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CONTRE LES DÉTRACTEURS DE LA POÉSIE (1)

MUSES! quels blasphêmes impies
Attaquent vos droits immortels ?
Les avides mains des harpies
Osent donc souiller vos autels.
Doctes filles de Mnémosyne ,
Au mépris de votre origine.
Et de vos sublimes concerts,
Quelques écrivains téméraires
A célébrer les faits vulgaires
Voudraient rabaisser l'art des vers.
Achille reçut les hommages
De la savante antiquité.
Son nom qui traversa les âges
Croissait toujours plus respecté.
On fait

pour

flétrir sa mémoire
Passer les rayons de sa gloire
Au travers d'un prisme imposteur.
Pouvez-vous , absurdes critiques ;
Jusque sur ces tems héroïques
Porter un wil profanateur ?
Vous osez blâmer Alexandre
D'avoir envié les beaux vers
Qui , sur les rives du Scamandre,
Fixent les yeux de l'Univers.
Ses regrets menacent la terre.
pour

mériter un Homère
Qu'il vole aux plus nobles travaux.
Désir immense de louange !
Sur les bords étonnés du Gange
Tu vas conduire ce héros.

C'est

Si des actions mémorables
Clio garde le souvenir,
Ses fastes souvent peu durables
Ne traversent point l'avenir.

(1) Ces strophes répondent à un article inséré, il y a envir ok six mois, dans le feuilleton d'un journal célibre.

Tandis qu'aux inurs d'Alexandrie
Les flammes de la barbarie
Consument tous ses monumens,
Aux vers la mémoire fidèle,
Gardant leur empreinte éternelle,
Les ravit à la faulx du Tems.

1

En vain votre rage ennemie,
Zoïles trop audacieux,
Voudrait feriper à Polymnie
Les oreilles des demi-dieux.
Le héros amant de la gloire ,
Sait bien qu'au temple de Mémoire ,
Où l'attend l'immortalité,
C'est la sublime poésie
Qui lui versera l'apbroisie
Au nom de la postérité.
Du génie illustre conquête ,
Sachez

que

le mêine laurier
Ombrage le front du poëte
Comme le casque du guerrier.
Dans les sentiers de l'Elysée
L'auteur divin de l'Odyssée
Suit les rois vainqueurs d'Ilion;
Et c'est en vain que votre audace
Veut de l'Olympe et du Parnasse
Rompre l'éternelle union.

Par M. L***.

ENIGME.

Je suis d'une origine antique,
Car suivant certaine chronique ,
Elle remonte à l'âge d'or,
Autrement, si l'on veut encor,
Au tems que le bon vieux Saturno
Habitait les bords du Vulturne,
Dans le palais du roi Janus
Où le Dieu se tenait reclus.
Quoi qu'il soit de mon origine,
Combien de gens criraient famine

S'ils n'avaient pas d'autre aliment
Que ce que l'on veut très-souvent
Que je reçoive et que j'avale ?
Est-ce donc ainsi qu'on régale
Celle dont la fidélité
Est égale à l'antiquité ?

Par CARVILLE ( de Tonnayboutonne),

LOGOGRIPHE.

LECTEUR , si la chose te plait,
Tu peux avec mon tout présenter un placet

Et puis, par grâce spéciale,
En me coupant la queue obtenir une place.

si.......

CHARADE.

NE soyez pas trop le premier,
Ou sur ma foi vous serez dupe.

A plaire quiconque s'occupe
Dessus comme dessous doit être le dernier.

Quant à l'entier,
Nous le prenons à la chandelle,

Du moins assez communément.
La femme en fait aussi le jour un ornewent;
Mais chez nous,

ainsi
que

chez elle ,
Cet entier-là couyre ordinairement
Plus d'une tête sans cervelle.

B.

Mots de l'ENIGME, du LOGOGRIPHE et de la CHARADE

insérés dans le dernier Numéro.

Le mot de l'Enigme est Peut-être.
Celui du Logogriphe est if, où l'on trouve : fi.
Celui de la Charade est Chèvrefeuille.

LITTÉRATURE ET BEAUX-ARTS.

1

LE RÈGNE DE Louis XI, ET DE L'INFLUENCE QU'IL A EUE

JUSQUE SUR LES DERNIERS TEMS DE LA TROISIÈME DYNASTIE; par Alexis DUMESNIL. -Un vol. in-8°, --- Prix, 3 fr. 60 c., et 4 fi'. 25 c, franc de port. — A Paris, chez Maradan, libraire, rue des Grands-Augustins, no g.

S'il suffisait d'avoir et d'annoncer de hautes prétentions pour produire un bon ouvrage, il ne manquerait rien sans doute au mérite du Règne de Louis XI, par M. Alexis Dumesnil. Cet auteur n'est pas de ceux qui s'agenouillent dans une humble préface pour demander grace au lecteur de l'ennui qu'ils vont lui causer, M. Dumesnil commence, au contraire, par faire le procès à tous les historiens modernes qui ont la bonhommie de citer les dates et de multiplier les faits ; il compare leurs discussions et leurs digressions aux bizarres ornemens de l'architecture gothique, et déclare que pour son compte il va imiter ces grands et immortels artistes qui revinrent les premiers à la noble architecture des Grecs, Il condamne ainsi en deux mots les Voltaire, les Hume, les Robertson, et ne propose comme modèles dignes d'être imités que Tite-Live et Tacite.

Ce début, nous l'avouerons, nous avait assez faiblement prévenus en faveur de M. Dumesnil ; car nous avons le malheur de croire à ce vieux préjugé que la modestie est inséparable du vrai mérite. Cependant l'importance du but annoncé par notre auteur nous engagea à passer sur la présomptueuse légèreté de sa préface ; ce but, dit-il, était de considérer dans le règne de Louis XI la révolution qu'il a produite dans la monarchie, et jamais on ne fut mieux placé qu'à l'époque où nous sommes pour considérer et juger les révolutions, Peut-être, disions-nous, M. Dumesnil, instruit par celle que nous avons essuyée, trouvera-t-il quelque chose de nouveau à dire sur le gouvernement de ce monarque fameux , qui , malgré ses perfidies et ses cruautés, est regardé par tant d'écrivains comme un grand roi, parce qu'il fit aussi sa révolution en mettant les rois hors de page.

C'est dans ces dispositions que nous avons commencé à lire l'ouvrage qui nous occupe, et si nous avons été trompés dans nos espérances, ce n'est pas du moins dans celle d'y trouver quelque chose de nouveau. Nous y avons lu, par exemple, que c'est une intention malheureuse de liberté inhérente à la ration, et toujours mal exprimée, qui produisit autrefois les grandes divisions de la monarchie et créa les maires du palais ; nous y avons vu que c'est dans César et non dans les Régulus , les Scipions ou les Emile qu'il faut chercher le peuple romain tout entier ; et que Louis XI astucieux, cruel et perfide, était le Français de son siècle, comme Louis XIV fut le Français du sien. Nous y avons fait quelques découvertes un peu moins importantes, mais ce qu'il y a de plus nouveau dans l'ouvrage, c'est le résultat auquel l'auteur nous conduit ; savoir, que c'est aux changemens opérés par Louis XI dans la monarchie, qu'il faut attribuer et la Ligue qui, au seizième siècle, fut au moment de la démembrer, et les assassinats d'Henri III, d'Henri IV, de Louis XV, et enfin notre dernière révolution. Vous ne vous y attendiez guère, mais on peut vous faire voir la marche de l'auteur en peu de mots : Louis XI, pour rabaisser les grands, fortifia le pouvoir du peuple ; or, si vous hésitez à croire que ce fut le peuple qui fit la Ligue, vous ne nierez pas dů moins qu'il n'ait fait la révolution. Avec un peu de soin, de dialectique et d'érudition, il n'est même pas très-mal aisé de suppléer les faits intermédiaires. Rien n'est plus séduisant que cette manière d'expliquer l'histoire en s'arrêtant à un moment donné. Voltaire a fort bien démontré quelque part qu’un brame avait été la cause de la mort d'Henri IV, en s'avançant du pied droit plutôt que du pied gauche pour se baigner dans l'İndus ; et l'assassinat d'Henri IV ayant considérablement influé sur la suite de l'histoire, il serait aussi facile de prouver que c'est ce même pied droit du brame qui a cause

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