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H aime enfin tout ce qui þrille
L'infortuné ne le voit pas.
I vient au dîner de famille

;
Mais il préfère un grand repas.
Quand sur lui le plaisir l'emporte,
Il s'épouvante et fuit chacun ;
Mais quand on le croit à la porte,
I rentre avec un importun.
Vous dont il trouble l'existence,
Comme moi sachez l'éviter.
Plus on lui donne d'importance ,
Et plus il est à redouter.
A l'instant, dans mon doux asile
Le perfide s'était glissé :
Mais plus que lui je suis habile,
En m'en moquant je l'ai chassé.

Mmę la Comtesse de S.

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ÉNIGME.

mais mon

C'EST sans le moindre bruit que je me fais conpaître:
On ne me voit
pas ;

être
Est en ton pouvoir tellement
Que tu n'as qu'à parler pour me mettre au néant.
Les lieux les plus déserts sont les lieux que j'habite
De préférence à tout. Si l'indiscret m'évito,

Le sage de moi fait grand cas;
Et pour se tirer d'embarras,
Le sot de moi peut faire usage ;

C'est toujours pour son avantage
Que je suis là. Qui veut m'obtenir au palais,
Me réclame toujours et ne me fait jamais.

S......

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LOGOGRIPHE.

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Pour l'infortune je suis née;
Lecteur, apprends ma destinée :
On me voit toujours dans les pleurs ,
Dans le chagrin , dans les douleurs.
Si quand la tête m'est ravie ,
Je terminais aussi ma vie,
Tranquille enfin et sans remords,
Je descendrais parmi les morts :
Mais le ciel qui me persécute
Veut que j'existe après sa chute
Pour le malheur du genre humain ;
Alors comparable à Caïn,
Comme lui perfide et traîtresse ,
Pauvres mortels, de votre espèce
Je deviens le cruel bourreau
Le destructeur et le fléau,
Je ne respire que carnage,
Et vos combats sont mon ouvrage.

V. B. ( d'Agen, )

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Mots de l’ENIGME , du LOGOGRIPHE et de la CUARADE

insérés dans le dernier Numéro. Le mot de l'Enigme est Heure ( !'); Celui du Logogriphe est Maire , où l'on trouve : rime, air, Rémi, tre, mai , Emir, raie, Marie, mari, rame , are, mer, , mi, mire , mare , aire et ame.

Celui de la Charade est Manequina

>

LITTÉRATURE ET BEAUX-ARTS.

IL

ANNALES DES VOYAGES, DE LA GÉOGRAPHIE ET DE L'HIS

TOIRE, ou Collection des Voyages nouveaux les plus estimés traduits de toutes les langues européennes, etc.; avec des cartes et des planches gravées en taille-douce. Ouvrage publié par M. MALTE-BRUN. — Tom. XVI de la collection. Cahiers 46 et 47 (*).

у a long-tems que nous n'avons'entretenu nos lecteurs de ce recueil intéressant qui se continue avec le même succès , parce que l'éditeur le rédige avec le même soin , qu'il apporte un jugement sévère dans le choix des articles et qu'il l'enrichit de mémoires neufs, curieux et, instructifs. Après nous avoir donné successivement des notices historiques sur plusieurs voyageurs célèbres de l'Asie, des détails topographiques sur des contrées et des villes peu connues, des descriptions de mours pleines d'intérêt, il nous entretient, dans les deux derniers numéros, d'ùn voyage dans le Saterland, l'un des cantons du département de l'Ems-Supérieur, d'une notice súr les iles de Juan-Fernandès et de Massa-Fuero, d'une suite de lettres sur la Galitzie, que nous appelons vulgairement la Gallicie, et d'un mémoire sur le mouvement elliptique des comètes, objet d'un intérêt présent, et digne de fixer l'attention des savans ; mais un morceau plus piquant peut-être que ceux-ci, c'est un tableau

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(*). Chaque mois , depuis le 1er septembre 1807, il parait un cahier de cet ouvrage, de 128 ou 144 pages in-8°, accompagné d'une estampe ou d'une Carte géographique , quelquefois coloriée,

Le prix de l'abonnement pour la quatrième souscription est de 27 fr. pour Paris, pour 12 cahiers. Pour les départemens , le prix est de 33 fr, pour 12 cahiers, rendus francs de port par la poste.

L'argent et la lettre d'avis doivent être affranchis et adressés à Fr. Buisson, libraire-éditeur, rue Gilles-Coeur , n° 10, à Paris.

MERCURE DE FRANCE, DECEMBRE 1817. 587 civil et moral des Araucans', nation indépendante du Chili.

Les Araucans sont déjà célèbres dans les fastes de la littérature: leur amour pour l'indépendance, le courage intrépide avec lequel ils ont défendu leur liberté, a fourni au célèbre poëte espagnol dom Alonzo d'Ercilla le sujet d'une épopée. Il est vrai que le poëme est d'un goût presque aussi sauvage que les héros qu'on y célebre, mais il

y n'en passe pas moins aux yeux des Espagnols pour un chef-d'oeuvre digne de rivaliser avec ceux d'Homère et de Virgile.

Les Araucans habitent cette belle partie méridionale du Chili située entre les rivières de Valdivia et de Biobio ; quoique conquis plusieurs fois par les Espagnols, ils ont conservé encore une grande partie de leur liberté, et les vainqueurs nomment la contrée qu'ils occupent estado indomito. Dom Alonzo d'Ercilla n'est pas le seul qui ait chanté leurs exploits ; ils ont été célébrés également par plusieurs poëtes espagnols dont les chefsd'auvre ne sont pas aussi connus que celui de dom Ercilla..

Quoique les Araucans ne soient guères au-dessus de la taille des autres hommes de l'Amérique, ils sont cependant plus robustes, plus fiers, plus disposés à la guerre. Leur teint est moins cuivré, moins foncé

que celui des autres Américains ; on trouve même, dans quelques cantons, des familles dont les cheveux sont ou bruns ou blonds, comme ceux des Européens. Ils ont peu de barbe, et sont fort loin de regarder cet ornement comme une marque de grandeur et de supériorité. L'axiôme, du côté de la barbe est la toutepuissance , serait sifflé chez eux; ils l'arrachent avec le plus grand soin et ne souffrent rien de semblable sur toute l'habitude de leur corps; mais les cheveux sont pour eux l'objet d'une prédilection particulière. Un Araucan tondu , se regarderait comme déshonoré; la perruque

est là sans aucune considération; un barbier y mourrait de faim, mais un coiffeur y ferait fortune. Les femmes sont pour la plupart jolies. L'historien espagnol qui nous fournit ces détails assure qu'elles n'éprouvent les infirmités de la

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pris

vieillesse que dans un âge très-avancé, qu'elles n'ont des cheveux gris qu'à soixante-dix ans, et des rides qu'à quatre-vingt. En France, nos beautés sont presque fanées à trente ans, et sans le secours de l'eau de Ninon de l'Enclos, elles auraient des rides à trente-six.

Les Araucans se distinguent par les qualités morales les plus précieuses : ils sont généreux, hospitaliers, humains envers les vaincus et reconnaissans, ( notez bien ce point; ) mais comme il faut que le mal soit toujours à côté du bien, ils sont paresseux, hautains, et d'une dévotion particulière aux autels de Bacchus. Notre auteur espagnol prétend que si jamais les arts européens s'introduisaient chez eux, ils auraient bientôt leurs Montesquieu, leurs Corneille, leurs Phidias et leurs Raphaël.

Tandis que tous les peuples de l'Amérique ont une préférence marquée pour les habits larges, les Araucans, semblables en ce point à nos anciens Gaulois , préfèrent

હૈ les habits étroits et serrés comme plus commodes, plus lestes, plus propres aux exercices du corps et de la guerre. Leur tête est presque toujours nue ; ils l'entourent seulement d'une bandelette assez large, en forme de diadème. Les grands seuls ont des chaussures , les petits vont pieds nus,

Les femmes, comme par-tout ailleurs ; s'occupent beaucoup de leur toilette. Elles se chargent la tête de pierreries, les oreilles de larges boucles, les doigts de bagues , les bras et le col de tous les ornemens que peut inventer l'imagination vive, active et bizarre d'une femme jeune et coquette.

Les lois austères du christianisme ne sont point encore parvenues chez les Araucans ; ils entretiennent autant de femmes qu'ils en peuvent nourrir , et leur donnent à chacune leur maison séparée ; mais ce luxe ne les ruine

; pas. La petite maison n'est qu'une hutte, et l'ameu. blement se réduit aux objets de première nécessité.

Le gouvernement des Araucans est aristocratique. Ils ont trois ordres de magistratures qui se réunissent dans les grandes occasions et décident des intérêts de l'Etat en assemblée générale. Les dignités sont héréditaires et transmissibles de mâle en mâle ; car les Araucans, ont

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