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teprésente , sous les figures de trois femmes , gracieusement enlacées, la peinture , la sculpture et l'architecture; la figure allégorique de l'Amour qui tend un piège aux ames et qui les amuse avec des fleurs , ainsi que

les petits bas-reliefs placés sur le socle, et qui sont comme autant d'épisodes de ce joli poëme , lui donneraient des droits bien réels à la renommée : la figure représentant la Sensibilité sous la forme d'une jeune personne qui touche la sensitive; Paul et Virginie qu'il'a traduits en marbre , et auxquels il a conservé cette tendresse , cette puissance d'intérêt dont les a doués l'admirable talent de M. de Saint-Pierre ; le Nid d'Amours; et en dessias , l'Elégie pathétique de l'Amitié consolatrice , à la porte d'une prison ; le Triomphe de Psyché, à laquelle les différens peuples de la terre viennent rendre les honneurs divins, dessin capital par son étendue et son fini; un assez grand nombre d'autres dessins, profondément pensés, pour la magnifique édition de Racine, par P. Didot ; le tableau représentant Énée et Anchise au milieu de l'incendie de Troye (5), tableau qui acheva de prouver que Chaudet aurait pu devenir un peintre d'une grande distinction ; les nombreux sujets de médailles qu'il a composés et dessinés paur l'histoire numismatique de l'Empereur dont s'occupe la troisième Classe de l'Institut, tous ces ouvrages enfin, qui ne sont que les accessoires de sa réputation , n'attestent pas seulement l'activité et l'étendue du talent de M. Chaudet, mais bien mieux encore son esprit ingénieux et penseur, son imagination tempérée de raison et de sensibilité.

Dans cette immensité de travaux, nous ne croyons pas devoir nous arrêter sur les deux plus vastes, le Fronton du Corps législatif et la statue de la Colonne d'Austerlitz , parce que les conceptions en ont été généralement blâmées, et qu'il est certain que la première lui a été imposée , en même tems qu'il est douteux qu'il n'ait pas admis la seconde par complaisance. En effet, on ne peut point reconnaitre son esprit judicieux dans le choix d'un costume idéal pour l'Empereur des Français, placé sur une colonne dont tous les ornemens et les cosa tumes sont nationaux et du temś où nous vivons. Il n'aurait pas imaginé aussi, pour Frontispice du Temple des Lois, un épisode d'une victoire, quand on avait à consacrer un si beau sujet d'histoire législative : Napoléon donnant son Code inmortel aux Français , et aux nations qui veulent participer à sa haute sagesse. La gloire de Chaudet est trop bien établie pour rechercher le mérile qu'on pour

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(5) Ce tableau fut exposé au Salon de 1798 : il a été 'gravé par M. J. Godrefroy.

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rait trouver dans ces deux ouvrages , que d'ailleurs ses forces défaillantes ne lui ont pas permis de soigner autant qu'il l'aurait fait, si elles avaient secondé son caractère moral et son talent.

Il a exécuté un assez grand nombre de bustes. Je ne parlerai point de ceux de l'Empereur et Roi, ils se confondent, pour le mérite, avec la statue du Corps législatif, qui en est le type ; mais il y en a deux qu'on doit placer parmi ses beaux ouvrages : savoir , un buste de feu Sabatier et celui de David Ieroi. L'amitié et la reconnaissance l'avaient inspiré pour l'un et l'autre. C'est un trait qui caractérise encore M. Chaudet : son ame et son talent étaient étroitement unis.

Il ne fut pas seulement un des premiers statuaires : il ent encore le mérite d'être un des plus utiles. Lorsqu'il fut nommé professeur aux écoles de peinture et sculpture , il se livra avec ardeur aux fonctions de l'enseignement. Il avait tant réfléchi sur son art, il l'aimait avec tant de passion, que c'était un bonheur pour lui d'en exposer la saine doctrine et sur-tout d'en répandre sentiment. Aussi les élèves de l'école , comme ses élèves particuliers , étaient avides de ses leçons.

Mais c'est sur-tout dans la commission du Dictionnaire de la lan: gue des Beaux Arts et dans les discussions de ce travail que nous eûmes l'occasion de connaître la sagacité, la justesse , la trempe forte de son esprit. Instruit, mais non lettré, il nous étonnait tous. par la manière analytique avec laquelle il concovait et disposait les articles nombreux qui lui étaient échus.

Il aurait été heureux pour l'art et pour nous qu'il se fût restreint à ces travaux spéculatifs et à l'enseignement : il existerait peut-être encore !

Mais n'auginentons point nos regrets par les 'pénibles réflexions. que pourrait faire naître sa mort prématurée : sa vie a été pleine , quoique circonscrite à la moitié de la durée qu'il est permis d'espérer. Il a été estimé et chéri : il a pbtenu toutes les distinctions du talent: il a senti tout ce qui fait le charme de l'existence, les tendres affections et la gloire. Plaignons donc seulement la digne compagne qu'il s'était associée et qui lui avait apporté elle-même une riche dot de talent : consolons sa douleur, en lui montrant le nom de CHAUDET consacré

pour la postérité , et sa mémoire chérie des contemporains. Il mourut le 19 avril 1810, au commencement de sa quarantea. kuitième année.

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Nous n'avons encore à faire conpaître aucun événement important arrivé sur les bords du Danube. Les deux armées se tiennent respectivement en échec. Il paraîtrait que les Turcs cherchent à contenir les forces principales des Russes qui sont auprès de Giurgewo , tandis qu'ils manæuvrent contre leurs ailes; le général Kulusow au contraire semble préparer une alla que générale contre toutes les troupes qui ont passé sur la rive gauche du Danube, pour les rejetier de l'autre côté, et venir au secours de l'aile droite de son armée, afin qu'elle puisse reprendre, sous les ordres du général Essen, les positions qu'elle a quittées. Des lettres de Brody annoncent que le général Kutusow a déclaré aux Valaques qu'il n'abandonnerait leur territoire que si la vietoire lui était enlevée dans un engagement décisif, ce qu'il ne paraissait pas redouter.

Tunis.vient d'être le théâtre des troubles les plus sérieux, et d'une catastrophe sanglante. Les Turcs souffraient depuis long-tems de voir la régence entre les mains d'une famille maure , ils résolurent de renverser le bey , et de l'attaquer dē vive force au Bardo, où il habite avec sa cour; mais le bey, prévenu avait fait armer les Arabes et les autres troupes du pays. Les rebelles avaient arboré un drapeau vert qui est celui du grand-seigneur. Aussitôt que les troupes du bey

. furent réunies, les Turcs furent attaqués dans le fort où ils s'étaient retranchés. Le consul de France avait mis à la disposition du bey. des artilleurs français arrivés récemment de Malte, où ils avaient été prisonniers. Après une fortè canonnade les assiégés songèrent à se sauver par la fuite, si cela leur était possible. Certain de les alteindre au-delà des murs , le bey conna l'ordre de les laisser passer, Bientôt ils furent alieints sur le chemin de Tabara : la plupart étaient presque morts de faiın et de fatigue ; ils firent cependant à une vingtaine de lienes de Tunis une assez vigoureuse résistance, mais enfin il leur fallut succomber, et tous ont perdu la vie. Les dépouilles des Turcs furent partagés entre les Arabes vainqueurs. Ainsi s'est terminée celte conspiration : le bey a pris loutes les mesures de pru

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MERCURE DE FRANCE, NOVEMBRE 1811. 327 dence nécessaires pour que de semblables événemens ne puissent plus arriver. Les dernières nouvelles de Londres sont du

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de ce mois: elles n'apportent aucun changement aux idées précédemment données sur la santé du roi; mais le Statesman dont la plume ressemble à la lance d'Achille et guérit les blessures qu'elle a faites, le Statesman dont nous avons fait remarquer les derniers extraits, s'exprime en ces termes. « On a affiché hier ( 3 novembre ) la note suivante au café Loyd.

* Les quatre transports chargés de munitions qui étaient partis il y a quinze jours pour la Baltique, s'en reviennent a

' avec leurs cargaisons : ils ont mis à la voile, le 23 octobre, de la passe de Wingon

Que diront maintenant, ajoute la même feuille, les gens qui déjà proclamaient la guerre entre la France et la Russie? ils avaient fondé leurs espérances sur le départ de ces bâtimens et croyaient y voir une preuve des intentions hostiles de la Russie; mais cette puissance a complètement trompé leurs calculs, malgré le besoin de munitions que nécessite la guerre avec la Porte.n

Le Courrier annonce définitivement le départ de lord Bentinck pour la Sicile. Il ne parait pas y avoir de milieu: ou il apporte l'ordre d'évacuer l'îlc , ou celui d'en prendre militairement possession pour la sûreté de l'armée anglaise, pour celle aussi du peuple sicilien. Dans ce trouble, dans cette anxiété, à l'approche d’nne catastrophe que tous les esprits prévoient et qui est redoutée de toutes les classes, les Napolitains réfugiés en Sicile où ils ont si imprudemment suivi l'ancienne cour, cherchent à quitter un si dangereux asyle; un très-grand nombre a fui , et est arrivé en Calabre, oir le gouvernement les a accueillis avec bonté, et leur a permis de rentrer au sein de leurs foyers. Le Courrier, en parlant de la mesure de l'occupation, dit qu'un tel acte ne peut sans doute être provoqué que par de très-fortes raisons : probablement, dit-il, les ministres seront en état de les produire, et de prouver que les agressions et la conduite de la cour de Palerme les justifient; cependant on

que

la reine est dans un état d'abattement extraordinaire ; elle prend par jour jusqu'à six grains d'opium. On craignait qu'elle ne s'emparat de l'argent de toutes les banques des particuliers, et ne le remplaçat avec du papier. Les Anglais ont dans l'ile 18,000 hommes. Quant à l'Amérique du nord, les nouvelles reçues à

à Londres continuent à être à la guerre. Le consul général

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de France, M, Lescallier, a été reçu avec toutes les marques de la plus grande faveur; sa reconnaissance a été l'objet. d'une note officielle dans laquelle on lui annonce qu'il trouvera dans tout l'exercice de ses fonctions l'assistance et les égards que le gouvernement accorde aux oations les plus favorisées. La frégate le Président et la Guerrière croisent dans les mêmes parages; il y a eu des provocations de la part des officiers anglais, et l'on croit que si elles se rencontrent il s'ensuivra un engagement: décisif.

Au surplus, les Anglais peuvent entamer de nouvelles guerres, et s'attirer de nouveaux ennemis. Leurs moyens sont immenses, et leurs soldats peu coûteux. Une nouvelle circonstance vient de faire reconpaître de quel prix ils achètent les services et le sang des malheureux que la misère et des situations extraordinaires forcent à céder aux suggestions de leurs embaucheurs. Depuis qnelque tems , les bâtimens anglais jeltent à quelque distance des côles de Flandres et de Hollande, au risque de les voir engloutis dans la mer, les soldats du continent qui , enrôlés sous leurs drapeaux, ne peuvent plus y servir; ce sont des Westphaliens, des Hanovriens, des Autris chiens, des Polonais, des Prussiens, des. Hongrois , quelques Français passés des prisons ennemies dans des chaînes moins honorables, et qui ont cru racheter leur liberté en la perdant pour une moins noble cause. Ces malhoureux ont servi quatre , six, dix ans dans des régie mens anglais ; sont-ils blessés, l'âge les a-t-il affaiblis, un vice de conformation et de constitution s'est-il déclaré ; à l'instant ils sont congédiés du service, mais ce ne serait rien ; ils sont hannis du territoire de l'Angleterre ! Ils sont rejelés hors de cette ile à laquelle ils ont si imprudemment vendu leur sang, ils sont reportés ou plutôt jetés sur les bords du continent, la plupart sans secours ,

habits, sans moyen d'existence. TRENTE-SIX FRANCS sont la gratification, l'indemnité, la marque de reconnaissance qu’accorde le gouvernement anglais pour de nombreuses années de service, pour la perte d'un membre , à l'étranger qui a marché sous ses drapeaux. Arrivés sur le territoire français, ces malheureux auraient pu être suspectés d'espionage, et traites avec rigueur ; ils ont été interrogés, mais accueillis, secourus; à Wesel, l'Empereur n'a pas dédaigné de jeter les

yeux sur eux, et ils ont aussitôt ressenti l'heureux effet d'une telle faveur; ils sont renvoyés à leur patrie. Ainsi

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sans

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