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DE FRANCE.

N° DXLIV. - Samedi 21 Décembre 1811.

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Non, n'espérez pas me calmer :
Un trop juste courroux commence à m'enflammer.

Vénus défend que nous suirions ses traces,
Mais que peut la beauté sans le secours des Grâces?
Le jour parait , Vénus a quitté l'orient;
Des célestes palais l'aurore se dévoile :
Nous verrons, nous verrons , si sa fidèle étoile
Etincelle sans nous d'un éclat si brillant.

AGLAÉ.
Ne troublons point le mouvement des sphères.

THALIE

Notre courroux retarde trop le jour,
Les coursiers du soleil attendent son retour,

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Impatiens de franchir les barrières :
L'aube s'éveille, et Vénus nous attend.

Allons apprêter toute chose,
Pigeons amoureux ,

frein de rose
Conque marine , il faut...

EUPHROSINE.

Ne vous pressez pas tant.
Quoi toujours avec complaisance
A ses travers nous prêterons les mains ?
Des crimes de son fils punissons l'insolence ,

Et montrons par notre vengeance
Que nous devons le jour au maître des humains.

AGLA É.
Ma sour, vous a-t-on fait quelque nouvel outrage ?

EUPHROSINE.
Ecoutez et voyez si je me fâche en vain.
Hier le ciel fut troublé par un affreux orage;
Vous le savez. L'Amour se trouvait en chemin.

Les autans soufflaient avec rage,
La froide pluie entr'ouvrait le nuage.
Dans ce moment il s'égara fort loin,
Enfin
par

bonheur extrême
De Chypre il regagna la cour.
J'étais avec Vénus, et Vénus elle-même

Ne reconnaissait plus l'Amour.

De son départ à son retour
Il était si changé ! ses flèches et ses ailes ,

Ses cheveux , l'arc et le bandeau ;
Autour de lui dégouttaient d'eau.
Pleurant , tremblant, presque sans vie,
Il poussait des cris gémissans,

Il confondait tous ses accens,
Et soudain d'une larme une autre était suirie.

Je vais à lui, je le prends par la main ,
Puis des bois de Saba j'enlève une ramée;

La flamme , l'odeur parfumée,
Bientôt remettent l'inhumain
Dans sa chaleur accoutumée.

Je vais par mes soins diligens,
Séchant son front, ses cheveux et ses ailes ,

Ses menabres étaient si tremblans !

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Dans mes deux mains je prends ses mains cruelles,

Je le flatte , je lui souris ,

Ecoutez quel en fut le prix.
A peine est-il remis qu'il demande ses armes.
Le perfide ! l'ingrat! j'ai vu dans ses regards
Qu'il voulait essayer la force de ses dards;

Et sans redouter mes alarmes ,

Il me lance un trait vers le flanc.
Je fuis. Il me poursuit. Cependant je m'échappe ,
Il n'atteint point mon cæur; mais à ma main il frappe.

AGLAÉ.
Que fit Vénus dans cet instant?

THALIE,
Elle punit son fils ?

EUPHROSINE.

Le punir ? au contraire,
Craignant pour lui l'effet de ma colère

Entre ses bras elle le prit',
Le loua , le baisa , puis encore elle rit.

AGL AÉ.
On vous a fait, ma sœur, une cruelle offense.

THALIE
Il faut pourtant cacher un si juste courroux,
Il est mieux de souffrir en gardant le silence.

EUPHROSINE.

Souffrir sans parler, dites-vous :
Non, je veux en tirer vengeance,
Et le conseil ne me plait pas ,
Qui me dit de souffrir tout bas.
Quand le cruel verse des larmes
S'il nous fait craindre ses rigueurs,
Que feront désormais nos cours
Quand il menace de ses armes ?

THALIE,

Croyez-vous être seule à souffrir de sa part ?

AGL AÉ.
Ah! pensez que pour nous il n'a pas plus d'égard.

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AGL AÉ.

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Ecoutez-moi : fuyant les rayons du soleil ,

Un jour je cherchais la verdure
Et le silence des forêts ,

Auparavant une onde pure ,
A ma bouche altérée avait rendu le frais.
Je m'étendis sur l'herbe , et là je respirais.

Le lieu solitaire , l'ombrage ,
Le doux murmure des ruisseaux,

Le bruissement du feuillage ,
Le souffle du zéphir jouant sur mon visage
Les flatteuses erreurs d'un songe gracieux ,

A la fin fermèrent mes yeux.
L'Amour n'était

pas

loin. Il me voit, et sans peine De roses il forme une chaîne , S'approche doucement, tourne , et vient me lier

Autour du tronc d'un vieux laurier.
Il s'y prit de telle manière,

Et sut tout conduire si bien
Qu'il partit de ces lieux et je n'entendis rien.

Le sommeil quittant ma paupière ,
Et voulant dessiller ines yeux appesantis ,
Les secours de mes mains m'avaient été ravis.

Enfia je veux quitter la place
Entre l'effroi , le sommeil , la douleur.
- Je me sens retenir , ce qui croit ma frayeur;
Je veux briser ma chaîne. O! surprise ; ô disgrâce ,
Plus je veux m'affranchir , et plus je m'embarrasse.
Il rit. Je me détourne et reconnais l'Amour

Pour l'auteur d'un si méchant tour.
Combien alors je brûlai de colère !
Je l'appelle méchant , perfide , téméraire ,
Il rit. A la fin , ne sachant cominent l'apitoyer

Je recourus à le prier.

Je lui donnai cent nous aimables ;
Mais vous savez qu'il est des coeurs impitoyables.
Que vous dirai-je , enfin ! Hébé vint dans ces lieux
Et brisa mes liens , grâce à la destinée,

Car sans son zèle officieux
Je serais encore enchaînée.

EUPHROSINE.
Des outrages si grands pouvez-vous les souffrir?

AGL AÉ.
Penser à son chagrin c'est encor le nourrir.

Quelquefois le courroux m'enflamme,
Je veux punir l'audacieux ,
Et puis il me revient dans l'ame
Qu'il est enfant, et qu'il vaut mieux
User envers lui de clémence ,
Et lui pardonner son offense.

THALIE.

Je ne

Ah ! les chagrins qu'il m'a donnés,

Sont plus grands que ceux qu'il vous cause. Je n'en dirai qu'un seul ; mais c'est bien autre chose

Quand ils sont tous examinés.

Au bas de la belle Amathonte ,
Où la mer s'introduit, et qu'un rocher surmonte
J'étais avec la ligne et l'hameçon ,

Tâchant de prendre du poisson.

Le front de ce rocher superbe , Domine sur les eaux que son vil voit couler; A mes côtés l'Amour jouait sur l'herbe ,

voulais

pas

le troubler.
Le traître vit ma confiance
Il sut en abuser, un buisson était près
De dictaines fleuris. Il y cache des traits ,

Puis à quelques pas de distance ,
Parmi les fleurs , sur l'herbe , il étend des filets.

Il achève tout son ouvrage ,
Eusuite il crie , hélas ! je suis blessé,
De ses petites mains se couvrant le visage.
Mon hameçon est bientôt délaissé.

D'une vitesse sans pareille ,
Je vais à lui savoir ce qu'il avait.

Hélas ! je suis piqué par une abeille ,
Dit-il, à mon secours ! puis il se désolait.
A ces mots la pitié se glisse dans mon ame

Et vite je cours au dictame.
Mais tandis que je choisissais
Les feuilles les moins avancées,
Je me sentis les mains blessées
Par sę3 inévitables traits.

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