, des bateaux-pécheurs !

Les portraits que nous donnons sont, pour la plupart, satiriques, élogieux ou historiés, c'est-à-dire accompagnés d'accessoires et emblèmes curieux. Nos fac-simile d'autographes servent à l'intelligence de l'histoire elle-même, et sont comme une émanation des

personnages

du temps.

Ce livre est publié avec des illustrations ; mais le lecteur n'oubliera pas que ces illustrations sont utiles, et non inspirées à l'artiste par le texte de l'historien. Elles sont des reproductions intelligentes de sujets de l'époque. Illustrations utiles, disons-nous, car elles appartiennent à l'histoire, et en forment tout le côté pittoresque.

Un mot maintenant des causes qui ont amené la révolution.

On sait que la bourgeoisie, qui commença à se connaitre vers le milieu du moyen âge, acquit de jour en jour plus de force et plus d'autorité. On sait qu'elle eut pour parrain Louis le Gros, et pour protecteur immédiat Louis XI; que Richelieu lui fit faire cause commune avec la royauté. Louis XIV, en appelant la noblesse près de lui, en transformant les chevaliers en gentilshommes, ôta à ce grand corps politique le peu d'é

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