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DE FRANCE

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Fragment du troisième chant d'un poëme sur la Peinture.

DE L'EXPRESSION.

VAINEMENT, avec choix prodiguant les couleurs,
Vous charmez nos regards par des accords flatteurs ;
Vainement, sous vos mains légères et savantes,
Naissent de doux contours et des formes vivantes;
Si de nos passions vos pinceaux enflammés
N'embrâsent vos héros sur la toile animés,
Ce spectacle éclatant, que notre esprit rejette ,
Nous lassera bientôt de sa pompe muette.
Rappelez-vous Orphée : au cri de ses douleurs,
Les tigres , les rochers ont répandu des pleurs.
Cette fable est pour vous une leçon utile.
Qu'ainsi , dans vos tableaux , la nature docile ,
Des teintes du sujet prompte à se revêtir ,
Partage les transports que nous devons sentir.
Voulez-vous exprimer une scène touchante,
La vertu malheureuse et la beauté mourante?

T

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Par une ombre douteuse et de pâles couleurs,
Attristez la nature émue à ses douleurs.
Offrez-vous à nos yeux les sanglantes images
D'une passion sombre et de ses noirs orages ?
Que dans un site affreux qui frappe de terreur
Des vents , de la tempête éclate la fureur;
Des transports du héros agitez le ciel mêine.
Mais faites plus encore , et par un art suprême
Dévoilez à nos yeux dans les malheurs passés
La source des malheurs par vos mains retracés,
Et qu'à nos cøurs émus vos peintures fidelles
Annoncent leurs effets et leurs suites cruelles.
D'un seul moment alors le tableau déchirant
Aura d'un long récit l'intérêt dévorant.

Voyez-vous retracés sur la toile éloquente
Tancrède et sa maîtresse et leur lutte sanglante (1).
Sans doute le combat fut terrible et cruel!
Ahl que de coups portés avant le coup mortel!
Tous ces débris épars de lances et d'armures ,
Ce gazon teint de sang et ces larges blessures,
Attestent des guerriers l'audace et la fureur.
La nuit de ce combat avait voilé l'horreur.
Tancrède enfin triomphe ; une clarté douleuse
N'éclaire qu'à regret cette victoire affreuse.
Lui-même, pour donner au guerrier malheureux
Le signe rédempteur qui nous ouvre les cieux,
Dans son casque brisé, de son sang tout humide,
Vient de puiser les flots d'une source limpide.
Il découvre le front de son fier ennemi....
Dieu! comme à cet aspect tout son corps a frémi!
L'étonnement, l'horreur sur son visage empreinte
Frappent nos yeux surpris et nous glacent de crainte.
Ses pleurs mêlés au sang qui couvre sa páleur
Révèlent ses regrets , accusent son erreur,
Malheureus! tu frappais une amante adorée...
Bientôt, en la voyant dans tes bras expirée,
Affaibli de douleur plus que

de

sang
Tu tomberas près d'elle et comme elle glacé.

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versé,

(1) Sujet tiré d'un magnifique épisode du Tasse. Voyez la Jérusa. lem délivrée, chant Xlle,

Déployez le même art dans la sombre peinturo
De ces noires fureurs dont frémit la nature.

Si, de retour enfin dans ces lieux redoutés
Toujours par le malheur et le crime habités,
Après de si longs jours perdus pour sa colère,
Oreste vient pleurer au tombeau de son père,
S'il vient y consacrer aux mânes infernaux
Le glaive destiné pour des crimes nouvсaux;
Que l'air soit menaçant, la lumière voilée,
Et, comme le héros, la terre désolée ;
Que lui-même, accablé

par sa longue douleur,
Retrouve sur la tombe une atroce vigueur,
Et, sortant des enfers , que l'ombre de son père
L'enflamme, en l'embrassant , d'une ardeur meurtrière.
Que son regard terrible et ses flancs oppressés ,
Son geste menaçant, ses cheveux hérissés,
Et son front.jeune encor pidé par la souffrance,
Pâle de son affront, pâle de sa vengeance,
Découvrent à nos yeux le trouble de son cœur,
Un destin inflexible excitant sa fureur ,
Guidant tous les transports de son aveugle rage,
Le

poussant dans le crime; et cet affreux orage
Que les Dieux dans son sein ont pris soin d'exciter ,
Amassé dès long-tems, et tout près d'éclater.
Ah! quel sera l'effet d'une telle colère ?
Tremblez , peuples d'Argos ! il va frapper sa mère.
Et, chassé de vos murs, teint du sang maternel,
Errant et dévoré d'un remord éternel,
En horreur à la terre , en horreur à soi-même ,
Traînant par-tout des Dieux la vengeance suprême,
De spectres, de terreurs sans cesse environné,
Son nom fera frémir l'univers étonné. i

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J. R. AUGUSTE FABRE.

ÉPITRE A MON AMI, SUR LA RICHESSE.
CAÉRI de l'amitié, caressé

par l'amour,
De myrtes , de lauriers, couronné tour-a-tour,
Coulant dans les plaisirs ta brillante jeunesse,
Que peux-tu donc encor désirer ? --- La richesse.

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La richesse , dis-tu ? mortel ambitieux!
Par des veux insensés crains d'irriter les Dieux ;
Crains que ces Dieux , jaloux de ton destin prospère ,
Ne t'accordent cet or donné dans leur colere.
Cesse de souhaiter des trésors superflus ,
Fuis-les comme un écueil funeste à les vertus;
Et, content désormais de ton heureux partage,
Garde ce sort modeste, ambition du sage.
Le riche et l'indigent forment les mêmes voeux.
Modérer ses désirs est l'art de vivre heureux.
Supposons un moment que, de ton humble aisance,
Tu fasses , dès ce jour, un pas vers l'opulence :
Adieu les doux trayaux et les paisibles soins.
Aussitôt je tę vois , fuyant l'oeil des témoins,
Déposer, dans le sein d'une sombre retraite ,
Et ton ame et ton or en la même cassette.
Dévoré de soupçons et d'un squffle alarıné,
Tu ne dormiras plus que l'oeil demi-fermé.
Ce n'est plus pour la gloire alors que ton cour veille ,
Ce n'est plus

pour
l'amour

que l'aurore t'éveille ;
Le désįr dévorant d'augmenter ton trésor,
De compter,

, recompter et recompter encor
Est le seul qui t'obsède et qui t'offre des charmes.
L'infortuné jadis faisait couler tes larmes ,
Et tu lui prodiguais un secours généreux ;
Mais il fuit maintenant ton abord rigoureux.
Ton or, ton or, voilà ta gloire et ta tendresse !
Je te vois indigent au sein de la richesse ,
De peur de l'acheter, refuser le plaisir,
Et, pour entasser l'or , oublier d'en jouir.
Malheur à tout mortel que cette soif dévore !
Pauvre, on a désiré ; riche , on désire encore :
Rien de l'ambition ne peut combler les voeux.
Ah! du moins si cet or pouvait nous rendre lieureux!
Si, grâce à l'or, nos noms au temple de Mémoire
Etaient plus vite inscrits par la main de la Gloire;
De la tendre amitié s'il resserrait les nouds;
Si, du Dieu de Paphos purifiant les feux ,
Notre amante en était plus tendre et plus fidelle ;
Enfin , lorque la parque au tombeau nous appelle ,
Si cet or désarmait l'inflexible Atropos ,.

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Je dirais : amasssons ,

oublions le repos
Pour cet heureux trésor , source de tant de joie.
Mais on sait qu'au théâtre , à la cabalé ên proie ,
Ainsi

que

Richemont, ce n'est point réussir ,
Que de prodiguer l'or pour se faire applaudir ;
Que pour un noble coeur elles sont trop vulgaires ,
Ces palmes que l'on doit à des mains mercenaires.
On sait que l'amitié, que l'amour fastueux,
Perdent le doux plaisir d'être chéris pour eux;
Et qu’un brillant amas de cet or qu'on envie
Ne peut ni prolonger ni racheter la vie.
Tu le vois; on peut être et riche et malheureux,
Ne perds donc plus tes jours en de stériles veux.
Ah! fuis d'un vil métal les amorces perfides ,
Et recherche avec inoi des trésors plus solides."
La fortune est volage et laisse des regrets,
Mais il est d'autres biens qui ne trompent jamais,
Qui seuls font le bonheur et dont la source est pure.
Plaisirs si peu goûtés, enfans de la nature ,
Vous fuyez des palais les lambris somptueux
Et cherchez l'humble toît-du morțel vertueux.
Ces plaisirs , ces vrais biens sont dans ta métairie ,
Près d'un ami constant, d'une épouse chérie ,
Ce jeune et tendre objet, charme de tes beaux jours;
Dans les jeux enfantins d'une troupe d'amours
Image de vos traits”, richesse d'un bon père ,
Qui joindront les vertus aux grâces de leur mère ;
Dans l'étude des arts , qui remplit nos loisirs ,
Et qui, loin du Potoše, offre de vrais plaisirs.
Abjure dès ce jour ton humeur inquiète ,
Et vis content de peu dans ta douce retraite.
Que la soif des trésors n'égare plus ton coeur ;
Et si tu vois briguer un métal corrupteur,
Au mortel que séduit cette honteuse ivresse ,
Dis : la félicité n'est point dans la richesse ;
Si l'avare au bonheur croit son or suffisant,
L'homme sage en ses voeux ,

sensible, bienfaisant ,
Qui chérit les beaux-arts , que la nature enflamme,
Doit toujours le trouver dans le fond de son ame. .

F. DE VERNEUIL.

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