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Hélas! vainqueurs de l'or, du mépris, de l'intrigue,

Et de leurs rivaux insultans ,
Peu de chantres fameux ont pu vaincre la ligue

Des flots , de la flamme et du tems.

Şi la nuit des Enfers tend ses horribles voiles

Sur les yeux des géans défaits ,
L'Elysée offre au juste un ciel et des étoiles

Dont l'éclat ne mourra jamais.

Là , le tendre Virgile introduit ta jeune ombre

Aux purs banquets des demi-dieux;
Il sait

que des chansons qu'il contait au bois sombre
Tu fus l'écho mélodieux (4),

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Sans

regret, de ce monde, aux fêtes éternelles,

Ombre heureuse , va te mêler,
Et cours unir ta voix à ces voix immortelles
Que nul bruit ne pourra troubler.

DENNE BARŐN.

(4) Sa traduction des Bucoliques,

(5) If a traduit aussi une grande partie de la Jérusalem : cette tra« duction est inédite.

(6) Son Bouquet lyrique, il est composé de trois odes à Napoléon.

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LA LEÇON D'ASTROLOGIE,
OU L'EXPLICATION DE LA COMÈTE DE 1811.

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Du riche météore admiré chaque soir,
Mon père ! quelle est donc la magique puissance?
Depuis qu'il embellit l'horizon de la France,
Il semble du soleil agrandir le pouvoir :
Les frimas n'osent plus paraître en sa présence;
Jadis signe de crainte , il ne l'est

que d'espoir;
Il épure le ciel, rend aux champs l'abondance :
Loin de }e redouter , combien j'aime à le voir!
Ainsi parlait Daphnis, dont le plaisir extrême
Etait de contempler sous la voûte des cieux
L'étoile au front brillant, au sillon radieux.
Oui, mon fils, comme vous chacun l'admire et l'aimę,
Lui répond l'astrologue : il frappe tous les yeux.
La science sur-tout y découvre un emblême,
En lettres de lumière écrit par le ciel même ,
Qui de notre bonheur instruira nos neveux.
Quand de l'astre éclatant réparateur du monde
S'approche avec amour l'étoile aux longs cheveux,
De leur belle union l'influence féconde
Pour l'univers charmé double les jours heureux.

L’Astrologue de la vallée de Montmorenci.

ENIGME.

FAIT pour

aller au fer, je le brave sans cesse;
Là, posté sur non pied, je m'élève ou m'abaisse

Au gré de la société ,
Pour laquelle il paraît que je fus inventé.

Parfois sous un autre costume ,
Placé différemment, Chloë me prend en main,

Me tourne et retourne sans fin ;

Pour l'amuser, moi j'ai coutume
De proposer rébus , charade, calembourg,
Que son esprit subtil devine tour-a-tour.

S........

LOGOGRIPHE.

UTILE à ta faible existence,
Avec cinq pieds , lecteur , je couvris ton enfance
Sitôt que tu parus à la clarté du jour.
Viens me décapiter , si tu veux, en retour,

Me prouver ta reconnaissance ,

Immortelle et divine essence
J'habiterai soudain le céleste séjour.

B.

CHARADE.

SOUVENT le matin à la chasse
Je vais donner de mon premier :
Le soir , lorsque je me délasse,
Je vais jouer à mon dernier.
Dans mon tout quand j'aurai ma place
Plus de premier, ni de dernier.

Un Abonne.

Mots de l’ENIGME, du LOGOGRIPHE et de la CHARADE

insérés dans le dernier Numéro.

Le mot de l'Enigme est les quatre E.
Celui du Logogriphe est Cane, où l'on trouve : dne.
Gelui de la Charade est Petoncle.

.

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SCIENCES ET ARTS.
ÉTAT DES ARTS MÉCANIQUES DANS L'AMÉRIQUE

SEPTENTRIONALE.
QUOIQUE l'Amérique du nord ne puisse être comparée
à l'Europe sous le rapport des beaux-arts , de la littérature
et des sciences, elle fait cependant tous les jours de grands
progrès , se distingue sur-tout dans les arts mécaniques.
Les circonstances où se trouvent les habitans de cette
partie du Nouveau-Monde, ne leur permettent pas encore
de se livrer à la culture des sciences avec cet enthousiasme
et ce succès qui caractérisent et qui dénotent un peuple
parvenu à un grand degré de population, de richesses et
de civilisation. Les fortunes moins considérables qu'en
Europe, et disséminées plus également parmi les diverses
classes , l'esprit agricole et commercial', le besoin et la
facilité d'augmenter sa fortune , sont autant de causes qui
relardent les progrès des connaissances parmi ce peuple
nouvellement organisé.

Ce retard est plus apparent que réel , et il ne doit pas être confondu avec cette espèce d'assoupissement et d'idertie qu'on trouve encore chez quelques nations de l'Europe. L'activité intellectuelle agit d'une manière bien sensible chez les Américains du nord , mais elle se porte vers les besoins les plus réels et les plus urgens. Un peuple naissant et civilisé doit diriger ses premiers efforts vers les objets susceptibles de contribuer plus immédiatement à son existence, à son organisation sociale, à ses besoins domestiques , agricoles et industriels.

C'est à ces diverses causes qu'il faut attribuer les applications et les nouvelles découvertes qui ont lieu chaque jour dans les Etats-Unis , principalement en mécanique. On doit mettre à la tête des hommes qui se distinguent dans cette carrière M. Robert Fulton, connu en France par le séjour qu'il a fait à Paris il y a quelques années , et plus encore par son système de canaux à plans inclinés, et son bateau à naviguer sous l'eau. On a vu à Paris les modèles de l'un et de l'autre ; et M. Fulton a publié uu

1

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MERCURE DE FRANCE, NOVEMBRE 1811. 203 ouvrage dans lequel il développe son système sur les canaux,

en démontre l'économie et les autres avantages, Il a principalement cherché à faciliter les transports à travers des pays montueux, et dans les circonstances où le défaut d'une assez grande quantité d'eau ne permettrait pas de former des canaux construits d'après les anciens principes: idée d'autant plus ingénieuse que l'on peut appliquer au profit de l'agriculture le surplus des eaux qui se trouvent ainsi économisés. M. Fulton 'prouve qu'une tonne qui coûte cent dollars de frais de transport sur les routes ordinaires d'Amérique pour un espace de 300 milles , ne coûterait que trois dollars sur des canaux construits d'après son système , dans le cas où le droit de navigation n'excéderait

pas

la somme nécessaire à l'entretien. Cet ingénieux mécanicien a aussi inventé une machine à faire des cordes , mue par l'eau. Elle peut être placée dans une chambre de quarante pieds en carré, et sert à fabriquer des cordes et des cables de toute dimension avec le secours d'un seul ouvrier. La corde sort de la machine toute faite et disposée en rond , de sorte qu'on peut la transporter de suite dans un magasin. On construit dans ce moment, 1 Baltimore , yne machine sur ce plan.

M. Fulton est aussi l'auteur d'un moulin à scier et polir ļe marbre , qui lui a valu une médaille à la Société d'encouragement de Londres.

On lui doit enfin l'invention d'un bateau qui remonte les rivières par le moyen de la pompe à feu de Watt et Boulton. Ce bateau, long de 150 pieds et large de 16 , a été construit à Baltimore. Il est mis en mouvement par

le moyen de deux roues correspondantes et agissant sur l'eau. Cette belle découverte qui avait été jusqu'à ce moment tentée en vain par un si grand nombre de personnes complétement réussi entre les mains de M. Fulton. Il suffit , pour être convaincu des grands avantages qu'on peut en retirer, de savoir que ce bateau surpasse en vitesse le mail-coach et les autres diligences de terre , et qu'il navigue mieux que tous les bateaux ou packet-boats qui se trouvent sur la rivière d'Hudson entre Newyorck et Albany

DE LASTEYRIE.

а

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