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De vos trois fondateurs la vertueuse histoire.
Me redira de Sparte et les moeurs et la gloire (8).
J'aurai dans le Valais l'âge d'or tout entier.
Quel paisible séjour, quel sol hospitalier,
De charmes inconnus quelle étonnante image!
Lieux cachés , doux abris du poëte et du sage,
Que vous les entourez de merveilleux tableaux,
D'horreurs et de beautés , de bruit et de repos !
Que d'abîmes profonds , de roches menaçantes ,
De gouffres , de torrens , de cascades grondantes ,
Et, parmi tous ces monts hérissés de débris,
Quel doux luxe de fleurs , de moissons et de fruits (9) !
Mais toi , séjour si cher, délicieuse terre ,
Qui vis naître Rousseau , qui possédas Voltaire ,
Toi qu'il me faut quitter !... De mon sol paternel
Que de fois reporté sous l'azur de ton ciel,
Mon amour de ces lieux constamment idolâtre
Me peindra de tes monts le vaste amphithéâtre ;
L'appareil de tes champs , l'émail de tes coteaux,
La grâce de tes bords , le miroir de tes eaux!
Que de fois des rochers du sombre Meillerie
Ma muse charmera sa longue rêverie ,
Et le sein agité , l'oeil humide de pleurs ,
Pleine de ces aspects si chers à tous les cours ,
Croira, dans ses transports , jouir de leur présence ,
Et du moins sur sa lyre en trompera l'absence !

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O Suisse! où tout respire et donne le bonheur,
Où l'homme plus heureux se sent encor meilleur;
Séjour pur, où le ciel semble du premier âge,
Même au sein des cités , fixer la douce image;
Toi qu'à peine je vis et que j'aimai d'abord,
Qu'aujourd'hui je revois et j'aime plus encor;
Toi qui d'un sort cruel n'adoucissant l'injure,
Eus pour moi les attraits qu'a pour toi la nature
Reçois l'humble tribut d'un poëte ignoré :
Il ne t'offrira pas un hommage sacré !..,

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(8) Les trois petits cantons d’Uri, Schweitz et Underwald.

(9) C'est dans la 23me lettre de la Nouvelle Héloïse qu'il faut lire la description de cette contrée et des mours de ses bons habitans.

Mais tu jouis des chants du rival de Virgile :
Eh ! comment retracer ce qu'a tracé Delille ?
Quels sentimens profonds , quels pinceaux gracieux !
Son amour! est l'amour inspiré par tes lieux..
Qui le sait, lit encor son hommage à Glairesse (10)
Je n'ai pas son grand art, j'ai toute son ivresse.
Délicieux transport, je voulais t'exprimer,
Et mes vers l'eussent fait, s'il eût suffi d'aimer.

Envoi à Madame de P***, qui habite l'Italie et a résidé

en Suisse.

O vous ! qui, même au sein de l'antique Ausonie ,
Toujours par la pensée habitez l'Helvétie,
Verrez-vous dans mes chants la pompe de ses lieux ?
Ah! si l'amour sacré que vous gardez pour eux
Nous décrivait jamais une terre si belle ,
Le tableau deviendrait le rival du modèle.

J. B. D. LAVERGNE,

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IMITATION DU PROLOGUE DE LABÉRIUS (*).
De la nécessité l'inévitable loi ,
Aux portes du tombeau , s'appesantit sur moi:
Où me réduit , hélas ! cette aveugle déesse ?
Ni l'or , ni les honneurs, n'ont vaincu ma jeunesse ;
Puissance , crainte, espoir , mobiles des humains ,
Rien ne m'a détourné de mes libres desseins ;
Et voilà qu'aujourd'hui l'humble et douce prière
A la voix d'un héros, change mon ame altière !
O douleur !... Mais comment opposer les refus
A l'homme qui des Dieux n'en a jamais reçus ?

1

(10) Village sur les bords du lac de Bienne qu'a habité M. Delille, et que rappelleront à jamais les vers de ce grand poëte.

(*) Laberium aspero libertatis equitem romanum. Cæsar quingentis millibus invitavit, ut prodiret in scenam et ipse ageret mimos quos scriptitabat. Sed potestas, non solum si invitet , sed etiam si

supplicet , cogit. Unde to et Laberius à Cæsare coactum in prologo testatur,

MACROB. , SATURN., lib. 2, cap. VII.

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Mes jours furent nombreux , ils sont plus purs encert.
Des chevaliers romains le signe me décore...
Quel changement subit dans ma condition!
Ce matin , chevalier! et ce soir, histrion!...
J'ai trop vécu d'un jour... O fortune inhumaine ,
Sans borne en ta faveur ainsi que dans ta haine ,
Si tu devais , ardente à servir Apollon,
Pour honorer les arts , déshonorer mon nom ,
Au déclin de mes ans fallait-il donc attendre ?
A plaire aux spectateurs je ne saurais prétendre :
Peut-être , en mon printems, 'aurais-je réussi ;
Mais qu'apporté-je au cirque à l'âge où me voici ?
La grâce m'a quitté ; ma voix s'est affaiblie ;
Mon corps est chancelant, et ma force amollie ;
J'ai tout perdu. Semblable au lierre tortueux
Vainqueur du chêne altier qu'il presse de ses noeuds,
Le tems , m'environnant d'un long cercle d'années,
Etouffe en ses replis mes nobles destinées.
Ainsi qu'un vain tombeau , dans mon sort malheureux,
Je ne conserve plus qu'un nom jadis fameux.

J. P. CH, DE SAINT-AMAND.

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ON Y VA. CHANSONNETTE.

AIR: Dans la vigne à Claudine.
CUPIDON est un drôle...
Avec son air lutin,
Oh! comme il vous enjôle
L'esprit le plus mutin !
Chez un tendron qu'il guette ,
Dès qu'il frappe... voilà
Le cœur de la fillette
Qui répond : On y ra.
Entendez nos grandmères
Dire
que

dans les bois,
Pour
croquer

les bergères,
Les loups sont aux abois ?
Fille alors est à plaindre...
Nos belles savent ça,
Et pourtant sans rien craindre
Tous les jours on y 34.

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Les bals et le théâtre
Sont contraires aux mours ;
La jeunesse folâtre
Y puise ses erreurs.
Chacun est à la ronde
D'accord sur ce point-là;
Pourtant (voyez le monde),
Tous les jours on y va.
Sans faire la grimace
Envisageons la mort :
Petits, grands , tout y passe ,
Car tel est notre sort.
Narguons sa faulx cruelle;
Quand notre tour viendra ,
Nous dirons à la belle :
Un moment, on y va.

CHARLES MALO.

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ENIGME.
Depuis long-tems je joue un rôle dans l'histoire,
Et si je n'y dis pas toujours la vérité,
Je m'y tiens à l'écart de toute fausseté,
Et je n'oblige pas le lecteur à me croire.

De crainte d'indiscrétion ,

Je reste toujours dans le doute ;
Je ne crois pas que celui qui m'écoute
M'ait jamais entendu dire ni oui , ni non.
En législation ainsi qu'en politique,

En morale comme en physique ,
Dans le passé, le présent , l'avenir,
Je suis sur la réserve , et toujours je m'applique
A ne rien affirmer, de crainte de mentir.

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܀

LOGOGRIPHE.

Au milieu des hivers j'étale ma verdure ,
En dépit de la neige et du froid aquilon.
Renverse mes deux pieds , je change de nature ,
Et je deviens alors une interjection
Qui désigne mépris, dégoût, aversion.

B:

CHARADE.

A peu de frais , dans un ménage,
On peut, à l'aide du premier,
Se procurer lait et fromage.
Du doux printems heureux présage,
C'est sur la fin de février
Que , sur les arbres du bocage ,
On voit renaitre le dernier.
Agréable arbuste , l'entier
Aisément prête son feuillage
Aux caprices du jardinier ;
Mais de ce tout, en homme sage ,
Il doit écarter le premier.

B.

Mots de l'ENIGME , du LOGOGRIPHE et de la CHARADE

insérés dans le dernier Numéro.

Le mot de l'Enigme est Ecran que l'on place devant la cheminée , et écran que l'on tient à la main.

Celui du Logogriphe est Lange, où l'on trouve : ange.
Celui de la Charade est Carbillard,

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