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» qui connaît les langues et la littérature de ces contrées, » a consenti à revoir les descriptions que j'en ai faites, » Il a aussi extrait , pour moi , des voyages de M. Léo» pold de Buch , une description des Alpes scandinaves. » 'j'ai cité dans la description de la Perse un ouvrage » manuscrit intitulé : Tableau de la Perse actuelle ;

M. Langlés, qui a eu la bonté de me prêter ce manus» crit , m'apprend qu'il en a aussi fait usage dans son » édition de Chardin , et que M. Joannin , chevalier de » l'ordre du Soleil , et attaché à l'ambassade française en » Perse , en est l'auteur, etc.)

Plusieurs autres savans ont aussi aidés de leurs conseils M. Walcknaër, ainsi il paraît qu'il n'a rien négligé de ce qui pouvait donner du mérite à son ouvrage. C'est dans ces nobles intentions que tout livre devrait être composé. Cependant M. Walcknaër ne se dissimule point que malgré ses soins, ce traité de géographie ne contienne encore quelques fautes. « Plusieurs , dit-il, sont dues à

la nature d'une semblable entreprise et à l'imperfection >> même de la science ; un plus grand nombre , sans » doute, tiennent à ma propre incapacité. Toutefois , » j'ose espérer que ce livre, malgré ses défauts , » long-tems utile à ceux qui veulent s'instruire et même » à ceux qui savent. »

Quand un auteur fait profession de cette modestie, on ne craint plus de lui communiquer des observations, parce qu'on sait qu'elles ne l'irriteront point. J'ai déjà dit quelque chose du plan général de l'ouvrage qui m'a paru susceptible d'être amélioré, j'indiquerai à M. Walcknaër quelques imperfections d'un ordre moins importani et qu'il est facile de corriger; elles tiennent d'ailleurs souvent plus à la manière dont l'auteur exprime son idée , qu'à l'idée même. L'auteur dit (page 8).: « La » religion chrétienne est la dominante en Europe, si on »» en excepte la Turquie, et même dans ce pays au » moins la moitié des habitans est attachée à la religion >> grecque. »

Il est constant que la religion chrétienne est la religion dominante en Europe, et quand même toute la Turquie serait fidèle à Mahomet, le fait n'en serait pas

sera

la plus

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moins certain , puisque la Turquie ne forme pas
grande partie de l'Europe.

Page 31. « Quant aux antiquités romaines, il en est
» resté, en France, un grand nombre dont plusieurs
» sont admirablement conservées. Parmi les plus célè-
» bres on compte celles de Nîmes qui consistent en un
» amphithéâtre, et le temple appelé la Maison currée.
» On peut citer encore le pont du Gard. En 1653 , on
» découvrit à Tournai le tombeau de Childéric , dans
» lequel se trouvèrent quelques objets curieux. Paris
» renferme aussi quelques restes d'architectures ro-
maines , etc. »

Puisque M. Walknaër voulait parler des antiquités romaines, il pouvait citer celles d'Autun et d'un grand nombre d'autres villes; mais il fallait laisser le tombeau de Childéric, qui n'est évidemment pas une antiquité romaine.

Page 41. L'auteur , sous le titre de Littérature, donne une liste des grands écrivains dont s'honore la France. On y trouve Gresset, mais on y cherche inutilement celui de Pascal.

Page 128. Je lis à l'article Italie : « Le golfe Adria» tique, la mér Méditerranée, et la chaîne des Alpes » séparent l'Italie de la France, de la Suisse et de l'Alle» magne. » En suivant l'ordre naturel de la phrase , il s'ensuivrait que le golfe Adriatique sépare l'Italie de la France, que la Méditerranée la sépare de la Suisse, et les Alpes de l'Allemagne. Ce n'est assurément pas ce que M. Walcknaër a voulu dire; mais quand on écrit pour des élèves, on ne saurait exprimer ses idées avec trop de justesse et de précision.

La partie de la géographie ancienne que M. Barbie du Bocage a traité séparément , et qui m'eût semblé mieux placée dans le corps même de l'ouvrage, comme je l'ai observé précédemment ,

m'a

paru quelquefois écrite avec trop de négligence ; je n'en citerai qu'un exemple : « Les Rhétiens, disait-on, étaient une colo» nie de Toscans; mais ils avaient bien dégénéré ; car » ils étaient devenus barbares et cruels. Ils étaient di» visés en plusieurs petites peuplades dont les princi

» pales étaient les Sarunètes qui occupaient le val de » Sargans sur le Rhin. Auprès de ces peuples était la » ville de Curia , etc. » En général, M. Barbié du Bocage ne s'est pas assez occupé de son style ; il était facile de varier davantage ses expressions et les formes de sa phrase. Ce retour continuel des mêmes verbes, produit à la fin une monotonie désagréable.

Mais M. Barbié du Bocage est un homme très-instruit, et ces fautes n'empêchent pas que son traité n'ait beau-' coup de mérite. L'abrégé de Pinkerton a déjà reçu une marque honorable d'estine et de bienveillance; il a été adopté pour l'enseignement des écoles impériales militaires de France. Cette marque de distinction est un plus grand éloge que tout ceux que je pourrais lui don

SALGUES,

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ner.

(EUVRES COMPLÈTES DE MALFILATRE, précédées d'une No

tice historique et littéraire sur sa vie; par M. L. S,
AUGER. Seconde édition. Avec cette épigraphe :
La faim mit au tombeau Malfilâtre ignoré.

GILBERT.
Un vol. in-12. - Prix, 2 fr. 50 c., et 3 fr. franc de
port. A Paris , chez Longchamp , libraire , rue
Croix-des-Petits-Champs, no 35.

Le poëme de Narcisse, quelques odes couronnées en province, quelques fragmens traduits de Virgile , voilà tout ce que Malfilâtre nous a laissé : les odes sont médiocres, les fragmens n'ont plus d'intérêt depuis qu’on a traduit tout Virgile; Narcisse même a de nombreux défauts; mais cet ouvrage seul n'en suffira pas moins pour immortaliser le nom de Malfilâtre, car c'est le génie de la véritable poésie qui l'a dicté.

Narcisse offrit un phénomène aussi brillant qu'extraordinaire à l'époque où il fut imprimé. On faisait alors beaucoup de vers , mais l'esprit du tems n'était rien moins que poétique. On ne voulait plus être simplement poëte en amusant ou en intéressant ses lecteurs; le ta

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lent de raconter semblait presque puéril, ou du moins c'était au genre du conte qu'on le bornait : le merveilleux, cette ressource indispensable de l'épopée, paraissait indigne d'un siècle de lumières; on croyait qu'il n'était permis d'en faire usage que pour s'en moquer. On faisait donc des poëmes philosophiques, descriptifs, didactiques, voire cyniques. Voltaire écrivait la loi naturelle et les aventures de Jeanne-d'Arc; Saint-Lambert chantait les saisons; d'autres nous donnaient le poëme des sens , le poëme des mois, ceux de la peinture, de l'agriculture, des merveilles de la nature. Tout le monde voulait nous régenter et nous instruire ; on se donnait même quelques peines pour nous éblouir ; on condescendait à flatter notre maligmité naturelle : mais sacrifier l'amour propre du poëte au véritable intérêt de la poésie, nous toucher, nous attendrir en adressant des récits à notre coeur et non des descriptions ou des préceptes à notre esprit, et des vers imitatifs à notre oreille, c'est à quoi personne ne songeait : pour y parvenir, en effet, il faut commencer par s'oublier soi-même, il faut se tromper avant de nous tromper , il faut se livrer le premier à l'illusion que l'on veut produire chez les autres ; il faut croire aux sentimens qu'on a la prétention d'inspirer : or tout cela suppose dans le poëte une bonhommie dont chacun aurait rougi à l'époque dont nous parlons, et dont il n'est pas bien sûr que les poëtes de nos jours osassent encourir le ridicule.

C'est cette hardiesse qu'eut Malfilâtre, et comme les travers du jour ne changent point la nature des choses , celte hardiesse eut un plein succès. L'auteur de Narcisse n'est, en effet , ni docteur, ni philosophe; il ne prétend ni nous instruire, ni se faire admirer. Si quelques maximes lui échappent, elles naissent du sujet, et souvent elles ressemblent plus à un sentiment qu'à une maxime; elles sortent de son ame, non comme un précepte, mais comme un souhait. Il ne décrit pas non plus pour décrire : il rend comme un miroir fidèle les tableaux. qui ont frappé son imagination; il ne cherche point l'harmonie imitative, mais ses vers prennent naturellement le nombre et la couleur qu'ils doivent avoir. C'est le sentiment qui les mesure et les colore , sans que l'art en calcule les effets. Malfilâtre semble moins composer que produire. Il n'est point artiste; c'est tout simplement un homme sensible, un bon homme que touchent vivement les malheurs de Narcisse et d'Echo, qui ne peut parler de ceux de Tirésias sans une émotion visible, qui même est assez simple pour mettre du prix à l'antique innocence, pour regretter le véritable amour. Il pousse aussi loin la simplicité dans un autre genre. Il croit (quel autre que lui n'en eût été honteux?) il croit aux êtres surnaturels qu'il emploie, aussi long-tems qu'il les fait agir. L'Olympe des Grecs n'a pas cessé pour lui d'être l'Olympe ; il tremble de la colère de Junon, et s'enivre des charmes de Vénus; il peint même, sans un seul trait de malignité, les ébats des demi-dieux champètres.... et tout cela lui réussit. La persuasion, de sa nature, est contagieuse : nous partageons l'illusion qu'il se fait. Ses sentimens sont si vrais que nous ne pouvons soupçonner ses récits d’imposture : et comment d'ailleurs nous défierions-nous d'un homme qui n'annonce pour lui même aucune prétention ?

Cependant le poëme de Narcisse ( et nous l'avons déjà remarqué) n'est point un ouvrage sans défauts ; et ils tiennent presque tous à ce que l'auteur n'a pu s'affranchir tout-à-fait du tribut que chacun doit à son siècle. L'instinct de la véritable poésie fut assez puissant chez lui pour le jeter dans la carrière épique; mais l'esprit du tems voulut qu'il donnât à son ouvrage un but instructif et moral. Il crut sans doute satisfaire à-la-fois et son propre génie et le goût de ses contemporains, en choisissant un sujet qui prêtait à l'allégorie : celui d'Echo et Narcisse remplissait cette condition ; et il s'y arrêta sans s'apercevoir de son peu d'étendue, sans réfléchir qu'il rendrait l'allégorie trop transparente en l'amplifiant,

D'autres ont relevé ayant nous les défauts qui sont nés de ce vice de la conception primitive. Malfilâtre nous dit clairement qu'il va nous mettre sous les yeux

les inconvéniens de la curiosité, les combats de l'amour et de l'amour-propre; ce sont là de ces choses que nous n'aimons pas qu'on nous dise, parce que nous voulons les

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