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mille choses lui ont rappelé les meurs et les coutumes de son pays. On était aux premiers jours de mai : chaque amoureux, le premier dimanche de mai, plante un jenne sapin ou un bouleau orné de fleurs devant la demeure de sa belle; Maurice se rappelle tous ceux qu'il a plantés devant da fenêtre de sa chère Ernestine , et comme il était heureux d'entendre dire le lendemain que la plus belle des filles du village avait eu le plus beau des mai! Ah! s'il pouvait arriver assez tôt

lui unnoncer ainsi son retour! Il presse sa marche, il fait de plus longues journées , à peine saccorde-t-il quelques heures de repos; mais il a beau faire, de premier dimanche de mai arrive , et il est encore à deux grandes journées de Sonnemberg. Il se trouve le soir daus jun grand village qui se nommait Nesselrode: fatigué de ses marches forcées et inutiles, puisque le moment de planter le mai était passé, il se décide à ne pas aller plus loin ce jour-là, et à passer la nuit à Nesselrode. Tout semblait être préparé pour la fête de mai : la rue était propre, les fontaines ornées de branchages, et de haules perches aul bout desquelles étaient attachés de gros bouquets avec des rubans flottans ; de jolis mai marquaient les demeures des jeunes filles, tous avaient des fleurs : mais il remarqua uu sapin qui n'en avait que de blanches rattachées par un ruban de crêpe; la rue était déserte. Pour arriver à l'auberge, qui était à l'autre bout, il fallait passer devant l'église et le cimetière, tous les deux étaient ouverts; l'église lui parut pleine de femmes, et dans le cimetière des hommes étaient occupés à creuser une fosse. Cette vue lui expliqua tout, sans doute il était mort dans ce village un être intéressaut; sa perte suspendait la joie publique, et le sapin orné de crêpes avait été planté devant la maison de deuil: il éprouva un serrement de cæur auquel se joignit bientôt un sentiment de contentement de n'être pas à Sonnemberg. «Ah Dieu ! pensait-il, si en arrivant chez moi j'avais vu creuser une fosse mortuaire, quel eût été mon effroi ! et si ce triste mai avait été devant la maison d'Ernestine ! Cette pensée l'émut au point que ne voulant pas entrer dans l'auberge avec cette impression douloureuse, il alla s'asseoir dans une belle place plantée d'arbres allenante à l'église : il tâcha de se remettre en se disant qu'il n'était pas à Sonnemberg, qu'il neconnaissait personne à Nesselrode où il passait pour la première fois de sa vie, et qu'à chacun appartiennent ses peines : son cæur était toujours oppressé, il l'attribua au contraste si frappant des apprêls de la lête du printems et de ceux de la

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toute vêtue de noir et tenant à la main le bouquet de fleuts blanches , nouées avec un crêpe, que Maurice avait vu attaché au sapin ; elle fut d'abord entourée

on lui fit place sur le banc. - Marie, en attendant qu'on vienne, chante-nous la romance de ton frère sur la pauvre Zélie , lui dirent-elle toutes à-la-fois. - Je ne puis pas chapter, dit Marie en pressant sa main sur son cour, en vérité je ne le puis pas, mais je crois que tu la sais , Rose ? chanie la bien doucement. Il se fit alors un grand silence pour écouter Rose qui chanta à demi-voix, mais lentement et distinctement, les six couplets suivans, dont Maurice ne perdit pas un mot.

LA PAUVRE ZÉLIE. – ROMANCE (*).
Du doux printems on célèbre la fête ,
Beau mois de mai enfin vient à son tour;
Dans le hameau chaque berger s'apprête,
Cueille des fleurs , les destine, et répète

Tant doux refrain d'amour. (Dis.)
Guirlande en main la gentille bergère
Va décorer les bosquets d'alentour,
Et puis revient d'une marche légère
Chanter , danser , sur la verte fougère
Le joli rond d'amour.

(Bis)
Mais las ! Zélie , à l'écart dans la plaine ,
Fuyant les jeux, et l'éclat d'un beau jour,
Triste et pensive au bord d'une fontaine ,
Main sur les yeux, et le cœur plein de peine ,
Verse larmes d'amour.

(Bis)
L'ingrat qu'elle aime a quitté le village,
Il fuit loin d'elle, hélas ! et pour toujours ; .
Il donne ailleurs la foi du mariage;
En même tems et parjure et volage ,
I! a trabi l'amour.

(Bis)
Le printems passe , et la pauvre Zélie
Plus du printems ne verra le retour,
Sombre chagrin a terminé sa vie.
Comme une fleur elle tombe flétrie
Sous l'orage d'amour.

(Bis.)

(*) L'air grayé est à la fin de ce numéro.

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Du mois de mai quand reviendra la fête ,
Plus de plaisir dans ce triste séjour;
Chacun ira sur sa tombe muette
Jeter des fleurs. Chacun plaint et regrette.
La victime d'amour..

(Bis.)
Le chant cessa et il y eut encore un silence ;

les jeunes filles pleuraient : Maurice lui-même ne put retenir ses larmes ; il pensait combien il avait été près de donnetpeut-être aussi la mort à son Ernestine.

Combien ce doit être triste de mourir ainsi d'amour , dit enfin la petite Rose ! mais aussi pourquoi ne pas imiter son volage ? Que n'aimait-elle ton frère Henri qui est si beau, si gentil , et qui fait si bien les chansons ! Je l'aia merais bien, moi , s'il me voulait. Ah! comme Zélie aurait bien mieux fait ! n'est-ce pas , Marie ?

Elle me disait toujours , répondait celle-ci , qu'on ne peut aimer qu'une fois , et qu'elle n'avait plus de ceur à donner.

Mais du moins, dit une autre , ne s'est-elle pas trop pressée de mourir? était-il bien sûr que son ami fut ini. dèle ?

- Ah ! bien sûr. Depuis long-tems elle s'en doutait, elle voyait cela dans ses lettres. Quand on aime comme aimait Zélie , le cæur devine tout

;.

mais elle se disait : Il reviendra , je le retrouverai , et j'aurai le plaisir de lui pardonner. Il y a trois mois que cet espoir s'évanouit , elle apprit qu'il était marié et qu'il adorait sa femme. Pensez comme c'est cruel ! Depuis lors elle n'a fait que languir : elle aurait voulu pouvoir vivre , car elle aimait. ses parens ; mais la douleur a été la plus forte. Il m'a quitiée au mois de mai , me disait-elle, au mois de mai je quitterai la vie. Le mois de mai est arrivé, et Zélie n'existe plus

Conte-nous toute son histoire , Marie, dit la-jeune fille tu la sais mieux que nous, toi qui étais son amie.

Mario y, consentit, on se pressa autour d'elle; Maurice aussi se rapprocha , et redoubla d'attention. Son bistoire. est bien courte , dit Marie. Depuis son enfance elle avait... A ce moment la cloche funèbre se fit entendre. Je vous. ferai l'histoire de la pauvre Zélie un autre jour, dit Marie en se levant; allons à présent l'accompagner dans sa derpière demeure et poser nos couronnes de fleurs sur sa tombe

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