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CHEZ ARTHUS-BERTRAND , Libraire , rue Haute

s
feuille, No 23 , acquéreur du fonds de M. Buisson
et de celui de Mme Ve Desaint.

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DE L'IMPRIMERIE DE D, COLAS, rue du Vieux

Colombier , No 26, faubourg Saint-Germain.

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Poëme héroïque en dix chants ; par M. MILLEVOYE (+).

( La fée Morgane veut inspirer à la jeune Ophélie , fille du roi Di

dier , de l'amour pour Charlemagne ; elle a recours à tous les prestiges de son art. )

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(*) Il vient de paraître plusieurs fragmens d'un autre Charlemagne. Quelle que soit l'époque des deux publications, le poëme de M. Millevoye, annoncé depuis fort long-tems, conservera son droit de priorité.

A 2 102118

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Sylphes brillans , ministres de ma cour !
Illusions , jeunes soeurs de l'Amour!
Prenez vos luths et parfumez vos ailes.
Si tant de fois votre magique essaim ,
Glissant dans l'ombre à l'heure du mystère ,
Fit soupirer la vierge solitaire
Et souleva l'albâtre de son sein ;
Si tant de fois , à travers un nuage,
Du jeune amant qu'elle ne connait pas
A son regard vous offrites l'image ;
Vers l'Italie accourez sur mes pas.
Cette Italie est sur-tout notre empire :
Ce ciel d'amour , si brûlant et si doux ,
Cette langueur qu'avec l'air on respire ,
Ces chants heureux que la beauté soupire ,
Tout nous protége et tout combat pour nous..»
Elle se tut. Dans la troupe volage
Un bruit flatteur doucement circula ,
Comme le bruit du mobile feuillage
Ou de l'abeille aux montagnes d'Hybla.
En ses jardins, odorant labyrinthe,
La fée alors descend: dans leur enceinte,
Croît à l'écart un arbuste enchanté,
Et que Morgane elle-même a planté :
Un charme pur de, sa tige s'exhale,
Et mollement la brise orientale
Sous l'épaisseur de ses rameaux fleuris
Balance un prisme au changeant coloris.
L'urne à la main , douze jeunes sylphides
Aux réseaux d'or , aux flottantes chlamydes
D'un frais nectar l'abreuvent tout le jour.
L'arbre charmant se nomme arbre d'amour.
Tout est soumis à son magique empire.
L'hôte des airs, sur sa branche arrêté ,
Charmé soudain , frémit de volupté ;
Plus tendrement la palombe y soupire.
L'indifférent , qui sous l'ombrage heureux
S'est endormi , se réveille amoureux.
Même on a vu les nymphes palpitantes
Abandonnant leurs urnes éclatantes ,
Faibles, céder aux langueurs du désix ,

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Et l'eil fermé, la bouche demi-close En murmurant les accents du plaisir . Tomber d'amour sur les tapis de rose. Morgane approche en invoquant la nuit; Puis, proférant des mots plein de mystère. Elle détache une branche légère, Et disparaît comme le trait qui fuit. A l'escorter sa cour est préparée. Quatre lutins, à l'aile diaprée , Sont les coursiers du char qui te conduit, Belle Morgane! autour de toi s'élance Le groupe ailé de ces fils du silence. Le météore allumant tous ses feux Est le flambeau qui marche devant eux; Et dans ses mains la branche balancée, Sceptre léger, ressemble au caducée Qui mène au Styx les mânes fabuleux. Mais le char vole , et Morgane ravio Dans la vapeur a reconnu Pavie : Le char docile y descend à sa voix. Devant ses pas déjà s'ouvre l'asile Dù d'un sommeil innocent et tranquille Dormait encor l'héritière des rois. En la voyant et si jeune si belle, Elle frémit : «Souffle de volupté ! Parfums d'amour! enivrez-la , » dit-ellea Et du rameau doucement agité Avec lenteur elle effleurà la couche. Où reposait la pudique beauté , Et respira quelque tems sur sa bouche. Durant ce tems , les sylphes vaporeux Vont caressant de leur souffle amoureux La vierge pure , et font jouer dans l'ombre De leurs miroirs les facettes sans nombre. Le roi des preux, sous mille aspects mouvansa Paraît, s'enfuit, et reparaît encore , Tantôt porté du couchant à l'aurore Sur un coursier plus léger que les vents; Tantôt debout sur le char de la guerre Distribuant les tropes de la terre,

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