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perdit aucun navire, mais les dommages matériels furent considérables.

La bataille de Navarin amena en Morée une expédition française qui trouvera place dans la suite de cette histoire.

S VII. AFFAIRE D'ALGÉRIE. — Navarin n'était pas le seul point de la Méditerranée où la France se trouvât en conflit avec la barbarie turque.

Au mois d'avril 1827, les Algériens avaient capturé un bâtiment appartenant aux Etats de l'Eglise, mais naviguant sous pavillon français. La France demanda naturellement réparation de l'insulte faite à son pavillon. Tandis que notre consul général, M. Duval, exposait l'affaire au Dey, celui-ci, dans un mouvement de colère, le frappa de son chasse-mouches. Sur le refus que fit le Dey d'accorder aucune satisfaction, les relations diplomatiques furent rompues au mois de juin et le blocus fut mis devant Alger par le commandant Collet.

Dans la discussion du budget, quelques députés s'étonnant que le blocus n'eût pas amené au moins la prise d'un navire de commerce, le ministère demanda des explications au commandant du blocus, qui envoya sa réponse par un officier fort au courant de tout ce qui concernait Alger, le capitaine de frégate Dupetit-Thouars. Les explications de cet officier établirent ces trois points : on n'a pas pris de navire de guerre parce qu'aucun n'a tenté de sor. tir, pas de navire de commerce, parce qu'Alger n'a pas de commerce; le blocus n'a rien produit parce qu'un blocus est inefficace pour réduire Alger. Interrogé plus explicitement sur ce dernier point, le capitaine Dupetit-Thouars répondit qu'une expédition par terre réussirait seule à réduire le Dey, et il démontra les moyens d'arriver à ce résultat. Le ministre de la guerre voulut entendre les mêmes explications, à la suite desquelles il proposa au roi l'envoi d'un corps de débarquement. Le roi inclinait vers cette résolution, mais M. de Villèle, préoccupé alors de la question grecque, fit décider l'ajournement, en maintenant le blocus.

S VIII. LETTRES, ARTS, SCIENCES. – L'année 1827 vit paraître en France des peuvres différemment intéressantes, l'Histoire de la Révolution d'Angleterre, par M. Guizot, qui consacrait les loisirs que lui faisait la politique à des études d'histoire dont il n'aurait jamais dû se détourner; l'Histoire de la Philosophie, par Victor Cousin, et le Cromwell, drame de Victor Hugo, euvre exclusivement littéraire et non disposée pour le théâtre, précédée d'une préface qui était

annoncée et fut reçue comme le manifeste et le programme de l'école romantique.

Le premier essai, en France, d'un chemin de fer, est fait à SaintÉtienne (Loire). Ce n'est encore qu'un chemin à rails où les voitures sont traînées par des chevaux. La locomotive à vapeur était connue, mais les ingénieurs déclaraient que les roues tourneraient sans pouvoir faire avancer le convoi. C'était une opinion toute théorique qui n'a pas tenu devant l'expérience.

Champollion, qui a déjà trouvé le secret de l'écriture hiéroglyphique des Égyptiens, en découvre et détermine l'alphabet.

L'industrie nationale se montre en progrès dans toutes les branches où elle s'exerce, par une brillante exposition aussi remarquée des étrangers que des Français. § IX.

AFFAIRES EXTÉRIEURES. L'Espagne tombe de plus en plus dans l'anarchie. Le parti absolutiste, trouvant le roi trop faible, s'insurge en Catalogne et proclame roi don Carlos, frère de Ferdinand. Toutefois, l'insurrection est comprimée, du moins temporairement.

En Portugal, les miguélistes sont battus et rejetés en Espagne; don Pédro transfère la régence à don Miguel, à condition qu'il jure la Charte. Miguel quitte Vienne pour se rendre en Portugal.

CHAPITRE VIII

Ministère Martignac. - Session de 1828. - Loi électorale et du jury. - Le cabinet noir. Loi sur la presse.

Mise en accusation du ministère Villèle. Ordonnances du 16 juin. - Expédition de Morée. · Voyage du roi. Lettres. Extérieur. — Projets de conciliation. — Session de 1829.

S I. MINISTÈRE MARTIGNAC. — L'année 1828 s'ouvrait bizarrement : les ministres, à la veille de sortir du pouvoir, recevaient des félicitations et recueillaient des souhaits de bon avenir qui eussent été mieux adressés à leurs successeurs.

Charles X aurait voulu appeler sur-le-champ le prince de Polignac à la direction des affaires; il en parla à M. de Villèle, qui le dissuada de cette résolution, mais lui conseilla de ne choisir des ministres que parmi les royalistes. C'était fort monarchique et trèspeu parlementaire : l'opposition était assez puissante à la Chambre des députés et, plus encore dans la nation pour que la couronna

dût en introduire quelques membres dans ses conseils. La Restauration n'était pas le gouvernement national, ce n'était qu'un parli victorieux et elle excluait le parti vaincu partout où elle pouvait le faire.

C'est seulement le 5 janvier 1828 que le Moniteur publia les ordonnances, signées la veille, qui constituaient un nouveau cabinet, Seul des ministres sortants, M. de Chabrol resta et reprit le portefeuille de la marine. M. de la Féronnays fut nommé aux affaires étrangères, M. de Martignac à l'intérieur, M. Roy aux finances, M. Portalis à la justice, M. de Saint-Cricq au commerce. Le ministère des affaires ecclésiastiques fut donné à M. de Frayssinous, qui rentrait, amoindri, dans la nouvelle combinaison. L'instruction publique fut replacée sous l'autorité d'un grand maitre de l'Université, M. de Vatimesnil, qui ne tarda pas à joindre à ce titre celui de ministre. Un autre dédoublement, moins heureux et, aussi, moins durable, fut opéré : il y eut un ministre de l'administration de la guerre, n'ayant à s'occuper que du matériel et des choses administratives, tandis que tout ce qui concernait le personnel fut mis sous la direction du duc d'Angoulême; cette disposition ne subsista pas bien longtemps.

Par une autre ordonnance de même date, MM. de Peyronnet, Corbière et de Villèle furent nommés purs de France. Le premier, repoussé dans deux colléges électoraux où il s'était présenté, avait sollicité la pairie, le second l'acceptait, le troisième s'y résignait aprės y avoir résisté, croyant être plus utile au roi dans l'autre Chambre. Enfin, une troisième ordonnance attribua, suivant l'usage d'alors, à chaque ministre sortant, une pension de 12,000 francs. M. de Villèle écrivait, le même jour, à son fils : « Dieu soit loué ! me voilà définitivement débarrassé du ministère et arrivé au terme de ma carrière politique. On a jugé à propos de m'enterrer à la Chambre des pairs, et je m'en console par la considération de la plus complète jouissance de ma liberté que cette mesure va m'assurer et de l'avantage qui peut en résulter pou toi... Le roi nous a donné une pension de 12,000 francs. Ainsi, nous voilà en position de supporter sans gêne l'état un peu coûteux que nous impose la situation élevée où j'ai été... »

Aucun des nouveaux ministres n'avait le titre de Président du conseil. M. de Martignac n'en fut pas moins le chef réel du cabinet auquel son nom est demeuré attaché. C'était un ministère de conciliation entre les diverses nuances du parti royaliste; M. de Marti

gnac était parfaitement l'homme d'une telle tâche; il n'eût pas réussi à maintenir la conciliation si l'opposition avait eu quelque part dans la rouvelle combinaison, comme, d'ailleurs, il ne réussit pas à se maintenir longtemps contre les exigences de cour secondées par l'inclination personnelle du roi.

Le ministère Martignac fut. assez froidement accueilli par la presse; les journaux royalistes le trouvaient insuffisant; suivant les libéraux, on allait avoir la même comédie, jouée par des doublures,

Il essaya de se concilier l'opinion en réintégrant MM. Villemain, Lacretelle et Michaud dans les emplois qui leur avaient été enlevés, et en nommant une commission pour esaminer les mesures que pouvait nécessiter l'exécution des lois dans l'enseignement des écoles secondaires ecclésiastiques (22 janvier). Ceci était une mesure contre les jésuites; toutefois, on reprocha au ministère d'avoir introduit dans la commission des partisans déclarés de la trop fameuse Compagnie.

§ II. Session DE 1828. – Dans le discours que le roi devait prononcer, le 5 février, en ouvrant les Chambres, on s'attendait à trouver la confirmation d'espérances sort opposées. Les libéraux comptaient sur l'annonce de l'inauguration d'une nouvelle politique intérieure; les royalistes prétendaient que le roi déclarerait que les personnes seules étaient changées, non le système. Bien que ceux-ci fussent plus près de la vérité, ils ne furent pas plus complétement satisfaits que ceux-là.

En exposant l'état des affaires extérieures, Charles X parla dignement de Navarin : « Le combat imprévu de Navarin, dit-il, a été à la fois une occasion de gloire pour nos armes et le gage le plus éclatant de l'union des trois pavillons. »

Ce passage fut salué d'acclamations s'adressant tout à la fois aux paroles royales et aux démonstrations de mauvaise humeur que la bataille avait provoquées de la part des gouvernements d'Autriche et d'Angleterre. Le dernier l'avait qualifiée d'événements « malencontreux », mais la nation anglaise s'en était montrée contente et sière.

Traitant des affaires intérieures, le roi, pour affermir la Charte qu'il a juré de maintenir, promet de veiller à ce qu'on travaille avec sagesse et modération à mettre la législation en harmonie avec elle; convaincu que l'observation des lois est la véritable force du trône, il a ordonné que de hautes questions d'administra

tion publique, signalées à sa sollicitude, fussent approfondies pour que la discussion fasse briller la vérité. Il dit en terminant :

« Messieurs, le bonheur de la France est l'objet de tous mes vaux et de toutes mes pensées. Pour l'assurer, je saurai conserver l'autorité forte et tutélaire qui appartient à ma couronne. Je compte aussi, messieurs, je compte beaucoup sur le concours de vos lumières et sur l'accord de vos sentiments. La parole de votre roi, appelant l'union des hommes de bien, ne peut trouver que des cours bien disposés à l'entendre et à lui répondre. »

Ce n'était pas là tout ce qu'on attendait. Cependant, il y avait encore, à ce moment, dans l'opinion libérale, un tel hesoin, un tel désir d'apaisement et de concorde, qu'elle se plut à voir, dans ces vagues paroles, toutes les promesses qu'elle avait espérées. L'opinion royaliste, de son côté, en tira des interprétations toutes contraires.

Durant la vérification des pouvoirs, commencée le 8 février et poursuivie pendant quinze jours, la révélation de nombreux abus d'autorité commis par l'administration, donna lieu à des débats animés. Le ministère essaya d'abord d'atténuer les scandales signalés; puis, le 12 février, M. de Martignac fit celte importante déclaration :

Nous n'exercerons jamais à notre profit le droit d'élection. Nous sommes les ennemis jurés de la fraude, du mensonge et de l'illégalité; nous les combattrons, sous quelque couleur que nous les rencontrions. La lutte doit être franche, ouverte, légale, et l'action du gouvernement ne doit jamais être ni frauduleuse, ni tyrannique, ni inquisitoriale. » Celte déclaration, reprise et renouvelée par deux autres ministres, MM. Roy et Portalis, condamnait trop hautement la dernière administration (pour que les deux de ses membres qui restaient dans le cabinet actuel pussent demeurer sous le coup d'une telle sentence. MM. de Chabrol et de Frayssinous donnèrent leur démission; ils furent remplacés, quelques jours après, par MM. Ilyde de Neuville et l'abbé Feutrier, évêque de Beauvais.

Le roi nomma président de la Chambre Royer-Collard, qui figurait seulement le troisième, par rang de suffrages, sur la liste de cinq candidats présentés par l'Assemblée : c'était ordinairement le premier inscrit qui était nommé. Le ministère expliqua cette dérogation en disant que Royer-Collard, élu par sept départements, était le président naturel de la Chambre.

Du 5 au 8 mars, la Chambre discuta l'adresse en réponse au disa

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