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Il n'y a pas d'opposition bien sensible entre le fils des rois et les rois du monde. Ces rois qui ont un fils sont également des rois du monde, de sorte que l'auteur a dit contre son intention que

les rois du monde tombaient au pied de leur fils. La recherche ambitieuse des phrases est toujours voisine de l'obscurité.

Toutes les strophes qui suivent ces deux premières se recommandent plus ou moins par des beautés supérieures. Nous en citerons une comme exemple d'une très-belle comparaison :

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Déjà Napoléon lui-même
Entre ses bras vainqueurs le montre à ses héros.
: Tel un aigle quittant sa roche hospitalière.
Emporte ses aiglons dans les champs de lumière ;
Fier il les accoutume à l'empire du ciel ;
Et traversant des airs la foudre étincelante

Les montre à la foudre brûlante ,
Qui doit être soumise à leur vol immortel.
Plus loin le poëte met dans la bouche de Rome person-
nifiée ce vers qui nous parait sublime :

J'avais perdu mes Dieux, il me donne son fils. La cinquième ode est adressée à la garde impériale, M. Barjaud en est l'auteur. On en a déjà rendu compte dans ce journal en faisant l'analyse du recueil entier des odes de ce jeune poëte.

Nous avons remarqué ces vers très-poétiques dans le dithyrambe de M. Dupuy-des-Islets:

Ressuscitant l'éclat de nos fêtes magiques ,
Vienne brillante seur du superbe Paris
De chiffres enflammés décore ses portiques,
Orgueilleux des beaux noms de deux époux chéris.,
Partout l'illusion promène ses prestiges;
Et couronnant de feux son front enorgueilli
Sur ses vieux fondemens tout peuplés de prodiges

Le Capitole a tressailli.
La dernière pièce française dont nous ayons à entre-

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tenir nos lecteurs , est un chant lyrique imité du poëme
de M. Lemaire. C'est faire le plus grand éloge de celle
copie , que de dire qu'elle est souvent digne de l'ori-
ginal.

En voyant une collection si nombreuse de poëmes ,
d'odes , de dithyrambes, de stances sur le même sujet,
il se présente une question toute naturelle. Parmi tant
d'auteurs déjà connus ou entièrement ignorés, qui sont
entrés en lice dans un concours public ou qui ne s'y
sont pas présentés , lequel a le mieux réussi ? Quel est
l'ouvrage auquel les Muses elles-mêmes donneraient
la préférence , si elles avaient un choix à faire? Ici nous
devons observer que l'avis des uns ne sera pas celui des
autres, et que tel qui se croira infaillible dans son juge-
ment sera récusé par tel autre, non moins intrépide dans

bonne opinion qu'il a de son goût et de son esprit, C'est sur-tout dans les controverses littéraires qu'il est difficile de concilier toutes les opinions. Sans prétendre donner la nôtre comme la mesure sur laquelle chacun. doit régler la sienne, si nous étions consultés sur ce sujet, nous répondrions hardiment que la palme appartient de droit à ce même M. Lemaire dont nous parlions à l'instant. Nous ne craignons pas de soulever contre nous toutes les muses françaises en prétendant qu'une seule muse latine a remporté sur elles une victoire pleine et entière. S'il y avait réclamation de leur part, l'examen des pièces du procès ne ferait sans doute que donner å notre cause un degré de bonté et d'intérêt de plus. Il nous serait facile en effet de prouver qu'aucun poële français n'a su réunir comme M. Lemaire tous les charmes de la pensée et toutes les grâces du style, que lui seul a fait contraster d'une manière toujours heureuse les tableaux les plus sublimes avec les images les plus riantes, que seul il a constamment gardé dans ses vers cette sage mesure qui retient les écarts d'une imagination trop prompte à s'enflammer, et qu'enfin il a su choisir mieux que personne un cadre assez étendu pour donner à son sujet tous les développemens convenables, et assez résserré

pour qu'on pût saisir d'un coup-d'oeil la beauté de

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l'ensemble et les justes proportions de chacune des parties, Voici son début.

Undè pio strepitu , templorum è turribus altis,
Æra cient populos ad limina sacra ruentes?
Undè tot insoliti tolluntur ad cethera cantus ,
Et stant votivis cumulata altaria donis?

Il était impossible de mieux entrer dans son sujet. Nos lecteurs ont remarqué le mouvement et l'harmonie de ces premiers vers. Quelle grâce et quelle heureuse har. diesse d'expression dans ceux que nous allons citer!

Captas perge preces ( tibi munia prima precari),
Ut Marice fecundi abeant sine pondere menses ,

Nullaque mature fastidia sentiat horce. Si nous voulons un exemple de la plus haute poésie, nous le trouverons dans les vers suivans :

Gallia , tolle cuput ! jam surgunt aurea verd
Tempora; plaude tibi; te rastis ardua ramis
Protegit, et primam generoso è stipite prolem

rbor agit , longos quæ duratura per annos

Ventorum immotâ ridebit fronte furores.
Quelle charmante peinture que celle de la jeune fille des
Empereurs s'instruisant à l'amour maternelle en prodi-
guant des soins pieux aux enfans des pauvres !

Rer et pater optimus idem
Te matrom esse jubet puerorum matre carentum
Ut, dùm pauperibus spargens solatia cunis"
Virgineo infantes miseras solabere vultu,

Virgincum pectus materno assuescat amori. Ce sujet si heureux présentait de lui-même le rapprochement le plus flatteur. M. Lemaire ne l'a pas négligé.

O Mariæ geminum jubar, ô faz alma sabutis !
O cultum semper nomen semperque

colendum! Hæc cælo regina mičat; micat altera terris. Le poëte, loin d'être fatigué en arrivant au terme de sa

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course, paraît reprendre une nouvelle ardeur et de nous
velles forces.

Sequana Danubiusque simul concordia tandem
Agmina lympharum sub eodem sidere volvant,
Immunique ferant commercia libera ponto :
Et jam fraternis gaudentes fluctibus urnas
Defendant aquilæ, sociato fulmine , junctæ :
Atque olim assuetæ grandi terrere volátu,
Romulidumque gravi imperio verare , quietum

Nunc faveant ampleræ alis victricibus orbem.
La poésie n'a jamais exprimé, à ce qu'il nous semble ,
de plus grandes idées en plus beaux vers. Le défaut
d'espace nous empêche de parler des pièces latines de
MM. Tesseidre et Seryeis. Nous y avons reconnu beau-
coup de mérite , particulièrement dans celle de M. Tes-
seidre.

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B.

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J'ai connu dans mes voyages un jeune homme nommé Eugène de Croizerolles ; il m'a lui-même raconté son bistoire, et comme dans ce récit il n'y avait rien à gagner pour son amour-propre et pour sa fortúne; je crois qu'il m'a dit la vérité. Si l'intérêt et l'orgueil éiaient bannis de la terre, les hommes ne se donneraient pas la peine de mentir.

Eugène de Croizerolles avait vingt ans, une imagination très-vive, et beaucoup d'esprit naturel. Ses parens ne lui avaient laissé qu'une fortune très-modique ; 'il vivait à la campagne, dans sa pelile terre située aux environs de Moulins. Eugène dans sa solitude faisait souvent des chateaux en Espagne; c'est' la richesse du pauvre, et cette richesse a bien son prix. Un jour qu'il avait passé quelques heures à la chasse aux environs d'une terre superbe dont le propriétaire , riche financier, habitait la capitale, il promenait un mil d'envie sur les bois magnifiques, sur les belles avenues de la demeure du financier.

Quel dommage, se disait-il, que je n'aie pas cinq à șix cent mille francs ! Cette belle terre est à vendre , j'en ferais sur-le

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et par

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champ l'acquisition, et dès qu'elle serait à moi.... Voyons, que ferais-je, s'il me tombait des nues trente mille livres de rente ? J'irais d'abord demander en mariage ma jolie petite cousine Emilie d'Orfeuille. Nous nous aimons depuis deux ans; notre pauvreté seule s'oppose à notre bonheur. Plus d'obstacle , je suis riche pour Emilie et pour moi, Il me vient une idée , ajoute-t-il en souriant, oui, cela serait fort plaisant! j'épouse ma petite cousine, sans lui parler de mon beau château ; elle me croit toujours le pauvre Eugène., Au jour fixé pour la conduire chez moi, je pars avec elle dans une voiture Irès-simple , le soir , assez tard ,

des chemins détournés. Elle croit venir habiler ma petite terre, et ne m'en aime pas moins. Toul-à-coup elle voit ces belles avenues magnifiquement illuminées; des lampions de toutes les couleurs dessinent agréablement les coniours de ce beau château. Quelle surprise ! quelle admis ration! Emilie se croit transportée dans le palais des fées; elle me fait mille questions, et je ne réponds rien. Enfin la voiture s'arrête. Deux laquais, en livrées du meilleur goûl, viennent nous aider à descendre. Emilie me questionne de nouveau : je suis muel. Je la fais entrer dans un salon somptueusement meublé, et je me place auprès d'elle sur une oltomane. Elle jette in regard d'étonnement sur tout ce qui l'environne. Où soinmes-nous donc enfin ?Chez toi, ma chère amie. - Chez moi ? vous êtes fun, mon cher Eugène. Ce château? Il est à toi ; je te le donne. - Quelle extravagance! où sont les maîtres de ceite maison? nous devons au moins les saluer. - Alors je la prends par la main et la conduisant vers une glace : les voilà, İui dis-je, en faisant une profonde révérence à son image et à la mienne. Dans ce moment un laquais vient annoncer que le souper est servi , nous passons, dans un salon å manger, peint avec beaucoup de goût, et dans lequel nous attend un excellent souper. La surprise d'Emilie est au comble quand elle ne voit que deux couverts mis ; mais comme elle a voyagé et que mop cuisinier est habile, son étonnement ne l'empêche pas de manger de très bon appé

tit. An dessert, les domestiques sont congédiés. Je raconte alors à ma chère Emilie, par quel bonheur inespéré je me trouve en possession de celle belle terre. Elle croyait n'avoir épouse que le pauvre Eugène, et tout-à-conp elle se voit dame de châtean. Quelle joie! qneiles caresses quelles expressions de reconnaissance et, d'amour ! que nous serons heureux ! ». Dans le moment cit le bon El

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