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voilà d'où vient la satire outrée ou le conte plaisant de cette matrone si fragile; mais pour juger le procès des deux sexes, ce procès aussi ancien que l'homme el la

femme, qui a produit tant de disputes sérieuses et ba► dines , interrogeons, si vous m'en croyez, d'autres té

moins que les beaux espriis , demandons les faits à ces » gens simples, bons , qui n'ont ni assez de vanité, a d'imagination pour les embellir. Je lisais , il n'y a pas n long-tems, la relation que Ligon nous a donnée de la → Barbade; c'est d'après ce voyageur très-digne de foi, n que j'ai envie de vous réciter l'histoire d'Inkle et d'Yarico, ş ne sûl-ce que pour vous remercier de votre joli conte. Thomas Inkle, Datif de Londres, résolul, à l'âge de

છે vingt ans, de s'enrichir par

le commerce;

dans ce des » sein, il s'embarqua aux Dunes, le 16 juin 1674, sur le » ,

vaisseau l'Achille, qui mettait à la voile pour les Indes

Occidentales; ce jeune homme, grâce à l'éducation qu'il ► avait reçue de son père, possédait éminemment la science » des nombres, et pouvait calculer au premier coup-d'æil - la perte et le gain de toutes sortes d'entreprises. Il avait conçu de bonne heure une ardeur si vive

pour gain, qu'elle avait prévenu et comme étouflé les autres pas► sions plus naturelles à son âge : à ces qualités de l'ese

prit et du cæur, il joignait une beauté mâle, un teint Vermeil, et de beaux cheveux blonds qui lui lombaient en boucles sur les épaules. » Dans le cours du voyage, l'Achille fut forcé de relâcher dans une petite baie, sur une côte du continent de l'Amérique : on envoya la chaloupe à terre, et le héros

de mon histoire fut un de ceux qui s'y, embarquèrent; ils n abordent et s'engagent sans précaution : un parti d'Inn diens, caché dans des bois d'où il les observait, sort brusquement de embuscade et leur coupe

la

retraite; les Anglais furent presque tous massacrés. Notre aventurier

se sauve dans une forêt, il s'y enfonce, et là il se jelle à in terre hors d'haleine et succombant à la fatiguc; il entend » quelque bruit, il se retourne, il voit une jeune Indienne. n Après les premiers momens de surprise, ces deux per

sonnes furent également joyeuses de s'être rencontrées. * Si l'Européen fut frappé de la taille et des grâces sauvages n de l'Américaine, de ses beautés qu'aucun voile 'ne cain chait, elle ne fut pas moins charmée de la figure de ce in jeupe inconnu, de l'éclat de son teint et de la bizarrerie

des ornemens qui le couvraient de la tête aux pieds ; elle

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► devina sa situation malheureuse : éprise de l'amour le m plus tendre, Yarico ne songe qu'à la conservation de ce in qu'elle aime ; elle conduit Inkle dans une grotte , où elle » lui sert un repas d'excellens fruits, elle va lui puiser une neau liinpide pour le désaltérer; elle le venait voir tou's n les jours parée de grains de jais, des plus beaux coquil

lages, qu'elle ne mettait jamais plus d'une fois, magpi» ficence qui annonçait une Indienne de la première dis* tion; elle lui apportait les peaux mouchetées , les plumes

de toutes couleurs, dont les Indiens lui faisaient hommage; » ces richesses étaient consacrées à orner la grotte du bel métranger. Quelquefois, pour rendre' sa retraite moins enn nuyeuse, elle le promenait à la chute du jour, au clair de 5 lune; elle lui choisissait dans quelque bocage un asile - délicieux où il pût dormir au bruit des cascades, aux mchants des rossignols ; Yarico se chargeait de veiller penis dant le sommeil de son amant, elle le tenait dans ses m bras; sa tête reposait sur son sein, prête à l'avertir da on moindre danger : elle en courait elle-même un fort grand n en le cachant ainsi , 'ses compatriotes lui auraient fait a subir la mort cruelle réservée à l'Européen; mais le coeur

d’Yarico, plein d'une passion forte, dévouée', 'ne cheron chait que le moyen d'en donner de nouvelles preuves in chaque jour à Inkle. Tous deux parvinrent au bout de -» quelque tems à s'entendre dans une langue qu'ils se com* posèrent. Notre voyageur lui apprit combien il se croirait

heureux s'il pouvait la posséder dans son pays; là, disaitign il, elle serait vêtue d'étoffes précieuses; là, sans craindre n les injures de l'air, elle se promenerait dans une maison mon roulante tirée par des chevaux; là, en un mot, il la ferait in jouir d'un bonheur parfait et tranquille ! Les deux amans

vivaient ainsi dans l'union la plus tendre, lorsqu'Yarico s découvrit enfin un vaisseau sur la côte; instruite par son n'amant, elle fit des signaux, et la nuit venue', ce fut avec in une joie incroyable qu'elle le suivit. L'équipage était an

glais, il allait à la Barbade, et en y arrivant il trouva les n habitans assemblés sur le port. ( Il paraît que c'est leur m.coutume, à l'arrivée des vaisseaux, de tenir une espèce

de foire où l'on vend les Indiens et les Nègres.) J'abrège » mon histoire : Thomas Inkle, se voyant dans une colonie

anglaise ; commença à réfléchir sérieusement sur le tems qu'il avait perdu avec Yarico : ses foods avaient dormi

tant de jours, la perte se montait à tant; ces réflexions s le chagrinèrent, mais il prit son parti en jeune homme

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rangé; il vendit Yarico à un marchand de la Barbade.

L'infortunée indienne, dans l'espérance de l'attendrir, se n déclara grosse d'un enfant dont il était le père ; cette dé

claration pas sans effet, car Thomas en profita » pour la vendre un peu plus cher. »

On ne saurait être plus touché que je ne l'ai été de cette histoire , qui peut servir de pendant'à celle de la Matrone.

Je sortis les yeux remplis de larmes, et je suis bien sûr qu'Arrietla m'en saura plus de gré que de tous les complimens que j'aurais pu lui faire *).

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VARIÉTÉS. BEAUX-ARTS. - Les restes des trois colonnes du magnifique temple du Jupiter Tonnant, à Rome , situé sur la pente du mont Capitolin du côté du Forum romain ( Canpo Vaccino ), qui étaient enterrées et hors d'à-plomp, ont été déchargées de l'énorme poids de leurs architraves, frises et corniches. Ces marbres précieux par la beauté de leurs profils et de leur sculpture, ont été posés sur le pont de l'échafaud construit à cet effet, à l'exception de la grande pierre qui s'appuie sur les deux colonnes du côté du Foruun, et qui occupe la hauteur de l'architrave et de la frise. Ces colonnes , disons-nous, ont été remises d'à-plomb et dans leur premier état au moyen d'un mécanisme très-ingénieux.

Le surplomb de ces deux dernières colonnes était de 3 palmes 1 once romain , et le surplomb de l'autre, eu face du tahulario, était de 4 palmes.

On testaure en ce moment celles qui se trouvent vers le Forum pour pouvoir y replacer les marbres dont nous avons parlé plus haut, et qui forment une partie de l'entablement.

Le projet de cette intéressante et périlleuse entreprise, vu la mauvaise nature de la pierre et l'état de dégradation on se trouvent les tronçons des colonnes, a été formé

par M. Joseph Camporesi, architecte municipal de la ville. Il en a dirigé l'exécution avec l'approbation de tous les amateurs des arts et du public, témoin de l'heureux succès d'une opération aussi grande qu'elle était difficile.

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(*) L'histoire qu'on vient de lire est ancienne et très-connue. Cependant nous l'avons insérée parce qu'il nous semble que l'auteur l'a placée dans un cadre neuf.,

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SPECTACLES. Théâtre de l'Impératrice. Première représentation du Faux Paysan, comédie en trois actes, en vers.

L'auteur de cette comédie, en travaillant sur pareil fond, n'a pas cru, sans doute, avoir trouvé un plan qui pât lui fournir aisément des situations comiques. Rien ne pouvait l'être moins que ce sujet : un jeune seigneur, poursuivi pour un duel, est forcé de se cacher sous les habits d'un paysan. Il aime et il est tendrement aimé d'une jeune personne qu'il retrouve dans sa retraite; un sensible villageois 'se dévoue à ses intérêts , et tâche vainement de le soustraire aux recherches d'un certain corregidor moitié imbécille , moitié rusé, qui est sottement amoureux de la maîtresse du jeune seigneur ; une vieille est aussi "fort éprise de ce dernier qu'elle croit un simple paysan. Tout cela ne pour vait guère allumer la verve d'un poëte comique; aussi les 'situations sont-elles tristes et larmoyantes, les caractères peu prononcés, le style généralement prosaïqué et sans. traits saillans. Il est même quelquefois rebutant:

Vous savez que depuis peu

Je suis seigneur de ce lieu. Les vers tombent presque toujours ainsi l'un sur l'autre. On a cependant remarqué quelques intentions qui , plus approfondies , auraient pu avoir des résultats comiques. Par exemple, dans la scène où les deux jeunes paysans , tout en se félicitant du bon accord qui règne dans leur nouveau ménage , finissent par se quereller assez vivement. Dans cette autre scène où les vieux amans prennent pour eux tout ce que se disent le héros de la pièce et sa maîtresse. Mais lorsque dès les premiers mots de ce drame, dans l'ex-. position que

fait le jeune seigneur de la situation où il se trouve , le spectateur entendit le mot malheur , que l'ac. teur prononça sur un ton fort lamentable; dès-lors, quoique l'on eût annoncé une comédie, on s'attendit aux mois vertu , honneur, devoir, innocence, enfin à tous les lieux communs de la sensiblomanie , et l'on ne fut pas trompé dans son altente. L'auteur a cru que son drame devait au moins intéresser ; mais il aurait fallu, pour qu'il en retirât un pareil fruit , que le principal personnage eût d'abord été mis dans une situation qui pât inspirer l'intérêt, il ne sait que se lamenter , que pousser de tristes jérémiades; il n'agit point, et le sot corregidor qui le poursuit est trop

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facile à éconduire pour qu'il soit un obstacle à son évasion. Les sifflets ont succédé à l'ennui, à la première occasion qu'ils ont trouvée. Cependant la pièce a été eplendue jusqu'au bout. L'auteur a été demandé, et les impitoyables sifflets ont voulu empêcher, son nom de retentir dans la salle; mais, grâce aux vigoureux poumons de Dugrand, qui fit l'annonce avec une humeur assez plaisante, l'on sut que l'auteur voulait garder l'anonyme : c'est ce qu'il a pu faire de mieux, puisqu'il est, à ce qu'on a dit, déjà conpu par des ouvrages d'un plus grand mérite. Nous lui conseillons de donner dorénavant un caractère plus décidé à ses ouvrages, de faire ou des comédies , ou des mélodrames. On a senti néanmoins que l'auteur avait fait tout ce qu'il avait pu pour égayer un sujet aussi triste. Le fermier et la vieille sont quelquefois plaisans. Le corregidor est celui qui a fait le plus rire; cependant on l'a trouvé trop imbécille dans le commencement, et trop fin lorsqu'il apprend que sa proie est près de tomber entre ses mains. Il faudrait que l'acteur en fit plutôt un sot enor. gueilli de son autorité, ou du moins qu'il mît une transition moins brusque entre l'imbécillité et la finesse.

La pièce a été généralement bien jonée, et l'auteur ne peut reprocher à aucun acteur l'ennui que sop draine 'a inspiré.

V.

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